Coucou les mandragores !
Suite à la lecture du dernier chapitre de Les pirates du cabaret noir de Kalincka, il m'est venu l'idée de cet OS. Et il faut savoir qu'avec moi, dès que j'ai une idée en tête, je finis toujours par écrire quelque chose, que je le publie ou pas. Et comme là j'avais plein d'idées, forcément ça a fusé. Pourquoi est-ce que je ne dispose pas de plus de temps pour écrire tout ce que je souhaite ? XD Totalement imprévu, j'ai vraiment adoré l'écrire.
Je me suis servie des éléments laissés dans les chapitres pour écrire, le reste provient de mon imagination. Désolée Kali si tu rencontres des inexactitudes et des trucs complètement faux ^^'.
L'action se passe avant la fic, dans le passé, mais un passé proche. Après je ne veux pas trop en dévoiler, mais vous allez pouvoir reconstituer la chronologie au fil du texte.
Disclaimer : L'OS est tiré de Les pirates du cabaret noir qui appartient à Kalincka, et les personnages de la fic sont au départ plusieurs vidéastes français. Je ne cherche à nuire à personne, je respecte le travail de tous.
Bonne lecture ! =D
Le plus précieux des trésors
"Même si vous vous emparez de ma vie, ma pensée est plus importante que mon corps, elle traversa le temps. Tout ce que j'ai entrepris restera dans les mémoires. Dans une semaine, dans un an, dans un siècle, les pirates seront toujours là pour permettre aux gens de connaître la vraie liberté !"
Dernières paroles de Lafitte Rackham (1), capitaine pirate, face aux soldats de la Marine.
Antoine rêvassait quand une claque sur la tête le fit revenir brutalement sur terre.
- Buscarron ! Je vais encore avoir un bleu par ta faute !
- Si on arrive à le voir à travers cette masse de cheveux, je veux bien entrer dans la Marine, fils.
- Tssss toujours cette même histoire. Et puis ils sont très bien mes cheveux ! Même la fille qui habite à côté l'a dit. Je sais qu'elle voulait uniquement coucher avec moi contre monnaie sonnante et trébuchante en me disant cela mais quand même !
Buscarron, le propriétaire du Choix de Buscarron, esquissa un demi-sourire. Wendy, sa fille, qui travaillait pour lui et qui passait par là au même moment, ricana doucement. Antoine grogna dans sa barbe avant de reporter son attention sur le vieux loup de mer. Pour bien le connaître, il se doutait que jamais ce dernier ne le dérangerait pour rien - normalement.
- Tu veux me dire quelque chose ?
- Fils, fais bien attention. Les rumeurs qui circulent en ce moment ne sont que trop vraies. Le vaisseau d'Edward Teach (2) et des navires de la Marine sont tout proche.
Antoine en avait entendu parler. Mais pour que Buscarron insiste pour qu'il soit prudent, tout ce monde-là était plus proche que ce qu'il croyait.
Edward Teach était un redoutable pirate, ancien corsaire devenu le capitaine d'un équipage d'environ cent hommes. Sans jamais l'avoir croisé, Antoine ne le portait pas dans son cœur. Edward était impitoyable, faisait preuve de cruauté dès qu'il le pouvait et ses propres hommes pouvaient être maltraités de ses mains s'il les jugeait indignes.
Antoine n'était pas un enfant de cœur et n'hésitait jamais à voler ni tuer s'il n'avait pas d'autre choix, mais jamais, jamais il ne ferait subir quoi que ce soit à ses hommes. Il faisait montre d'autorité et si les circonstances l'exigeaient il éloignait un homme - comme Victor, le plus souvent - ou lui faisait faire une corvée supplémentaire, mais aucun membre de son équipage n'avait à craindre de perdre un un doigt ou une oreille pour ne pas avoir bien lavé le pont.
Antoine tenait à ses hommes - et à la femme - de l'équipage. Il connaissait le passé de chacun d'entre eux, bien pour certains, dans les grandes lignes pour les autres. Mais le capitaine avait confiance en chacun d'entre eux et se refusait de leur faire du mal. Il s'agissait d'une famille à ses yeux, avec lui comme un père autoritaire mais aimant envers ses enfants, quand bien même des matelots étaient plus âgés que lui.
- J'ai l'habitude avec la Marine. Quant à Teach... Évitons de l'énerver.
- Je suis sérieux Antoine.
- Je le suis aussi. Je ne suis plus ce petit garçon que tu as recueilli il y a plusieurs années, Buscarron, mais un homme.
- Un homme qui pas plus tard que le mois dernier a failli finir pendu par la Marine car il a fait une mauvaise manœuvre en mer.
- Je t'ai déjà dit que je ne savais pas qu'il y avait ce récif aussi loin de la côte et crois-moi, vu comment Links et Nyo m'ont fait la leçon, je fais attention depuis. De toute façon la Marine était loin, c'est ce que je leur ai dit, même s'ils refusaient de me croire.
- Et tu te dis capitaine.
- Mais je le suis. Tu veux la preuve ? Timothée, vas dire à Yéyé qu'il nous chante une chanson !
- J'allais manger, répondit Timothée.
- C'est un ordre !
- J'y vais, maugréa le propriétaire de Durendal en partant voir le chanteur.
Mais entretemps Jack (qui travaillait également au bar) Wendy et surtout Buscarron eurent le temps de rire à leur guise.
- Humpf ! Je vais leur refiler double corvée à tous, ils vont voir, ragea Antoine.
- C'est ça, je sens que Victor ou Bob vont accepter aussi facilement.
- Oui Buscarron, si je leur demande !
Antoine savait que son père adoptif émettait encore des réserves sur certains de ses compagnons. Un ancien prisonnier, des gens remplis de mystère, des voleurs recherchés activement... Buscarron respectait le désir de liberté de chacun, mais devenir pirate uniquement parce qu'on est déjà recherché par la Marine et part par désire de l'être, c'était autre chose. Il y avait des éléments perturbateurs qui nuiraient au rêve d'Antoine, selon lui.
Il s'agissait d'ailleurs de l'unique sujet de discorde entre lui et Antoine, ce dernier conservant la confiance accordée.
