Molly noua ses cheveux en une queue de cheval pour la troisième fois en cinq minutes en gardant ses yeux fixés sur son propre reflet. Comment était-elle censée jouer le jeu aujourd'hui ? Faire face à John et son cœur brisé en sachant qu'elle y participait, en sachant qu'un mot d'elle pourrait soulager sa peine ?
Elle lissa avec ses mains sa robe noire et détourna le regard. Elle savait qu'elle prenait la bonne décision, elle savait que le dire à John le mettrait en danger. Un faux pas couterait la vie à Sherlock. Après tout le réseau de Moriarty n'était pas la chose la plus facile à démanteler.
Elle soupira en se contentant d'un chignon. Savoir qu'elle allait faire ce qu'il fallait ne rendait pas la situation meilleure pour elle. Molly n'avait jamais été bonne pour mentir. L'une des raisons étant qu'elle n'avait jamais considéré le mensonge comme nécessaire. Cette situation était une exception où mentir était un mal nécessaire pour protéger tout le monde, elle incluse.
Elle tourna sur elle-même tandis qu'elle accrochait des pendants de perles à ses oreilles. La robe qu'elle portait était celle qu'elle avait porté pour les funérailles de son père. A cette pensée, son cœur se mit à battre. Cela faisait neuf ans depuis sa mort et la douleur était toujours aussi fraiche alors qu'elle enfilait la robe. Peut-être était-ce une bonne chose. Peut-être cela l'aidera à faire un peu mieux semblant.
Son téléphone sonna et le nom de John s'afficha sur l'écran.
- Salut John, oui j'allais partir. Je te verrai là-bas.
Elle ferma les yeux pour essayer de retenir ses larmes.
- Je sais John. Il me manque aussi.
- Ce n'était pas un mensonge, Sherlock lui manquait.
Quand le taxi laissa Molly au cimetière, elle nota que John, Mme Hudson et Greg Lestrade étaient déjà là.
Alors que Molly approchait, John marcha vivement dans sa direction et la tira dans une forte étreinte, chose dont elle ne s'attendait pas.
- Merci, j'avais besoin de toi ici, dit-il en brisant l'étreinte mais il garda ses mains sur ses épaules. Personne ne peut le comprendre comme nous.
Le cœur de Molly avait physiquement mal pour John. Elle n'avait pas manqué son regard hagard, sa légère barbe de trois jours, ses yeux injectés de sang et les cernes noires. Elle était un instrument dans la douleur de John et elle se haïssait pour cela.
- Ils tiennent tous à Sherlock, dit-elle, sa voix chargée d'émotion.
Deux autres personnes qu'elle ne connaissait pas arrivèrent et allèrent se tenir près de Mrs. Hudson.
- Oui mais ils ne l'aimaient pas, pas de la même façon que nous.
- Tu n'en sais rien John.
John lui lança un regard, les yeux partagés entre la douleur et la colère. Il laissa sa main glissée jusqu'à son coude et l'escorta jusqu'à la tombe de Sherlock.
- Certaines personnes ne devraient pas être là et d'autres devraient l'être, ajouta- t- il, sa colère clairement perceptible.
Molly comprit que John passait par les cinq stades du chagrin. Elle avait vécu la même chose quand son père était mort. En premier, John lui avait demandé plusieurs fois s'il y avait une chance que Sherlock ait fait semblant. Il insistait tellement qu'elle avait presque cru qu'il savait, maintenant il était en colère contre l'entourage de Sherlock, ce qui était le stade 2, au moins il y avait une sorte de progrès.
- Je ne peux pas croire qu'il ne soit même pas venu ! Lui cracha-t-il.
Molly le regarda, confuse.
- Mycroft, répondit John comme si Molly aurait dû comprendre.
- Oh tu sais je suis sûre qu'il a le cœur brisé mais peut-être est-ce sa façon de surmonter ça, peut-être qu'il n'est pas pour un étalage public ou –
John secoua la tête en reniflant fortement. Il éclaircit sa gorge et Molly savait qu'il essayait de contenir ses larmes.
- Ce n'est pas une raison Molly, il aurait dû venir… Nous montrer son soutien.
- Et je suis là John, j'étais juste en retard, dit Mycroft si près derrière elle qu'elle sursauta.
Elle se retourna brusquement, une main sur sa poitrine.
- Mycroft… Murmura-t-elle.
Il avait été si silencieux, c'était comme s'il était apparu de nulle part. Elle laissa ses yeux glisser derrière lui et vit sa voiture garée à côté du corbillard. Elle le regarda et essaya de le remercier du regard. La légère inclination de sa tête lui indiqua qu'il avait compris.
- Comment peux-tu être en retard aux funérailles de ton propre frère ? Demanda John en laissant sortir sa colère.
- Ce n'est pas comme s'il allait le remarquer, répondit Mycroft en se grandissant. Toutes les vies ont une fin, tous les cœurs sont brisés John.
John ouvrit la bouche et Molly put voir le scandale approché.
Molly posa sa main sur l'épaule de John pour qu'il arrête de parler.
- Mycroft s'il vous plait, implora- t- elle.
Mycroft la regarda et si elle ne le connaissait pas un peu mieux elle aurait dit que son visage s'était très légèrement adoucit.
