Hellow la compagnie ! Désolée pour l'absence, mais le boulot se succédant au boulot, en plus du fait que j'ai d'autres fics un peu plus urgentes que celle ci... Bref, la galère. Mais, je me suis dit qu'un nouveau chapitre ça ferait peut être plaisir à quelques uns d'entre vous... Je me trompe ?

Delya : Non, rassure toi, cette fic n'est pas abandonnée, loin de là. Mais certaines histoires sont un peu plus urgentes, et je mets beaucoup plus de temps à écrire les chapitres de cette histoire là que ceux des autres :)

Crissou : Tu as parfaitement raison : Thorïn morfle sévèrement X333

En tout cas, merci infiniment pour vos reviews et votre suivi, et Bonne lecture !


Un festin mouvementé

Fort heureusement pour Thorïn, son calvaire se termina lorsque vint l'heure du banquet. Il avait regardé d'un air profondément énervé cette enquiquineuse lui voler l'attention de Frerïn et de Dwalïn, avec ces stupides questions sur les armes. C'était complètement stupide qu'une fille s'intéresse à la taille des différentes épées ou à la vitesse d'une flèche en fonction de la puissance de l'archer ! Les filles en général n'étaient pas censées aimer ce genre de choses ! Dis, elle, au moins, était normale, préférant les enseignements que sa gouvernante et sa nourrice, ainsi que leur mère, lui donnaient.

Non, franchement, cette Kanya était vraiment trop bizarre pour lui. Thorïn savait qu'il n'aurait pas dû se dire des choses pareilles, mais il n'attendait que le moment où cette fille repartirait, histoire de laisser cet épisode relativement embarrassant derrière lui une fois pour toutes.

Frétillant d'excitation à la pensée du festin, Kanya s'était empressée de retourner auprès des siens, guidée par l'un des messagers qui étaient venus les prévenir, tandis que Thorïn et son frère retournaient à leurs appartements, Frerïn pour se rafraichir et se changer, et Thorïn pour enfiler une tenue plus protocolaire encore que celle qu'il arborait déjà comme un fardeau sur ses épaules. Il frémissait encore d'agacement envers Kanya et le fait qu'elle ait réussi à fourrer dans sa poche à la fois son frère et son ami Dwalïn. Ne pouvaient-ils pas voir à quel point c'était une peste ? Elle le rendait encore plus fou que les gémissements courant dans les couloirs les plus anciens d'Erebor, ceux que l'on disait provenir des mineurs enfermés dans les murs en punition pour leur trop grande cupidité.

Le seul point positif à tout ça était peut-être le fait que sa mère avait finalement ordonné qu'on lui rende ses armes confisquées, puisque sa rôle était terminé pour l'instant. Et à présent, assis dans un fauteuil au coussin tellement moelleux qu'il avait l'impression qu'il n'arriverait plus jamais à se relever, il faisait courir une main distraite sur la poignée ouvragée de son épée posée en travers des accoudoirs pendant que les couinements et les protestations provenant de la salle d'eau non loin lui indiquait clairement que Frerïn appréciait peu de devoir se frotter le cuir chevelu aussi profondément pour retirer tout le sable qui s'y était glissé à l'aire d'entrainement. Il sentait son impatience grandir peu à peu, surtout à la pensée qu'il allait enfin pouvoir rencontrer les guerriers des Monts du Fer pour leur poser les questions qui lui brulaient les lèvres. Mis à part leur réputation de féroces combattants redoutés dans l'ensemble de la Terre du Milieu, lorsqu'il les avait vus entrer dans la salle du trône, il avait vraiment été impressionné par le nombre de tresses de guerre de certains d'entre eux. Et même si cela ne l'enchantait pas outre mesure de l'avouer (mais plus à cause du fait qu'il s'agissait du père de Kanya), il mourait d'envie d'interroger Glaed, car il était celui qui, de loin, arborait le plus de tresses de tout son groupe.

Cette admiration lui rappela par ailleurs que sa propre barbe se faisait toujours désirer, et il se frotta distraitement, mais néanmoins fortement le menton et les joues, comme si cela allait l'inciter à la faire pousser plus vite.