Links, Kriss, François, Victor, Bob, Yéyé, Nyo, Bruce, Léo, Benjamin, Charlie et Tim... Ils étaient certes différents, dangereux, avaient parfois du mal à s'entendre entre eux, lui causaient souvent du souci, mais ils formaient une équipe, soudée qui plus est, efficace en mer comme sur terre. Surtout ils s'étaient promis de toujours rester ensemble tant qu'ils n'avaient pas trouvé cette mystérieuse île ainsi que de toujours croire en leurs rêves, quoiqu'il advienne.
Buscarron contempla son protégé. Contrairement à ce qu'il avait affirmé tantôt, Antoine était devenu un homme, bien différent de ce petit garçon en haillons, affamé et apeuré, tenant fermement une carte dans une main, qui n'avait nul part où aller et qui était entré dans cette pièce, des années auparavant. Antoine avait grandi et mûrit sous son égide. Et aujourd'hui, il était même un capitaine pirate. Buscarron en était fier, même s'il ne le disait pas ouvertement. Cependant Antoine s'en doutait.
"Ne me vois pas comme une erreur !"
Les paroles d'une des compostions de Yéyé résonnèrent dans la salle. Sûrement inspiré de son passé, comme souvent lorsqu'il écrivait une nouvelle chanson. Antoine regarda une dernière fois son équipage. Des gens valeureux qui avec lui trouveraient un fabuleux trésor. Des gens à qui il tenait. Des gens qu'il serait prêt à tout pour les protéger.
- Peut-être trouverons-nous l'île sans la carte ?
Antoine, qui contemplait l'horizon, l'océan sans fin qui les entourait de toute part, jeta un coup d'œil à Nyo. Les deux hommes se trouvaient à l'arrière du bateau qui naviguait depuis le matin.
- J'ai beau la connaître dans les moindres détails, sans elle, nous ne pourrons atteindre cet objectif. Alexis et Charlie sont formels sur ce point.
- Mais maintenant que la Marine a la carte, impossible de la reprendre !
- François pense que le capitaine de l'Axolot va la garder avec lui et que si on tombe sur lui, il y a des chances pour la reprendre.
- Si c'est notre dernier espoir...
Antoine allait répondre quand Kriss hurla de la vigie qu'un navire était en vue. Le capitaine se précipita sur le bastingage. Déjà Bruce regardait à travers une longue vue le vaisseau.
- Alors ? demanda Antoine.
- Une tête de lion tenant un bras dans la gueule, répondit Bruce.
Antoine se figea. Cette figure de proue...
- Edward Teach ! s'exclama Léo.
- De la baston ? Mais c'est génial ! s'enthousiasma Bob en faisant apparaître des flammes du bout de ses doigts, provoquant le sourire de Victor.
- Non.
Tout le monde sur le bateau s'arrêta devant l'injonction de leur capitaine.
- Ils sont plus nombreux que nous et mieux armés, ne serait-ce que par le nombre de canons. Teach est dangereux, évitons de le provoquer.
- Que faisons-nous ? se renseigna Kriss.
- Continuons à avancer. Nous allons voir ce qu'il va se passer. Teach est certes dangereux, mais pas stupide, il ne cherchera pas à nous attaquer alors que la Marine est proche : en cas de combat contre ces derniers, les pirates forment naturellement une coalition.
En principe...
Edward Teach pouvait passer outre cette règle tacite que cela ne l'étonnerait guère. Mais il se devait de rassurer son équipage. Cependant, les airs de certains démontrèrent qu'ils n'étaient pas dupes.
Tendu, le capitaine vit arriver au bout d'une demi-heure le navire de Teach au niveau du Vol-au-Vent. Le drapeau, qui représentait le lion mangeant, flottait fièrement en haut du mat. Le pont en face était rempli d'hommes au regard menaçant. Au milieu, bien reconnaissable avec sa barbe noire et sa toque rouge vif, se trouvait Edward Teach. Antoine resta stoïque. Tous ses hommes attendaient ses ordres.
- Eh bien, qui vois-je là ? demanda Edward. Le petit Daniel et ses marins d'eau douce !
Antoine serra les dents. Il détesta cette insulte mais refusait d'y répondre. Ce ferait un très bon prétexte pour enchaîner une bataille.
- Que faites-vous ici ? questionna Teach.
- Comme d'habitude, voler ici et là, répondit laconiquement le capitaine du Vol-au-Vent.
- Vous n'êtes pas sans savoir que la Marine traîne dans le coin ?
- Ah ce qu'il parait.
- Laissez-les moi ! Je veux les tuer tous !
- Faites ce que vous voulez, ça ne me regarde pas.
- Ah ah c'est ce que je voulais entendre ! Je déteste que l'on se mette sur mon chemin ! Tous ceux qui l'ont fait ne sont plus de ce monde sinon ils témoigneraient de e que je suis capable de faire quand je suis en colère !
Le sous-entendu était clair, la menace à peine voilée plus que palpable. Décidant que la discussion était clause, Teach s'en alla non sans avoir souri de manière quelque peu effrayante, suivi par ses hommes. Le bateau s'en alla, distançant le Vol-au-Vent. Tous purent ainsi souffler.
Antoine bouillonnait. Il détestait vraiment cet homme. Non seulement il l'avait insulté, mais il avait également insulté ses hommes. Sans compter cette lourde menace. Et ça, Antoine ne pouvait laisser passer. Un jour, il se vengerait et Teach comprendra son erreur.
Furieux, il s'en allait vers sa cabine quand Nyo couru dans sa direction.
- Ce n'est pas le moment Nyo.
- Attends, c'est le perroquet !
Antoine se retourna pour voir le volatile qui lui déposa une moitié de drapeau. Celui de Teach. Personne ne l'avait remarqué mais il l'avait déchiré pendant la discussion. Le drapeau sur le mat ne devait plus avoir une très belle allure du coup.
- Je t'ai déjà dit que je t'adorais ? Sache-là car je suis fier de toi ! le félicita Antoine. Le seul bémol c'est que je ne verrai pas sa tête à cette enflure. Mais je te félicite !
De bien meilleure humeur, le capitaine s'adressa à ses hommes.
- Ne nous laissons pas intimider par Teach et ses hommes, nous vallons mieux que ça. On maintient le cap jusqu'à Lisbonne !
- ...Alors cette traversée ? Pas trop traumatisée ?
- Pourquoi serais-je traumatisée ?
- La mer c'est bien connu, c'est un monde d'hommes !
Ginger leva les yeux au ciel et pris sur elle pour ne pas donner à ses collègues de la Marine une bonne correction avec sa hache, alors qu'elle contemplait par la fenêtre l'océan et que les deux imbéciles l'avaient dérangée dans sa contemplation.