- Très bien Molly, je m'abstiendrai de tout autre commentaire.
John fronça les sourcils, regardant Molly puis Mycroft comme s'il était témoin de quelque chose de contre nature. John attrapa sa main et la serra avant de se tourner quand le prêtre fut sur le point de commencer.
Molly n'eut pas à simuler la tristesse puisque ses larmes dégringolaient librement sur son visage. Elle pleura pour John et toute la peine qu'il ressentait. Elle pleura pour Sherlock et la mission dangereuse qu'il menait. Elle pleura pour elle-même et tous les changements qu'elle avait traversés récemment.
Je veux être seul pendant un moment mais Mrs. Hudson et moi pouvons te reconduire chez toi, dit John une fois que la cérémonie fut terminée.
Molly allait ouvrir la bouche pour accepter mais Mycroft intervint en se plantant à côté d'elle.
- Ne vous inquiétez pas Dr. Watson, je vais reconduire Molly chez elle.
John lui lança un regard interrogateur et se détendit quand elle acquiesça.
- Ne m'oublie pas, lui dit-il alors qu'il la lâchait. Mycroft.
- John, répliqua Mycroft avant de se tourner vers Molly. Nous y allons ?
Molly acquiesça en marchant à ses côtés.
- Merci, dit-elle en lissant sa robe tandis qu'elle s'installait dans la voiture.
- Ce n'est rien. Je dois passer devant votre maison pour revenir à mon bureau, répondit-il, les yeux fixés sur son portable, cette chose stupide était comme une extension de son bras.
- Non, je veux dire oui merci pour le voyage mais ce n'était pas pour cela que je voulais vous remercier.
Mycroft posa son portable dans sa veste de costume et se retourna vers Molly.
- Pourquoi me remerciez-vous ?
- Pour être venu. Je – Je sais que vous ne vouliez pas venir et j'apprécie.
- Je ne suis pas venu pour vous Molly, j'ai réalisé que ne pas venir serait plus suspect que venir tout compte fait.
- Oh, ok alors.
Molly se sentit à la fois stupide et blessée. Bien sûr qu'il n'était pas venu pour elle, il n'était pas sorti de son droit chemin pour aider son propre frère qu'avait-elle espéré ? Mycroft Holmes était le gouvernement Britannique, pourquoi se sentirait-il concerné par les sentiments d'une pathologiste stupide et maladroite ?
Mycroft soupira.
- Ne vous inquiétez pas trop pour John Watson il ira bien.
- Comment savez que je suis inquiète ?
- Vais-je devoir faire ça tout le temps ? Je peux vous déduire, et croyez-moi, c'est tellement flagrant qu'il n'est pas besoin d'être un Holmes pour le comprendre.
- Il est dans une mauvaise passe et je me sens impuissante alors que je sais que j'ai le moyen de soulager sa douleur.
- Non vous ne le ferez pas, ce n'est pas votre prérogative de lui dire.
- Je sais et je ne parlerai pas.
- Oui, mon frère a dit que vous êtes digne de confiance et il est habituellement un bon juge en ce qui concerne les gens. John ira bien. Le temps fera son travail. Il le fait toujours.
- En tant qu'ami, il est de mon devoir de m'inquiéter pour lui ou pour… notre ami en commun. Vous devriez essayer un jour.
- Je suis un homme d'âge mur avec, il me semble, des qualités plutôt irritables et une réputation d'homme sans cœur. Dites-moi Molly, qui serait volontaire ?
Elle haussa les épaules.
- Je le voudrais, lâcha-t-elle sans y penser.
Mycroft fronça les sourcils avant de lui donner un sourire tendu.
- Merci pour votre offre Dr. Hooper, je garderai ça à l'esprit.
Elle sourit en retour, sachant qu'il rejettera son offre aussi tôt qu'elle sortira de la voiture. Cependant son offre était sincère, peut-être était-ce parce que Sherlock lui manquait ou était-ce parce que cet homme l'intriguait ou peut-être était-ce peut-être parce qu'elle pensait qu'elle pourrait l'atteindre, l'homme le plus hors de portée… Peut-être y avait-il de l'espoir.
- Bien je crois que nous avons atteint votre destination, ajouta Mycroft.
Molly réalisa que la voiture s'était arrêtée et rougit furieusement.
- Je… Oui, bien merci encore pour tout même si vous ne l'avez pas fait pour moi j'apprécie.
- Et merci pour votre offre d'amitié.
Molly sortit de la voiture mais se pencha avant de fermer la porte.
- Faites-en ce que vous voulez mais je crois fermement que profondément en vous il y a un cœur. La plupart des gens impitoyables ont un cœur Mycroft. Ils font juste tout pour le protéger même si cela veut dire briser le vôtre.
Elle lut la surprise sur son visage avant de refermer la portière et de marcher jusqu'à sa maison avant qu'il n'ait eu la chance de répondre quelque chose.
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Et voilà le premier 'vrai' chapitre... Pauvre Molly sa gentillesse la perdra *sourire*.
N'hésitez pas à laisser des reviews pour me dire ce que vous pensez de l'histoire, de la traduction ou de nos deux personnages principaux... Ou alors juste parler de la pluie et du beau temps ça peut se faire aussi.
Bisous x
