Chapitre 4 : Un pas devant l'autre.
« - Bien, les mecs. Chloé va vous faire visiter l'ensemble de l'établissement, et vous indiquer les lieux à connaître. Juste une chose : si elle vous dis qu'il n'y a que les yaourts à la mure qui valent la peine d'être connus, ne la croyez pas : elle a une obsession pour les yaourts à la mure ! » Dit Eliot très sérieusement aux jumeaux qui lui faisaient place, faisant éclater Tom de rire.
Chloé, elle, ne sut pas trop comment réagir. Ces garçons l'intriguaient : l'un, grand, magnifiquement majestueux, semblait cacher quelque chose derrière ses manies, tandis que l'autre, tout aussi beau, était sans doute autre chose que « One Night Boy » qu'il le laissait croire.
De toute façon, elle ne se faisait pas d'illusions : dès que les filles de sa classe, et plus particulièrement Camille, sauraient qu'elle, la sauvageonne du lycée, associable de surcroît, avait été choisie pour s'occuper des vedettes qu'ils étaient, elles s'empresseraient de faire courir les pires rumeurs sur son compte, jusqu'à ce que Bill et Tom choisissent de s'éloigner d'elle, préférant la blesser que ternir leur image de dieux vivants.
« - Hey c'est super bon les yaourt à mure ! » S'écria Tom, en la regardant avec un grand sourire.
Elle haussa les épaules, et se détourna, invitant implicitement les deux jeunes hommes à la suivre. Elle ne vit pas le sourire déçu de Tom : elle n'était peut-être pas son genre dans l'immédiat, mais il aurait bien aimé s'en faire une amie.
Pendant les deux heures suivantes, elle leur fit faire le tour du lycée, racontant des anecdotes pour chaque lieu. Rapidement, Bill et Tom se joignirent à son rire clair, et demandèrent même à connaître chaque histoire sur sa vie et sur ses amies.
Elle leur raconta tout : Morgane et son humour inimitable, Elana et sa façon de la surprotéger, Eliot le pion.
Et bientôt, Tom posa la question fatidique :
« - Tu nous as parlé de tes amis, mais tu n'as pas de petit copain ? »
« - Je … j'ai pas envie d'en parler. » Marmonna-t-elle.
Elle détourna le regard des yeux trop beau pour être vrai de Tom. Les larmes commençaient à couler sur ses joues halées, mais elle ne trouva pas la force des les chasser.
« - Chloé ? Ca ne va pas ? » S'inquiéta Bill en lui prenant le bras.
« - Je … j'en sais trop rien. Il faut que j'y aille de toute façon. On se retrouve demain d'accord ? » Souffla-t-elle en déposant un baiser sur la joue de Bill, puis sur celle de Tom.
Elle s'éloigna presque en courant, plantant les deux frère, abasourdis du changement soudain de comportement de leur nouvelle amie.
Alors qu'elle marchait vers l'arrêt de bus, elle envoya un sms à Morgane et Elana pour s'excuser de partir sans les attendre. Puis, sans se laisser le temps de réfléchir, elle envoya également à Milo un message l'invitant à la rejoindre le soir même dans le square où ils avaient pris l'habitude de se retrouver, à mi-chemin entre leurs deux maisons. Au fond d'elle-même, elle songea qu'elle était sur le point de tracer une croix sur sa première et seule histoire d'amour. Et qu'allait-elle bien pouvoir lui dire ? Qu'elle avait découvert qu'il couchait avec la personne qu'elle haïssait sans doute le plus au monde ?
Et puis zut ! Ce n'était pas à elle de lui épargner quoi que ce soit ! Qui savait le nombre de fois où il l'avait trompée avant qu'elle n'ouvre enfin les yeux !
De toute façon, elle n'avait pas le temps de réfléchir à tout cela. Le rendez-vous était pour 18h30, heure à laquelle, elle le savait, il serait rentré chez lui.
En pénétrant dans la grande battisse que ses parents avaient fait construire quelques années avant la mort de sa mère, elle fut frappée pour la première fois depuis longtemps par le silence qui régnait dans la vaste demeure.
En voyage d'affaire, son père avait demandé aux voisins de veiller sur elle. Traduire : le prévenir si elle faisait une fête trop alcoolisée ou faisait brûler la maison.