Elle n'en pouvait plus. Depuis qu'elle s'était engagée dans la Marine, plusieurs années plus tôt, elle subissait régulièrement les quolibets de ses homologues masculins, bien majoritaires. Malgré ses années de service, les pirates qu'elle avait capturé, sa grande maîtrise de la hache, elle restait montait lentement dans la hiérarchie. Ginger ne pouvait espérer un espoir de gagner un nouveau grade pas avant un bon moment, uniquement à cause de son sexe, chose qui la révoltait. Elle était pourtant bien plus douée que nombre de Marines qui eux gagnaient en galons plus rapidement et plus haut qu'elle !
- Plutôt que de proférer des imbécillités, soyez vigilants ! Je vous rappelle que nous sommes proches d'une route maritime fréquemment emprunté par des pirates !
- Ginger, plutôt que de faire ta rabat-joie, rigole et bois plutôt !
Ginger ne répliqua mais ses yeux assassins furent assez expressifs car les deux hommes se turent et finirent leurs boissons en se faisant petits. Alors que la jeune femme se demandait ce qu'elle allait faire, un bout de phrase retint son attention.
- ...de toute manière si l'Axolot nous retombe dessus, j'étripe le capitaine avec Durendal.
Le sang de Ginger ne fit qu'un tour. Elle se redressa aussitôt et vit un groupe d'hommes. Elle reconnut rapidement le capitaine Antoine, d'après les descriptions qu'on disposait de lui au sein de la Marine. Ne perdant pas une seconde, elle le visa avec son chargeur.
Au même moment, tous les membres d'équipage présents visèrent Ginger, tandis que François assomma avec sa pelle les deux Marines qui s'effondrèrent sur leur table.
La situation semblait bloquée. Ginger pouvait se faire tuer plusieurs fois mais pouvait très bien tirer sur Antoine avant de mourir. Antoine qui n'avait pas touché à son épée et qui regardait tranquillement la scène. Ginger était étonnée. Pourquoi l'équipage semblait à ce point vouloir protéger leur capitaine ? Dans la Marine, on enseignait à chaque soldat que les pirates étaient des gens sans foi ni loi, des êtres horribles et sans honneur qui n'hésitaient pas à abandonner les leurs pour survivre. Et dès qu'il s'agissait de mutineries pour prendre le pouvoir et trahir leur commandant, ils étaient les plus forts. Pourtant, aucun n'avait hésité à protéger leur capitaine.
- Tu es plus maligne que tes compères, commenta tranquillement ce dernier, comme s'il n'était pas tenue en joue. Je ne pense pas qu'on aurait pu t'assommer aussi facilement, du moins sans rencontrer de la résistance farouche de ta part.
- Parce que vous nous aviez repérés ?
- L'uniforme de la Marine n'est pas compliqué à voir, même de loin.
- Alors pourquoi ne pas nous avoir éliminés ?
Ginger était plus que tendue de par la situation, mais la curiosité prenait le dessus malgré elle. L'équipage l'intriguait, et surtout ce capitaine, qui reprit la parole.
- Tu veux rejoindre mon équipage ?
La question d'Antoine la surpris tellement qu'elle faillit tirer sue le coup. Son étonnement fut visible, donnant naissance à des sourires, notamment celui de Kriss.
- Pardon ?
- Tu as du répondant, tu ne te laisses pas facilement impressionner, tu as su découvrir le pot aux roses sur nous... Et puis si je ne m'abuse, tu es Ginger à la hache déferlante ? Celle qui est redoutable en combat, qui est si douée mais si peu récompensée, d'après les rumeurs.
- Je fais partie de la Marine ! Je suis une représentante de la loi et ma mission est de vous éradiquer !
Le sourire d'Antoine s'élargit.
- Dans mon équipage, le sexe importe peu, tout le monde est à égalité.
- C'est vrai ! intervint une femme. Je m'appelle Charlie et je peux t'assurer que ce n'est pas parce que je suis une femme qu'on me traite différemment. Et personne ne me ferait me sentir inférieure ou pas à ma place !
- Rejoins-nous et tu auras doit à de l'aventure, des voyages sur tous les océans, des moments uniques ! Et jamais plus la misogynie ne te sera un fardeau.
La main de Ginger trembla un peu. Tout ce qu'elle entendait, toutes ces promesses... C'était comme si on lui déposait sur un plateau un destin merveilleux. C'était trop beau pour être vrai.
- Je ne vous crois pas ! Vous me menacez de mort, comment pourrais-je vous faire confiance ?
- Baissez vos armes, tous ! ordonna Antoine.
Et son équipage, malgré quelques réticences, obéit. Ginger était la seule à viser quelqu'un.
- Es-tu fou ? demanda-t-elle à Antoine.
- Tu parlais de confiance, prouve nous que tu es sincère toi aussi.
Antoine semblait confiant et sûr de lui. La jeune femme ignorait que derrière elle François était prêt à la neutraliser si jamais elle continuait à menacer son capitaine. Ginger hésita encore plusieurs secondes avant de baisser son arme. Après tout, avait-elle encore le choix ? Même si elle réussissait à tuer Antoine, tous les autres l'assassineraient.
- Vous volez.
- Aux plus riches pour distribuer aux nécessiteux. On garde pour nous de quoi vivre, mais nous ne sommes pas si riches.
- Bien sûr que non, puisque la Marine dispose de la carte !
La pique fit mal à Antoine, mais il choisit de passer outre.
- "La Marine" ? Et pas "nous" ? Tu n'en fais déjà plus partie ?
Cette question désarçonna Ginger - décidément, c'était sa soirée ! Elle avait dit ça comme ça, sans réfléchir. Comme si c'était naturel ! pensa-t-elle avec effroi. Comme si elle s'était déjà détachée de la Marine, alors qu'elle n'avait même pas pris de décision.
- Je ne t'oblige pas à venir avec nous, continua Antoine, c'est ton choix. Mais quoiqu'il arrive nous reprenons notre route d'ici quelques minutes, histoire que le reste de la Marine ne nous tombe pas dessus. Libre à toi de nous rejoindre.
- Et quel est votre destination ?
- Ceuta ?
- Pour ?
- Détrousser le gouverneur de la ville, ni plus ni moins.
Ginger visa à nouveau Antoine. Mais alors que l'équipage allait la menacer à nouveau, Antoine les arrêta d'un geste de la tête.
