Akashi se sentait observé.
Cette sensation durait depuis qu'il était arrivé près de son collège. En effet, dès qu'il avait franchi le portail, il avait sentit plusieurs paires d'yeux se poser sur lui. Ces paires d'yeux semblaient majoritairement appartenir à des filles, mais il y en avait aussi de garçons dans le lot.
Il ne comprenait pas bien pourquoi cela arrivait. Il était certes habitué à être le centre d'attention, après tout, il était tout de même Akashi Seijuurou, mais aujourd'hui, cela semblait être encore pire que d'habitude. Cela en devenait même légèrement inquiétant. Il essayait encore de comprendre quel était le motif de cette agitation quand les murmures d'une conversation entre deux garçons arrivèrent à ses oreilles :
« Tu penses que t'en recevras ? Demanda le premier.
-J'espère bien ! » Rétorqua le deuxième.
Cela fit ricaner le premier garçon, qui asséna d'une voix narquoise :
« Si tu crois que tu vas recevoir le moindre chocolat, tu rêves mon vieux ! Laisse ça aux types populaires ! »
A ces mots, un frisson parcourut l'échine d'Akashi. Il y avait une date du calendrier qu'il avait apprit à craindre depuis l'école primaire. Normalement, il guettait l'arrivée de ce jour avec peur et appréhension, priant à chaque fois que, cette année, ça ne se passe pas trop mal et qu'on le laisse relativement tranquille.
Jusqu'ici, ses prières étaient restées inentendues.
Akashi espérait bien que cette année, ce serait différent.
Il déglutit, se forçant à accepter la réalité. Il avait oublié exceptionnellement cette date car il avait été préoccupé avec ses examens et n'avait pas vraiment fait attention au calendrier. Il s'en voulait, maintenant. S'il l'avait fait, il aurait au moins pu se préparer psychologiquement. En effet, il était arrivé au collège en pensant que ce serait une journée ordinaire et tranquille, ignorant complètement que ce serait en réalité un véritable enfer.
Car aujourd'hui, c'étaitla St valentin.
Akashi détestait cette fête depuis qu'il était petit. Il détestait tout cet affichage de mièvrerie, de petit cœurs, de chocolat et surtout toutes ces nuées de filles gloussantes. Akashi ne pouvait pas être considéré comme quelqu'un de très romantique. C'était un rationaliste, un pragmatique. Il aimait s'en tenir aux faits, seulement aux faits ainsi qu'aux choses importantes. Quelque chose d'aussi trivial que l'amour ne représentait aucun intérêt pour lui. Seul la victoire, la réussite l'intéressait. Et à aucun cas, il n'était un jour tombé dans le piège de l'amour et ne comptait absolument pas y tomber un jour.
Être amoureux rendait stupide. Or, Akashi était très attaché à son intelligence hors norme. Hors de question d'être abêtifié à cause d'un ridicule béguin.
Il était bien conscient de son succès. Il fallait bien avouer qu'il était plutôt séduisant : Il avait hérité de la beauté de sa mère. Tout le monde qui l'avait connue lui disait cela. Et en plus de sa beauté, il était aussi poli, intelligent et talentueux. Il n'y avait donc rien d'étonnant que des hordes de filles lui tournent autour. Son père le savait bien et aimait de temps en temps le charrier sur le sujet, au grand déplaisir d'Akashi. Mais quand il s'était rendu compte que des garçons tournaient aussi autour de son petit prodige de fils, son visage s'était tout à coup assombri et il avait eu l'air de quelqu'un qui avait très envie d'aller chercher la carabine avec laquelle il chassait des perdrix.
Akashi n'aimait pas aussi la St valentin principalement, car pendant ce jour, il était le centre d'attention d'un grand nombre de filles. Il était touché de leur attention, évidemment, mais au bout de plusieurs heures, cela commençait à sérieusement devenir usant. A chaque fin de St valentin, il rentrait chez lui, aussi épuisé que s'il avait dû assister à un entraînement de basket particulièrement éprouvant. Et le pire dans tout ça, c'était qu'il ne pouvait même pas se plaindre. Les garçons qui n'avaient pas de succès pouvaient râler autant qu'ils voulaient sur leur manque de popularité.
Lui faisait un commentaire et tout le monde lui sautait à la gorge, s'écriant qu'il en avait bien de la chance d'avoir une telle côte auprès des filles.
Et si seulement il n'y avait que des filles. Mais il y avait des garçons aussi, et ils étaient parfois un brin plus compliqués de s'occuper de leur cas.
Certains d'entre eux étaient, comment dire, beaucoup plus insistant et entreprenant que les filles pouvaient être.
Akashi priait pour que ce genre de cas ne se présente pas. Il n'avait aucune envie de se faire molester.