Pour en rajouter une couche, il fallut que Dis, sa petite sœur, entre dans la pièce à ce moment-là.

Dis était vraiment la plus petite de la famille, et pas juste en matière d'âge. Sa silhouette menue d'enfant démontrait clairement qu'elle n'avait pas encore fini de grandir. Elle avait hérité des cheveux bruns et épais de leur mère, coiffés en cet instant en une lourde tresse enroulée en chignon à l'arrière de son crâne, et piquetés çà et là de perles argentées scintillant comme des larmes à la lueur du feu crépitant dans la cheminée, rehaussant ses yeux bleus si semblables à ceux de Thorïn. Ce soir-là, à l'occasion du banquet auquel elle n'assisterait pas dans sa totalité en raison de son âge, elle portait une robe d'un bleu gris dont l'ourlet plus sombre paraissait presque noir. Le jeune héritier du trône grogna en posant les yeux sur le duvet sombre recouvrant le menton pointu et la mâchoire de sa sœur.

Oui… Il y avait vraiment de l'injustice dans ce monde.

- Frerïn a fini ? , demanda Dis de sa voix flutée en refermant la porte des appartements que ses deux frères partageaient.

En réponse, un grand bruit d'éclaboussure, suivi d'un juron coloré en Kuzdhul, fit hausser les sourcils de la petite naine, tandis que Thorïn refermait la bouche, n'ayant plus besoin de mots pour exprimer ce que le vacarme produit par leur frère faisait très bien à sa place.

- Il devrait se dépêcher. Père s'impatiente, fit-elle remarquer.

Etant la seule fille parmi les trois enfants royaux et malgré le fait qu'elle soit la benjamine, Dis était souvent celle qui passait pour la plus obéissante du trio. Mais elle-même pouvait cacher une malice qui parfois rendait Thorïn songeur quant à ce qui se passerait lorsque ce serait au tour de sa sœur d'avoir des enfants…

Même s'il ne comprenait toujours pas vraiment comment tout ce système autour de la « fabrication » d'enfants marchait…

Dis trottina jusqu'au fauteuil dans lequel il était installé, levant les mains pour les mettre face au feu et les réchauffer quelque peu. Son regard bleu passa brièvement sur le visage de son frère ainé, jusqu'à ce qu'elle fronce les sourcils.

- Pourquoi tu as le menton et les joues tous rouges ? , demanda-t-elle en se penchant pour regarder de plus près.

Sa question figea Thorïn, qui se sentit rougir encore davantage, si c'était possible avec son visage déjà à moitié écarlate de s'être frotté aussi énergiquement la mâchoire, puis il grommela quelque chose qui ressemblait à un « ça te regarde pas, t'es trop petite pour comprendre !». Il était trop grognon pour se disputer avec sa sœur pour une histoire pareille, même si le fait que ce soit Dis qui ai remarqué ça l'énervait encore plus. Il se contenta simplement de la pousser loin de lui, faisant naitre une expression offusquée de petite fille sur le visage de la princesse.

- Mais qu'est-ce que tu as, ce soir ? Tu es encore pire que d'habitude !

Thorïn se contenta de lui faire les gros yeux, mais cela ne découragea nullement Dis qui semblait décidée à avoir le fin mot de l'histoire. Elle suivit tout simplement Thorïn qui s'était tourné dans l'autre sens pour ne plus l'avoir dans son champ de vision.

- C'est parce que Mère t'avait confisqué tes armes ?

Grognement tant négatif que se voulant dissuasif de la part de son ainé.

- C'est parce que j'ai déjà de la barbe et pas toi ?

Nouveau grognement, encore plus menaçant que le précédent. Dis eut brièvement l'impression d'avoir affaire à un chien ronchon à la place de son frère.

- C'est parce que tu n'as pas pu t'entrainer autant que tu le voulais avec Frerïn et Dwalïn ?

Grognement. Encore.