- Le gouverneur s'enrichit sur le trafic d'êtres humains, des hommes, femmes et enfants faits esclaves. Il les vend sans états d'âme et reçoit des pots de vins énormes de la part des acheteurs pour couvrir ce commerce.
- Le commerce est légal, même si je ne suis pas forcément d'accord avec lui.
- Lui ne devrait pas le faire mais il s'en moque et s'enrichit considérablement. Tu t'es engagée dans la Marine parce que tu as des idéaux de justice non ? Parce que tu auras l'occasion de punir un homme en lui dérobant ce qui semble être le plus important à ses yeux et en donnant une belle partie à ceux qui en ont vraiment besoin. Tu veux te joindre à mon équipage ?
Ainsi, tous les pirates n'étaient pas comme ceux qui étaient décrit par ses supérieurs ? Il est vrai qu'au final Ginger n'avait pas pu en croiser beaucoup au sein de sa carrière. On l'affectait surtout à défendre des villes portuaires des brigands de grands chemin ou arrêter de petits équipages qui se disaient pirates mais n'en avaient par l'envergure. Les vrais pirates, ceux activement recherchés, elle ne les avait jamais vus d'aussi près jusqu'à aujourd'hui. Son savoir était-il erroné ?
Les arguments d'Antoine ne la laissaient pas indifférente. Devait-elle le croire ? Abandonner tout ce dont elle croyait jusqu'à maintenant pour commencer une nouvelle vie ?
- J'aurais le droit d'être moi-même ? De me battre sans qu'on cherche à me restreindre ? D'aider les gens comme vous le faites ?
Antoine sourit.
- Oui.
- Alors ma réponse est oui.
Le Vol-au-Vent finit par s'éloigner du quai. Ginger voyait s'éloigner les côtes de Lisbonne, des questions plein la tête. Avait-elle fait le bon choix ? Qu'allait-il lui arriver maintenant ? Comment allait-elle réagir quand elle reverrait ses collègues ? De nombreux mystères demeuraient sans réponse.
Antoine se doutait bien que sa nouvelle recrue était déstabilisée, presque autant que l'équipage, qui avait dû mal à croire qu'une personne ayant appartenu aussi longtemps à la Marine puisse maintenant être de leur côté. Néanmoins il fait comme si de rien n'était et espéra que tout allait continuer calmement.
Le premier incident arriva en fin de la première matinée.
Nyo avait en compagnie de Charlie fait une visite du bateau à Ginger. Tout s'était bien passé puis la femme à la hache s'était isolée dans un coin, ressentant ce besoin. Et Victor entra en scène.
- Je ne te fais pas confiance, lui dit-il d'entrée de jeu. Tu pourrais être une espionne qui fait semblant d'être des nôtres pour mieux nous infiltrer.
Mais Ginger ne se laissa pas impressionner.
- Toi... Tu n'étais pas un ancien prisonnier ?... Mais si ! Je t'avais vu à...
- Qu'importe où tu as cru me voir ! Je veux la protection de mon équipage et tu es une menace pour lui.
- Je fais partie de l'équipage et tu me menaces.
- Je ne te considère pas comme étant ma co-équipière. Je n'étais pas là, j'étais le seul à garder le bateau sous prétexte que l'établissement se trouvait juste en face, et c'est bien malheureux car sinon j'aurais dit au capitaine que cette décision était stupi...
Le coup de genoux contre son entrejambe le coupa net. Il hurla tandis qu'une hache se fit sentir tout près de sa gorge.
- Ne crois pas que je vais me laisser faire ! hurla Ginger. Je suis une pirate désormais alors ne me cherche pas des noises !
- Tant que tu n'as pas fait tes preuves je...
- Mais il se passe quoi ici ? demanda Benjamin en se précipitant dans la pièce, alerté par les bruits.
Évidemment, Antoine fut immédiatement informé. L'équipage l'avait rarement vu autant en colère. On aurait dit une bombe prête à exploser. Mais il réussit à se contenir. Plus ou moins.
- Victor, ne cherche plus à attaquer Ginger, c'est clair ?
- Mais...
- Victor, je sais que tu ne cherches qu'à protéger les autres, mais si tu outrepasses à nouveau l'un de mes ordres, je te chasse de l'équipage.
La sentence était dure, mais Antoine voulait se faire respecter comme il cherchait à protéger tout le monde. Victor grimaça. Il ne voulait pas quitter cette nouvelle vie qu'il aimait. Même si cela revenait à supporter François au quotidien.
- Très bien.
Et le pirate s'en alla. Il pensait qu'il avait baissé dans l'estime de son capitaine, pas que cela avait beaucoup d'importance à ses yeux, mais se faire remettre en place devant tout le monde, surtout par celui qui l'avait accepté dans ses rangs, ça le mettait en rage. Et puis au fond il n'aimait pas décevoir son capitaine, qu'il appréciait quand même.
- Eh prends ça !
Victor se retourna et ce fut plus par réflexe qu'il attrapa la gnôle de rhum lancée dans sa direction.
- Bon réflexe ! le félicita Antoine.
Victor était quelque peu perdu. Son capitaine semblait serein, totalement différent de l'homme en colère quelques minutes plus tôt seulement.
- J'ai envie de te parler seul avec seul, s'expliqua Antoine. Et rien de mieux qu'un peu de rhum pour ça !
- J'ai merdé, je sais, mais je l'ai fait par sécurité.
Antoine soupira.
- Je comprends très bien, mais Ginger fait partie des nôtres désormais, respecte ma décision.
- Elle a été une brillante Marine !
- J'ai plus de raisons que toi de détester les Marines et pourtant j'ai décidé de lui faire confiance. Fais confiance en mon jugement.
- Mais pourquoi tu lui fais confiance ?
- Elle n'est pas comme les autres Marines. Je l'ai senti.
- Hein ?
- Quand elle avait le regard dans le vide, elle ne pouvait s'empêcher de regarder l'océan par la fenêtre. Elle est animée par un sentiment de liberté et de voyages qu'elle ne pouvait trouver au sein de la Marine. Elle est honnête. Et dans cette aventure elle va pouvoir dévoiler ses nombreuses qualités dont certaines lui sont encore insoupçonnés je pense.
- Mouais...
Victor quelques gorgées son rhum, encore dubitatif.
- Et j'ai une mission pour toi, continua Antoine.
- Mmhh ?
