Et voilà le 4eme chapitre un peu plus tôt que prévu :).
Merci beaucoup pour vos reviews et vos encouragements qui me font énormément plaisir ^-^ :D J'espère que vous aimerez autant ce nouveau chapitre.
Bisous bisous!
La petite horloge suspendue au mur affichait exactement 6h15, Camus soupira tout en se frottant les yeux. Il s'était endormi peu après le départ de Milo, bien décidé à plier bagages le lendemain l'histoire de la veille avait été trop loin pour son petit cœur encore à fleur de peau. Il avait pris sa décision, il partirait. Le sommeil l'avait alors gagné, l'emmenant loin, très loin de l'appartement miteux dans lequel il se trouvait, dans un monde où il n'y avait ni souris, ni voisin psychopathe. Sauf qu'un bruit l'avait vite ramené sur terre.
L'esprit encore brumeux, Camus avait d'abord pensé que son imagination lui jouait des tours. Mais ça, c'était avant de voir Milo s'avancer dans la pénombre pour s'allonger sur le canapé. Camus n'avait rien dit, il avait juste écouté, et il fut surpris d'entendre que des sanglots étouffés retentirent dans la pénombre. Pourquoi Milo pleurait-il ? Peut-être avait-il passé une mauvaise soirée…De toute façon, Camus se fichait bien de ça, il le méritait. C'était de sa faute toute cette histoire, il ne payait que la monnaie de sa pièce.
Et le français n'était plus parvenu à retrouver la profondeur de son sommeil par la suite, troublé malgré lui par les hoquets de tristesse de son colocataire. Et maintenant il ne dormait plus, déjà. Il s'étira tout en se mettant en position assise tant mieux, il aurait ainsi le temps de faire son sac sans subir le regard suppliant du grec. Il traversa la pièce à pas de loup, avec sa discrétion habituelle. Il se saisit de son sac et commença à y remettre ses affaires, repliant soigneusement son t-shirt de la veille quand son attention se tourna vers un sac de toile. Le sac que Milo avait la veille. Ce fameux sac hors duquel il avait vu pendre une menotte. Il s'approcha, hésitant à fouiller l'intérieur, tiraillé entre sa curiosité et le respect de la vie privée de l'autre, qu'il avait lui-même choisi d'établir.
Tant pis pour sa bonne conscience, il fallait qu'il sache. Il fit un pas de plus vers l'objet de sa convoitise, déjà tout tremblant à l'idée de se faire démasquer par Milo, si par malheur il était réveillé. Mais il voulait vraiment savoir. Son bras se tendit vers le sac, presque machinalement, tout comme sa main se posait déjà sur une des lanières, prête à l'ouvrir. Mais qu'était-il en train de faire ? Avait-il vraiment le droit de s'immiscer ainsi dans la vie privée de Milo, sous prétexte qu'il avait été blessé ? Non. Même la plus grande tristesse n'aurait pu excuser l'acte qu'il allait commettre. C'était la vie privée de Milo, et il n'avait pas à s'en mêler. Le grec n'avait pas insisté lorsqu'il lui avait fermé les portes de son cœur, refusant de lui parler de Shura. Il n'avait pas le droit de faire ça.
Il avait finalement rendu les armes, enterrant sa curiosité sous un champ de honte. Il avait presque failli trahir son propre pacte. Les idées remises en place, il avait bouclé son sac, se dirigeant déjà vers l'entrée pour y déposer un mot à l'attention de son colocataire il ne voulait pas s'en aller comme un voleur. Ou du moins, c'était ce qu'il avait prévu de faire. Oui, mais ça c'était avant de tomber sur le corps recroquevillé et frissonnant de Milo, offert à la brise du matin. Son regard détailla un instant le visage crispé du grec, comme s'il renfermait une profonde douleur. Douleur qu'il parvenait à masquer parfaitement sous ses gestes maladroits et ses sourires enfantins, mais douleur qui existait, Camus en était certain.
