Hermione devait reprendre le travail ce matin-là. Lorsque son réveil sonna, elle s'autorisa quelques minutes de répit et songea aux quelques jours qui s'étaient écoulés. Beaucoup de choses avaient changé. Notamment le fait de vivre en colocation avec la personne qu'elle jugeait il y a peu comme la plus odieuse de la création. Quelques jours suffisent parfois à bouleverser un ordre pourtant bien établi.

Hermione s'étira paresseusement et constata qu'elle devait se dépêcher si elle ne voulait pas être en retard. Pour une fois, elle serait bien restée chez elle, lovée sur son canapé avec ses amis. Et Malefoy. Elle secoua la tête pour chasser cette pensée saugrenue et se leva, prenant garde de poser le pied droit au sol en premier – elle croyait toujours à la véracité des proverbes moldus.

Un bruit étrange l'interpella tandis qu'elle se préparait. L'œil droit toujours vierge de maquillage, elle déboula dans le salon. Malefoy, des écouteurs vissés aux oreilles, courait à un rythme soutenu sur un tapis de course rutilant, torse nu. Hermione senti sa mâchoire inférieure se décrocher et s'attendait presque à devoir la ramasser par terre lorsque Drago, se sentant observé, releva la tête.

« Bonjour Granger ! s'écria-t-il, la faisant sursauter.

- … Bonjour Malefoy, parvint-elle à articuler.

- Tu as un problème au visage, non ? demanda-t-il en hurlant à moitié. »

Hermione se boucha les oreilles dans un geste enfantin et Drago arracha ses écouteurs, lui faisant une grimace désolée.

« Cesse de me regarder comme ça, c'est gênant ! fit-il d'un air faussement choqué. »

Hermione, agacée d'être prise en défaut, lui fit un geste grossier qui lui était peu coutumier, et retourna se préparer. Malefoy était beaucoup trop bien proportionné. Elle l'avait admiré d'un point de vue purement esthétique, comme on admire une statue dans un musée. Rien de plus.

Lorsqu'elle retourna au salon, Malefoy avait cessé de galoper sur place et s'était attablé, une serviette autour du cou, pour boire un verre d'eau.

« Tu as fini tout le café ? demanda Hermione tout en connaissant parfaitement la réponse.

- Tu as oublié d'en acheter, lui répondit-il, parfaitement de mauvaise foi. »

Hermione reposa la cafetière vide d'un coup sec et attrapa sa baguette d'un geste rageur. Drago sursauta, pensant sans doute qu'elle allait s'en servir contre lui, mais se reprit rapidement et tenta une dernière provocation.

« Ramène du whisky en rentrant. Et des cigarettes. Pas des moldues hein ! »

La porte claqua sous le regard satisfait de Drago. Au fond, les choses restaient identiques. Il ne tenait pas tant que ça à laisser la jeune femme pénétrer dans son espace. Les choses allaient un peu trop loin à son goût. Professionnel, voilà ce qu'il devait être.

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Hermione passa une grande partie de sa journée à mettre à jour ses dossiers en retard, à se plaindre de Drago auprès de Blaise étant donné qu'Astoria ne voulait pas en attendre parler, et à réceptionner des hiboux en provenance du ministère. En effet, Ron était au bord de la crise de nerf et demandait sans cesse à Hermione des conseils pour se débarrasser de Rogue, qui à l'entendre rendait sa vie impossible.

« Hermi, tu ne vas jamais le croire, mais il vient d'envoyer dans mon bureau un elfe de maison atteint de diarrhée intempestive. »

Hermione rit doucement et fit parvenir à Ron un flacon de potion gastrique de toute urgence par coursier. Blaise, qui l'avait surprise, leva un sourcil d'un air circonspect.

« Drago est malade ? grimaça-t-il d'un air dégoûté qui arracha un sourire à Hermione.

- J'aimerais bien, mais non. Il se porte comme un charme.

- Tu me rassures, parce qu'il m'a invité ce soir pour regarder la quotidienne des Serpentards à Mykonos.

- Invité ? Tu veux dire, chez moi ? »

Blaise sembla réaliser qu'il avait commis un impair, puisqu'il eut un sourire gêné et haussa les épaules.

« De mieux en mieux, râla Hermione. »

Son après-midi de travail se transforma en soirée de travail, et bientôt elle fut seule dans les bureaux, rattrapant la montagne de travail qu'elle avait en retard. Seule une migraine atroce, souvenir de son agression, pu la décider à transplanner jusqu'à chez elle. Malheureusement, le spectacle qui l'attendait dans son salon n'était pas de ceux qui calment les nerfs.