- Lors de notre pillage, protège Ginger.
Victor failli s'étouffer.
- Quoi ?!
- Elle s'est résolue mais a toute sa vie servie du côté de la loi. Et là, elle devra affronter des gens qui jusqu'à hier étaient de son camp. Elle va douter et nos adversaires pourraient en profiter pour l'attaquer.
- Mais pourquoi demander ça à moi ?
- C'est le perroquet qui a décidé !
- Je savais que cette perruche me haïssait... Mais la vraie raison ?
- Mais non, Kali ne te déteste pas. D'accord elle bien faire ses besoins sur toi, mais je suis sûr que c'est le hasard. La vrai raison ? Je te fais confiance, ne me déçois pas !
- Nous serons à Ceuta dans une demi-heure, annonça Alexis.
- Bien ! Les papiers sont prêts ?
- Oui capitaine ! répondit Bruce. Les voilà.
- Quels papiers ? demanda Ginger à Yéyé qui se trouvait à côté d'elle.
- De faux papiers qui indiquent que nous sommes marchands, comme ça, personne ne nous soupçonne. C'est notre Trium Verat qui s'en occupe.
- D'accord.
- Bon, je rappelle une dernière fois le plan, indiqua Antoine. On attaque dès que le soleil se couche. Évitez de tuer autant que possible, emparez vous du butin et surtout survivez. Soyez prudents ! On a déjà retroussé le roi je sais, ici se sera plus facile, mais n'agissez pas sottement !
Le Vol-au-Vent se mit à quai. Aussitôt, un inspecteur vint aux abords du bateau. Nyo, qui descendait de l'échelle, fit un seau magistral devant l'homme et lui délivra les papiers. Antoine et les autres descendirent à leur tour, à l'exception de François et Léo qui gardaient le vaisseau et qui aideraient à monter le butin. L'homme jugea que tout semblait en règle et comme Antoine paya la somme pour rester jusqu'au lendemain à quai, tout le monde put aller en ville.
Déjà le soleil entamait sa descente. Par groupes de deux ou de trois, tout le monde se dispersa pour ne pas attirer l'attention. Ginger vit sans surprise Victor se mettre avec elle. Son coéquipier ne semblait pas lui être hostile depuis leur altercation et s'était naturellement proposé quand il fallait se mettre en groupes pour le plan. Avait-il compris la leçon où jouait-il un double jeu ? De toute manière, s'il cherchait à l'attaquer, elle se défendrait. Sa hache découperait l'homme en rondelles s'il le fallait.
Ils prirent ensemble un chemin un peu plus long mais arrivèrent néanmoins rapidement à destination. La demeure du gouverneur était à l'écart, dans un endroit où la végétation était encore assez dense, isolée de la ville, entourée par des murailles et gardées par des soldats. Mais le plan mis au point par les pirates semblait infaillible.
Caché derrière quelques arbres, Victor imita le cri d'une mouette. Trente secondes plus tard, un cri similaire lui répondit. Ce fut le signal pour Antoine, Bob et Charlie, cette dernière étant maintenant par les deux autres, et qui s'avancèrent devant la grille d'entrée gardée par trois hommes.
- Pitié ! s'exclama Antoine. Elle est blessée ! Auriez-vous de l'eau ou des bandages pour elle ?
Les soldats, bien que méfiants, accordèrent un regard à Charlie. Ce fut leur perte. Dès qu'ils furent proches, tous les trois purent assommer violemment leurs adversaires, qui n'eurent pas le temps d'alerter quiconque. Il n'y eut pas de bruit. Tout le monde sortit de sa cachette et se précipita vers l'entrée. Bob s'empara du trousseau de clés de l'un des hommes et ouvrit la grille. L'équipage entra dans le parc et couru jusqu'à la porte d'entrée, close. Et qui restait désespérément close malgré les clés.
- Attendez ! les avertit Tim.
Il s'empara de Durendal et asséna un coup dans la serrure, qui explosa.
- On aurait pu tirer, ça aurait été plus simple, lui fit remarquer Links.
- J'avais envie de m'échauffer.
- Soyez sur vos gardes, j'entends des bruits de pas ! les informa Yéyé.
- Avec le boucan que Tim vient de provoquer, ce n'est pas étonnant, répondit Bruce.
- Notre objectif se trouve au sous-sol, leur rappela Antoine. Neutralisez les hommes et repartez les mains plaines !
Les premiers hommes chargés de la sécurité du manoir arrivèrent dans l'entrée, mais ils étaient en sous-nombre. Déjà, ils se faisaient terrasser facilement. Kriss s'empara du col de l'un deux qui était blessé et l'interrogea.
- Par où accède-t-on au sous-sol ?
- Je ne te répondrai pas, pirate !
- Vraiment ? demanda Bob.
Ce dernier posa sa paume contre la peau nue du visage de l'homme qui hurla au contact.
- Oui c'est chaud, reconnu Bob. Mais je peux recommencer tout de suite, à moins que tu ne répondes à la question.
- Je... Je...
La main de Bob se rapprocha.
- Par la droite il y a un escalier, par pitié ne me faîtes plus de mal !
- Et ce serait aussi simple ? J'ai dû mal à te croire ! dit Kriss.
- Il y a une porte au sous-sol, fermé à clef, qui est détenue par le gouverneur, c'est tout ce que je sais !
- A DROITE ! BULIAAAAA !
Antoine et les autres se précipitèrent au lieu indiqué et vit effectivement un escalier, qu'ils prirent. Tous purent constater au passage le luxe de l'habitation. Le gouverneur devait être très riche. Ginger était à l'arrière du groupe et allait les rejoindre quand une voix dans son dos l'arrêta dans on élan.
- Mais vous êtes Ginger à la déferlante ?
La jeune femme se retourna pour dévisager un homme qui devait avoir son âge. Il la regardait avec stupéfaction.
- Je vous reconnais, vous m'avez sauvé la vie à Bordeaux, il y a deux ans, contre une bande de malfrats ! Mais que faites-vous avec ces raclures ?
- Je...
Ginger ne savait pas quoi répondre. Cet homme la remmenait malgré elle à son passé de Marine, si récent ! Elle doutait, complètement déstabilisée. Son cœur battait la chamade : que dire ? Que faire ? Même le bruit d'une porte qui s'écroule violemment - sûrement celle qui empêchait d'avoir accès au trésor - le la sortit de son dilemme. L'homme sentit sa confusion.
