Nous voilà déjà au 4ème chapitre.
Les amis, je suis contente de voir que certains d'entre vous suivent cette fic. Un petit mot d'encouragement serait apprécié, j'avoue... ^^
Raidou fixe le reflet que lui renvoie le miroir. S'il tourne un peu la tête, il ne verra que le côté épargné de son visage. S'il se regarde en face…
Il se rend compte qu'il ne peut pas.
— Les cicatrices se sont bien formées. Avec le temps, elles s'estomperont peut-être un peu.
Raidou ne répond pas. Il se retourne vers le médecin ninja et s'incline, incapable de forcer sa voix dans sa gorge nouée. Le couloir est désert. Ça ne le surprend pas. Cette fois, il s'est assuré que personne ne serait au courant.
Même pas Genma.
Il ne supporterait pas de voir le dégoût dans ses yeux noisette.
Le rejet.
Ça le tuerait aussi surement qu'une lame dans le cœur !
Il lui faut un moment avant de se mettre en route. Dans son dos, la porte du docteur s'est refermée avec un claquement qui a quelque chose de terriblement définitif.
Il croise quelques infirmières, dans le couloir. Aucune ne le dévisage mais elles ont l'habitude de voir des shinobis abimés. Hors de l'hôpital, pourtant, il a l'impression que tous les regards se tournent vers lui. Un tout petit garçon tombe en arrêt devant lui et tend le bras.
Raidou se fige. Son esprit tourne à vide. Il ne peut pas.
Il peut pas !
Puis, quelqu'un s'interpose. Une main trouve la sienne, entremêle leurs doigts.
— Viens, souffle Genma.
Raidou regarde sans le voir vraiment le visage de son ami. Cette peau lisse, sans défaut. Ses cicatrices à lui sont cachées. Sous ses vêtements.
Sous sa peau.
Dans sa tête.
À l'abri, là où personne ne peut les voir.
Un instant, Raidou a envie de le frapper, de hurler… de casser quelque chose mais une pression sur ses doigts le ramène à la raison.
Devant lui, il ne voit plus que Genma.
Genma qui ne peut plus sourire librement.
Qui a perdu son enfance comme lui sur les champs de bataille.
Genma qu'il ne supporterait pas de faire souffrir davantage.
Qu'il serait si facile de blesser.
— Tu… Tu es là ?
C'est une bête question, Namiko a dû fouiller les prises de rendez-vous… Mais son cadet hoche la tête solennellement. Son regard dérive sur ses cicatrices avant de remonter jusqu'à ses yeux.
— Oui, murmure-t-il. Viens, on rentre.
Il n'y a pas de dégoût dans son regard.
Juste la reconnaissance d'un ninja à un autre.
On rentre…
— Viens, Raidou, répète Genma. On rentre à la maison.
À la maison…
Le jeune homme déglutit avec difficulté. C'est difficile de juste respirer. Alors, l'espace d'un instant, il abandonne toute prétention de se montrer fort. Il laisse son ami le guider dans les rues de Konoha. Il garde la tête baissée, refuse de rencontrer les regards. Les doigts entremêlés aux siens ne faiblissent pas. Ils le tiennent, ne le lâchent pas. Il peut se raccrocher à quelque chose de tangible, de solide.
Alors, il laisse Genma le ramener à la maison. Chez lui et sa sœur.
Dans leur appartement qui représente tant pour lui.
Où il se sent chez lui plus que nulle part ailleurs.
Lorsque la porte se referme derrière lui, il ferme les yeux très fort. Ils brûlent de même que sa gorge. Il est en feu à nouveau et il ne sait pas si, cette fois, il pourra le supporter. Il ne s'en rend pas bien compte mais ils ont dû se déplacer parce qu'un instant, il est dos à la porte, le suivant, il heurte le vieux fauteuil tout déglingué des Shiranui.
Il laisse Genma le pousser doucement à s'asseoir et il se recroqueville. À aucun moment les doigts entre les siens ne le lâchent.
À aucun moment, il ne desserre sa prise.
Le silence s'installe entre eux. Raidou n'est pas prêt à le rompre tout de suite. Genma ne parle pas beaucoup, de toute façon. Namiko s'en inquiète. Les quelques fois où elle est restée seule avec le jeune homme, elle lui a décrit son petit frère d'avant la guerre.
Un étranger au rire et au sourire facile. Un peu paresseux. Trop malin pour son propre bien. Un peu impertinent, aussi…
Raidou ne sait pas trop ce qu'elle attend de lui. Il n'est pas magicien. Il ne peut pas ramener le Genma d'avant. Peut-être que la jeune fille veut que quelqu'un d'autre qu'elle se souvienne de l'enfant que son frère était ? Avant.
Mais, en cet instant, le jeune homme n'est pas prêt à penser aux autres. Il ne comprend même pas pourquoi il se met dans un état pareil. Ce ne sont que des cicatrices. Il n'a pas à en avoir honte, elles témoignent de sa présence sur les champs de bataille.
Il était là pour se battre.
Pour Konoha.
En plus, il n'est même pas coquet, il n'a jamais fait attention à son apparence.
Avant.
Alors, pourquoi ça me touche autant ?
Genma ne dit rien. Il ne le lâche pas non plus. Il ne porte plus son bras en écharpe depuis quelques jours mais Raidou sait qu'il a toujours mal. Vaguement, il se demande quelle main il tient ? Si c'est son bras blessé, ça doit être au mieux inconfortable. Au pire…
Le garçon finit par s'asseoir à ses côtés. Raidou se redresse un peu et se force à ouvrir les yeux. De sa main libre, il se frotte le front. Ses cils et ses joues sont humides. Il se sent vaguement embarrassé. Son cadet tourne la tête, croise son regard et le sentiment de gêne disparaît.
Ici, il peut ne pas se montrer aussi fort qu'il le devrait… Genma sait par quoi il passe. Il se laisse aller dans le fauteuil, son épaule appuie contre celle de Raidou. Elle l'ancre dans la réalité.
Il est ici. En sécurité.
C'est important de se le répéter. La présence des cicatrices ne lui paraît plus aussi importante.
En-dessous, c'est toujours lui.
