Le premier vrai faux pas, une plaie béante, au court de ce rendez-vous dans la lignée de perfection du premier rencart. Il fallait bien que quelque chose foire et barbouille de gris cet idéal ciel bleu sans nuage, pour rendre poétique ce pitoyable numéro de charme se soldant sur un cuisant échec.

Ou, tout simplement, il avait peut-être été un peu trop vite happé par la chaleur du jacuzzi, emporté par la sauce KFC, envoûté par son meilleur ami...

Au moins Clyde était maintenant presque sûr d'une chose : Craig était très pudique concernant ses émotions. Son ami n'aimait pas être au pied du mur pour servir des compliments. Ou refusait définitivement ce rôle de soumis que lui imposait son abruti de presque petit ami. Peut-être même qu'il s'agissait de la fameuse manipulation particulièrement vicieuse dont usaient tous les gays pour arriver à leur fin, c'est-à-dire baiser avec le spécimen de sexe masculin à leur plaire et aussi vite le laisser tomber pour jeter son dévolu sur un autre mâle encore plus beau...(D'après le savoir infini d'Eric Cartman)

Au lieu d'étudier très sérieusement chaque hypothèse et remettre en doute les connaissances de son confident au sujet de l'homosexualité, Clyde penchait pour une technique plus sûre. Familière, dénuée de tout risque, sans manquer de lui rappeler la présence rassurante de sa mère. En continuant de voir le bon côté des choses dans cette situation pas encore complètement désespérée, ce petit ami manquant peut-être de subtilité remarquait d'abord avec soulagement qu'il n'y avait pas de détecteur de fumée dans la pièce. Aussi, que ce n'était finalement pas bien difficile et désagréable de draguer un gars. Que la chose s'annonçait même plutôt simple ! Et, surtout, qu'il bénéficiait d'une vue imprenable sur le dos de son meilleur ami.

Le soupirant le plus notable de Bebe Stevens devait donc bien admettre que Cartman avait vu juste, les épaules et le dos de son compère étaient parsemés de taches de rousseur. D'adorables petites taches de rousseur pas du tout dégoûtantes ou infectes comme l'affirmait ce gros lard intolérant. Bien au contraire, elles étaient très mignonnes. Et même plutôt attirantes... Tellement que cette charmante particularité physique si appréciable sur le corps de son meilleur ami lui ordonnait silencieusement de les embrasser une par une. Ou de les compter du bout des doigts, en allant vérifier si son complice avait également des taches de rousseur à des endroits plus... secrets.

Avant de faire une grosse bêtise trop risquée pour leur relation encore fragile, qui en plus le faisait presque virer au rouge tomate rien qu'en y pensant, Clyde choisissait plutôt de tourner son esprit et son regard vers quelque chose de plus stable. Prudent. Sans oublier d'être agréable à regarder. Et facile à remarquer. Un détail presque sous son nez !

Sûrement par peur de le salir, à moins que cela ne soit pour séduire encore plus subtilement son futur petit ami, Craig avait retiré son bonnet. Ce fameux bonnet péruvien que son propriétaire quittait si rarement. Certains trouvaient ce bonnet complètement ridicule et moche, tandis que le meilleur ami de Craig Tucker s'y était habitué et considérait que ce détail physique faisait partie intégrante du style de son compère. Même s'il venait tout juste de découvrir que son ami avait un charme en plus sans son célèbre couvre-chef, bien que cela faisait maintenant 15 ans que le fan de cochons d'Inde avait la même coupe de cheveux. Un détail simple et ennuyeux, en parfaite adéquation avec ce qui plaisait à une certaine personne.

Depuis son plus jeune âge, Craig se faisait toujours soigneusement et volontairement couper les cheveux par sa mère. Un fait peut-être risible quand ça concernait les autres enfants supposés être trop vieux pour rester autant maternés, mais pas pour le cas de Craig Tucker. Ce dernier restait très cool, même lorsque son style capillaire était en totale opposition avec la perfection de la longue chevelure blonde et bouclée de Bebe Stevens. Toutefois, le plus grand fan de la jeune fille pensait toujours que son ami d'enfance était beau. Que chaque détail physique à concerner Craig et revu d'un œil nouveau lui plaisait beaucoup, à lui et ses pulsions très facilement émoustillées ces temps-ci. Surtout quand une certaine personne entrait en jeu...