- Vous... Vous êtes des leurs c'est ça ? Vous êtes une traîtresse qui a rejoint les rangs de l'ennemi ?
- Je... Non ! Ce n'est pas ça ! Laissez-moi vous expliquer !
Mais l'homme, aveuglé par la fureur, ne l'écouta pas. Et sortit de sa poche un pistolet qu'il pointa en direction de la tête de Ginger.
- Vous ne me laissez pas le choix !
Ginger chercha à éviter le tire, mais à cause de son malaise, elle fut trop lente et la balle lui rentra dans le ventre, s'y logeant. Ginger hurla et s'écroula par terre.
- Ne vous inquiétez pas, lui dit l'homme. Après vous, tout l'équipage va y passer.
- Non ! réagit Ginger malgré la douleur et qui se tenait le ventre, d'où du sang s'écoulait. Ne touchez pas à l'équipage !
Seul un sourire mauvais lui répondit. L'homme allait tirer à nouveau quand il se figea soudain. Une lame le transperçait de derrière et ressortait de son poitrail. L'homme hoqueta tandis que la lame se retira.
- T'as pas entendu ce qu'elle a dit ? grogna Victor en le bousculant. On ne touche pas à l'équipage !
L'homme s'écroula, raide mort. Victor s'approcha aussitôt de Ginger.
- T'inquiète pas, ça va aller ! lui dit-il gentiment, une ombre d'inquiétude présente dans les yeux.
Ginger n'eut pas le temps de lui répondre, elle s'évanouit.
Ginger était quelque part entre l'inconscience et la réalité. Elle se sentait transportée dans les bras de quelqu'un.
- On n'a pas le temps ! arguait Antoine. La balle est toujours en elle, il faut la faire opérer par un médecin qui a de quoi le faire tout de suite, tu as entendu Bruce !
- Mais avec notre escapade chez le gouverneur ce n'est pas prudent !
- Benjamin, nous n'avons pas le choix ! Nous ne repartirons qu'une fois la balle enlevée !
Les bras se resserrèrent autour de Ginger. C'était donc Antoine qui la portait.
...
Elle hurla, la douleur la réveillant sur le coup. Des images floues lui parvinrent : elle était dans un endroit inconnu, maintenue par quelques personnes, tandis qu'on trifouillait en elle.
- Ginger, tout va bien ! Ce n'est que temporaire !
- Capitaine...
Et elle s'évanouit derechef.
...
Ginger rouvrit les yeux, avec l'impression que sa tête allait exploser. Reprenant peu à peu contenance avec la réalité, elle découvrit qu'elle se trouvait dans une petite salle. Non, une petite cabine, car elle sentait qu'elle était en mouvement. Elle serait donc à nouveau sur le Vol-au-Vent ? Elle tenta de se redresser, mais n'y parvint que difficilement, la douleur et le bandage la ralentissant.
La jeune femme se souvenait de ce qu'il s'était passé. Pour une première mission, c'était un fiasco total. L'inquiétude s'empara alors d'elle : elle avait fait preuve de faiblesse et cela a failli lui coûter la vie. L'équipage allait-il encore la considérer comme digne d'en faire parti ? Qu'allait-il lui arriver ? De légers coups à la porte lui firent revenir à la réalité quant Tim entra dans la pièce.
- Tu es réveillée ? C'est une bonne nouvelle, on craignait que tu ne te réveilles plus !
Ginger allait lui répondre quand elle se rendit compte qu'excepté les bandages, sa poitrine était quasiment dénudée. Rougissant un peu, elle tenta avec la couverture de dissimuler son corps. On était en mer après tout, qui sait ce que les hommes pouvaient faire parfois quand ils se sentaient trop seuls ? Tim comprit le problème.
- Ne t'inquiète pas, il ne te risque pas d'arriver ce genre de chose avec moi.
- Pardon ?
- Je suis protégé contre les charmes féminins, lui répondit-il avec un clin d'œil. Sinon tiens, je t'ai apporté une gourde d'eau, tu dois avoir soif !
La blessé se rendit compte qu'en effet, sa gorge était terriblement sèche. Pendant qu'elle buvait avidement, Tim prévint qu'il allait prévenir le capitaine, qui attendait depuis trois jours son réveil.
Trois jours ?!
Tim était déjà sorti, mais Ginger n'était pas à l'aise du tout. Son nouveau capitaine avait eu foi en elle et elle avait lamentablement échouée, se faisant avoir comme une bleue ! Elle allait passer pour une faible femme qu'on devait toujours secourir et...
- Ginger ?
Reprenant pied avec la réalité, l'interpellée remarqua qu'Antoine était assis en face d'elle, l'air soucieux.
- Comment ça va ?
- Je m'en remets, je crois.
- Tu dois te reposer encore quelques temps, jusqu'à ce que la plaie soit cicatrisée. Nous avons consulté un médecin à Ceuta qui t'a opéré et extrait la balle. Bruce n'avait pas le matériel nécessaire donc c'est pour ça qu'on a fait confiance à ce médecin, mais depuis ce sont Bruce et Léo qui s'occupent de toi. Crois-moi, avec eux, tu vas te remettre sur pieds rapidement ! Heureusement qu'aucun organe vital n'a été touché, sinon ça aurait été plus difficile de s'occuper de toi.
- Capitaine, je suis désolée, j'ai échouée.
Antoine s'empressa de la rassurer.
- Ça arrive à tout le monde ce genre de choses, sourit-il gentiment. Surtout que d'après ce que Victor a rapporté, ton adversaire a profité de te connaitre pour t'avoir, ce qui ne jouait pas en ta faveur.
- Je suis encore digne d'appartenir à cet équipage ?
Antoine soupira, se rapprocha encore d'elle et souleva sa chemise. Ginger hoqueta en voyant quelques cicatrices.
- Regarde celle-ci, indiqua le capitaine, je l'ai reçût l'année dernière contre un Marine particulièrement acharné. J'ai eu de la chance que sa lame se loge entre deux côtes. Et celle-là, je la doit à un indigène de la côte du nord-ouest de l'Afrique, je n'avais pas vu qu'il me guettait pour me subtiliser mes armes. Et là, un balle qui a m'a effleuré, de la part d'un pirate ivre qui voulait se faire Charlie et qui n'a pas aimé que je m'interpose.
- Et celle-ci ? demanda Ginger sur une longue et fine cicatrice.