Sa table basse était recouverte de détritus en tous genres, cartons à pizza, canettes de biéraubeurre, et sachets de chips. Quatre garçons, parmi lesquels Blaise, Harry, Ron et Malefoy était vautrés sur SON canapé, riant à gorge déployée, et se fichant pas mal d'avoir mis SES coussins par terre. Depuis quand étaient-ils amis ? En les voyant rire comme des baleines, un novice aurait pu croire qu'ils étaient très proches. Même Ron avait l'air détendu. Pire encore, un nuage de fumée de cigarette planait au-dessus du groupe. Et le comble, le détail qui fit basculer Hermione dans un état de névrose incontrôlable, c'était les pieds de Malefoy appuyés ostensiblement sur le panier du regretté Pattenrond. C'en fut trop pour Hermione, qui vit rouge et se précipita vers Malefoy pour récupérer le panier.

« Eh ! protesta celui-ci.

- Espèce de sale raclure de bidet ! Qui t'a permis de transformer mon appartement en garçonnière puante et bordélique ? Et PIRE, qu'est ce qui t'as laissé penser que tu pouvais fouiller dans les affaires de Pattenrond ? hurla Hermione, agitant les bras en l'air. »

Elle était si furieuse que les autres ne pipèrent mot et attendirent la réaction de Drago, qui gardait cet air goguenard vissé au visage.

« Pattenrond, c'est bien ton chat qui est mort, non ? »

Ron fit mine de se tirer une balle dans la tête. Malefoy était définitivement perdu, cette fois. Hermione n'avait jamais accepté la mort de son chat, c'était un fait établi dans leur groupe d'amis et ils évitaient soigneusement d'aborder le sujet.

« SORS D'ICI ! s'exclama Hermione, ses yeux lançant des éclairs.

- Pardon ? demanda Malefoy, l'air sincèrement surpris.

- SORS D'ICI, STUPIDE CANCRELAT ! brailla-t-elle de plus belle, le frappant avec le panier de Pattenrond. »

Malefoy essayait de parer les coups mais il semblait dépassé par les évènements, et quêtait de l'aide auprès des autres en leur lançant des coups d'œil paniqués.

« Herm', calme toi, essaya de la raisonner Harry d'une voix qu'il voulait apaisante.

- La ferme, faux-frère ! hurla-t-elle sans cesser de frapper Malefoy, qui se réfugiait vers la porte d'entrée.

- Harry a raison, où veux-tu qu'il aille ? Il doit rester discret ! plaida Blaise.

- JE M'EN FICHE ! SORTEZ TOUS ! SORTEZ ! »

Hermione était tellement hors d'elle, et avait si clairement perdu l'esprit – au moins momentanément – que tous obtempérèrent sans discuter plus. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, ils se retrouvèrent tous les quatre sur le palier, et Hermione claqua définitivement la porte. Folle de rage, elle entreprit de jeter tout ce qui trainait dans un grand sac poubelle, faisant un bruit d'enfer, puis ses yeux se posèrent sur le panier de Pattenrond et elle s'effondra au sol, en larmes. Elle avait bien conscience de faire une crise d'hystérie. Elle se sentait hors de contrôle, épuisée, à bout de nerf, et penser à son pauvre chat lui permit de libérer quelque peu la pression. Elle sanglota comme un bébé pendant de longues minutes, prostrée au sol. Quand elle rouvrit les yeux sa haine pour Malefoy était un peu retombée, mais un détail la raviva : l'insoutenable odeur de cigarette qui emplissait son appartement. Elle se leva prestement et ouvrit la baie vitrée en grand, en profitant pour sortir sur sa terrasse absorber un peu d'air frais.

Appuyée à la balustrade, elle laissa le vent frais du mois de décembre sécher ses larmes. Ce moment de répit était le bienvenu. Petit à petit, sa respiration se calma et son cœur reprit un rythme normal. Elle frissonna légèrement et allait rentrer lorsqu'une touffe de cheveux blonds attira son attention. Elle tourna vivement la tête, et constata avec effroi que Malefoy se tenait sur la terrasse voisine, et qu'il la regardait d'un air inquiet.

« Qu'est-ce que tu fais là ? Qu'as-tu fais à mon voisin moldu ? paniqua-t-elle, la voix toujours plus tremblante.

- Tu n'es pas en état d'entendre la réponse, répondit-il en secouant la tête. Retiens juste que JE suis ton nouveau voisin. Tadam ! reprit-il en ouvrant les bras en grand.