Ça devenait presque lassant, mais Dis était plus têtue qu'un troupeau de mules.

- C'est parce que tu t'es ridiculisé devant toute la délégation des Monts du Fer ?

Cette fois-ci, Thorïn tourna bien la tête pour la foudroyer du regard avant de lui tirer la langue, profondément agacé. Qu'elle était enquiquinante quand elle s'y mettait, celle-là ! Elle n'avait pas autre chose à faire ?

Il ne vit cependant pas le visage de Dis s'éclairer d'un coup, comme si elle était frappée par une illumination soudaine, ce qui était sans doute le cas.

- C'est à cause de Kanya ?

Si Thorïn avait été en train de boire en cet instant, il aurait craché l'intégralité de sa gorgée dans le feu avant de vider le reste de son verre sur la tête de sa sœur. Ce n'était pas possible ! Elle le faisait exprès !

- Ça n'a rien à voir avec cette fille ! , fulmina-t-il en se levant brusquement comme pour s'éloigner de sa petite sœur un peu trop curieuse pour son bien, Elle a passé son temps à m'embêter et à raconter des âneries ! Et en plus elle s'intéresse aux armes !

Dis éclata de rire en voyant son frère devenir tout rouge. Visiblement, et malgré les véhémences de Thorïn, elle avait fait mouche. Et ce dernier ne pouvait rien faire d'autre que fulminer en regardant la petite princesse s'asseoir dans le fauteuil qu'il venait de quitter pour continuer à pouffer, fière de son coup.

Ces filles… Elles allaient le rendre fou !

- Moi, je l'aime bien, finit par déclarer la fillette en séchant ses larmes, les yeux encore pétillants d'étincelles de malice, Je l'ai rencontrée tout à l'heure et on s'est bien amusé, même si elle est plus grande que moi et qu'elle n'a pas encore de barbe non plus…

Sa remarque fit naitre un sourire sur ses propres lèvres, tandis que celles de Thorïn trahissaient la grimace qui tordait son visage. Peste ! Elle avait même réussi à se mettre sa sœur dans sa poche, apparemment…

Il ne manquerait plus que sa mère et son père, tiens ! Ou encore son grand père !

Quoique, pour lui c'était peut-être déjà chose faite…

- Elle m'a dit qu'elle t'avait fait peur dans le couloir de service qui mène aux cuisines, ajouta Dis avec un grand sourire, C'est vrai ?

- Non ! , répliqua un peu trop rapidement un Thorïn rougissant jusqu'aux oreilles à ce souvenir déplaisant.

Le sourire de Dis s'élargit encore davantage, si c'était possible, et elle ouvrit la bouche pour enfoncer le clou, lorsque dans un vacarme de fin du monde, Frerïn poussa finalement les portes de la salle d'eau, les cheveux encore humides et les vêtements quelque peu froissés. Mais ce qui était le plus hilarant, c'était bien son air que l'on aurait presque pu qualifier d'hagard. Il semblait sortir du labyrinthe d'Emin Muil lui-même !

- Je suis prêt ! , déclara-t-il d'un ton essoufflé, comme s'il venait de courir à travers cent couloirs tout en étant poursuivi par un troupeau de Wargs.

Dis ne tint plus. Elle éclata à nouveau de rire, son attention cette fois-ci dirigée vers son frère cadet, et si Thorïn se sentit un peu désolé pour Frerïn, il était néanmoins heureux que les questions pour le moins gênantes de sa petite sœur aient été étouffées dans l'œuf.

Il n'eut cependant pas l'occasion de profiter du spectacle qu'étaient leurs chamailleries.

- C'est comme ça que vous vous préparez ? , gronda une voix profonde et passablement énervée.

Trop reconnaissable, elle eut le mérite de calmer la fratrie plus rapidement encore que si une catastrophe s'était produite. Dis, la bouche encore ornée du sourire mutin qu'elle utilisait quelques millisecondes plus tôt pour embêter Frerïn, la referma tellement vite que l'on entendit ses dents claquer les unes contre les autres. Frerïn, lui, se mit presque au garde à vous, tandis que Thorïn levait discrètement les yeux au ciel devant l'attitude de son cadet, avant de se tourner lui aussi vers son père.