Poussant un soupir, il pénétra dans le collège, se disant qu'il n'avait qu'à rester accompagné pour avoir un minimum de tranquillité. En effet, avec un peu de chance, ses admirateurs oseraient un peu moins se pointer s'il était en compagnie de ses amis de l'équipe de basket.
Le début de la journée se passa sans anicroche. Akashi resta concentré sur les cours et se dirigea rapidement à la cafeteria avec ses amis. Au déjeuner, il reçut quelques chocolats par quelques filles un peu plus courageuses que d'autres, mais ne fut pas dérangé plus qu'autre chose.
« Comme d'habitude, tu as beaucoup de succès, Akashi-kun. Tout le contraire de moi. » Commenta Kuroko à côté de lui.
Akashi faillit répliquer que s'il ouvrait un peu les yeux, il verrait que certaines personnes étaient littéralement obsédées par lui, mais il décida de se taire. Il n'était pas en état de se lancer dans ce genre de discussion maintenant. Puis un détail attira son attention.
« Tiens ? Kise n'est pas là ?
-Non, répondit Midorima.
-Quelqu'un sait où est-ce qu'il est ? » Demanda Akashi, surpris.
Kise mangeait toujours avec eux, d'habitude.
Tous secouèrent la tête ou haussèrent les épaules.
« On dirait que vous vous en fichez. » Déclara Akashi d'un ton légèrement réprobateur.
Aomine leva la tête vers lui :
« Bah, c'est Kise. »
Traduction :
Donc, on s'en fout.
Si jamais c'était Kuroko qui avait disparu à l'heure du déjeuner, ils se seraient tous dépêchés de parcourir l'intégralité du collège avec des avis de recherches où il aurait été marqué :
AVEZ-VOUS VU CE GARÇON ?
Akashi soupira et interrogea Murasakibara.
« Kise est dans ta classe, normalement. Il était là ? »
Murasakibara secoua la tête.
« Je ne sais pas. Je ne fais pas du tout attention à Kise-chin. »
Akashi se mit à sincèrement plaindre Kise.
On lui donna dans l'après-midi encore de nombreux chocolats, mais Akashi savait qu'il n'avait encore rien vu. Le pire serait son casier. Il avait sincèrement peur de ne pas avoir assez de place pour tous les transporter.
Il arriva aussi malencontreusement ce qu'Akashi appréciait très peu, c'est à dire des déclarations. En effet, certains élèves se trouvaient un peu trop « inspirés » par ce jour d'amour et de passion, et se trouvaient subitement dans l'esprit de lui demander de sortir avec eux.
Akashi détestait quand cela arrivait. Il était très bon en matière de gérer des situations compliquées, mais pour ce qui concernait ce sujet, il était tout simplement nul.
C'était actuellement ce qu'il pensait alors qu'il faisait face à une jeune fille qui arborait un sourire des plus séducteurs, l'enjoignant à sortir avec elle un de ces quatre.
Akashi était entrain de chercher sans véritable succès quoi dire.
« Hm... C'est à dire que je ne peux pas vraiment, désolé... Je... »
Une sonnerie retentit et celui-ci se sentit envahi par le soulagement.
« Désolé, je dois aller au club, je ne peux pas être en retard. » Fit-il en essayant de calmer son ton neutre et calme.
Il s'éloigna tout de même plutôt rapidement.
Akashi pensait qu'il serait en sécurité au club.
Grosse erreur de sa part.
Il se sentit tout aussi observé qu'avant. Il se rappela alors ce que lui avait dit, ou plutôt fait accidentellement savoir Momoi.
Oh non, pensa-t-il.
Depuis sa découverte, il s'était senti un peu gêné vis à vis des senpai, mais il avait fait de son mieux pour faire comme si de rien n'était. Si une telle chose venait à être mise à jour, cela provoquerait un grand malaise dans l'équipe et cela compromettrait leur chances de victoires.
Ce que lui avait dit Momoi l'avait fait tout de même réfléchir et l'avait rendu plus attentif à son entourage. Il avait alors remarqué certaines choses qu'il n'avait pas vues avant. Certains joueurs avaient un contact physique un peu trop prolongé avec lui et d'autres le fixaient un peu trop. Mais Akashi espérait que ça n'avait rien à voir avec ce qu'il craignait et qu'il s'agissait simplement de...hm... de soutient et de respect pour lui.
Il n'y croyait pas vraiment, mais se bercer d'illusions était utile à tout le monde, même à Akashi Seijuurou.
Il fit de son mieux pour ignorer les regards que certains lui adressaient. Ces mêmes regards n'étaient pas passés inaperçus, vu les remarques d'Aomine :
« Mon pauvre Akashi... Tu sais à ta place, je demanderais au coach d'avoir mon propre vestiaire pour me changer. A mon avis, certains n'ont pas des idées très pures à ton sujet et ne s'en privent pas pour te mater. »
Akashi devint aussi rouge que ses cheveux et s'empressa d'enjoindre à Aomine de « la boucler et de dégager de là en vitesse s'il ne voulait pas passer toute la nuit à nettoyer le gymnase ». Aomine s'exécuta, mais pas sans lancer un dernier sourire narquois qui donna à Akashi une très forte envie de l'étrangler.
