Saluuut ! Je devrais même dire: Salut Akina ! Ma seule lectrice XD Normal, en même temps, y a pas beaucoup de monde qui passe dans la partie Miscellaneous... En tous cas, voici le quatrième chapitre. Bonne lecture !

La Porte du Chaos

4. Doubles jeux

Je n'aime pas les Mercenaires du Chaos. Ils n'ont aucun humour.

Merwyn Ril'Avalon

Ewilan quitta la demeure familiale au petit matin. Azan lui avait donné rendez-vous près du lac miroir. La jeune fille n'avait jamais eu de problème pour se lever aux aurores. Depuis le début de ses voyages en Gwendalavir, avec ses compagnons, Edwin les avait habitués à ne jamais traîner, à être prêts à temps. Des journées synchronisées, pour un minimum de risque.

Un frisson lui parcourut le dos. Familier, un vent de voyage lui souffla de nouvelles aventures à l'oreille. Ewilan savoura le silence de la ville endormie. Quelques artisans et marchands étaient déjà éveillés pour préparer leur journée, alors que les premiers rayons du soleil frappaient les tours diamantines d'Al-Jeit. Capitale aux mille facettes, ville de lumière, cité de beauté et d'harmonie, flèches de cristal, flammes dans la nuit. Le coeur de Gwendalavir.

Quelques jours auparavant, elle avait passé la journée avec Ellana, revenue de voyage et s'apprêtant déjà à repartir, vers la Citadelle.

La Marchombre passa son bras autour de celui de la jeune fille.

- Allez, viens petite soeur, aujourd'hui j'ai envie de te faire des cadeaux ! S'exclama-t-elle avec un sourire étincelant.

- Des cadeaux ? S'étonna Ewilan.

Ellana lui fit un clin d'oeil complice.

- Ne me dis pas qu'Edwin t'as prêté sa carte de crédit !

- Carte de crédit ?

- Euh, comment dire... la clé d'un coffre à la banque par exemple ?

- Ah, oui.

Ewilan marqua un temps d'arrêt alors que la jeune femme éclatait de rire et l'entrainait à sa suite.

- Ne t'inquiète pas, il en a plein !

A la fin de la journée, la jeune fille se laissa tomber sur un banc près du lac miroir. Ellana s'assit à ses côtés.

- Tes parents sont à Al-Chen, non ?

- Oui, ils ne seront de retour que la semaine prochaine.

- Ca te dirait de loger chez moi ce soir ? Proposa-t-elle en souriant.

Le visage d'Ewilan s'illumina.

- Oui !

- J'ai déménagé dans le quartier sud.

- Dans l'appartement d'Edwin ?

- Un des. Il me l'a offert.

- Il en a...

- Deux, enfin un.

La Marchombre la gratifia d'un clin d'oeil amical.

- Mais il faut avouer que le mot appartement est bien maigre, soupira-t-elle.

La jeune femme bondit sur ses pieds et se frotta les paumes l'une contre l'autre.

- Viens, on va se cuisiner quelque chose.

- Tu sais cuisiner ? Demanda Ewilan avec une pointe d'ironie.

Son amie éclata de rire.

- Moi ? Evidemment ! Tu aimes le siffleur carbonisé ?

Ewilan s'arrêta sur le pas de la porte.

- Bienvenue chez moi ! Fit Ellana en écartant les bras.

La jeune fille fit un pas en avant.

- C'est...

- A la fois coloré et serein, riche mais calme, ambiance paisible, sentiment de tranquillité, féminin, ...

La Marchombre soupira.

- Je suppose que ce n'est pas Edwin qui l'a décoré.

- Non, je crois qu'il l'a à peine utilisé une ou deux fois.

- Comment est-il entré en possession de cet appartement ?

L'éclat de rire soudain de son amie la prit au dépourvu.

- Ca, c'est une longue histoire ! Viens, allons nous asseoir au salon.