Ses yeux s'arrêtèrent un instant sur ses lèvres, légèrement tuméfiées. Que lui était-il arrivé ? Et si Milo avait réellement des problèmes ? Camus aurait voulu être comme tous ces hommes qui partent sans se retourner, sans l'ombre d'un regret. Il aurait voulu pouvoir oublier tout ce qu'il avait entendu, tout ce qu'il avait vu et s'en aller. Trouver un nouveau colocataire et tourner une nouvelle fois la page, sans remords, sans un dernier regard pour le jeune homme charmant qui lui avait ouvert sa porte sans rien lui demander. Parce que c'était vrai Milo ne savait rien de lui. Il l'avait accueilli sans même savoir à qui il avait à faire. Et Camus le jugeait déjà, après à peine une journée de cohabitation. Qui donc était-il pour agir de la sorte ?
Alors non, Camus savait déjà qu'il ne pouvait plus partir. Il voyait au loin son ami courage se faire la malle en dansant la macarena, comme il ne pouvait plus détourner son regard de la lèvre tuméfiée. Il ne pouvait plus partir. Il était foutu. C'est donc en soupirant qu'il déposa son sac devant l'entrée, attrapant un plaid étendu au pied de son lit pour le poser sur le corps tremblotant de Milo. Et un sourire attendri prit place sur ses lèvres comme il ronronnait de bien être tout en se pelotonnant sous la couverture. Il était mignon, quand il dormait. Avec ses longs cheveux bouclés qui tombaient en cascade sur ses épaules et une main qui frottait doucement son nez de temps à autre.
Le français finit par secouer la tête, sortant ainsi de sa contemplation. Il voyait parfaitement ce traitre de Cupidon planqué derrière le rideau, une flèche déjà braquée sur lui. Mais il était hors de question qu'il se fasse avoir, cette fois. Le chapitre Shura lui avait servi de leçon pour les dix prochaines années. Cupidon avait intérêt à avoir beaucoup de patience et de ruse en réserve s'il voulait le toucher, cette fois. Il avait besoin de prendre l'air, pour réfléchir à tout ça et surtout, pour effacer toute onde de colère qu'il pouvait encore ressentir envers son colocataire. S'il voulait vraiment rester, il aurait besoin de faire disparaître chaque pensée négative qui l'habitait. Un petit jogging matinal lui ferait le plus grand bien !
Lorsque Milo se réveilla, un sentiment de solitude pesait sur son cœur. Il n'avait rien oublié de la veille.
-Camus ?
Repoussant le plaid sur ses cuisses, son regard fit le tour de la pièce. Vide. Le lit était refait, mais le français avait disparu. Volatilisé. Milo enfouit son visage entre ses mains, se répétant inlassablement qu'il était un imbécile, qu'il avait tout gâché. Il n'était définitivement pas fait pour les relations humaines juste bon à baiser. A croire qu'il était né pour ça, satisfaire des hommes mariés en manque de sexe, plus des animaux que des hommes, en fait. Et pour une fois qu'il tombait sur quelqu'un de civilisé, d'agréable et de très mignon, il fallait qu'il le fasse fuir. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui, bon sang ? Ou était le livre ''les relations pour les nuls'' qu'on avait zappé d'intégrer à sa mémoire ?
Il grimaça : il venait de se mordre la lèvre inférieure. Portant son doigt jusqu'à sa blessure, il se remémora la nuit passée. Il était encore tombé sur un homme exigeant et sadique, dont le rêve le plus fou était l'amour sauvage, lui qui était en couple avec un homme de douceur. Et évidemment, c'était Milo qui avait payé. Il soupira tout en s'extirpant nonchalamment des draps. Il voulait s'endormir et ne plus se réveiller, partir pour une vie meilleure, peu importe où, mais ne plus devoir endurer ça.
Ses craintes se confirmèrent lorsqu'il aperçut le sac de Camus dans l'entrée il allait bel et bien partir, ce n'était qu'une question de temps. Au moins pourrait-il s'excuser une dernière fois, lui dire à quel point il aurait aimé que ça se passe autrement, à quel point il aurait voulu le connaître mieux. Il était prêt à lui offrir toutes les souris du monde si seulement cela pouvait retenir le français un peu plus longtemps. Juste un peu, juste pour qu'il puisse lui montrer qu'il n'était pas l'être paranoïaque de la veille. Mais c'était impossible, n'est-ce pas ? Camus s'en irait, comme tous les autres.
