Il était prévu depuis longtemps et je l'ai repoussé encore et encore. Mais j'ai pris le temps et voilà.^^ Mon dernier postage de l'année 2014 !
Deux choses : il est à placer au tout début et je m'appuie sur le film dont toutes les répliques sont tirées (version sous-titrée de l'anglais, je n'arrive pas à voir ce film en français) et donc en italique.
Bonne lecture et bonne année !
Connexion
Dire qu'il se sentait à l'aise aurait été un mensonge éhonté, le pire qui ne serait jamais sorti de ses lèvres. Quant à la tranquillité d'esprit à laquelle il aspirait, il en était si loin que le mirage s'était transformé en un rêve impossible auquel il se raccrochait tant bien que mal en sachant pertinemment qu'il ne pourrait jamais l'atteindre.
Il sentait l'Autre Gars aux bords de son esprit, présent, tangible, une présence sourde et bourdonneuse, grognant férocement dès qu'un agent du S.H.I.E.L.D. l'approchait d'un peu trop près. Malgré ses efforts pour garder un visage plutôt avenant - autant qu'il le pouvait après avoir été traîné de force, selon son propre avis, sur un héliporteur - les quelques téméraires, ou inconscients, qui le frôlaient parfois s'étaient raréfiés à quatre personnes : Natasha Romanoff, Captain America, Maria Hill et Nick Fury. Tous les autres le fuyaient comme la peste.
Il n'osait leur faire remarquer que cette attitude ne faisait qu'enrager encore plus l'Autre Gars. L'odeur de la peur l'avait toujours excité, le rendant à la fois méfiant et prédateur. Ces agents qui suintaient la peur dès qu'ils approchaient un tant soit peu de son alter ego le faisaient presque ronronner de plaisir. Presque, car il lui aurait fallu sortir pour pouvoir se défouler. Hors Bruce maintenait une emprise de fer sur le contrôle qui le retenait prisonnier.
Il n'en restait pas moins qu'il était mal à l'aise. Fury lui avait attribué un laboratoire grandiose et une chambre plus que confortable mais il se sentait en cage. Prisonnier en attente de sa sentence ou bête de foire ? Telle était la question qu'il se posait.
Malgré tout ce que le S.H.I.E.L.D. avait pu dire pour le rassurer, il craignait à tout instant de voir débouler ces mêmes agents qui le saluaient faiblement dans les couloirs pour l'enfermer cette fois-ci véritablement, avec des chaînes, des barreaux, et des drogues pour le maintenir en place. Après tout, qu'est-ce qui différenciait le S.H.I.E.L.D. de Ross ? Il n'était plus assez naïf pour ignorer que l'Autre Gars était une source de pouvoir que le S.H.I.E.L.D. ne pouvait que désirer. Pour Nick Furry, la fin justifiait certainement les moyens.
Toutefois il n'avait rien à craindre pour le moment. La sécurité mondiale était violemment secouée par un dieu extraterrestre détenteur d'une force infinie. Tant que le Tesseract était perdu dans la nature, le S.H.I.E.L.D. avait besoin de lui. Mais pour combien de temps ? Déjà Captain America et Iron Man avaient-ils capturé le dieu fauteur de troubles et Fury l'interrogeait en ce moment même.
Interrogatoire auquel il avait été convié. Qu'était-il donc passé dans la tête de Fury ? Sa nervosité avait drastiquement grimpée en échelons. L'Autre Gars était tout prêt, trop proche. Bruce ne pouvait tenir en place, allant et venant près du dossier de la chaise sur laquelle il n'avait pu s'asseoir. Heureusement, les autres personnes dans la pièce étaient trop concentrées sur l'échange entre Fury et le prisonnier pour faire attention à lui. Il n'écoutait que d'une oreille distraite, concentré qu'il était à ne pas penser à ce qui pouvait lui arriver maintenant que Loki était capturé ; après tout le Tesseract n'avait pas encore été retrouvé.
Jusqu'à ce qu'il entende le dieu parler de lui.
-Un monstre sans âme. Qui joue à l'humain.