Le bâtiment comportait deux étages plus un grenier dans lequel Chloé avait emménagé l'été précédent. Son père, Mikael Torvik, avait conçu les lignes épurées de sa chambre et de sa salle de bain. Il l'avait d'ailleurs supplié de lui laisser carte blanche pour la décoration. Comme c'était une époque où tout deux avaient besoin de retrouver confiance l'un en l'autre, traumatisés par la mort violente de la mère de Chloé, elle avait accepté. Et n'avait pas été déçue. Bien au contraire.
Entièrement blanches et noires, les pièces étaient la pureté par excellence. Quelques touches de rouges venaient donner vie aux lieux par endroits. Mikael avait fait faire des poster des groupes de Rock préférés de sa fille, et les avait fait mettre sous verre. Ainsi, alors que Billy Joe de Green Day veillait sur elle pendant son sommeil, Sum 41 trônait dans la salle de bain.
Il ne manquait plus que Tokio Hotel, pensa-t-elle avec un sourire alors qu'elle se glissait sous le jet brûlant de la douche.
Elle avait été surprise de découvrir à quel point Bill et Tom étaient accessibles. Bill était tellement gentil, et Tom avait un humour dévastateur.
Peut-être pourrait-elle s'en faire des amis… Après tout ils avaient semblé réellement inquiets quand elle avait commencé à pleurer.
Quand elle fut propre, et surtout plus détendue, elle se dirigea vers sa chambre, sa grande et épaisse serviette blanche enroulée autour d'elle. Côté vêtements, elle se décida pour l'un de ses larges pantalons noirs, ses converses blanches et un pull gris à col en V. Elle tressa ses cheveux, et en attendant que 18h sonnent, elle commença à préparer ses devoirs pour le lendemain.
Quand sa montre indiqua 18h, elle sortit de la maison, enclencha l'alarme, et
marcha tranquillement vers le square, apaisée par la voix de Jared Leto braillant dans son lecteur mp3.
Quand elle arriva au parc, Milo était déjà là, assis en tailleur sur un banc. Sur leur banc. Celui où ils s'étaient embrassés pour la première fois. Celui où il lui avait dit qu'il l'aimait.
A ces pensées, elle sentit ses yeux s'embuer. Pourquoi fallait-il qu'elle soit aussi faible ? Elle renifla discrètement, du moins le pensait-elle, car Milo se retourna, et fronça les sourcils en voyant les larmes couler sur son visage.
« - Chloé ? Qu'est-ce qui t'arrive ? » Demanda-t-il en s'approchant d'elle.
A travers ses larmes, elle le trouva beau. Bien que à peine plus grand qu'elle, il dégageait une aura de puissance, sans doute due à sa musculature de basketteur. Et aussitôt, elle s'en voulut. De penser à son physique, et à tout ce qu'elle avait aimé en lui. Et encore une fois, d'être aussi faible.
Elle s'écarta de lui, accentuant son froncement de sourcils.
« - Chloé ? Mais … »
« - Milo … C'est finit. Je ne peux plus supporter ton comportement avec moi. Et … je sais pour Camille et toi. »
« - Je vois. Chloé, tu sais que je t'aime ! Elle … Je ne suis qu'un homme ! Comment voulais-tu que je reste inactif pendant autant de temps ? C'est de ta faute tout ça ! Ca m'a mis de mauvaise humeur ! Chloé, pardonne moi … »
La pitié qu'elle ressentit pour Milo à cet instant étonna Chloé. Il lui semblait tellement moins impressionnant tout à coup ! Tellement … superficiel. Oui, cette assurance qu'il affichait, cette gentillesse, cette voix douce, tout ce qu'il était n'était en fait qu'une disgracieuse couche de vernis sur ce qu'il était en réalité : une pourriture.
« - Tu mens Milo. Je ne t'ai pas forcé à te faire la pouf du lycée ! Si tu avais été un minimum honnête avec moi, si tu m'avais aimée comme tu le prétendais, rien de tout cela ne serait arrivé. Et tu le sais très bien ! Je n'ai plus rien à te dire ! »
Avant qu'il ait put dire quoi que ce soit, Chloé tourna les talons et sortit du square, furieuse. Cette fois-ci, elle écouta Animals de Nickel Back.
