Comme je l'ai déjà dit, la toile de fond et les trois personnages principaux appartiennent à Rumiko-sensei, les autres sont à moi (je les prête bien volontiers).
Je tiens à m'excuser auprès de tous mes lecteurs pour le temps considérable que j'ai mis à écrire ce 4ème chapitre: entre mon nouveau travail et la panne d'inspiration (tenace en plus, plus de 6 mois sans rien écrire), je dois avouer que ça a été très difficile, mais enfin j'en suis venue à bout. Je tiens aussi à vous rassurer, je tiens beaucoup à cette histoire et je la finirais, je sais trop ce que c'est de se rendre compte qu'une histoire qu'on a appréciée ne sera jamais finie.
pour répondre aux reviews (même tardivement :)):
Nahilliam : merci beaucoup pour ta review qui m'a fait très plaisir. Pour répondre à ta question Rin au début de cette histoire a environ neuf ans, mais son évolution sera progressive et l'on ne fera pas directement un bon de quinze ans. Comme je l'explique brièvement dans le résumé, cette histoire mijote depuis prés de cinq ans, j'ai vraiment eu et pris le temps d'y réfléchir, et elle sera plutôt complexe. J'espère avoir répondu à ta question et que le chapitre qui va suivre te plaira, (même après toute cette attente).
Cynthia : merci pour tes gentilles reviews, elles me font très plaisir car j'avais peur que mon développement de l'histoire ne plaise pas. Toi, tu apprécie, j'en suis ravie. Je fais au plus vite pour le chapitre 4 mais je lis des fanfics depuis un certain temps et j'essaye que, quitte à prendre un petit peu plus de temps, ma fic ne ressemble pas à ce que j'ai vu de pire en terme de forme..., (enfin 1 ans et demi pour un chapitre j'abuse).
Sue : merci beaucoup pour cette review. Je dois dire que j'avais peur de trahir les personnages en les faisant évoluer dans cette histoire. Car effectivement, même si je reconnais que certaines histoires qui changent le caractère des personnages sont très réussies, je préfère personnellement conserver certains traits de leur psychologie qui me semblent importants et sans lesquels je ne les reconnaitrais pas. Et puis tout est question de nuance et de temps… A mon avis, un personnage pour rester crédible, ne peut (sauf gros choc ou autres circonstances exceptionnelles) changer complètement en une journée ou une semaine comme je l'ai parfois lu, à propos de Sesshômaru notamment.
et merci à Manga-over-dose pour m'avoir mis dans ses histoires favorites, ça me fait vraiment plaisir !
Il traversa le ciel comme un éclair, les ailes largement déployées pour que l'air le soutienne dans sa prochaine cabriole. La forêt étalait sous lui sa verdure, les trouées dans la canopée lui amenant par bouffée l'odeur acre des sous-bois. Il prit de la vitesse, calcula au plus juste,…la vrille qu'il exécutât ensuite lui fit frôler la cime des arbres. Décidément, il réussissait de mieux en mieux cette figure, il faudrait bientôt qu'il la corse pour la rendre encore plus spectaculaire.
Il avait toujours adoré voler : il était fait pour ca, il le sentait dans toutes les fibres de son corps. Tester les limites de son corps pendant une de ses figures, lui apportait un bonheur peu commun. L'adrénaline montait, montait, submergeant ses sens, lui faisant oublier soucis, reproches, mal être… Un hurlement libérateur franchit alors ses lèvres. Suivit d'un rire ravi qui ne résonnait quasi jamais quand il était à terre.
Enfin ! Enfin libre pour quelques heures, libre et surtout… seul. Il n'avait jamais compris ce que les autres pouvaient apprécier dans le fait d'être entouré continuellement, de ne jamais se retrouver seul, de tenir compte sans cesse d'un tel et d'un tel, d'être, en bref, constamment aliéné, emprisonné par des liens que l'on ne pouvait couper : les liens sociaux...
