Dès que Connor posa un pied dans l'auditoire, il se retrouva encadré par Michaela et Laurel.

- A en juger par l'état de tes vêtements, tu n'as pas l'air de t'être disputé avec Oliver, siffla la première entre ses dents serrées.

- Ça a été hier soir ? Il n'a pas posé trop de questions ? fit Laurel à voix basse.

- Non, ça va. Il ne se doute de rien, répondit Connor en réajustant ses fringues. Et avec Caleb ? Michaela ?

- Il est furieux contre moi, soupira celle-ci en secouant la tête avec tristesse. Je lui avais promis de rester au cas où Catherine reviendrait, et je ne l'ai pas fait. Et juste après, il reçoit un appel lui disant qu'on a retrouvé sa sœur inconsciente dans la forêt, couverte de sang, et qu'elle est accusée d'avoir tué Emily Sinclair et tiré sur le professeur Keating ? Il ne veut plus me voir, évidemment.

- Ah. Imagine un peu s'il savait ce qu'on a vraiment fait ? se moqua Connor, sarcastique.

- Justement. Il est convaincu que sa sœur est innocente, et que nous avons orchestré cette mise en scène, rétorqua Michaela en baissant encore d'un ton. Il est déjà en train de chercher un nouvel avocat ! Notre seul espoir, maintenant, c'est qu'Annalise se réveille et qu'elle confirme que c'est bien Catherine qui lui a tiré dessus…

- Ça, si le Toutou avait bien voulu lui tirer dans la jambe comme elle l'avait demandé, ç'aurait été plus simple ! grogna Connor, hargneux. D'ailleurs, où est-il, celui-là ? Qu'Asher soit absent, je comprends, avec le suicide de son père, et les obsèques, et tout ça, mais Wes ? Ne me dis pas qu'il est en pleine crise existentielle ! Après tout, il devrait être habitué, après Sam !

Michaela jeta un regard à Laurel, et celle-ci parut sur le point de dire quelque chose, mais le professeur Hahn entra dans l'auditoire à ce moment-là et chacun alla s'asseoir à sa place.

Le cours paraissait assez irréel à Connor. Comment pouvait-il se trouver là, assis au milieu des autres étudiants, à écouter un vieux gâteux radoter sur le droit des entreprises, alors que la veille au soir il avait aidé à transporter un cadavre ? Comment personne ne s'en rendait-il compte ? Il avait encore l'impression d'avoir les mains couvertes du sang d'Annalise, et que quelqu'un allait le remarquer d'un instant à l'autre.

- … répondre à la question, M. Walsh ? lui parvint soudain la voix du professeur Hahn.

- P-pardon ? balbutia-t-il en se mettant debout, un peu maladroitement.

- Faut-il que je répète la question, M. Walsh ? demanda Hahn d'une voix glaciale.

- J-je… Ce sera inutile, Professeur. Je passe mon tour pour cette fois, répondit Connor en baissant la tête.

- Soit. La prochaine fois que je vous prends à bâiller aux corneilles à mon cours, c'est dehors, compris ?

Connor se rassit en ignorant les regards préoccupés de ses voisins. Heureusement, l'intercours ne tarda pas à arriver, et il remarqua bien vite qu'il avait un message de Bonnie.

- Bonnie veut qu'on se rende chez Annalise immédiatement, fit Michaela en s'approchant de lui, alors qu'il lisait exactement les mêmes mots sur son téléphone.

- Prenons ma voiture, proposa-t-il en cherchant Laurel du regard. On y sera plus vite.

Le trajet jusqu'à la maison des Keating se fit en silence, comme chacun était plongé dans ses pensées. Connor se sentait nerveux, et ne pouvait s'empêcher de tapoter son volant du bout des doigts. Qu'est-ce que Bonnie allait bien pouvoir leur dire ? Des nouvelles d'Annalise, peut-être ?

Lorsqu'ils arrivèrent, néanmoins, ils remarquèrent immédiatement que Bonnie était livide de colère, et que Frank gardait un air sévère et réprobateur, les bras croisés sur la poitrine.

- Qui d'entre vous a fait ça ? leur cracha-t-elle au visage dès qu'ils furent assis dans le salon. Je pars raccompagner Asher chez lui, et quelques heures après, j'apprends qu'Annalise s'est pris une balle dans le ventre ?! QUI est le malade qui a fait ça !?

- A votre avis ? rétorqua Connor sans se démonter. Il n'y a jamais eu qu'un seul assassin parmi nous, et comme par hasard, il n'est pas dans cette pièce !

- Connor, arrête ! s'emporta soudain Laurel. Ce n'est pas Wes qui lui a tiré dessus, OK ? C'est moi !

- QUOI ?!

- Je savais que c'était la seule solution ! Annalise avait raison, c'était le seul moyen de rendre notre histoire crédible ! se défendit la latino.

- Annalise nous a demandé de lui tirer dans la jambe, pas dans l'estomac ! répliqua Michaela d'une voix stridente.

- C'était la première fois que je tenais un flingue, OK ?!

- Je n'arrive pas à y croire ! s'esclaffa Connor. Annalise avait raison, effectivement ! C'est toujours des plus discrets dont il faut se méfier !

- TAISEZ-VOUS ! explosa brusquement Bonnie.