- Celle-là ? Oh ce n'est rien, juste un coup de mon père adoptif qui avait oublié que ce n'était qu'un entrainement ce jour-là ! Tout ça pour te dire qu'on est régulièrement blessé, mais que cela ne veut pas dire que nous sommes faibles. Demande aux autres, ils ont tous des blessures, physiques ou morales. Et puis ce n'est pas ta première cicatrice non ?
- Non. Mais à la Marine, on était réprimandé et puni pour ça.
- Ne t'inquiète pas pour ça. Tout s'est bien passé sinon chez le gouverneur, on a volé quasiment tout l'argent, mais vu la richesse des lieux et du mobilier, il s'en remettra. Mange et rétablis-toi, de nouvelles aventures nous attendent et tu en feras partie !
Ginger, avant de se rendormir, se dit qu'elle avait de la chance d'avoir un tel capitaine.
Suite à plusieurs signalements, Antoine décida de s'arrêter à Saint-Jean-de-Luz pour faire consolider le mat, qui menaçait de s'écrouler. Ils avaient bien entendu préparés des faux papiers et ils furent heureux de constater qu'encore peu de monde savait que leur vaisseau était pirate, puisqu'ils n'eurent aucun problème. Nyo en profita pour faire remarquer qu'il serait bien d'acheter des agrumes. Antoine, en compagnie de Yéyé, Bob et Victor, allèrent à la rencontre d'un vieil ami, profitant de l'occasion pour le voir.
- Je ne l'ai jamais rencontré moi, se rendit compte Yéyé.
- Tu es arrivé plus tard dans l'équipage, sinon tu l'aurais déjà vu, expliqua le capitaine.
- Ah d'accord.
- C'est un homme bien, mon meilleur ami sur la terre ferme, répondit Bob. Et comme je t'aime bien, j'avais envie que tu fasses sa connaissance. Tu vas voir, il sait plein de choses, a voyagé loin, et il m'a souvent aidé par le passé !
- Dès que Bob aime bien quelqu'un, il lui présente Gabriel, indiqua Antoine au chanteur.
- Moi je le connais déjà, s'offusqua Victor, pourquoi venir aussi ?
- Tu avais besoin de te changer les idées, lui répondit Antoine.
- Humpf !
- Je t'ai déjà dit que tu n'es pas responsable de ce qui est arrivé à Ginger.
- ...Je ne l'ai pas protégée comme tu l'as demandé.
- Sous tes airs de durs, tu as un cœur !
- Alors ça non ! Je suis un dur à cuire et pas ce que tu dis ! D'ailleurs Ginger ne doit pas savoir ça !
- Et elle n'en sera rien si c'est ton souhait.
Les deux autres rirent sans chercher à se retenir. Victor voulu les tuer. Antoine dut intervenir car Bob menaçait de tout brûler. Une scène habituelle en somme.
- J'espère que Fanta est toujours là et n'est pas déjà reparti à la Réunion ! s'inquiéta soudainement Bob. Je sais qu'il avait dit qu'il resterait jusqu'à la la fin de l'année, mais quand même !
- Fanta ? s'étonna Yéyé. Je croyais que c'était Gabriel.
- Rappelle moi, tu ne t'appelles pas Joseph pour de vrai ? rétorqua Bob.
- Oui et ?
- Bah là c'est la même chose !
- Je vois. Et c'est donc pour la même raison que tout le monde t'appelle Bob alors qu'en vrai c'est...
- Oh bonjour la compagnie ! s'exclama un grand homme au crâne chauve.
- Mon Fanfan ! s'exclama Bob en souriant.
- Mon p'tit Bob !
Tout le monde se salua mais alors que tout allait bien, Fanta leur posa une question qui lui brûlait les lèvres.
- Il y a une chose que je dois savoir : est-ce vrai ce qu'on dit ? Que vous avez engagé la Marine Ginger.
- Elle n'est plus une Marine désormais.
Fanta s'effraya.
- Mais c'est dangereux ! Teach et ses hommes sont dans la zone et hurle qu'il la tuera, parce qu'elle reste une Marine à ses yeux !
Les quatre hommes eurent tout juste le temps d'assimiler la nouvelle que déjà, ils repartirent en direction du bateau. Ils coururent à en perdre haleine mais ne s'en rendirent même pas compte, trop inquiets qu'ils étaient. Déjà, ils voyaient arriver au loin l'imposant navire ennemi.
- On n'a pas le choix, il faut partir d'ici maintenant ! hurla Antoine.
- Mais rien ne nous dit que Teach nous attaquera au port directement ! imagina Yéyé.
- Oh si il pourrait ! Et on ne peut pas transporter Ginger hors du navire et la cacher aussi facilement dans la ville, elle est encore trop faible ! Tous à bord, vite !
- Je dirai au revoir à Fanfan une autre fois, se résigna Bob.
Par chance, tout le monde était à bord. Le mat n'avait pu être consolidé comme prévu mais ce n'était plus la priorité du moment. Tout l'équipage, en alerte se dépêcha d'effectuer les maneuvres et le Vol-au-Vent prit le large. Malheureusement, ils avaient sous-estimé la vitesse du vaisseau de Teach. Ce dernier les rattrapait bien trop vite. Le cœur battant la chamade dans sa poitrine, Antoine se préparait au combat. Il refusait de se faire battre à plate couture et empêcherait la mort de Ginger.
Alors que Teach se rapprochait, Kali le perroquet volait dans tous les sens. Links finit par l'attraper et le mettre dans la pièce qui servait de bibliothèque.
- Pour ta sécurité mon coco ! lui expliqua-t-il.
Le volatile en guise de réponse lui fit comprendre vocalement que c'était inacceptable, mais le navigateur fit la sourde oreille et repartit sur le pont. On préparait les canons.
- Tout le monde affirme que Teach préfère se battre directement et n'a aucun canon sur son navire, expliqua Antoine. Profitons en ! Feu !
Quelques boulets de canons causèrent des déjà, mais le bateau était tellement grand et solide que cela ne sembla pas inquiéter outre mesure leurs ennemis. Antoine grinça des dents. Le combat allait être inévitable. Heureusement que son équipage était constitué d'excellents combattants. Serait-ce suffisant ?
Des hommes de Teach s'élancèrent sur leur Vol-au-Vent à l'aide de cordes. Ils furent accueillis à coups de balles de pistolets et de coups d'épée? Tous furent vite tués, mais ce n'était qu'un petit nombre, le reste allait arriver d'un coup. En effet, les planches de bois furent installées et des hommes par nombres s'élancèrent.