En plus cette histoire de cheveux lui faisait penser à une anecdote savoureuse de leur enfance, durant leurs premiers temps où ils jouaient ensemble et commençaient à être un peu plus éveillés. Déjà très joueur et attaché à son futur meilleur ami, Clyde adorait tirer sur le bonnet de Craig, malgré les protestations agacées de ce dernier. Qui semblait tout de même amusé quand son ami lui expliquait innocemment qu'il voulait juste vérifier s'il avait bien des cheveux. Pour pouvoir ensuite s'amuser à les ébouriffer et ne pas suffoquer de rire quand Craig décidait de se venger à coup de chatouilles (Oui, c'était comme ça que Craig avait appris que son cher ami était extrêmement chatouilleux).

Clyde se demandait si son ami adoré se souvenait de cette histoire concernant les meilleurs moments de leur petite enfance.

D'ailleurs, en restant dans le thème des souvenirs communs...

Autrefois, quand ils avaient moins d'une dizaines d'années, les deux garnements déjà inséparables qu'ils étaient à l'époque s'amusaient à base de jeux bien simples. Des jeux souvent énoncés par Clyde, qui approuvait avec enthousiasme les idées que Craig y ajoutait et qui paraissaient tellement extraordinaires à ses yeux.

Le jeu en question consistait à écrire des mots dans le dos de son compagnon de jeu. Des gros mots bien sûr, sinon le jeu devenait beaucoup moins drôle et intéressant ! Et même si Craig l'avait souvent raillé en disant que c'était un amusement de filles, le fan de cochons d'Inde y participait toujours de bon cœur en écrivant les pires trouvailles à faire bien rire son meilleur ami. Clyde s'en souvenait encore de ces petits ricanements en essayant de trouver la réponse, puis l'annoncer fièrement à voix haute en se disant que sa mère le punirait pendant des semaines si elle l'entendait dire de si vilains mots... !

Décidément, c'était toujours Craig qui lui apprenait les choses les plus enrichissantes ! Même à l'heure actuelle, quand celui qu'il rêvait de plus en plus d'avoir comme petit ami (tout en restant son meilleur ami) lui faisait ressentir toutes ces choses confuses mais agréables, que Clyde avait encore envie de découvrir pendant longtemps à ses côtés.

Bien que ce projet d'avenir ensemble semblait récemment compromis, à part souiller la pièce sacrée du jacuzzi chéri de Cartman avec de la fumée et des cendres de cigarette, tout en faisant encore et encore admirer son dos à son presque petit ami, le fervent défenseur de cochons d'Inde ne se montrait plus très enthousiaste pour suivre ce chemin romantique avec lui. Le gamin allait donc devoir rattraper son léger faux pas, montrer sa bonne foi en matière de sincérité amicalement amoureuse, tout en se servant justement de leur complicité ne datant pas d'hier.

Tout de suite plus studieux quand le sujet d'étude se nommait Craig Tucker, Clyde repensait aux sages conseils donnés par Kenny qui l'avait encouragé à faire le premier pas. Et, pour ne pas complètement renier la bonne volonté de celui qui faisait tout de même un confident pas trop mal, cet élève bien sélectif songeait aussi aux paroles avisées de Cartman au sujet de son soi-disant statut de dominant.

Pour faire un mélange correctement réussi de ces deux sons de cloche, le plus grand admirateur de Bebe Stevens considérait qu'il devait donc s'affirmer. Délicatement s'affirmer, sans bien sûr brusquer Craig ou le forcer à être romantique. Et pour ça, Clyde avait déjà sa petite idée. D'ailleurs, ce bref retour dans le monde enchanteur de l'enfance et ce délicieux jacuzzi façon KFC allaient beaucoup l'aider...

Tout d'abord, sans geste brusque ou trop théâtral, Clyde était revenu vers son ami. Définitivement fâché contre lui ou juste méfiant en devinant un nouveau numéro de drague bien lourde, il avait remarqué que Craig s'était légèrement crispé en l'entendant s'approcher. Puis s'était détendu en le sentant tracer un S dans son dos, à l'aide de la sauce à les environner. Lui aussi devait se souvenir de ce petit jeu, et même repenser aux longues heures passées à y jouer en faisant deviner les mots de plus en plus osés.

Sauf que maintenant ils n'étaient plus vraiment des petits enfants morts de rire en écrivant des grossièretés, simplement de vieux amis sur le point de peut-être former un couple. Un couple officiellement gay. Craig attendait donc sagement la suite avant de se risquer à savoir si ce fameux S correspondait au mot "Sexe". À moins que Clyde avait mal calculé son coup en traçant une première lettre aussi grande alors qu'il avait dans l'idée d'écrire "Sodomie". Au final, au son du petit rire attendri de Craig, le mot à deviner était beaucoup plus plaisant et bon enfant. Pour détendre l'atmosphère et viser juste à l'endroit qui savait le plus émouvoir son compère, ce gamin naïf mais loin d'être complètement stupide avait écrit le prénom du cochon d'Inde adoré de son ami.