Il secoua la tête pour chasser ses pensées affligeantes, enchaina avec un looping, un joli tonneau puis se mis à voler tranquillement, se sentant le cœur plus léger. S'il se fiait à la course du soleil, il lui restait bien deux heures avant qu'on ne vienne l'embêter avec ses obligations. Autant en profiter. Il allait faire un tour du côté est de la forêt, histoire de voir ce qui s'y passait, ce pourrait être intéressant…Enfin, en espérant qu'aucun des deux partis ne se sente d'humeur belliqueuse! Il secoua la tête une dernière fois : cette histoire devenait proprement grotesque.
Sa journée fut certes riche d'intérêt mais aussi de surprise. Ce ne fut en effet aucun des partis en présence qui le désennuya mais un nouveau protagoniste dont il ignorait encore l'importance.
Alors qu'il volait tranquillement en direction de l'est, survolant presque le cœur de la forêt, son œil fut attiré par une brume argentée pour le moins étrange qui s'étirait doucement vers le ciel en des formes bizarres, accompagnée de bruits sourds qui semblaient provenir de plus bas.
Il s'approcha, se servant des courants d'airs chauds pour ne pas faire de bruit avec ses ailes, du point d'où la fumée jaillissait des arbres. Il s'agissait d'une petite clairière, qui devait se situer, si son sens des distances ne le trompait pas, au beau milieu de la forêt. Il savait qu'une amie de sa mère habitait le cœur de la forêt des anciens dieux, mais sa présence discrète n'avait jamais été de nature à le rendre curieux sur ces activités. Cette fois cependant sa curiosité fut piquée. Que faisait elle donc pour que ce filet de fumée bizarre soit apparu soudain ? De la magie ? Non vraiment il lui fallait savoir.
Il décida de se poser. Cependant, ne voulant pas être vu, il s'éloigna de la clairière, avant de se diriger vers la terre en un piqué impressionnant, ciblant un épais fourré derrière lequel il pourrait se cacher. Arrivé à deux mètres du sol, il se releva brusquement, fit s'écarter ses plumes, battit des ailes avec l'angle voulu et se posa en douceur, se servant de ses genoux pliés pour amortir le léger choc. Puis il se dirigea lentement vers les abords de la clairière. Il était aux premières loges pour assister à ce qui semblait intéressant.
Il engloba la scène d'un regard. Autour d'un feu, d'où s'échappait cette drôle de fumée, un petit groupe hétéroclite semblait attendre dans un silence emprunt d'anxiété, seulement troublé par les onomatopées sourdes de la femme. Il reconnu cette dernière: c'était bien elle qui était venue à la grotte s'entretenir avec sa mère quelques années plus tôt. Il retrouvait d'ailleurs, même à cette distance, l'aura de mystère et de force qu'il avait sentit chez elle.
Le reste du groupe lui était inconnu : un youkai vert à la forme de crapaud, un autre aux traits fins et à la longue chevelure blanche, dont il ressentait la puissance dévastatrice et dont le visage froid lui donnait, même à cette distance, un frisson de peur (il eut pendant un instant l'impression que ce dernier l'avait repéré et recula un peu plus dans le fourré) , et une fillette humaine d'environ neuf ans, semblant presque déplacée dans ce groupe, mais dont les vêtements annonçait l'importance.
Un peu en retrait un dragon à deux têtes mangeait tranquillement.
Ce qui le frappa cependant, ce fut les formes humaines qui dominaient le foyer et qui, argentées comme la fumée, devaient en être des émanations. Il y en avait trois et une quatrième émergea tout à coup dans une violente explosion, sans doute le bruit qu'il avait perçu tout à l'heure. La femme continuait à psalmodier ses étranges appels et enfin une cinquième silhouette apparut, suivie de l'explosion caractéristique.
La brume disparut alors brusquement, ne laissant que ces bizarres silhouettes. Elles paraissaient très différentes, dans leur forme comme dans leur comportement. Au nombre de cinq, on les voyait distinctement, d'autant plus que le temps passant elles semblaient se matérialiser de plus en plus.
En effet au bout de cinq minutes, les cinq personnages avaient perdus leur couleur argenté et ressemblaient à n'importe quel tai-youkai, si ce n'est que l'impression de force et de sagesse qu'ils dégageaient était impressionnante.
Les différences perceptibles quand ils étaient fumée, l'étaient encore plus à présent. Il y avait trois femmes et deux hommes.