Bien loin de toutes ces considérations, Camus faisait son jogging. Il avait découvert un petit parc tranquille, comme il les aimait. Il pouvait pleinement se ressourcer, ici, loin du brouhaha de la ville. Il adorait le sport, c'était une sorte d'exutoire pour lui il partait toujours courir lorsqu'il était stressé, qu'il avait une décision importante à prendre ou qu'il se disputait avec Shura. Certains écrivaient, d'autres se mettaient en colère et Camus, lui, courait.
Ça lui faisait un bien fou de se vider l'esprit. Depuis sa rupture, il ne s'était pas retrouvé seul un seul instant. Aphrodite n'était jamais loin de lui, à lui raconter mille et une choses qu'il ne comprenait jamais, simplement dans le but de lui faire oublier sa séparation. Et puis il y avait eu Milo, son déménagement, une journée de cohabitation houleuse et cette nuit pénible. Bref, il n'avait pas été tranquille une seule seconde. Et sa solitude lui manquait. Il prenait conscience d'avoir étouffé sa liberté, sa personnalité introvertie pour Shura, se forçant à l'accompagner aux soirées, à rire aux blagues débiles de ses amis. Oui, il avait changé.
Perdu dans ses pensées, il ne vit pas que sa course déviait dangereusement sur la droite, jusqu'à ce qu'il percute un passant de plein fouet.
-Wow, je suis désolé, je ne regardais pas où j'allais, s'excusa-t-il aussitôt.
-L'homme tourmenté ne peut choisir la route qu'il souhaite suivre.
-Pardon ?
Il releva la tête, plantant son regard sur l'homme qui lui faisait face. Il se demandait sur quel spécimen il était encore tombé, il fallait être complètement fou pour parler ainsi. Le jeune homme avait une fine silhouette élancée et une longue chevelure couleur d'or lui tombait jusqu'au creux des reins, lui donnant un air un peu hautain. Impression qui était accentuée par les lunettes de soleil opaques posées sur son nez, lui masquant ainsi totalement la vue.
-Mais n'aie crainte. Bouddha te remettra sur le droit chemin, il te suffit de t'adresser à lui.
Un illuminé, voilà ce qu'il était. Camus était persuadé que celui-là faisait partie d'une secte dans le genre super-puissante. Une secte qui vous fait un lavage de cerveau en proférant de belles paroles sur l'existence d'une soit disant divinité prête à voler à votre secours à toute heure du jour ou de la nuit. Divinité qui, il fallait le souligner, prenait la poudre d'escampette au moindre problème. Camus ne croyait absolument pas à toutes ces salades. Où était bouddha quand Shura avait ramené Dokho chez eux ? Certainement sur une plage aux Bahamas, sirotant un jus de fruits frais et se délectant du mélodrame qui lui servait de vie comme on se délecte d'une série à l'eau de rose le dimanche soir, quand il n'y a rien d'autre à regarder.
-Je ne pense pas que bouddha soit vraiment en mesure de m'aider.
-Tu ne dois point laisser ta foi s'altérer. C'est l'unique chemin capable d'assurer le salut de ton âme.
Comme s'il restait quelque chose à sauver chez lui. Bouddha avait raté un épisode, il arrivait trois jours trop tard. Il était vraiment tombé sur un drôle d'oiseau. C'était toujours à lui que ça arrivait, il commençait même à se demander s'il n'était pas sur une planète martienne, entouré de petits hommes verts qui avaient revêtu une apparence humaine pour le duper. Non, il devait définitivement arrêter de regarder X-files.
-Shaka ! Shakaaaaa !
Camus se demandait qui était ce garçon aux cheveux lilas qui gambadait vers eux en agitant les bras en l'air, faisant de larges signes.
-Enfin je te retrouve, haleta-t-il en s'appuyant sur l'épaule de l'illuminé, qu'est-ce qui t'a pris de disparaître comme ça ?
-Bouddha me destinait à une autre mission, Mu. Le devoir n'attend pas, même pas un être de ton grade.
-Bouddha hein ? Ce serait quand même bien qu'il prévienne à l'avance, avant de t'envoyer exécuter je ne sais quelle entourloupe.
C'est le moment que choisi le blond pour se dégager de l'étreinte, lui envoyant certainement un regard incendiaire par-dessus ses lunettes de soleil noires.