L'intervention lointaine mais salutaire de Stripe avait surtout résulté sur ce petit moment d'apaisement, où les deux amis retrouvaient leurs marques. Leur complicité. Leurs souvenirs communs. Ainsi, Craig se souvenait parfaitement que son vieil ami adorait faire deviner un mot deux fois de suite à ce jeu. Bon joueur, il avait donc laissé Clyde retenter sa chance. Une chance pour le surprendre à l'aide d'un mot plus difficile à trouver, ou dans son rôle de petit ami parfait à surpasser tous les autres (En particulier Mark Cotswolds).

Plus que jamais décidé à continuer sur cette si bonne lancée, bien que ne sachant pas quoi inscrire comme bon mot, Clyde passait doucement sa main sur le dos de son ami pour effacer la première réponse. Et, au passage, il ne pouvait s'empêcher de remarquer que sa peau était très douce. Agréablement douce. Tellement que ce geste anodin se muait en de timides caresses sur ce dos qu'il avait seulement eu le droit de toucher avec ses yeux tout émerveillés de meilleur ami à quelques pas du statut de petit ami. Des caresses, certes, encore hésitantes mais qui faisaient disparaître progressivement toutes les petites taches de rousseur au fur et à mesure que le gamin passait ses mains en y étalant de la sauce KFC en guise d'huile de massage. Quoique, pas sûr que cette sauce soit à vendre dans les salons de massage les plus huppés...

Mais, même en étant un grand romantique amateur des choses les plus fleur bleue, Clyde Donovan trouvait la divine sauce KFC très sensuelle. Pour cette situation en tout cas. Quand, toujours aussi doucement, ses mains couvertes de sauce continuaient d'effleurer la peau de son ami avec néanmoins plus d'assurance que précédemment. La preuve, ses innocentes menottes bien curieuses osaient enfin se poser sur les épaules de son ami pour les masser plus franchement, toujours à l'aide de sauce KFC. Avec une tendre application qui devait sensiblement plaire à Craig puisque ce dernier s'était complètement détendu, comme pouvait le sentir son ami qui était bien placé pour remarquer que ses muscles se décrispaient. Le fan de cochons d'Inde venait aussi d'écraser sa cigarette dans le précieux saladier généreusement prêté par Cartman et rapidement vidé de ses friandises. Si ça ce n'était pas des indices évidents en faveur de son prodigieux savoir-faire qui venait pourtant à peine de débuter ! En effet, à son grand regret, Clyde n'avait jamais massé personne (à part son chien Rex, Stripe, quelques chats mignons...).

Enfin, masser était sûrement un bien grand mot vu la maladresse tout de même présente de ce glorieux débutant pas encore au rang de masseur professionnel qui était davantage à pétrir bêtement les épaules de son ami que réellement prodiguer des gestes forts apaisants de connaisseurs...

Qu'importe ce genre de petit détail minime puisque les résultats étaient là, et sans appel. Craig appréciait réellement ces caresses et ces massages particuliers puisqu'il se laissait naturellement faire en plus de se montrer parfaitement détendu. Ajouté au fait non négligeable d'être totalement sous le charme de son masseur personnel dont il s'était quelque peu rapproché. D'une poignée de centimètres bien moindres, tellement innocents, dont Clyde n'allait pas s'en plaindre. Juste y répondre, lui aussi avec beaucoup de naturel. Comme s'il était tout à fait normal de poser ses lèvres sur la nuque de son meilleur ami pour y lécher de la sauce KCF précédemment copieusement étalée.

Vraiment délicieuse. Cartman ne plaisantait pas quand il se noyait dans le luxe tapageur dicté par ses goûts discutables, cette sauce était aussi parfaite que l'officielle, celle servie dans les vrais restaurants KFC. Sauf que celle-ci avait une saveur différente. Très différente et forcément unique puisqu'elle se mélangeait à la présence de son compère.

