Oui il aurait pu se retrouver à sa place.
Si son père n'avait pas fui qui sait quel aurai été son destin. Il aurait pu lui aussi être fils de mangemort.
Mais son père était parti en les laissant seuls lui et sa mère. Il les avait laissés se débrouiller avec la magie. Comme il lui en avait voulu. Voulu de les avoir laissés, voulu d'avoir dû découvrir ce nouveau monde seul sans lui à ses côtés. Incapable de prouver son ascendance magique il s'en était retrouvé à se cacher des traqueurs et tout ça été la faute de son père ! Du moins il l'avait cru fut un temps.
Il se souvient encore du matin où il était parti sans un bruit alors que dehors l'aube se levait. Un sac sur l'épaule, ses pas dans l'escalier en prenant garde de ne pas faire grincer la sixième marche, une main sur la poignée avant un dernier regard en ailleurs et puis une porte qui s'ouvre sur le froid automnal d'un hiver qui s'annonce glacial et s'en était fini de tout un pan de sa vie. Ce jour-là il avait dit adieu à l'enfance alors qu'il s'élançait vers le dehors en priant qu'il n'arrive rien à sa mère. Depuis, l'angoisse le ronge. Sans nouvelle il ne peut qu'espérer, prier et sans cesse se demander s'il avait fait le bon choix ce jour-là.
Car après tout il ne valait pas mieux que ce père à qui il en avait tant voulu. Cet homme qu'il avait détesté pour sa fuite. Et lui alors, qu'avait-il fait de plus que lui ?
Lui aussi il avait fui, lui aussi avait laissé sa mère derrière lui. Comme son père des années auparavant il était parti pour la protéger.
Il avait choisi l'exil et avec lui le doute s'était installé. Avait-il fait le bon choix ?
Tandis que dans sa fuite il regrettait les jours heureux, il avait baissé les bras. Il s'était mis à en vouloir à la terre entière. Alors que le temps était à l'orage il avait seulement nourri sa rancœur envers son père en se disant que tout était de sa faute.
Il avait laissé ses compagnons de voyage le porter alors qu'au dehors le trio d'or se battait, alors que là-bas entre les murs de Poudlard ses amis subissaient les pires atrocités.
Il avait choisi de ne pas se battre et de tout rejeter sur le dos de son paternel. Mais lui qu'avait-il fait ?
Rien si ce n'est, pleurer sur son sort et suivre le mouvement. Il avait tout laissé tomber et c'était enfermé dans une torpeur bienheureuse où il se laissait porter par les autres en attendant que son cauchemar cesse. Il ne faisait rien si ce n'est, regretter les jours heureux qui lui fuyaient entre les doigts tandis qu'impuissant il tentait de les retenir à s'en faire mal au cœur.
Le jour où Ted était mort c'est encore une fois à son père qu'il l'avait reproché. Il s'était trompé de cible. C'était aveuglé dans une rancœur qui n'avait pas lieu d'être. Son père ce héros inconnu ne méritait pas ses récriminations.
Lui au moins s'était levé contre la tyrannie, s'était battu contre ceux qui s'acharnaient à imposeur leur suprématie. Ce n'était pas son père le responsable de tout ce qu'il vit. Lui avait été courageux, avait tout sacrifié pour ceux qu'il aimait.
Alors que lui Dean Thomas qu'avait-il fait ?
Il avait bien tenté de suivre son exemple mais quelque part dans la tourmente il avait cessé de mettre ses pas dans ses traces.
Et alors las, épuisé il avait laissé sa rancœur le submergeait à nouveau comme autrefois.
Et puis Luna était venue. Elle l'avait rejoint dans le cachot où il séjournait depuis trop longtemps avec comme seule compagnie un gobelin acariâtre. Elle avait été son rayon de soleil. Mais trop vite la lumière s'était étiolée et il l'avait laissé vaciller sans jamais tenter de la ranimer. Luna la douce Luna avait alors sombré dans la folie et avec elle les ténèbres étaient revenues s'installer dans la cave qui était son tombeau.
Il n'avait rien fait. Il s'était seulement laissé aller aux récriminations tout en s'affligeant sur son sort. Et dans sa chute il avait entraînée son amie.
Il avait choisi de ne pas se battre, mais maintenant s'en est assez.
Car de l'autre côté de la porte il y a un homme qui le fait à nouveau croire en quelque chose.
En lui tendant la main, alors qu'il pensait avoir touché le fond, Malefoy lui a prouvé que la guerre ne change pas les hommes qu'en mal. Qu'un gamin arrogant peut changer et ouvrir la porte d'une cave sordide pour ré allumer la lumière.
Une simple phrase, une réponse à une question, un nom chuchoté à travers l'embrasure d'une porte délabrée avait suffi pour qu'il sente une flamme renaitre en lui.
Alors qu'il avait baissé les bras maintenant il s'accroche à cette minuscule étincelle que Draco Malefoy a ravivée.
Doucement, difficilement au départ il se remit à parler avec Luna. Il l'empêche de retourner dans sa ritournelle des secondes, tandis qu'il rejette au loin ses idées noires et sa rancœur envers ce père qu'il n'a jamais connu.
Ensemble ils se souviennent de ces jours heureux qu'ils pensaient derrière eux.
Ils pensent à la fin de la guerre, à ce qu'ils feront une fois la victoire chèrement acquise. Ils se mettent à imaginer une auberge. L'auberge des gens heureux.
Ça sera un endroit où Luna pourra poser ses affaires entre deux voyages à la recherche de créatures magiques. Une auberge où il pourra dessiner à sa guise. Ils imaginent les plantes de Neville en train de coloniser chaque espace vide entre deux ou trois objets bricolés par Seamus. Et puis il y aura tous leurs amis et ceux de passages qui viendront le temps de se reconstruire. Ils rêvent d'un mur à colorer de leurs souvenirs et leurs espoirs.
Alors qu'ils combattent leurs démons et que la cave s'illumine de leurs rêves dont les échos étouffés parviennent aux oreilles de Drago, Dean tend sa main pour la première fois au Serpentard.