Il y eut un lourd silence, durant lequel Connor ne put s'empêcher de jeter un regard de dégoût et de déception en direction de Laurel. Il n'aurait jamais cru ça d'elle. Wes, oui, bien sûr : après tout, il avait déjà tué avant. Mais Laurel ? Laurel qui les maternait en permanence, et qui l'avait aidé à nettoyer ses mains ensanglantées la veille au soir ? Comme quoi… Il ne fallait faire confiance à personne, dans cette baraque. D'abord le Toutou, puis Tête-de-Gland, et maintenant elle ? A qui le tour, ensuite ? Michaela ?

- Les médecins ont dit qu'Annalise allait s'en sortir. Au cas où ça vous intéresserait, finit par articuler Bonnie.

- Dieu merci… souffla Michaela.

- La police viendra sans doute l'interroger dès qu'elle aura repris conscience, et elle sera appelée à témoigner à la barre dès sa sortie de l'hôpital. D'ici là, je vous demanderai de faire profil bas. Faites-vous discrets, bossez pour vos examens… Considérez ça comme des vacances. Mais il ne s'agit pas de faire n'importe quoi, d'accord ? La police voudra aussi entendre vos témoignages, et il faut qu'ils concordent. Pas question de faire cavalier seul : on est tous impliqués dans cette affaire, et il faut qu'on se serre les coudes, d'accord ?

Connor sentit le regard de Bonnie peser sur lui, et il hocha la tête, la gorge nouée. Il se souvenait encore de sa menace, la veille au soir : « Soit tu prends le train en marche, soit tu deviens le prochain cadavre sur le pavé ».

- A vrai dire, on a déjà décidé de ce qu'on devait dire, tous, intervint Laurel. C'est Nate qui nous a ramené chez nous, hier soir, et on a mis ça au point avec lui.

- Nate est au courant ? répéta Bonnie, surprise. Bon. Tant mieux…

- Bonnie et moi, on vous tiendra à l'œil, des fois que certains auraient la langue trop pendue, intervint Frank en jetant à son tour un regard à Connor. Pas question de quitter la ville, ou d'aller raconter la vérité à qui que ce soit. Personne ne doit savoir, à part nous. Compris ? Je veux avoir de vos nouvelles tous les jours, et ça vaut pour chacun d'entre vous.

- Et quoi, tu veux aussi un horaire détaillé de nos journées, et savoir combien de fois j'ai fait jouir mon copain pendant la nuit ? demanda Connor d'un ton mordant.

- Ecoute-moi bien, Walsh, riposta Frank. Depuis le début, Annalise, Bonnie et moi, on s'est mis en danger pour vous protéger. Et rien ne nous obligeait à le faire. Si on risque tous d'aller en prison maintenant, c'est à cause de vous. Alors la moindre de choses, c'est de fermer ta grande gueule, et de faire ce qu'on te dit, vu ?

Cette fois-ci, Connor ne trouva rien à répondre, et il referma la bouche, frustré. Il avait envie de lui dire qu'effectivement, personne ne les avait obligés à les aider après le meurtre de Sam, et qu'Annalise aurait très bien pu le laisser se rendre à la police. Mais c'était trop tard, maintenant. Ils étaient allés trop loin, et s'il décidait de parler maintenant, ce n'était plus seulement Wes et Rebecca qui tomberaient, mais tout le monde avec eux. Et effectivement, ce serait très ingrat de sa part de les trahir de la sorte après tout ce que l'avocate et ses deux assistants avaient fait pour eux. Mais il ne comprenait pas, justement… Il ne comprenait pas pourquoi Bonnie, Frank et Annalise avaient pris autant de risques pour les protéger, et pourquoi maintenant ils en faisaient de même pour Asher. Pourquoi ?

- Bon, allez, sortez d'ici, maintenant, trancha Frank en leur montrant la porte. Et essayez de ne plus vous faire remarquer, cette fois !

Ils se retrouvèrent à trois, dehors, et Connor se rendit compte avec une ironie teintée de désespoir qu'aucun d'entre eux ne savait où aller, ni quoi faire. Depuis quand n'avaient-ils plus eu l'occasion d'être des étudiants normaux ?

- Ce n'est pas une mauvaise idée, d'étudier nos examens, murmura Michaela à sa droite. Après tout, ils sont dans un mois et demi, et on est en retard dans quasiment tous les cours, sauf celui du professeur Keating…

- On pourrait faire un groupe d'étude, proposa Laurel. Je vais en parler à Wes !

Toutes les deux se tournèrent vers Connor, attendant sa réponse, et celui-ci se sentit hésiter. Est-ce qu'il avait envie d'étudier avec Wes et Laurel, après ce qu'ils avaient fait ? Est-ce qu'il avait envie d'étudier tout court, si c'était pour finir en prison de toute façon ? A quoi bon ?

Mais Michaela le regardait de ses grands yeux implorants, et Michaela tenait tellement à maintenir ce semblant de normalité, parce qu'elle voulait tellement croire qu'ils avaient encore un futur ! Et elle n'était pas une mauvaise personne, non, même si elle avait un goût horrible en matière d'hommes. Michaela s'était juste retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment. Comme lui. Et elle méritait de pouvoir conserver cette parcelle d'espoir que Connor, lui, avait perdue depuis longtemps.

- Et… Asher, dit-il lamentablement, pour ne pas la décevoir. On pourrait proposer aussi à Asher.

- Oui… Je me demande comment il va, accepta Michaela en se mordant la lèvre inférieure. On pourrait peut-être passer chez lui ce soir ? Après les cours ?

- Oui, faisons ça, acquiesça Connor. Et j'apporterai de l'alcool. Ce soir, on se bourre la gueule !

Puisqu'ils avaient un membre de plus dans leur petit club d'assassins, autant lui souhaiter la bienvenue dignement !