À force, il connaissait par cœur l'odeur de son ami d'enfance. Un mélange de savon parfumé à l'amande et de foin. Même dans ses habitudes très personnelles Craig aimait les choses chiantes mais agréables, voilà pourquoi il se lavait toujours avec ce modèle de savon utilisé depuis ses premiers bains. Et puis Clyde ne savait pas vraiment comment caractériser l'odeur des cochons d'Inde, et plus précisément celle de Stripe, alors la définir comme une senteur de foin restait la chose la plus pratique.

Mais là c'était précisément, physiquement, un parfum différent. Plus intense et intime. Une odeur et un endroit que le gamin n'était pas censé découvrir et effleurer avec ses sens les plus sensibles, sauf qu'il ne se considérait plus seulement comme le meilleur pote de Craig Tucker. Sinon, ce soi-disant ami modèle ne serait pas en train de lécher longuement et avec autant d'application la nuque de son fidèle compagnon de jeu. Sentir une agréable chaleur le gagner face à cette proximité et en remarquant Craig frémir suite à ce contact, tout en laissant échapper un petit gémissement étouffé.

Un gémissement irrémédiablement sexy et un point attirant à s'ajouter. Une raison de plus pour ressentir l'envie irrésistible de passer sa langue sur une de ses épaules. La droite ou la gauche, peu importe, Clyde savait juste qu'il mourrait d'envie de sentir à nouveau la peau de son futur petit ami avec sa langue.

Ne pas seulement savourer la perfection gustative de la sauce KFC, mais plutôt caresser chaque parcelle de cette peau à lui apporter une toute autre faim. Pareillement fulgurante, entêtante, presque gênante, mais à le rendre étrangement insatiable. Et tout fébrile rien qu'en mordillant timidement l'épaule de son ami. Un ami le rendant complètement fou et de moins en moins coincé dans ses restes d'hétérosexualité. Ce grand amateur de tacos ne savait pas distinctement comment définir cette envie soudaine, il aimait juste passionnément ce genre de caresse et toutes les émotions qu'elles pouvaient engendrer. Cela pouvait sembler bizarre, voire fortement répréhensible, de léchouiller le dos de son plus fidèle ami d'enfance, le coupable se sentait juste merveilleusement bien en commettant ce crime. Il n'en venait pas encore à penser en détail que ses actes trop sensuels assassinaient sauvagement la pureté de leur amitié...

En plus, Clyde était bien trop occupé à découvrir d'une manière bien peu amicale le moindre détail physique à sa portée et catégorisé d'incontestablement adorable sur la personne de celui qu'il voulait réellement comme petit ami (Mais toujours garder comme meilleur ami).

D'ailleurs, cet élève pas complètement lobotomisé ne comprenait pas comment son confident pouvait trouver que les taches de rousseur étaient quelque chose de dégoûtant. Si cette particularité se définissait comme si infecte, abominable, démoniaque, pourquoi sa langue et ses sens relativement purs, sincèrement de bonne foi, s'en retrouvaient autant attirés...? Clyde se demandait aussi comment il n'avait pas remarqué plus tôt que les taches de rousseur de son meilleur ami étaient à la fois si mignonnes et très désirables. Presque autant que ces petits cheveux situés à la naissance de sa nuque, que sa bouche rencontrait volontairement si souvent et à la chatouiller agréablement.

Et puis surtout, ces gémissements à peine perceptibles que Craig semblait à tout prix vouloir masquer mais qui ne passaient pas inaperçu pour l'ouïe relativement rodée de son ami. Clyde avait eu des années d'entraînement, déjà mis en place du temps où sa mère entrait dans sa chambre sans frapper alors que son fils jouait à des jeux vidéo ou s'adonnait à des activités plus…privées. S'il avait su que cette faculté digne d'un pouvoir de super-héros lui servirait à déceler les manifestations de plaisir de son meilleur ami... !

Au tout début, l'admirateur tristement célèbre de Bebe Stevens trouvait cela plutôt drôle. Son meilleur pote se classait comme le plus doué pour rester impassible et être parfaitement maître de ses émotions. Alors que là, face à cette situation précise, Craig Tucker ne pouvait réprimer ses petits frissons et des gémissements ne tombant pas dans l'oreille d'un sourd. Sûrement pas, puisque Clyde n'avait pas mis longtemps à comprendre que ces réactions n'étaient pas seulement amusantes. Elles étaient très troublantes mais des plus plaisantes (Assez bandantes aussi...). Et surtout provoquées par ses caresses, par l'effet qu'il faisait à son ami, un ami réellement amoureux et attiré par son bff si naïf mais attachant.