- Alors ? , ajouta Thraïn en les fixant alternativement de son air sévère.

Les trois enfants baissèrent les yeux d'un air un peu penaud, étant à présent experts pour reconnaitre les moments où il ne fallait pas pousser le bouchon avec leur père. Même Dis n'en menait plus vraiment large.

Derrière lui apparut alors Dana, leur mère. Elle était richement parée d'une robe sublime au tissu précieux, dont la traine spectaculaire semblait à elle seule une incarnation de l'incroyable richesse du royaume d'Erebor. Des bijoux parmi les plus fins du trésor royal étaient savamment enfilés, et sa chevelure impressionnante était ornée de fils d'or perlés et de délicates résilles de rubis. Et encore, cela était loin d'être la tenue la plus protocolaire que ses enfants lui aient vu. Leur mère avait un port de reine, et elle n'était encore qu'une princesse pour l'instant.

Elle posa une main sur l'épaule de son époux, avec un sourire indulgent sur les lèvres, loin de l'humeur irritée qui avait été la sienne devant l'entêtement de Thorïn, quelques heures plus tôt. Thraïn parut alors se détendre d'un seul coup, et un sourire dissimulé par son épaisse barbe tressée fit pétiller ses yeux bleus, sous le regard interrogateur de Thorïn. Ce dernier n'avait jamais vraiment compris comment leur mère faisait pour calmer ainsi leur père, si ce n'était que quelque chose de très fort semblait exister entre eux. Dis, lorsqu'elle n'embêtait pas ses frères, passait son temps à babiller sur cette connexion que Dana lui avait expliqué être « l'Amour », rêvant apparemment d'y gouter elle aussi un jour. Pour Thorïn et Frerïn, ça voulait avant tout dire qu'ils allaient un jour devoir se coltiner une fille pour le reste de leur vie, et cette pensée seule les faisait frissonner d'horreur.

Dana allait apparemment ouvrir la bouche pour calmer les choses entre son mari et ses enfants, lorsque son regard sombre tomba sur le plus jeune de ses deux fils, et l'air complètement débraillé qui était le sien. Ses yeux s'écarquillèrent d'horreur, avant qu'elle ne fonde sur Frerïn sans aucune pitié pour le ramener dans la salle d'eau tout en convoquant une servante le plus vite possible, ignorant les protestations de son fils.

Thraïn poussa un soupir lorsque la porte claqua de nouveau, étouffant les questions inquiètes de la jeune naine convoquée pour aider Frerïn à arranger quelque peu les dégâts. Voyant que Dana semblait vouloir superviser la chose personnellement, le prince héritier d'Erebor se tourna vers ses deux enfants restants, qui se regardaient en silence avec les sourcils haussés face à une telle réaction de la part de leur mère.

- Thorïn, comment s'est passé la visite avec la fille de Glaed ?, demanda-t-il finalement à son fils ainé.

Thorïn prit son temps pour répondre, sentant parfaitement le regard de Dis peser sur lui plus lourdement qu'une armure intégrale d'infanterie naine. Finalement, il lâcha du bout des lèvres :

- ...C'était… Bien…

Thraïn fronça les sourcils.

- Redresse toi, mon fils. Tu es un prince, pas un paysan brisé par les travaux des champs.

Thorïn étira son dos comme s'il se mettait au garde à vous et croisa l'intense regard approbateur de son père, avant de répéter ce qu'il venait de dire avec plus d'assurance que précédemment. Il n'allait, après tout, pas laisser une simple fille comme cette fichue Kanya lui marcher sur les pieds en lui faisant oublier son rang… Non mais !