- Oh mon dieu Malefoy, tu as tué mon voisin ? s'étrangla-t-elle, une main devant la bouche. »

Drago leva les yeux au ciel.

« Ça me blesse que tu penses que je sois capable de faire ça. »

Voyant qu'elle le fixait toujours d'un air épouvanté, il décida d'arrêter de la torturer et lui avoua la vérité : « Je lui ai lancé un petit sort de confusion et il s'est soudain rappelé qu'il devait aller passer quelques mois chez sa sœur, en Uruguay.

- Tu es un monstre, Malefoy, décréta Hermione après réflexion. »

Elle regagna son appartement et referma la porte derrière elle. Maintenant qu'elle s'était un peu calmée, elle regrettait son emportement. Pas contre Malefoy, ce crétin l'avait bien mérité, mais contre les autres. Elle termina de ranger d'un coup de baguette et se pencha vers le panier de Pattenrond, qu'elle caressa du plat de la main. Elle sourit en apercevant un poil orange et le contempla un instant, avant de se gifler mentalement. Quel genre de personne pleure sur le poil d'un chat mort depuis des mois ? Sa présence réconfortante et soyeuse lui manquait, malgré tout. Elle se sentait moins seule avec lui. Brutalement, son appartement lui semblait bien vide. Elle souleva le panier et alla le ranger à sa place dans un placard.

Puis l'imposant tapis de course abandonné par Malefoy attira son regard et elle décida, en signe de réconciliation (même si elle ne lui pardonnait pas d'avoir osé parler de son chat), de le lui rendre. Elle se concentra pour formuler un sort assez puissant pour réussir à l'envoyer dans l'appartement voisin, et quelques secondes plus tard un grand bruit sourd lui apprit qu'elle avait réussi. Les jurons de Malefoy, qui semblait contre toute attente mécontent, ne l'ennuyèrent pas longtemps puisqu'elle insonorisa aussitôt son appartement, et parti se coucher.

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La sensation que quelqu'un la regardait dormir la tira du sommeil au matin. Elle sursauta violemment en constatant que ce n'était pas qu'une sensation : Ginny était assise sur son lit, une poche de croissants à la main.

« Bon dieu Gin', ne refais plus jamais ça ! maugréa Hermione.

- Tu ne me laisses pas vraiment le choix, ces derniers temps. Ce satané Malefoy t'accapare beaucoup trop, se plaint Ginny en s'installant plus confortablement sur le lit de son amie.

- Que vient faire Malefoy là-dedans ? demanda Hermione en attrapant le croissant que Ginny lui tendait.

- Ne fais pas l'innocente. Tu passes tout ton temps avec lui, ou à travailler. Ou à regarder cette stupide émission, grommela Ginny en prenant une bouchée de croissants.

- Tu sais bien que tu es la bienvenue pour la regarder avec nous.

- Ce n'est pas ce qu'Harry m'a dit… Il était inquiet en rentrant à la maison, hier soir. Heureusement que Drago lui a envoyé un hibou pour le rassurer, sinon il n'aurait pas dormi de la nuit. Tu me racontes ? »

Hermione mastiqua sa bouchée d'un air coupable. Elle ne savait pas comment justifier son accès de folie de la veille.

« J'ai pété les plombs, résuma-t-elle laconiquement. »

Ginny hocha la tête, et fit disparaitre les miettes de croissant d'un coup de baguette.

« Et tu vas mieux, maintenant ?

- Je pense. Tu me connais. J'encaisse tout, j'accumule de la tension, et quand la dose est trop importante je finis par imploser. Mais ça va, maintenant que Malefoy n'est plus sur mon dos constamment. Il prenait vraiment ses aises ! Et vas-y que je fouille dans les placards, que j'invite mes potes à fumer des cigarettes à l'intérieur !

- C'est ce que j'ai cru comprendre. Mais il n'est pas parti loin, apparemment. Quand j'ai transplanné sur ta terrasse, je l'ai aperçu en train de siffloter sur celle d'à-côté. Où en est ce problème au sujet du livre qu'il veut que tu publies ?

- Nulle part. Les garçons se sont ligués contre moi, je n'ai pas le droit de le lire tant que je ne suis pas complètement rétablie. Ce qui est stupide, parce que je me sens parfaitement bien.

- Pour une fois, je suis assez d'accord avec eux. »

Hermione donna un léger coup de poing dans l'épaule de Ginny, qui se mit à rire.