Devant cette constatation des plus déstabilisantes bien que prévisible, leur premier rencart pouvait en témoigner, le fameux gars tendrement aimé et désiré préférait ne pas trop rentrer dans les détails et replonger dans de grandes réflexions plus ou moins abracadabrantes. Pour une fois, il écoutait aveuglement les consignes et agissait. Avec toujours une certaine hésitation, après tout la découverte de sa bisexualité était encore toute récente, mais une envie sincère. Peut-être aussi un peu d'amour, sinon Clyde n'aurait pas précisément déposé un semblant de baiser derrière le cou de son complice. Et senti à nouveau d'agréables fourmillements dans le bas ventre en entendant son ami soupirer d'aise et carrément se coller à lui, son dos lavé par ses soins se posant presque possessivement sur son torse largement recouvert de sauce KFC. Sans geste brusques ou impérieux, juste un début d'étreinte auquel son compère se surprenait à répondre instinctivement. Toujours aussi naturellement. Comme si ça tombait sous le sens de serrer dans ses bras son pote à moitié nu, se rappeler que ce dernier était en passe de devenir son petit ami et donc poser timidement ses lèvres sur sa tête. Pour offrir ce qui pouvait ressembler à un petit bisou romantique, ou un geste maladroit complètement pathétique... Non, réellement romantique puisque, au lieu de ricaner, Craig lui caressait le bras. Avec assez de tendresse palpable pour que son compère se retrouve d'un coup revigoré suite à ce contact bien peu anodin !

Finalement, malgré les clichés en tout genre, les gays étaient peut-être plus doux et affectueux que certains voulaient bien le faire croire. Par déduction cela voulait donc dire qu'il y avait des chances pour que Craig soit un brin romantique, ou du moins pas complètement réfractaire à cet art ! Toujours aussi naturellement guidé par ces pulsions qu'il se découvrait, Clyde osait maintenant, sans hésiter, tâtonner pour chercher l'autre main de son ami, celle qui n'était pas occupée à effleurer son bras de façon si douce. La main qu'il allait délicatement prendre dans la sienne pour consolider leur futur couple. Cette main qui était précisément occupée à faire quelque chose de beaucoup moins innocent et sage...

Sauf si elle avait dérivé totalement par hasard dans son caleçon pour se tripoter lui-même, tranquillement et sans aucune arrière-pensées, pendant que son cher meilleur ami tant aimé le gratifiait de toutes ces délicieuses caresses buccales. Et songer à tous les endroits sensibles où la langue de son cher ami pourrait se poser, plus tard...

Se demander également, de façon plus terre à terre, si la sauce KFC pouvait avoir une quelconque répercussion négative sur l'organe reproducteur masculin. En tout cas, si Craig ne venait pas de s'écarter vivement de lui pour s'éclipser aussi vite, le soupirant de Bebe Stevens aurait sûrement osé évoquer cette question à la fois si stupide mais importante malgré tout. En fait, qu'importe la réponse et l'étude scientifique faite à ce sujet, le gamin n'avait pas attendu pour commencer lui aussi à se toucher. Sans réfléchir plus longtemps, se poser trop de questions compliquées qui le submergeraient avec des interférences juste bonnes à gâcher ces très récents moments physiques et très peu amicaux avec Craig. Des moments étranges mais ô combien agréables, rien qu'en se les remémorant. Même le fait de constater que ce rapprochement, qui l'avait vraiment excité (Pas juste un petit trouble physique...!), ne venait pas troubler sa concentration. Ni son application quand ses doigts passaient lentement sur son torse, pile à l'endroit où la peau de son ami l'avait touché volontairement. Amoureusement...