La femme située au centre du groupe n'était pas belle à proprement parler mais dégageait un charme et une assurance peu égalable. Une magnifique chevelure auburn encadrait un visage trop énergique pour que la beauté y trouve sa place mais dont les yeux verts d'eau, brillants et profonds, étaient le bijou. Vêtue d'un kimono de couleur bleue, très sobre mais élégant, elle regardait tranquillement la petite humaine un léger sourire aux lèvres.
L'homme à côté d'elle était beaucoup plus vieux, portant une longue barbe et de longues moustaches fines. Son visage était ridé mais il avait des yeux très vifs, très mobiles, et d'un bleu profond comme la mer au soleil. Il dégageait cette impression de sagesse teintée de malice propre à certains vieillards. Lui, semblait plutôt intéressé par le youkai aux longs cheveux et le fixait d'une manière presque impertinente.
La deuxième femme, qui se tenait à droite de la première était une jolie jeune femme, plus jeunes que ses deux comparses. Son visage mignon était éclairé d'un petit sourire adorable, petit sourire qui était malheureusement démenti par ses yeux d'onyx noir, durs et froids. Elle semblait regarder dans le vide, peu intéressée par ce qui se passait devant elle. En fait, ses contradictions la rendaient très inquiétante…C'était le genre de personnes auxquelles il ne fallait jamais se fier tant leur caractère instable et leur dissimulation les rendent dangereuses.
A ses côtés, un homme assez jeune dont on pouvait ressentir la fougue et la passion dans son port de tête et sa mâchoire carrée : un guerrier assurément. Ses cheveux mi-long étaient emmêlés, ses yeux perçants étaient fixés sur la femme en noir et semblaient lui parler à elle seule. Son insistance ne semblait d'ailleurs pas la gêner, elle soutenait tranquillement son regard presque incandescent. Il se dégageait de leur échange muet, une impression de familiarité très forte synonyme d'un ancien amour ou de très vieux amis…
La dernière personne était une petite vieille, une obasan on ne peut plus clichée qui se tenait courbée sur son bâton un large sourire de bienvenue aux lèvres. Elle donnait une telle impression de chaleur affectueuse que l'on avait envie de se faire serrer très fort par cette grand-mère idéale, mais sa dignité et sa puissance bien réelle, transformaient bien vite cela en un sourire tendre et un respect sincère.
Ces descriptions aussi longues qu'elles puissent être traversèrent cependant sa tête en quelques secondes. Ensuite la curiosité revint pour peu de temps car il tendit ensuite l'oreille : un dialogue venait de commencer autour du foyer, un dialogue qui semblait-il allait l'éclairer sur la scène qui lui était offerte.
- Nous avons entendu ton appel Chiyuna, de quoi souhaitais-tu nous parler ? S'enquit d'une voix veloutée, la femme qui était apparu la première.
Chiyuna ? Femme qui soigne ? Voilà un titre qu'il ne se souvenait pas avoir entendu dans ses conversations avec sa mère.
- Ais-je vraiment besoin de te le dire ? Tu sais fort bien de quoi il s'agit Kikumini, tu l'as su au moment où tu as croisé le regard de cette enfant, n'est-ce pas ? répondit Chiyuna.
- Eh bien je vois que comme d'habitude tu ne prends guère de gants ! enchaina d'une voix chevrotante et amusée le vieil homme. Nous avons beau le savoir, une présentation en règle n'a jamais tué personne, alors…si tu nous présentais ton successeur en y mettant les formes.
- Il semblerait que tu n'ais pas perdu ton sens de la repartie Hana, mais tu as raison sur ce point.
Et se dirigeant vers l'enfant, elle la prit par les épaules et la fit avancer au devant de ses redoutables éminences.
- Voici Rin, enchainât-elle avec vivacité, mon successeur et la future 50ème Chiyuna.
Alors elle s'appelait Rin… Et de ce qu'il pouvait voir, elle ne semblait pas plus que cela effrayée. Au contraire, un grand sourire aux lèvres elle lança un sonore « Bonjour » à cette assemblée de hauts personnages.
- C'est une humaine, souligna avec une voix morne et froide la dangereuse jeune femme en lui jetant un regard presque méprisant. Cela fit se rétrécir les yeux de Chiyuna et sa voix se fit coupante.