Il se retint pour le bien de l'équipe.
On ne pouvait pas se passer d'Aomine dans les matchs.
D'habitude, Akashi restait après l'entraînement pour continuer un peu, mais aujourd'hui, il fila sans demander son reste.
Toujours pas de trace de Kise.
Akashi le retrouva lorsqu'il se dirigeait à son casier pour récupérer des affaires. Il allait ouvrir son casier lorsqu'il entendit un bruit venant d'un placard. Intrigué, il se dirigea en face de lui et l'ouvrit. Il eut alors la surprise de découvrir Kise, cloîtré à l'intérieur.
Si quelqu'un avait vu le visage d'Akashi à cet instant, il aurait pensé que celui-ci avait l'air très fatigué.
« Kise. Qu'est ce que tu fabriques dans ce placard.»
Kise releva les yeux vers lui. Akashi trouva que son regard ressemblait à celui d'un vétéran de guerre complètement traumatisé par la mort de ses compagnons.
« Elles étaient partout, murmura-t-il.
-Elles ? Qui ça, elles ? Demanda Akashi.
-Elles ! » Continua Kise, d'un ton effrayé, comme s'il parlait d'une bête féroce et effroyable.
Puis Akashi comprit à qui il faisait allusion.
« Tes fangirls ? »
Kise eut alors un tressautement de peur, comme si Akashi avait prononcé un mot horrible.
« Elles... Elles étaient partout, continua-t-il, visiblement terrifié. Où que j'aille, elles étaient là. Toujours à m'attendre. Je me sentais... complètement cerné. Je me suis alors réfugié dans ce placard. »
Akashi émit un bref soupir. Il n'avait pas pensé à au fait que Kise, dû à son statut de mannequin, avait aussi dû en baver pendant cette journée, voire même plus que lui.
« Allez, Kise, sors de là. » Dit-il du ton le plus doux qu'il le pouvait.
Celui-ci secoua obstinément la tête.
Akashi essaya à nouveau :
« Tu veux vraiment rester ici sans avoir parlé à Kuroko de la journée ? »
Kise lui jeta un regard de reproche pour oser utiliser Kuroko comme appât.
Akashi était sur le point de penser que ça ne marcherait pas quand Kise finit par se lever. Apparemment, l'attachement fanatique qu'il éprouvait pour Kuroko était suffisant pour que celui-ci ait le courage d'affronter une horde de fangirls hystériques.
Akashi regarda s'éloigner Kise, qui avançait dans le hall avec prudence, en regardant prudemment partout autour de lui, puis retourna à son casier.
Il ne l'avait pas encore ouvert. Il avait peur de ce qu'il allait y découvrir. Akashi secoua la tête. Il ne fallait pas exagérer non plus. C'est vrai qu'il était populaire, mais ce n'était pas comme si non plus tout le monde avaient une fixation sur lui. Il fallait dédramatiser.
Un peu plus serin, Akashi ouvrit son casier.
Après avoir réussi à laborieusement traîner tous les paquets de chocolats qu'il avait trouvé jusqu'à la sortie du collège, Akashi les considéra un moment, indécis sur la démarche à suivre.
Comment pouvait-il transporter tout ça jusqu'à chez lui ? Il avait demandé à ce que l'on ne l'amène plus au collège en limousine. Il pouvait appeler à la maison pour que l'on vienne le chercher, mais il n'en avait guère envie.
Soudainement, il se sentit observé. Priant pour qu'il ne s'agisse pas encore d'un énième prétendant ou prétendante, il se retourna.
Mais ce fut Murasakibara qui se trouvait face à lui.
Celui-ci ne le regardait pas vraiment. Il avait plutôt les yeux fixés sur les amonts de boites de chocolat qui trônaient aux pieds d'Akashi. Une lueur féroce brillait dans son regard, semblable à celui d'un prédateur en face de sa proie.
Akashi demanda à voix basse :
« Murasakibara, tu... tu en veux ? »
Murasakibara braqua soudainement son regard sur Akashi. On y lisait un intense espoir, mais en même temps de la réserve, comme s'il n'osait pas totalement y croire.
« Je ne pourrais pas tout manger. Si tu veux... Je te les donne. » Poursuivit Akashi.
A peine eut-il fini sa phrase que Murasakibara se jeta sur tous les paquets. Akashi le regarda d'un air inexpressif, puis décida qu'il valait mieux dès à présent quitter les lieux.
En rentrant à la maison, la seule action d'Akashi fut de s'affaler sur son canapé pour ne plus en bouger pour un long moment.