-Ne parle pas du maître tout-puissant ainsi, Mu ! Ton âme sera damnée.
Le jeune homme roula des yeux, tout en minaudant de plates excuses auprès de son petit ami. Il n'avait pas voulu le blesser dans son orgueil. Il n'était qu'un simple disciple, il avait encore beaucoup de choses à apprendre et il comptait sur Shaka pour lui permettre d'atteindre l'illumination. Et c'était le mot. Camus hallucinait de plus en plus, c'était vraiment lui qui devait avoir un problème. Qu'est-ce que c'était que cette histoire de mission, encore ? Comme s'il existait réellement quelqu'un capable de diriger leur vie ! Si c'était vraiment le cas, ça devait être un beau connard, pour lui avoir fait subir tout ça !
-Bon…si tu en as fini avec bouddha, peut-être qu'on pourrait enfin aller boire quelque chose ? Je te rappelle que tu m'as sorti du lit pour ton pèlerinage, on peut passer du temps ensemble, maintenant ?
-Mu, la soif n'est qu'une illusion, un sentiment absurde et secondaire. Mais soit, je pardonne tes erreurs de parcours, allons boire un verre d'eau.
Il n'en fallait pas plus au jeune homme à la chevelure mauve pour s'illuminer. Enfin, Shaka sortait de son délire divin, il allait pouvoir profiter un peu de son petit ami et non pas d'un pseudo disciple bouddhiste.
-Ceci te sera utile, dit tout de même l'indou en tendant une petite carte à Camus, je donne des cours de yoga.
Et il tourna les talons, toujours avec la même allure pleine de grâce et de grandeur, Mu sur les talons, lui demandant de l'attendre, en vain.
Camus tourna alors le petit morceau de carton qu'il tenait dans sa main gauche : ''Le sanctuaire de Shaka, ouvrez votre esprit à l'éveil''. La bonne blague. Comme s'il réussirait à ouvrir son esprit avec quelques girouettes. Ces deux types étaient définitivement bien trop bizarres pour son esprit rationnel. Fourrant la carte dans sa poche, il se dit qu'il était peut-être temps pour lui de faire face à la réalité des choses et à rentrer chez Milo. Il devait être mort d'inquiétude.
Les jambes repliées contre son torse, la tête posée sur ses genoux, Milo fixait la porte. Cela faisait plus de deux heures qu'il était éveillé, et il n'avait toujours aucune nouvelle de son colocataire. Il commençait même à se demander si Camus ne lui avait pas laissé ses vêtements par pitié, pour lui payer le mois qu'il était censé passer avec lui. Alors qu'il avait perdu tout espoir, déjà prêt à aller se pendre au lustre du salon, la porte s'ouvrit.
Milo bondit sur ses deux pieds, il n'arrivait pas à croire que Camus était bel et bien en face de lui, là, plus beau encore que la veille. Enroulant ses doigts autour du bord de son t-shirt, le grec lui lançait de petits regards furtifs, cherchant désespérément comment s'excuser. Il avait pourtant préparé son discours, il le connaissait même pas cœur mais là, devant lui, il oubliait toutes les jolies phrases qu'il avait préparées.
-Bonjour, finit tout de même par dire le français, voulant mettre fin au supplice de son colocataire.
-B-Bonjour, murmura Milo, où est-ce que tu étais ? Je…je me suis inquiété.
-Je suis simplement allé prendre l'air. Et j'ai acheté le petit déjeuner.
En effet, sur le chemin du retour, Camus avait un peu culpabilisé d'avoir laissé Milo tout seul, sans même un mot d'explications. Il s'était alors dit que quelques croissants pourraient effacer sa fuite et rétablir un bon contact entre eux. Après tout, les pâtisseries adoucissaient les cœurs.
-Attends Camus, le rappela le grec comme il voulait aller au coin cuisine, je suis…je suis encore vraiment désolé, pour l'accident d'hier. Je n'ai pensé qu'à moi. Je sais que rien ne pourra réparer ce qui s'est passé, mais je voulais encore m'excuser. Je comprends que tu t'en ailles, je suis juste un idiot, comme d'habitude, un raté et…
-Hé, calme-toi.