Au moins, à défaut de confirmer leur relation amoureuse, ce point était officiel : La pureté amicale de sa relation avec son meilleur ami prenait fatalement fin. Elle venait de se briser au moment où Clyde avait fermé les yeux pour se remémorer bien en détail le corps de son ami. Quand sa main, celle qui n'avait pas du tout perdu de temps pour se glisser dans ses sous-vêtements et ne s'était pas retirée instinctivement en comprenant la raison de son érection, avait intensifié ses mouvements en repensant au corps de son complice. Sa peau si pâle, douce, parsemée de taches de rousseur si mignonnes. Son odeur devenue plus entêtante que la sauce KFC. Ces adorables petits gémissements dont il comprenait maintenant mieux la nature exacte, bien qu'ils ne devaient pas complètement être liés au plaisir strictement sexuel. Craig était sûrement très sensible, et sentir le gars de ses rêves le toucher avec autant de romantisme, de savoir-faire, pour ne pas dire de perfection, avait dû lui faire un sacré effet ! Peut-être même que le fan de cochons d'Inde aurait laissé échapper des gémissements encore plus prononcés s'ils s'étaient adonnés à une tendre étreinte rapprochée. Rien de trop osé, juste se retrouver, face à face, peau contre peau, à échanger leur premier baiser. Un baiser amorcé par Clyde, auquel son petit ami enfin officiel aurait bien sûr répondu passionnément tout en se lovant encore plus contre son corps. Peut-être même que Craig se serait exprès frotté à lui, si bien que Clyde en aurait frissonné de trouble. Sans oublier d'en profiter pour enfin poser ses mains sur ce cul magnifique à avoir éveillé ses pulsions plus du tout hétérosexuelles. Ce désir d'échanger inlassablement des baisers aussi romantiques que langoureux... Ouais, ça aurait sûrement été le cas, ce n'était pas l'envie qui lui manquait ! Et cela aurait été totalement jouissif, comme le confirmaient ce premier spasme et ce petit grognement que Craig aurait assurément trouvé très mignon.

C'était la première fois qu'il se masturbait et atteignait l'orgasme en pensant à une personne de sexe masculin. À son meilleur ami, plus précisément. Son futur petit ami, enfin aimé et désiré comme tel.

Au cours de sa jeune vie illuminée par des fantasmes dits normaux, Clyde Donovan pensait que seules les courbes féminines et la beauté de Barbara Stevens pourraient le mettre dans un tel état d'excitation, en le faisant imaginer des choses bien ciblées, jusqu'à atteindre le septième ciel. Même quelques minutes après cette ultime prise de conscience sous un fond de plaisir solitaire qui pourrait sembler bien banal, il se sentait encore un peu groggy mais pensait toujours à son ami adoré avec un petit sourire sincère. Un sourire facilement qualifié de grimace profondément niaise et amoureuse, provoqué par une certaine personne qui se ferait un plaisir de s'en moquer gentiment.

Plus de doute, ce grand amateur de tacos était maintenant sûr de sa bisexualité. Et de son attirance pour son ami d'enfance. Peut-être même plus que de la simple attirance d'ailleurs...

Comment en douter maintenant qu'il admettait que tripoter ce fameux ami lui avait beaucoup plu. Tellement que son corps, un élément qui ne pouvait jamais mentir, s'était manifesté joyeusement. Alors que d'habitude le gamin se retrouvait tout émoustillé en pensant à des jolies filles, des femmes pulpeuses, Bebe Stevens... Des choses normales en somme.

Aujourd'hui il devait ajouter quelques spécimens masculins à cette fameuse liste de choses bandantes. Dont Craig, qui serait fort bien placé. En première position, comme l'avait précédemment confirmé sa main complice et tâchée du sperme qui souillait à présent la perfection de cette sauce KFC. Si Craig avait été présent, il aurait éclaté de rire et approuvé cette vilaine farce faite à Cartman, s'il prenait l'envie à ce gros lard de goûter à son fabuleux jacuzzi devenu subitement très gay.

Seulement, Craig était bel et bien parti. Son ami lui avait faussé compagnie pour une raison inconnue, alors que tout semblait si bien parti. Pour une fois les rôles s'échangeaient...

S'il n'était pas aussi déstabilisé, Clyde aurait pu en rire. S'il ne sortait pas progressivement de ce doux moment de plaisir, de ce bref instant de flottement succédant à la jouissance. S'il ne se sentait pas tout à coup très triste, incertain. Nullement en colère ou vexé, juste empreint à une armée de doutes qui venaient de l'assommer.

Pourtant, pour une fois, tout se passait bien. Pas de geste malheureux, de paroles maladroites, sans oublier l'intervention non désirée d'un invité surprise. Tous les éléments se réunissaient pour que leur couple puisse enfin se concrétiser avec une tendre embrassade, mais voilà que l'un des deux concernés avait brusquement changé d'avis. Sur un coup de tête, à cause d'un détail inconnu mais bien précis, en se rendant compte que finalement il en aimait un autre...! Ou, après réflexion, que Clyde Donovan ne se définissait pas comme le petit ami parfait à avoir.

En tout cas, Craig avait détalé en emportant ses vêtements, comme le remarquait justement son compagnon. Ce détail primordial ne l'avait pas fait fondre en larmes. Mais découvrir, un peu plus tard, que son meilleur ami ne lui avait pas envoyé de message pour lui expliquer son étrange conduite le ferait certainement craquer.