- Effectivement Aji, mais il n'empêche qu'elle remplit toutes les conditions et plus encore. De toute façon, ça n'a, à mes yeux, jamais été un critère. Au contraire, que la puissante Chiyuna la 50ème, ait des origines humaines, voilà qui à mes yeux va réhabiliter le Buzoku Chiyu et lui donner l'impulsion qui l'a déserté depuis prés de 2000 ans. D'ailleurs, poursuivit-elle après une pause douloureuse, ne sentez vous pas tous autant que vous êtes l'énergie qu'elle dégage, cette aura pure et neutre qui irradie autour d'elle ? Elle est la future Chiyuna ! Il y a peu de choses dont j'ai été aussi sûr dans ma vie.
- Ne te fâche pas ainsi Mankai, intervint alors une voix chaude et profonde. Nous ne remettons pas en cause ton choix. En tant que Chiyuna actuelle, tu es la seule à posséder ce pouvoir de décision, nous ne te dénierons jamais cela, mais tu dois admettre qu'il est de notre devoir de soulever ce point particulier qui ne fera que compliquer encore les choses.
La Chiyuna se tourna vers le guerrier qui venait de prendre la parole :
- Je comprends ce que tu dis Shokkaku mais je suis prête à me battre autant qu'il le faut pour que ces complications comme tu les appelle n'entravent en rien l'accession de Rin à cette fonction. Elle est faite pour l'occuper et, mise à part la violence, j'utiliserais tous, et je dis bien tous, les moyens mis à ma disposition…
-Calme toi Chiyuna, intervint d'une voix grave et apaisante la vieille femme. Cette enfant suivra son destin comme nous tous et si le sien est bien de devenir la future Chiyuna, crois bien que nous tiendrons le rôle qui est le nôtre. Pour le moment, si tu nous expliquais précisément qui sont les autres personnes présentes ici ? Puis elle ajouta, jetant un coup d'œil complice au vieil homme : « Hana me semble plus qu'intéressé par ton compagnon tai-youkai… »
- Et qui ne le serait Shikaku ? A sentir une telle force émaner de quelqu'un qui n'est pas l'un d'entre nous… Curieux comme je suis, je serais content d'en savoir plus.
- Voici le tuteur de Rin…
Elle fut interrompue par le tai-youkai aux cheveux blancs et à l'air froid dont l'orgueil ne s'accommodait guère, semblait-il, d'une présentation par un tiers.
- Je suis Sesshômaru, seigneur des terres de l'ouest, fils de l'Inu no Taisho, descendant de l'Inu no Kokuou et héritier de la famille Inu touken.
- L'Inu no Taisho, hein ? rétorqua le vieillard. Je vois… Je comprends mieux à présent pourquoi ton allure et ton aura me semblaient si familières. J'ai croisé ton père il y a des années de cela et j'avoue qu'il m'a à l'époque fait forte impression. Une âme noble comme on en voit peu et un désir de gouverner ses terres de la plus juste des façons pour les humains comme pour les youkais. Je m'explique mieux pourquoi tu t'occupe de la jeune Rin.
Même de là où il était, il put discerner le visage de Sesshômaru, déjà peu avenant, se fermer totalement pour devenir un bloc de glace. Le petit youkai à son côté avait la tête d'une personne qui se sait assise sur un volcan sur le point d'exploser et ne peut rien pour arrêter les choses, de peur que son moindre geste aggrave la situation.
Mais Sesshômaru après un regard assassin au vieux sage, finit par détourner la tête avec une lenteur calculée.
Ce fut alors que celle qu'il savait maintenant s'appeler Chiyuna, profita de l'occasion et, après un petit toussotement gêné, embraya sur la suite des présentations:
- A côté de lui, son fidèle serviteur Jacken-san…
Le youkai vert inclina la tête et murmura :
- Shokou-sama… (mes seigneurs)
- Et enfin, A-Un sa monture et ami de Rin…
Le dragon à deux têtes émit un grognement poli puis se remit à brouter l'herbe verte.