Il réalisa avec horreur que la cage où était enfermé Loki avait été construite pour lui. Que c'était de lui qu'ils parlaient, lui qui était considéré par Fury comme plus dangereux que le dieu lui-même, lui qu'il nommait une chose. Cette constatation lui fait bien plus mal que les mots remplis de venin que Loki lui adressait tout particulièrement. Il avait bien fait de se méfier, ses sombres pensées n'étaient pas seulement nées de son pessimisme et de sa méfiance, il avait raison et ses peurs étaient fondées. Le S.H.I.E.L.D. voulait l'enfermer. Mais pas pour la raison qu'il avait cru. Il ne voulait pas le pouvoir de l'Autre Gars ; il voulait le tuer.
Le sentiment qui émergea de l'ouragan le surprit : il était blasé. C'était toujours la même chose. Toujours et encore. Rien ne changeait avec le temps. Sauf sa propre lassitude. Alors lorsque l'agent Romanoff le regarda comme s'il allait changer dans la seconde, il ne fit que lui jeter un coup d'œil avant de se désintéresser d'elle pour suivre la conversation.
Loki continuait de déverser son venin. Ce qui n'eut guère d'emprise sur lui. Cela faisait longtemps que les insultes et le mépris lui passaient au-dessus de la tête. Par contre ce qui suivit fut fort intéressant et il ne manqua pas de tout enregistrer avec soin. Quelque chose clochait dans les mots du dieu. Fury était même sur la défensive. Il allait devoir creuser, décortiquer les choses. Toujours avoir de l'avance. Il n'avait aucun ami et ne pouvait compter que sur lui-même. Et il était bien décidé à ne pas finir dans cette cage.
Sitôt l'interrogatoire clôt par une plaisanterie de Fury - et son propre commentaire mi-figue mi-raisin - s'engagea entre eux une sorte de conseil ayant pour but de deviner les plans du dieu félon. Bruce garda pour lui tout mot sarcastique. Les autres agissaient comme s'ils étaient des alliés. Or ils n'étaient que des inconnus les uns pour les autres et avaient chacun leur propre intérêt. Cela ne pourrait jamais marcher.
Mais on lui avait demandé de retrouver le Tesseract et plus largement de faire montre de son savoir scientifique. Soit. Il coopérerait. Le mirage de sa tranquillité lui serait alors peut-être rendu.
Ses lunettes continuaient de morfler.
Sans trop savoir comment, il se mit à dos l'autre dieu. Le frère qui continuait d'aimer le traître. Il n'avait pourtant fait que donner un diagnostic médical de l'état mental de Loki. Romanoff se chargea de rappeler les crimes de Loki à son frère. Le conseil tournait au règlement de comptes et il n'avait qu'une envie : retourner au laboratoire, finir la machine pour tracer le Tesseract et partir loin d'ici.
-C'est un problème technique, dit-il pour ramener la conversation sur le prime sujet. Pourquoi l'iridium ?
Il n'attendait pas vraiment de réponse. C'était juste pour relancer son esprit sur la chose.
-Un stabilisateur.
Il tourna vivement la tête vers le nouveau venu et ses pensées lui échappèrent à nouveau. Antony Edward Stark. Iron Man. S'il ne savait que penser de l'homme - il connaissait assez les torchons médiatiques que pouvaient sortir les journalistes pour y croire et était bien trop occupé pour démêler le vrai du faux - se désintéressait du prétendu super-héros - tant qu'il ne le prenait pas pour une cible - il admirait le scientifique et son génie.
En un autre lieu, un autre moment, il aurait réprimé un sautillement de joie et non un frisson d'anticipation peureuse. Stark était bien suffisant pour retrouver le Tesseract. Il lui suffisait d'étudier ses travaux pour comprendre le fonctionnement des rayons gamma - si ce n'était déjà pas le cas. Comme il l'avait fait avec les travaux de Selvig pour comprendre l'astrophysique thermonucléaire.
Pourtant l'homme lui faisait bonne impression. En un souffle de temps, dès sa première parole, il avait accaparé toute l'attention de la salle. Rock-star sur sa scène de prédilection, il les subjuguait tous en un savant mélange de connaissances, d'insouciance et d'insolence. Un sourire lui échappa. Il voulait travailler avec cet homme. Ils ne s'étaient pas encore adressés les moindres mots que l'Autre Gars avait reflué devant la montée du scientifique qui échafaudait mille et un projets qu'il pourrait mettre en place avec le génie de Tony Stark.