Camus avait rêvé de ces excuses, de ce moment où Milo reconnaîtrait sa faute, où il reconnaîtrait sa bêtise, mais il ne pensait pas que les choses iraient si loin. Il voulait le faire réfléchir et voilà qu'il se retrouvait avec un Milo totalement détruit, qui se plaçait plus bas que terre.
-C'est vrai que j'ai très peu apprécié ce que ton ami et toi avez fait hier. C'était cruel et méchant, mais je ne suis plus fâché. J'ai peut-être réagi un peu excessivement, mais tout va bien maintenant. Je ne t'en veux plus, et je ne vais pas m'en aller.
Il avait murmuré ses paroles, comme on parle à une enfant pour le calmer lorsqu'il a peur la nuit et qu'il est persuadé qu'un énorme monstre est caché sous son lit, prêt à le dévorer. Et c'est ce que Milo était à cet instant : un enfant totalement désarmé, effrayé par la situation.
-Je ne pars pas, répéta Camus pour bien lui faire comprendre sa phrase. Je reste ici, avec toi.
-Tu…tu restes ? Vraiment ?
-Oui, vraiment. Et si on allait déjeuner ?
Milo acquiesça, un léger sourire aux lèvres. Camus ne partait pas. Il restait avec lui. Et il avait même amené le petit déjeuner ! Il se dirigea vers la salle-de-bains, histoire de se passer un peu d'eau sur le visage et c'est là qu'il le vit : son sac de travail ! A la vue de tous et surtout, à la vue de Camus. Milo se mit à paniquer : et si le français avait tout découvert, qu'allait-il penser de lui ? Peut-être qu'il restait juste pour ça, pour profiter de son corps. Il se jeta presque sur le sac comme il entendait les pas de Camus approcher et, lorsque le visage du français passa l'encadrement de la porte, il tenta de dissimuler le sac derrière ses jambes.
-C'est prêt, si tu as faim…
-Oui j'arrive. Dis donc Camus, est-ce que tu aurais…trouvé quelque chose qui m'appartient, ici ?
-Si tu parles du sac qui tu caches derrière toi, oui je l'ai vu. Mais je n'y ai pas touché, si ça peut te rassurer. Je ne suis pas une fouine.
Milo sourit en imaginant le français avec un long museau pointu et de petites oreilles courtes. Non, cela ne lui allait vraiment pas. Et de son côté, Camus venait de se tirer d'un fameux pétrin grâce à sa comparaison débile. Aurait-il vraiment eu le courage d'avouer à Milo qu'il avait presque céder à la tentation de fouiller ? Certainement pas !
-Dépêche –toi de venir déjeuner. J'ai eu une très bonne idée pour éloigner les souris tout en douceur de ton appartement.
-Oh Camus, regarde celui-là comme il est mignon !
Traîné depuis plus de vingt minutes dans la petite animalerie par une Milo surexcité, Camus avait vu défiler sous ses yeux des chats de toutes les couleurs et de toutes les formes. Mais depuis quelques instants, Milo campait devant une petite boule de poils tigrée aux grands yeux bleus. Mais quelque chose clochait : le chaton était isolé et à un prix plus bas que les autres, et cela perturbait le rationnel et pointilleux français : peut-être que l'animal avait la rage, ou qu'une bactérie cannibale avait pris possession de son corps, rendant le chaton incontrôlable.
-Excusez-moi, demanda-t-il finalement, pourquoi est-ce que ce chat est moins cher que les autres ?
Le vendeur se retourna, lui lançant un regard insistant pendant quelques secondes, avant de finalement lui répondre en haussant les épaules :
-Il est né aveugle. Une chance qu'il soit arrivé ici entier ! Il ne vaut pas grand-chose, et s'il n'est pas vendu pour la fin de semaine et bien…nous devrons lui réserver…un autre sort.
A ces mots, le français vit Milo redresser la tête, une lueur de détermination outrée dans ses jolies prunelles dorées. Et cela ne présageait rien de bon, Camus le savait. Il sentait la tempête arriver comme le nez d'un lapin frétille sous l'odeur d'une carotte fraîche.
-Espèce de monstre ! Comment osez-vous faire ça à un si petit être ? C'est décidé Camus, c'est lui que je choisi.