« Malefoy t'a expliqué sa présence dans les Serpentards à Mykonos ? »

Hermione resta bouche-bée, comme assommée. Comment avait-elle pu oublier de lui poser cette question, pourtant essentielle ? Avec toutes les occasions qu'elle avait eues, elle n'y avait même pas songé. Comme si c'était normal. Alors que ça ne l'était pas du tout, c'était même incroyablement bizarre.

« Tu ne lui en as pas parlé, n'est-ce pas ? pouffa Ginny.

- Avec cette histoire d'agression, j'ai complètement oublié… »

Hermione n'en revenait toujours pas.

« Tout le monde ne parle que de ça, dehors. Les extraits de ses échanges avec les jumelles Carrow passent en boucle à la télévision. Sans parler de l'épisode d'hier soir, même moi qui refuse de regarder cette bouse de dragon, je n'ai pas pu rester dans l'ignorance.

- Que s'est –il passé dans l'épisode d'hier ? l'interrompit Hermione, soudain bien réveillée.

- Herm', tu es ma meilleure amie et je t'aime, mais tu te doutais bien que je n'étais pas venue uniquement pour t'apporter des croissants. Je venais voir si tu n'aurais pas oublié de me dire un petit truc.

- Un petit truc ? En rapport avec l'épisode d'hier ? Mais enfin, je ne comprends pas...

- Vraiment ? Je m'en doutais. Je te connais, tu m'en aurais parlé si ça avait vraiment eut lieu, répliqua Ginny en se levant.

- Mais de quoi est-ce que tu parles, bon sang ? s'emporta Hermione.

- ...

- Gin', tu en as trop dit ou pas assez, la supplia Hermione en se levant à son tour.

- Va donc demander à ton voisin, moi je dois aller travailler. Je suis déjà en retard.

- Ginny ! Ginny, reviens ici ! »

Mais la traitresse avait déjà transplanné, laissant Hermione pleine d'interrogations. Elle se prépara en vitesse et se précipita chez son ancien voisin moldu, pour toquer comme une forcenée à la porte.

Le bruit caractéristique du tapis de course lui répondit, parfaitement régulier.

« Malefoy ? hurla Hermione, frappant de plus belle. »

N'entendant toujours aucune réaction, elle décida d'entrer. La décoration vieillotte de l'appartement, parsemé de tissus fleuris et de tapis persans, contrastait avec le spectacle du blond qui trottinait sur son tapis high-tech. Hermione alluma la lumière, poussant Drago à se retourner. Il stoppa aussitôt sa course et descendit du tapis en s'essuyant le torse.

« Il ne faudrait pas que m'espionner pendant que je suis torse-nu devienne une habitude, Granger.

- Épargne-moi tes sarcasmes. Je suis venue pour faire la paix.

- Tu plaisantes ? Je te signale que tu as ravagé mon nouvel appartement hier soir en écrasant la moitié du mobilier sous mon tapis de course, l'accusa-t-il en désignant une pile de morceaux de bois dans un coin de la pièce. »

Hermione ouvrit des grands yeux effarés et s'avança vers le tas de bois, qu'elle étudia d'un œil étonné.

« Je ne pensais pas faire autant de dégâts, je t'assure que ça partait d'une bonne intention. »

Malefoy leva les yeux au ciel et se dirigea vers la cuisine, la frôlant de manière provocatrice.

« Yurk, évite de coller ta transpiration sur moi je te prie, gémit Hermione en époussetant son tailleur d'un air théâtral.

- Tu as adoré ça. Ne mens pas ! Je t'aurais bien proposé un café, mais ce drôle de moldu n'en a pas. Il semblerait qu'il consomme exclusivement du thé.

- Un thé m'ira très bien. »

Hermione avait décidé d'être conciliante et d'apaiser les tensions. Sans quoi, jamais Malefoy n'accepterait de lui raconter le fameux épisode des Serpentards à Mykonos de la veille. Hermione roula des yeux, se rendant compte de l'absurdité de cette phrase.

« Pourquoi es-tu venue, Granger ? la questionna Drago en remplissant la bouilloire.

- Pour faire la paix, je te l'ai dit.

- Et la vraie raison ?

- Tu ne me connais pas. Comment peux-tu savoir que je ne te donne pas la vraie raison ? s'offusqua Hermione.

- Si tu te croyais subtile, c'est loupé. »

Hermione soupira et décida qu'il était temps de ravaler sa fierté, et de cracher le morceau. Il allait se moquer d'elle, mais c'était un risque qu'elle était prête à prendre.

« Pourquoi as-tu rejoint le casting des Serpentards à Mykonos ? »

Drago continua à préparer son thé sans répondre. On aurait pu croire qu'il n'avait pas entendu la question si un mouvement imperceptible de crispation ne l'avait pas trahi.