Rapidement il reprit le contrôle de son enthousiasme. Ni le lieu, ni le moment. Stark n'était là que pour arrêter Loki, tout comme lui, et il représentait une menace pour sa sécurité à bord, sécurité qui ne tenait qu'à son utilité scientifique.
Une question de Steve Rogers lui permit de se relancer dans la discussion. Il devait démontrer qu'il pouvait encore être utile. Lui aussi connaissait le sujet et il y était bon.
-Faudrait chauffer le cube à 120 millions de degrés Kelvin pour franchir la barrière de Coulomb.
Par un simple geste, Stark fit passer à son auditoire son contentement à voir enfin quelqu'un réagir à son exposé en lui renvoyant la thèse plutôt qu'en posant des questions que son génie devait trouver d'une simplicité enfantine.
-Sauf s'il a pu stabiliser l'effet de tunnel quantique.
Il s'adressait à lui seul désormais. Tous les autres avaient démontré leur ignorance en la matière, or le tunnel quantique n'était pas une notion accessible à des non-connaisseurs. Pris dans l'élan, Bruce répondit sans même se poser de question.
-S'il a réussi, il peut déclencher une fusion dans n'importe quel réacteur.
Stark était presque à côté de lui maintenant et il s'avança sans même s'en rendre compte, allant à la rencontre de cet homme qui venait à lui sans sentir la moindre peur. L'Autre Gars lui semblait aussi intrigué qu'il l'était.
-Enfin quelqu'un à qui parler, dit Stark en tendant le bras vers lui. Nulle moquerie ne perçait sa voix à son encontre, elle visait plutôt les autres. Il se sentit flatté de la reconnaissance que lui vouait Tony Stark après seulement quelques paroles.
-Qu'est-ce qui s'est passé ? se demanda Captain America. Bruce se posait la même question. De sa méfiance initiale, il ne restait rien. Sa crainte avait également disparue. Cet homme-là était un allié, il le sentait sans trop savoir d'où venait cette certitude.
Certitude qui se confirma lorsque Stark tendit de lui-même la main vers lui, sans hésitation, sans crainte, sans dégoût. Ce fut plutôt lui qui hésita, incertain devant la confiance qui émanait de l'autre homme. Confiance en lui-même évidemment, cette confiance qui lui manquait, mais également confiance envers son interlocuteur. La poigne était douce et ferme. Elle ne se voulait pas dominante ou vite expédiée. C'était juste une poignée de mains telle qu'une poignée de mains devait l'être : une salutation entre deux égaux.
Certitude qui se concrétisa quand Stark le salua d'une façon mémorable :
-Enchanté Dr Banner. Vos travaux sur les antiélectrons sont sans équivalent. Et j'adore votre façon de perdre le contrôle en devenant un énorme monstre vert enragé.
Si la flatterie - qu'il sentait réelle - lui tira un sourire, il se perdit dans la suite du propos au profit de la gêne. Il n'y avait nulle animosité ni avarice dans la voix de Stark. Son commentaire était sincère et terriblement enfantin. Stark innovait vraiment en tout point ; il n'avait encore jamais vu de réaction à son état comme celle-ci.
-Merci, dit-il avec hésitation, ne sachant guère si c'était là ce qu'il devait répondre à pareille salutation.
Revenu de la prison de Loki - qu'était-il allait faire entre temps pour mettre autant de temps ? - Fury brisa l'instant en rappelant qu'il n'était là que pour retrouver le Tesseract. Bruce manqua de lui faire remarquer que la cage en dessous d'eux parlait d'autre chose mais il se contint à temps. Ne jamais titiller son ennemi lorsqu'on était en position de faiblesse. Et être à des milles du sol dans l'héliporteur même de cet ennemi était une faiblesse.
La conversation leur échappa à nouveau à cause d'une référence malheureuse de Fury. Stark leva les yeux au ciel, certainement fatigué de cette perte de temps inutile alors que son esprit devait bouillonner de théories et d'expériences. Du moins Bruce le supposait devant l'état de son propre esprit.
-On va jouer, Docteur ?
Sautant sur l'occasion de quitter ce simulacre de conseil, Bruce ouvrit la marche vers le laboratoire.
-Par ici.
Leur collaboration n'allait peut-être pas durer longtemps mais elle serait certainement plus qu'intéressante. Il en avait presque hâte. Ou plutôt, il avait plus que hâte.