Et Camus roula discrètement des yeux : premièrement, Milo était bien mal placé pour traiter cet homme de monstre et deuxièmement, ils étaient venus ici pour trouver un moyen plus ''humain'' d'éloigner les souris, pas pour faire la charité.
-Milo, ce chat est aveugle, comment veux-tu qu'il chasse la moindre souris ?
-Je m'en fiche, on trouvera un autre moyen, mais on ne peut pas le laisser ici, c'est lui qu'il nous faut !
-Milo…
-S'il te plaît Camus ! Je m'en occuperai bien, c'est promis et je lui apprendrai à reconnaître le bruit d'une souris qui approche. Je n'en veux pas un autre.
Plus il apprenait à le connaître, plus Camus avait l'impression d'avoir en face de lui un gamin rebel en pleine crise d'adolescence. Encore maintenant, il agissait comme un enfant à qui on refuserait un jouet. C'était juste un sale gosse. Agaçant et râleur au possible. Mais Camus savait que s'il voulait avoir la paix, il avait tout intérêt à céder et puis…le grec avait l'air tellement content.
-Bon c'est d'accord, mais je te préviens que si ce chat prend mes pulls pour son panier, j'arrête la colocation ! Il est hors de question que je retrouve un seul poil sur mes vêtements, c'est clair, et ce n'est pas moi qui changerai sa litière.
C'était un peu malhonnête de la part du français de dire ça après tout c'est lui qui avait eu l'idée d'adopter un chat pour éloigner les souris. Mais s'il adorait les animaux, il détestait devoir nettoyer leurs crasses, trouvant cela répugnant au possible. Alors, s'il pouvait jouer avec les sentiments de son colocataire pour arriver à ses fins, il n'allait pas se gêner.
Une légère grimace plus tard, Milo semblait avoir pesé le pour et le contre. Il avait vraiment envie d'accueillir une petite boule de poils toute douce qu'il pourrait cajoler à souhait, alors s'il devait nettoyer pour ça…il était prêt à faire le sacrifice.
-C'est d'accord, capitula-t-il, je m'en occuperai. Oh merci merci Camus, c'était une super idée !
Et Milo tapait déjà frénétiquement des mains en se dandinant comme le vendeur s'approchait pour sortir le petit animal de sa cage. Un enfant. Un tout petit enfant.
-Crapule, Soda, Poussi, Caramel, Tigrou !
Depuis plus d'un quart d'heure Milo, avachi dans le canapé, balançait doucement le chaton au-dessus de son visage en chantonnant de petits surnoms. Il en cherchait un qui lui irait à merveille, un surnom qu'il ne pourrait pas oublier tant il lui irait bien, tout comme il n'avait jamais oublié son vieil ennemi senteur sueur ni la terrible madame grince dents. (1)
-Pustule, Bidule, Chose, Chaussette, Tartine !
Et Camus de répliquer par des petits surnoms de plus en plus débiles. Il aimait bien voir Milo s'énerver contre lui, prétextant qu'il essayait vainement de se concentrer, que le prénom du chaton était important, car c'était son identité pour la vie. Ce à quoi Camus avait répliqué qu'il ne serait pas plus malheureux d'avoir un prénom débile, il y avait bien des tas de personnes qui devaient se coltiner des prénoms affreux, et personne ne leur avait demandé leur avis avant de les appeler Pierre-Augustin ou Marie-Simone.
-Camus s'il te plaît, je suis sérieux.
Le français se dit que, peut-être, il devrait lui aussi chercher un nom pour le chaton il avait mal au cœur de le voir ainsi balloté dans les airs entre les mains de Milo. Son colocataire semblait ignorer que les animaux aussi pouvaient avoir le mal de mer.
-J'ai peut-être une idée, dit-il tout en sauvant le chaton des mains de Milo, prenant place à ses côtés sur le canapé, que dis-tu de Mitsou ? C'est un nom facile à retenir pour lui et pour nous, et puis c'est le nom du chat d'une célèbre actrice et chanteuse américaine. (2)
-Mitsou…Répéta le grec, l'air pensif. Son regard se posa plusieurs fois sur la boule de poils enfouie dans les bras de Camus, avant qu'un immense sourire n'illumine son visage. Mitsou ! Ça me plaît !