Et bien pour une famille peu commune, c'était une famille peucommune ! Déjà que les couples youkai-humain étaient rares, mais il n'avait aucun souvenir d'un quelconque cas d'une enfant humaine élevée par des youkais… Cela paraissait totalement impossible ! Et pourtant…
Un nouveau silence régna sur la clairière avant que Kikumini ne s'avance lentement vers Rin puis s'agenouille devant elle avec un gentil sourire. La petite fille ne recula pas et les prunelles noisette croisèrent les émeraudes avec leur habituel pétillement de joie. Le sourire de la jeune femme s'agrandit, elle prit dans ses mains les menottes et sans même se retourner lança d'une voix claire :
- « Je suis enchantée de te connaitre Rin, future Chiyuna, je suis Kikumini, une des cinq Senkens.
Senkens ! Elle avait bien dit Senken ! Les Senkens, que seuls les plus puissants mages youkais osaient invoquer tant étaient grandes leur puissance et leur sagesse ? Mais dans quoi était-il tombé ?
- Après cette cérémonie, nous serons appelées à nous revoir souvent. Et j'espère que nous nous entendrons bien. »
- Merci Kikumini-sama, répondit la petite fille de sa voix cristalline.
Elle s'arrêta, regarda avec un léger doute les personnes autour d'elle puis se décida :
- Mais j'aurais aimé savoir, qu'est ce qui se passe pendant la cérémonie ?
- Mankai ne t'a pas expliqué ? demanda la femme qui se relevait avec, dans la voix, une nuance de perplexité…
Ses yeux, plein d'interrogation, rencontrèrent ceux de la Chiyuna et ce qu'elle y lut sembla la satisfaire car elle sourit franchement à la femme et se retourna vers l'enfant.
- Ce qui va se passer mon enfant c'est, pour faire simple, que nous allons t'ouvrir…
Elle avait peine fini sa phrase que tous virent une lame fendre l'air dans sa direction.
Sans un mot, Sesshômaru avait dégainé son sabre et s'apprêtait à intervenir à sa façon pour protéger l'enfant. D'un geste vif de la main, Kikumini réussit cependant à attraper la lame et, regardant son propriétaire dans les yeux, elle lui lança d'une voix sèche un « Il suffit, fils de l'inu no Taisho » qui aurait glacé n'importe qui d'autre.
Mais le youkai continuait à la regarder de ses yeux froids et conservait la pression sur son sabre, toujours muet ; il se servait de son arme pour s'exprimer : dans ce cas précis, c'était un très sévère avertissement.
Il frissonna devant les possibles conséquences catastrophiques de cette situation. Un youkai menaçant une Senken…Pour lui, et toute personne plus ou moins informée, c'était un signe précédant les cataclysmes.
Les autres Senkens restaient cois, déstabilisés par la rapidité des évènements.
Ce fut la vieille Shikaku qui intervint finalement pour calmer les deux protagonistes :
- Arrêtez tous les deux ! Franchement Kikumini, étais tu obligée de t'exprimer d'une façon aussi ambigüe ? »
- Et comment veux-tu qu'elle s'exprime Shikaku ? retentit la voix morne de Aji. Il s'agit bien d'une ouverture, une ouverture spirituelle… A quoi s'attendait-il, à ce que nous éventrions cette enfant et la laissions se vider de son sang ? Elle ne nous serait guère utile alors, une Chiyuna en morceau je vois ça d'ici !
Il n'en croyait pas ses yeux et ses oreilles ! Les plus grands sages de l'histoire des youkais allaient finir par en venir aux mains si personne ne les arrêtai !
La petite voix de Rin retentit les calmant tous instantanément : « Alors je vais être « ouverte spirituellement »… Ca ne va pas faire mal j'espère ? »
Et c'est alors qu'un énorme éclat de rire retentit dans la clairière, chassant les dernières traces de peur et de colère qui pouvait rester. Cette fois les Senkens se tournèrent effarés vers celui d'entre eux qui n'avait jusqu'ici que peu parlé et qui se tordait actuellement de rire, ses longues mèches brunes tressautant sous les hoquets, ses yeux mouillés par des larmes de rire qu'il ne pouvait retenir.
- Shokkaku as-tu perdu l'esprit ? Que t'arrive-t il donc ? finit par s'informer Kikumini d'une voix effarée.