*O*O*

La Grande Salle des Banquets était pleine, ce soir-là, ce qui, en soit, était presque un exploit. La pièce était très large et haute de plafond, supportée par des colonnes massives taillées dans le roc, gravées aux armoiries de Durïn et décorées avec de l'or fin. D'immenses feux de cheminées, allumés plusieurs jours avant l'arrivée de la délégation, dispensaient la source de chaleur continue si nécessaire pour garder la salle à une température agréable, projetant des ombres mouvantes sur les tapisseries gigantesques accrochées aux murs qui retraçaient les plus célèbres légendes et batailles de la race des nains.

Les tables disposées en carré au centre de la pièce débordaient de viandes rôties pendant des heures à la broche, de légumes en sauce, de soupes, de ragouts, de jambons, de fromages, de poissons, de miches de pain blanc encore tièdes, mais aussi de pièces montées réalisées uniquement avec des fruits de toutes les tailles et de toutes les formes, de tartes fumantes, de gâteaux spectaculaires, de beignets au miel, de galettes de blé fondantes recouvertes de sirop ou encore de fruits délicatement confits. La bière et le vin coulaient à flots, et il n'était pas rare d'entendre des chopes bien remplies frapper l'une contre l'autre dans un grand bruit sourd pour permettre à leurs propriétaires de trinquer à la santé qui de l'un, qui de l'autre, qui de sa sœur ou qui du cousin au troisième degré de la tante du petit fils germain de l'autre. Un orchestre était installé dans un coin, enchainant musique sur musique, dispensant à la salle une atmosphère encore plus festive.

Thraïn, Thror, Dana et Glaed étaient assis à la table d'honneur, et les sourires que ces têtes couronnées arboraient trahissaient une fête, et des accords, quels qu'ils aient pu être, réussis dans tous les sens du terme. En fait, Glaed et Thror étaient plongés dans une profonde discussion qui semblait les accaparer complètement, tandis que Thraïn, quittant l'espace de quelques minutes l'image de prince héritier du plus grand et riche royaume des nains de la Terre du Milieu, écoutait sa fille Dis qui babillait gaiement sur ses genoux sous le regard attendri de sa femme. Quant à leurs deux fils, c'était une autre histoire.

Thorïn cherchait Frerïn. En fait, on pouvait presque dire que le petit prince était prêt à abandonner et aller se coucher tout seul, puisque sa mission était justement de réunir son frère et sa sœur pour qu'ils quittent tous les trois la soirée, étant trop jeunes pour y assister dans son intégralité. Mais jusque-là, seule Dis semblait être arrivée à bon port puisqu'elle se trouvait déjà avec leurs parents. Après le gros du repas, les enfants s'étaient empressés de quitter la table pour jouer ensemble, les plus jeunes en tout cas, étant déjà exceptionnel qu'ils puissent assister à un tel banquet. Ces occasions étaient rarissimes, et restaient inoubliables pour beaucoup lorsqu'elles se produisaient.

La salle était largement assez grande pour qu'ils puissent s'ébattre autant que leur rang le leur permettait sans pour autant déranger les adultes toujours à table. Beaucoup des jeunes nains se demandaient comment leurs parents faisaient, d'ailleurs, pour tenir aussi longtemps assis, mais après, c'était surement une question que nombre d'enfants se posaient, et dont la réponse leur venait en grandissant…

En attendant, Thorïn avait, semblait-il, fait le tour entier de la salle, sans parvenir à apercevoir son petit frère. Et cela commençait à l'énerver. Il était prince, enfin ! Pourquoi était-ce à lui de chercher ?

« Parce que Père te l'a demandé », souffla une petite voix dans sa tête, qui faillit le faire grogner tout bas. Soufflant d'agacement à l'encontre de Frerïn, il se replongea de plus belle dans la cohue que constituaient les nains attablés ou debout, les odeurs fortes dont le mélange était pour le moins troublant et la musique entrainante* qui faisait danser quelques couples non loin des tables.