Il se pencha alors un peu, laissant ses doigts venir se perdre dans les longs poils de son nouveau compagnon d'infortune.
-Et toi chaton, qu'est-ce que tu en dis ? Ça te plairait de t'appeler Mitsou ?
Les petites oreilles de dressèrent comme l'animal poussait un petit miaulement rauque, apparemment, il aimait ce nom.
Blasé. Camus était blasé. Il avait déjà vu de drôles de choses dans sa vie, il avait déjà croisé des personnes un peu déjantés, voir même beaucoup, et il avait déjà assisté à des évènements pitoyables, mais jamais à ce point. Là, sous ses yeux, Milo était à quatre pattes, tentant d'imiter le bruit d'une souris qui approche, grattant doucement le sol de ses ongles pour faire réagir le chaton.
-Allez Mitsou, attaque, il y a une souris pas loin !
Et Camus se disait que son colocataire aurait tiré une drôle de tête si réellement la petite boule de poils lui avait sauté au visage pour l'attaquer. Il ne manquait plus à Milo qu'une moustache et une queue de rat pour faire une parfaite petite souris d'intérieur, tant il était concentré dans sa mission.
-A toi Camus, dit-il en se relevant, essaie.
-Quoi ? Il est hors de question que je me ridiculise ! C'est toi qui a décidé d'adopter un chat aveugle, je te signale !
Comme si lui allait se mettre à quatre pattes en poussant de petits cris aigus pour un chat ! C'était hors de questions. La dernière fois qu'il avait essayé d'imiter un animal, c'était pour le carnaval, et il se souviendrait encore longtemps des rires hilares de Shura et ses amis lorsqu'ils l'avaient vu débarquer déguisé en opossum. Alors une souris, jamais de la vie !
-Oh allez Camus, soit sympa. Il faudra bien que quelqu'un s'en occupe quand je serai parti travailler.
-A ce propos…Qu'est-ce que tu fais comme boulot ?
Le français avait simplement voulu changer de sujet en apprendre un peu plus sur son colocataire tout en se défilant de jouer le petit rat d'opéra, sauf qu'un long silence gêné lui répondit. Milo s'était littéralement figé suite à sa question.
Il fallait qu'il trouve quelque chose à répondre, n'importe quoi, mais il ne fallait pas que Camus sache, jamais ! Il ne devait pas savoir qu'il se prostituait, c'était hors de question. Toutes les professions nocturnes possibles et imaginables défilaient dans son esprit et en une minute à peine, il était devenu agent secret, dompteur de hiboux et braqueur de banque. Sauf que rien ne tenait la route, et il n'était pas certain d'annoncer à Camus qu'il prenait la poudre d'escampette pour aller cambrioler une banque le rassurerait plus.
-Milo ?
-Je…je suis…je fais la plonge dans…dans un bar !
C'était sorti tout seul, sans qu'il ne prenne le temps de réfléchir aux conséquences de ses paroles. Faire la plonge, c'était parfait et puis, Camus n'aurait jamais idée d'aller vérifier si oui ou non ce qu'il disait était réel.
-Oh…
De son côté, Camus se demandait comment son colocataire pouvait bien faire la plonge à coups de menotte, mais il ne posa pas plus de questions. A vrai dire, il n'était pas certain de vouloir savoir. Il trouvait le grec plutôt charmant, au final, et il ne voulait pas qu'une autre révélation vienne ruiner son intuition.
-Et toi, qu'est-ce que tu fais ?
-J'écris…enfin, j'essaie.
Et c'était vrai Camus avait toujours été passionné par l'écriture et par la grande littérature qui avait bercé son enfance. Shura l'avait poussé à accomplir son rêve, à savoir écrire un livre. Il lui avait promis de l'aider par la suite à le publier, ayant quelques relations dans le milieu. Mais maintenant que tout était fini avec l'amour de sa vie, il avait perdu le goût d'écrire et puis, il n'avait plus aucun espoir de voir un jour son livre au-devant d'une vitrine.
-Qu'est-ce que tu écris, demanda encore Milo, réellement intéressé par la vie et les passions de son colocataire. C'était la première fois qu'il fréquentait une personne qui s'intéressait à autre chose qu'au sexe ou à la drogue.