Antoine les attendait de pied ferme. Prouvant sa dextérité à l'escrime, il prit son épée et combattit plusieurs hommes, évitant des coups, en donnant plusieurs. Heureusement beaucoup étaient moins doué que lui et ses hommes. Mais ils étaient trop nombreux, et la fatigue s'en faisait ressentir... Teach arriva sur le Vol-au-Vent, heureux. Rien ne pourrait l'empêcher de faire ce qu'il souhaite. Rien, sauf peut-être...
- Teach ! hurla Antoine par-dessus la mêlée. J'ai un marché à te proposer !
Le capitaine ennemi tourna la tête vers lui et vit son expression sérieuse.
- Cessez de vous battre ! ordonna-t-il à ses hommes.
- Cessez de vous battre également ! commanda Antoine.
- Alors que me proposes-tu, petit ? J'espère que c'est intéressant sinon je vais être en colère !
- La vie sauve de tout le monde contre l'or présent dans les cales.
- L'or ?
Il s'agissait du point faible du Taech, qui adorait l'or, plus encore que tuer des Marines.
- J'ai beaucoup d'or, provenant de gouverneur de Ceuta lui-même ! Je t'en donne l'intégralité en contrepartie de quoi toi et tes hommes partez d'ici et ne nous attaquez plus !
- Tu as une Marine sur ton bâtiment !
- Elle n'en est plus une, mais une pirate à part entière !
- Mais je peux tous vous tuer et m'emparer de ton or.
- Ce serait contre la pensée de Lafitte Rackham, qui parlait d'honneur entre les pirates !
- Ne parle pas de ce que tu ne connais pas ! Rackham est mort avant même que tu sois né, mais j'ai eu le temps de le connaitre moi !
- Alors plus que quiconque vous devriez vous devriez comprendre. Mon or contre l'équipage ?
Teach hésita. En effet les pirates suivaient tous le code d'honneur des pirates établi par Laffite Rackham, qui empêchait de s'emparer d'un trésor d'un autre pirate tant que celui-ci était encore sur un bateau. Teach n'avait donc pour le moment aucun droit dessus. Mais si on lui offrait ce trésor...
- Ne pas toucher à ton équipage ?
- Non.
- Le temps d'une année.
- Le trésor pourra te faire vivre dix ans, tant il est conséquent. Ça vaut ces dix années.
- Je veux d'abord voir ce trésor !
- Très bien, on y va tous les deux, mais que personne ne bouge du pont ou ne cherche à combattre.
- Ce sera fait. Que personne ne bouge d'un poil, sinon...
Ses hommes déglutirent. La peur leur ferait obéir. Antoine s'en voyait rassuré. Ensembles, ils allèrent dans les cales. Teach cacha difficilement son étonnement devant tout ce trésor.
- Tu serais prêt à abandonner tout ça pour une Marine ?
- Pour mon équipage, tous de fiers pirates.
- Je vois... Alors je décide de...
- Vous avez donné tout le trésor, pour moi ?
Antoine, qui buvait tranquillement sa bière, sourit à Ginger.
- Ce sont des choses qui arrivent.
- Mais pourquoi ? Oh, je ne vous apporte que des malheurs !
Ginger venait d'apprendre la nouvelle. Antoine et les autres avaient attendus qu'ils soient sur la terre ferme et qu'elle soit rétablie pour ça.
- La vie d'une personne vaut plus que n'importe quel trésor. Et vous êtes mon équipage, le plus précieux de trésors à mes yeux. Vous êtes irremplaçables, alors qu'un trésor, on peut toujours en voler un autre.
- Mais on n'a plus rien !
- En fait, il nous en reste un sac entier. Je l'avais caché dans la bibliothèque.
- Oh !
- Comment crois-tu qu'on puisse payer nos boissons ? Buscarron m'aime beaucoup, mais si je lui demande un crédit, il me ferme la porte au nez !
- J'ai le sens des affaires, fils !
- Pfff !
Buscarron ne répondit même pas et entraîna dans un coin Antoine.
- Je n'ai pas pu finir ma pinte !
- Fils, cesse de dire des bêtises et écoute moi !
- Oui ?
- Tu as eu de chance cette fois-ci, mais rien ne garantie que ce sera pareil la prochaine fois, sois prudent !
- Buscarron, j'aime prendre des risques, mais jamais au dépend de la survie des autres !
- Mouais...
- Tiens au fait, du rhum de Ceuta ! Parait que tu adorais ça quand tu voyageais là-bas !
Le vieux loup de mer contempla avec émerveillement la bouteille.
- Fallait le dire plus tôt ! Bon retourne en mer m'en procurer une autre !
- Ah ah ah !
La bonne ambiance ne fit qu'augmenter. Tout le monde fêtait joyeusement le fait d'être en vie. C'était une victoire, et personne n'enlèverait leur réussite à Ceuta, pas même la disparition du butin. Même François et Victor semblaient moins se détester - l'alcool, ça fait des miracles parfois. Bon, un Tim bourré qui menaçait de danser sur une table et d'enlever un à un ses vêtements c'était pas trop un miracle, heureusement que François intervint, sinon Tim serait déjà à poil.
Antoine et les siens repartirent pour de nouvelles aventures, avec une escale à Saint-Jean-de-Luz, pour faire plaisir à Bob.
A peine une heure après leur départ, un Changeur d'âme du nom de Mathieu entra dans Le Choix de Buscarron pour la première fois...
(1) Nom inspiré de Jean Laffite et Jack Rackham.
(2) Nom inspiré d'Edward Low et d'Edward Teach.
(1) (2) Ces hommes n'ont pas été pris au hasard dans les noms. En plus d'êtres des pirates connus, ce sont ces quatre là que j'ai choisi spécifiquement. Lafitte car je le connaissais depuis un moment et que cocorico quoi; Rackham tout simplement parce que j'adore son personnage dans Black Sails (comme celui d'Ann en fait) donc c'est un peu mon chouchou; Low car c'était un homme particulièrement sadique et donc utile pour le scénario (en plus d'être un personnage que j'apprécie dans One piece, même s'il est très différent) et Teach car je trouve cet homme fascinant depuis que j'ai vu un documentaire sur lui il y a des années. Voilà !
J'espère sinon que vous avez aimé, notamment toi Kali !
Review ? :3