Poussant les gens pour se frayer un chemin, le jeune nain progressait bien trop lentement à son gout, songeant de plus en plus à déléguer son travail si énervant à un garde, plus grand et donc plus susceptible, selon lui, de le trouver rapidement. Néanmoins, il s'avéra rapidement qu'il n'aurait pas besoin d'en arriver à une telle extrémité : Ses vaines déambulations l'avaient amené au bord de la piste de danse, pile à l'instant où la danse particulière et compliquée incitait ceux qui l'exécutaient à se séparer comme une vague se heurtant à un rocher. Et là, en plein milieu de cette cohue ordonnée où chaque mouvement était chorégraphié et contrôlé, se tenait une tornade aux cheveux d'un roux si sombre qu'ils en paraissaient cramoisis, tenant par les mains un Frerïn hilare qui paraissait en cet instant on ne peut plus décoiffé, ses tresses volant dans tous les sens autour de son visage éclairé d'un grand éclat de rire.

Ils ne connaissaient absolument pas les pas de danse, mais cela ne les empêchaient pas de s'amuser visiblement comme les fous qu'ils étaient, ignorant le monde autour d'eux qui le leur rendait bien, si ce n'était quelques spectateurs amusés qui les encourageaient en frappant dans leurs mains en rythme avec la musique. La robe de Kanya, brodée de motifs envoutants et délicats, tournoyait avec la vivacité d'une flamme étincelant au cœur de la nuit, tandis que la petite naine riait en chœur avec son cavalier improvisé.

Mais ce que Thorïn retenait de tout ça, c'était que Kanya était une fois de plus mêlée à toute cette histoire et que s'il avait dû chercher son cadet partout comme un fou, c'était à cause d'elle.

Pourquoi fallait-il toujours que ça revienne à elle ?

Et c'est donc un Thorïn particulièrement grognon qui s'avança au milieu des danseurs pour les rejoindre et faire cesser leurs bêtises.

Mais ça, c'était sans compter sur Kanya.

Dès qu'elle le vit en bord de piste, ses yeux s'éclairèrent encore davantage, si c'était possible, et elle lâcha les mains de Frerïn pour se précipiter vers le nouvel arrivant, ignorant royalement son regard menaçant. Et Thorïn ne put retenir un petit cri de surprise, qui fut heureusement inaudible à son entourage avec le vacarme ambiant, lorsque la petite main de la naine s'enroula impitoyablement autour de la sienne et qu'elle l'entraina dans une ronde endiablée. Elle riait à n'en plus finir, ses pieds menus tapant contre le sol avec un rythme frénétique. Le jeune prince, lui, faillit se casser plusieurs fois la figure, ses épaisses bottes carrées le ralentissant dans ses mouvements tandis qu'il essayait en même temps de forcer Kanya à s'arrêter, apparemment en vain. Frerïn, quant à lui, s'était reculé pour les laisser faire, et s'étranglait littéralement de rire face aux ennuis de son ainé.

Kanya était un véritable tourbillon d'énergie, et le tout déstabilisait grandement le petit prince désemparé, tellement essoufflé qu'il ne parvenait même pas à lui crier de cesser ses bêtises. Il allait bien falloir, pourtant, car son père allait surement s'impatienter, et s'il y avait bien une chose que Thorïn ne voulait pas, c'était qu'il interprète cette danse stupide qu'il était en train d'accomplir, si jamais toute l'affaire remontait jusqu'à lui, comme un refus de la part de son fils ainé d'obéir à ses ordres.

Cette pensée seule suffit à lui redonner suffisamment de contrôler pour réussir à arracher ses mains de la poigne impressionnante de la petite naine. Cette dernière se figea aussitôt, son sourire se teintant d'une légère surprise… Pile au moment où un garde de son père, accompagné d'une naine inconnue qui devait appartenir à la délégation des Monts du Fer, faisaient leur apparition, empêchant Thorïn de grogner sa colère et son agacement au visage de Kanya.

Il était moins une !

- Votre altesse, déclara le garde d'Erebor en inclinant respectueusement la tête, Votre père vous fait chercher…

- Oui, l'interrompit un peu brusquement Thorïn, toujours de mauvaise humeur, J'ai trouvé mon frère, donc nul besoin de s'inquiéter.

Prudent, le garde se tut.

- Pourquoi es-tu toujours aussi grognon ? , demanda Kanya derrière lui en conservant son sourire.