-C'est assez long à expliquer…
-J'ai tout mon temps.
Milo s'installa sur le canapé, Mitsou toujours collé dans les bras et il indiqua au français la place à ses côtés. D'abord hésitant, Camus finit par le rejoindre.
-Je t'écoute.
-C'est une histoire qui traite de…d'une histoire d'amour un peu particulière.
-De ton histoire d'amour ? Celle avec Shura ?
-Oui…
La réponse de Camus n'était qu'un souffle. Oui, s'était encore une fois Shura qui l'avait inspiré il était sa muse. Son idylle lui avait donné un nouveau souffle de vie, l'énergie et la passion nécessaire d'écrire. Mais maintenant qu'il n'était plus là, comment pourrait-il encore trouver au fond de lui assez de sentiments pour continuer ?
-Ça n'a plus d'importance de toute façon. Je n'ai plus la force de rien sans lui, je ne sais même plus quoi écrire. Et je n'ai pas la force de revivre notre séparation, pas encore. Ecrire qu'il m'a trompé ce serait comme…comme avouer que je n'étais qu'une parenthèse dans sa vie, que je n'ai pas été assez bien pour le retenir et…et…
S'en était trop pour lui. Il avait réussi à enfouir au fond de son cœur, derrière son déménagement et l'adoption de Mitsou, l'humiliation qu'il avait subie. Il avait presque oublié à quel point ça faisait mal d'y penser. Il voulait tourner la page, mais il se rendait compte que c'était bien plus difficile à faire. Il n'y arrivait pas. Une larme coula sur ses joues, une unique larme avant de sentir un bras se glisser autour de ses épaules.
Milo le sentit se raidir contre lui comme il l'attirait un peu plus dans ses bras. Il ne savait pas ce qui lui avait pris, mais il ne supportait pas de voir Camus triste. Après tout, c'était son colocataire, il devait le soutenir, tout comme lui l'avait soutenu en lui offrant Mitsou, effaçant ainsi l'ardoise de ses erreurs.
-Je suis désolé Camus, de t'avoir parlé de ça. Mais tu ne dois pas penser des choses pareilles, tu es quelqu'un de bien, de très bien même. Je sais qu'on se connaît à peine mais tu…tu es différent des autres, crois-moi, et si Shura t'as trompé, c'est entièrement de sa faute, c'est lui qui n'était pas à la hauteur, il ne te mérite pas.
Retenant son souffle d'aller s'échouer contre son cou, Camus ne disait mot. Il écoutait simplement Milo lui parler avec tendresse, et les mots qu'il lui disait l'apaisaient beaucoup.
-Je te promets que je ne mens pas, tu es vraiment une personne très bien. Et puis si tu acceptes moi je…je peux t'aider. Je peux t'aider à trouver un éditeur.
-Pourquoi est-ce que tu ferais ça ?
-Tu es mon colocataire ! Et si je peux t'aider, je le ferai avec beaucoup de plaisir.
Et c'était vrai, Milo voulait réellement l'aider à aller mieux, il voulait effacer la tristesse qui prenait possession de ses jolies prunelles océan lorsqu'il prononçait le nom de son ex petit-ami. Il voulait réparer le cœur brisé qui battait dans sa poitrine, il ferait tout pour ça.
-Je vais te trouver un éditeur.
Il le ferait. Il remuerait ciel et terre s'il le fallait, mais il trouverait un éditeur. Même si pour cela il devait se battre contre une armée de tigres à dents de sabre, même s'il devait traverser un océan infesté de méduses à la nage, même s'il devait passer trois jours et trois nuits au beau milieu des dinosaures, il trouverait un éditeur. Pour Camus.
Témoin de leur première alliance, Mitsou ronronnait de plaisir sur les genoux de sa nouvelle maman. C'était comme une promesse qui les liait à présent. Une promesse de prospérité et d'entraide. Une promesse d'amitié et de confiance. Une promesse…d'avenir ?
Et voilàààà :)
(1) Petit clin d'oeil à tous ceux qui ont déjà regardé Jim Bouton une fois dans leur vie x)
(2) Qui a deviné de qui il s'agissait? Petit indice: elle est blonde!
Reviews? *_*