Mais le guerrier l'ignora, trop occupé à calmer son fou rire incontrôlable et une fois calmé c'est à Chiyuna qu'il s'adressa d'une voix encore voilée par le rire:
- Félicitation Mankai… tu t'es surpassée dans le choix de ton héritière! Cette enfant sera un successeur parfait. Je n'ai jamais entendu autant de naïveté et d'esprit d'à propos dans une seule phrase.
Puis les regardant tous d'un œil encore rieur, il embraya :
- Bien, et si maintenant, au lieu de nous donner en spectacle, nous passions à ce pour quoi nous sommes là. Je vous rappelle que, sans cette cérémonie, cette enfant est sans défense, peut-être serait-il temps de recentrer nos préoccupations.
- C'est bien pour cela que je vous ai convoqué Shokkaku, commençons donc, lança Chiyuna d'une voie placide
Les Senkens se regardèrent un instant, puis comme sous le coup d'une impulsion commune, se placèrent en quinconce autour du feu qui brulait toujours. Chiyuna amena alors Rin tout prés du foyer et se plaça en face d'elle, les yeux rivés aux siens, les mains de l'enfant dans les siennes. Les cinq personnages avaient fermés les yeux semblant chercher quelque chose tout au fond d'eux.
La cérémonie pouvait commencer.
La tension lui semblait presque palpable, l'expectative très désagréable. Qu'allait-il se passer ? Une tempête ? Un tremblement de terre ? Connaissant le pouvoir des personnes présentes il ne pouvait qu'imaginer le pire…
Au bout de cinq longues minutes, l'air sembla frémir et haut, très haut dans le ciel, une trouée dorée qui irradiait la magie se forma. Au cœur de cette trouée, une lumière rouge étincelante apparut alors et se dirigea vers la terre, atteignant dans un crépitement la droite du couple. Un instant après, ce fut une bleue qui surgit à l'opposé, puis une jaune derrière Rin, une noire dans le dos de Chiyuna et enfin une verte. Ainsi entourées des couleurs de la magie, la femme et l'enfant semblait comme coupées du reste du monde, à l'abri derrière une barrière de pouvoir écrasant.
C'est alors que la petite regarda le ciel d'un air émerveillé, semblant y chercher la raison de toute cette magie, … et éclata d'un rire joyeux…
Elle rit ! Elle rit… Est-ce du courage, de l'inconscience ou… la pureté d'une âme ?
Comme attiré par cette joie enfantine, les faisceaux se rapprochèrent alors imperceptiblement dans une sorte de danse. Doucement, tout doucement, ils avançaient, refermant totalement leur étreinte sur elles, semblants vouloir les aspirer, la barrière se faisant prison. Et l'enfant riait, riait…
Il vit le fameux Sesshômaru qui n'avait pas bougé depuis son altercation avec la Senken entreprendre de s'avancer jusqu'à l'enfant mais être arrêté à environ 5 mètres de sa cible par une force qu'il ne pouvait apparemment pas surmonter. Cela sembla d'ailleurs l'agacer prodigieusement mais il se contenta de lever un sourcil, les yeux toujours fixés sur l'enfant, la main sur la garde de son épée.
Les Senkens, eux, étaient toujours plongés dans une sorte de transe, les yeux encore clos, le visage neutre, le corps détendu. Soudain, tous tressaillirent comme sous une brève mais intense douleur. Et à cet instant précis, les faisceaux, comme pris de folie, se mirent à clignoter simultanément, et s'élargirent, enveloppant Chiyuna et Rin d'une bulle multicolore que son diamètre rendait impressionnant.
L'enfant cessa tout à coup de rire, semblant écouter une voix qui venait de l'intérieur de son être. Elle eut alors un hochement grave de la tête. Ce fut le signal.
La bulle devint d'un doré étincelant, et dans une explosion de chaleur se rua vers l'enfant et l'enveloppa d'un blanc presque aveuglant. Auréolée ainsi elle semblait éthérée, une kami que l'on ne peut approcher qu'avec respect et au péril de sa vie.