- Je ne suis PAS grognon ! , répliqua véhément le jeune prince en faisant volte-face pour la foudroyer du regard, et d'abord, laisse-moi tranquille !

La seule réponse de la fillette fut son sourire si crispant pour Thorïn s'agrandissant encore davantage. Il paraissait impossible de la troubler, celle-là !

- Kanya, intervint la naine comme un cheveu dans la soupe, ton père te cherche, lui aussi…

Le regard de Kanya dévia d'un petit Thorïn toujours fulminant à la dame naine à la chevelure soigneusement coiffée, habillée d'une robe sobre, mais bien taillée. De mutin, son sourire se fit joyeux, mais aussi doux.

- J'arrive, Nou, déclara-t-elle d'une voix relativement différente de précédemment, ce qui étonna encore une fois Thorïn.

Puis elle se tourna vers le petit nain et lui tendit la main.

- Merci.

Thorïn la fixa d'un air méfiant et étonné, ne comprenant pas la raison d'un tel changement de comportement de la part de sa petite tortionnaire, elle qui aimait tellement l'embêter ne serait-ce que quelques secondes plus tôt.

- Merci pour quoi ?

Kanya inclina la tête sur le côté, ses yeux cuivrés brillant à la lueur des flammes de la cheminée la plus proche, faisant danser des ombres et des étincelles dans ses pupilles encore pétillantes de la soirée qu'elle venait de passer.

- Pour m'avoir fait visiter, pour m'avoir présenté à ton frère et ton ami, pour m'avoir fait rire… Pour tout, en fait !

Thorïn mit quelques secondes à refermer la bouche, son air un peu perdu arrachant un nouvel éclat de rire à la fillette, ramenant un énième air renfrogné sur le visage juvénile du petit prince.

- J'ai pas vraiment eu le choix… , marmonna-t-il en refusant de la regarder.

- Mais merci quand même.

Il y eut alors un étrange silence entre eux, uniquement troublé par la musique qui faisait toujours danser les nains et les naines tous richement vêtus de beaux atours. Ils ne paraissaient visiblement déranger personne, tel un cyclone dont ils étaient le centre, au calme et en paix. Le garde venu chercher Thorïn voulut apparemment intervenir une nouvelle fois, mais la naine visiblement responsable de la fille de Glaed l'en empêcha avec un sourire.

- Je repars le jour après demain, déclara doucement Kanya en oscillant alors sur ses petits talons, Et demain, je ne serai pas disponible, alors… Voilà.

Si Thorïn ne commençait pas à la cerner, il aurait juré qu'elle était un peu gênée. Mais il n'avait vraiment qu'une envie avec cette fille, c'était, quand il avait affaire à elle, de la prendre avec des pincettes. Elle partait ? Tant mieux ! Il pourrait ainsi retrouver sa vie telle qu'elle était avant que cette tornade aux cheveux cramoisis qu'était Kanya n'y fasse irruption, avec son sourire et sa langue bien pendue.

Et c'est donc en ignorant l'étrange petit pincement dans son estomac, et avec un soulagement indéniable, qu'il lui serra brièvement la main qu'elle lui tendait toujours, avant de la voir faire demi-tour et rejoindre la femme qui l'attendait encore, tout en disant au revoir à Frerïn avec un énième sourire.

Et il espérait bien que ce serait la dernière fois qu'il aurait à le voir, ce sourire…


*La musique en question est celle que j'écoutais quand j'ai écrit la majeure partie du chapitre : « Red dragon's inn ». Ecoutez là sur Youtube, c'est pas mal !

Donc voilà ! Un pitit cadeau rien que pour vous, en espérant que ça vous ai plu. Encore une fois, comme ce n'est pas mon histoire principale, elle ne figure pas parmi mes priorités. J'ai ma fic Star Wars à terminer avant :) Donc la suite ne sera pas pour tout de suite, mais je n'abandonne pas cette histoire, parce que j'aime bien torturer Thorïn dedans, fufufu... :333

Toodeloo !

Lereniel