« Tu te lances dans la presse people ? railla-t-il.

- C'est une question que tout le monde se pose, insista Hermione.

- Je sais, répondit Drago en posant sa tasse de thé devant elle. »

Elle contempla un instant les motifs de chatons qui l'ornaient et eut une pensée involontaire pour Ombrage, qu'elle réprima rapidement.

« Et ? poursuivit Hermione, qui ne lâchait pas le morceau si facilement.

- Et quoi ?

- Tu n'as pas répondu à ma question.

- Drôlement perspicace.

- C'est agaçant, cette manie de tourner autour du pot ! pesta Hermione.

- Ce qui est agaçant, c'est que tu viennes m'emmerder avec tes questions dès le matin. SORS DE CHEZ MOI ! pépia-t-il dans une parfaite imitation de son attitude de la veille, avec agitation des bras à l'appui. »

Hermione s'empourpra et repoussa sa tasse.

« Merci pour le thé ».

Et elle sorti en claquant la porte, terminant une fois de plus une conversation avec Drago Malefoy de manière houleuse. Il était insupportable. Par moment, il avait l'air humain, et ils arrivaient à se comporter l'un avec l'autre de manière presque... complice. Et puis brutalement il reculait et se mettait à la titiller en prenant n'importe quel sujet comme prétexte. Hermione était bien consciente de le laisser l'irriter beaucoup trop facilement. Mais c'était Malefoy ! Il avait toujours eu cette sorte de don pour emmerder les gens. Du haut de ses 11 ans, il était déjà capable de terroriser la moitié de Poudlard.

Aussi, lorsqu'elle arriva au bureau quelques secondes plus tard, elle était toujours en pétard. D'autant plus que pour une raison inexpliquée, des journalistes tentèrent de l'assaillir à son arrivée devant le bâtiment de Greengrass Publishing. Hermione fendit la foule sans rien écouter, et monta quatre à quatre les escaliers pour se défouler. Blaise, qu'elle croisa dans le couloir, s'empressa de s'écarter pour la laisser passer, une lueur de crainte inhabituelle dans le regard.

« Je ne mords pas, Zabini, l'informa-t-elle en attrapant son bras pour l'arrêter.

- Oh, je sais, s'empressa-t-il de répondre. »

Hermione le toisa, goguenarde.

« Depuis quand les serpentards sont de tels trouillards ? »

Blaise la regarda d'un air intrigué, et dégagea son bras de son emprise.

« Tu sais Hermione, tu ressembles drôlement à Drago quand tu regardes les gens de cette manière. »

Hermione pris aussitôt un air neutre, réagissant à ses paroles comme s'il l'avait brûlée. Ce qui était un peu le cas. Jamais, au grand jamais, elle ne voulait être comparée à Malefoy. Même par Blaise, qui était clairement en train de se moquer d'elle.

« Je suis désolée pour hier soir, elle avoua piteusement. J'ai perdu les pédales.

- Oui, j'ai cru noter que tu avais légèrement perdu tout sens commun. Mais je suppose qu'on avait un peu abusé de ton hospitalité.

- Mais non, vous n'y êtes pour rien. C'est ce fumier de Drago Malefoy, il me pousse à bout. Il est toujours aussi insupportable, ou j'ai droit à un traitement de faveur ? maugréa Hermione.

- Drago est sarcastique. Son humour se comprend au 6° degré. C'est parfois difficile de s'y adapter mais, tu sais, s'il est aussi pénible avec toi, c'est parce que tu lui fournis de quoi rebondir, lui expliqua Blaise, un sourire en coin.

- Alors quoi, je dois le laisser me manquer de respect ?

- Surtout pas ! intervint Astoria, qui arrivait vers eux avec une pile de dossiers. Si tu ne marques pas ton territoire, il va te bouffer, te piétiner, tout te prendre et rire de toi avec ses copains. »

Hermione et Blaise se contentèrent de la regarder sans rien dire, et Astoria s'empourpra vivement. Elle rejeta ses longs cheveux en arrière pour se donner une contenance et haussa les épaules.

« Je suppose que je me suis un peu emportée. Et en premier lieu, je n'avais pas à écouter. D'autant plus que je vous ai clairement interdit de m'expliquer ces histoires avec Malefoy. »

Hermione posa une main amicale sur son épaule et lui sourit.

« Par contre, je dois absolument vous poser une question qui me taraude depuis hier soir. Pourquoi Drago a annoncé à la télévision qu'il avait couché avec une célèbre Griffondor pendant sa scolarité à Poudlard ? »