La lumière semblait se concentrer davantage à chaque minute, comme pour la purifier complètement, annihiler la part négative de son être, inhérente à tout être. Enfin comme en écho à un appel, elle quitta l'enfant et jaillit avec force en direction de la femme avant de s'arrêter et de se refermer sur leurs poignets, formant une chaine qui les unies étroitement. Cette chaine devint une flamme froide, qui les fit tressaillir, remonta le long de leurs bras puis dans une dernière explosion, se volatilisa.
Un silence saturé d'énergie pure lui succéda. Les Senkens émergèrent lentement de leur état de transe, les yeux encore un peu vagues, puis se dirigèrent vers la femme et la fillette.
Elles se tenaient toujours les mains, se regardant dans les yeux, indifférentes au monde extérieur. Puis lentement comme revenant de très loin, leurs regards se firent moins fixes, moins voilés, et dans un tressaillement, elles semblèrent s'éveiller au monde.
Ce fut Kikumini qui la première leur adressa la parole :
- Voila ce que j'appelle une cérémonie de protection digne de ce nom. Félicitation Rin, te voilà officiellement disciple de la 49ème Chiyuna !
Puis le vieux Hana, s'agenouillant façce à Rin prit son visage entre ses mains et lui dit doucement : Bravo petite, c'est bien la premiére fois que je vois quelqu'un rire pendant la cérémonie, tu posséde un grand courage.
Aji, un peu à l'écart, semblait dégouté.
La vieille Shikaku intervint de sa voie de soie froissée :
- Ce n'est pas tout ça mais maintenant que la cérémonie est terminée, il nous faut partir. Puis s'adressant à l'enfant : nous reviendront bientôt et nous comptons sur toi pour être une bonne disciple dans l'intervalle, n'est-ce pas petite ?
- Oui Shikaku-sama, répondit la petite de sa voix flutée, au revoir et merci !
Sokkaku lui ébouriffa les cheveux et après une œillade complice, reprit sa place dans l'alignement qui avait été le leur à leur arrivée et que tous reformaient.
Puis sur un geste de la Chiyuna, les cinq personnages commencèrent à devenir plus immatériels, plus translucides et en quelques minutes ils étaient redevenus fumée ; ils s'évaporèrent alors délicatement dans l'air chaud.
Il se sentit soudain totalement déplacé, presque voyeur. Il jeta un dernier regard à cette enfant, centre d'intérêt de tant de grands personnages puis recula, pris rapidement son envol et pris le chemin de la grotte, le rire de la petite contrebalançant dans son esprit l'étalage de pouvoir dont il avait été témoin. Lui, Keibu, fils du clan des taka (faucon crécerellette), avait assisté à un événement qui lui semblait lourd de conséquences, pour lui comme pour le reste du monde. Il ne risquait guère d'oublier cette journée…
Rin, petite Rin, disciple de la Chiyuna, je n'oublierais ni ton visage, ni ton rire, cela j'en suis sûr…
Sesshômaru avait bien sentit la présence de ce petit espion, mais son pouvoir interne lui avait semblé si peu une menace, qu'il n'avait daigné faire autre chose que le surveiller de très loin pendant la cérémonie. Une cérémonie impressionnante mais cela ne l'étonnait pas plus que cela. Après tout les Senkens étant impliqués…
Il s'approcha de sa pupille et d'un regard s'assura qu'elle se portait bien : elle semblait toujours la même, enfant naïve et adorable, absolument pas changée par cette cérémonie du fond des âges.
Toutefois, à bien y regarder, son aura lui semblait quelque peu différente, et c'est en croisant son regard lumineux, qu'en un choc désagréable il comprit ce qui avait changé : bien que ses yeux soient toujours le reflet de son cœur joyeux et enfantin, il put discerner au fond de ses prunelles, une sagesse millénaire qui ne s'y était jamais trouvée : la cérémonie avait plantée en elle la graine de l'expérience des Chiyuna.
Elle était véritablement la disciple de la Chiyuna, héritière d'une lignée mythologique, protectrice de toute vie au péril de la sienne. Dans un geste instinctif, il porta la main à son sabre. Il le sentait bien, ce dernier lui serait, dans les années à venir, indispensable mais aussi et surtout, une vraie malédiction…