C'était un grand appartement, un beau grand appartement. Le sol était couvert d'un plancher de bois sombre, agrémenté de larges et épais tapis d'un rouge foncé, effilés de fils dorés. Les murs semblaient presque noirs en cette soirée, mais, à la lumière, ils était bordeaux par endroit, parfois carmins et avec quelques parties blanches. De riches canapés dans les mêmes tons, débordant de coussins dodus, étaient disposés dans un grand salon, près d'une âtre dessinée – elle ne servait qu'à illuminer la pièce, surmontée de montants de bois finement sculptés. Ci et là, d'autres chandeliers raffinés éclairaient faiblement les lieux, qui conservaient ainsi leur ambiance confortable, douillette et intime.

Les deux amies s'installèrent près de l'âtre. Ellana s'éclipsa quelques secondes, puis revint avec deux verres de jus de baie.

- Alors, tu me racontes comment Edwin a eu cet appartement ? Demanda Ewilan après une gorgée de boisson.

- Hé bien, c'est très simple en fait. Avant qu'il ne devienne général, alors que lui, Sil'Afian et ton père formaient toujours un trio inséparable, ils s'amusaient beaucoup à jouer tout et n'importe quoi aux cartes. Cet appartement, appartenait autrefois à Marguerite Fil'Dalia.

- Marguerite Fil'Dalia ?

- Oui, la maîtresse de l'Empereur Sil'Dria, quatre Empereurs avant Sil'Afian. Sil'Dria avait été marié de force à une noble, mais cette Marguerite, qui était d'abord son amour de jeunesse, est en fait restée son grand amour durant toute sa vie. Même quand sa première épouse est décédée, on ne l'a pas autorisé à épousé Marguerite. Tout le monde était au courant de leur relation extra-conjugale, mais personne n'en tenait compte à vrai dire. Séparément, Sil'Dria et Fil'Dalia étaient deux personnes appréciées du peuple. Il lui avait fait construire cet appartement, il lui envoyait des fleurs, des cadeaux...

- Un vrai romantique !

- Oh oui ! Après le décès de sa deuxième femme, il a préféré ne plus se marier, continuant à fréquenter régulièrement Marguerite. Et, en fin de compte, ils ont tous les deux vieilli et sont morts seuls.

La Marchombre haussa les épaules.

- Ils ont été enterrés côte à côte et, au moins, maintenant, personne ne les séparera.

- Et ?

- Et Sil'Afian a hérité de l'appartement en devenant Empereur.

- Et ? Commençait à rire la jeune fille.

- Et il l'a joué aux cartes avec ses amis.

- Edwin et mon père ?

- Oui ! Et Edwin est un vrai tigre aux cartes ! Il a tout remporté !

Les deux amies éclatèrent de rire.

- Il n'a d'ailleurs servi qu'une seule fois depuis que Marguerite Fil'Dalia l'a quitté !

- A quelle occasion ? S'enquit la jeune fille, calmant difficilement ses rires.

- C'était pour fêter la première tête de Ts'liche que mon Frontalier de compagnon a ramené à Al-Jeit ! D'ailleurs, il y a une étrange pièce de viande verte dans la chambre froide et je commence à me poser des questions !

Ewilan dut s'accrocher à l'accoudoir du canapé pour ne pas se rouler de rire sur le plancher.

La Marchombre lui resservit un verre.

- Alors, raconte-moi ta nouvelle vie !

- A vrai dire, c'est plutôt calme !


Salim serra les poings. Une foule de plus en plus dense se rassemblait autour de lui et des aristocrates d'Al-Far. Une fois de plus, il avait échoué à remplir sa deuxième mission. Une fois de plus, une personne l'avait empêché de finir son travail, alors qu'il était à deux doigts d'y parvenir. Une sorte de noble qui se nommait Sayan l'avait dénoncé au bijoutier. Les dents de Salim crissèrent. Comment cet aristocrate véreux avait-il réussi à le prendre la main dans le sac ? Son geste était parfait, lissé par l'expérience, invisible. Mais l'apprenti marchombre connaissait ses yeux clairs et sa démarche fluide. Même s'il se tenait désormais exagérément droit, même s'il portait un costume de riche facture et était entouré d'autres nobles, la ressemblance était criante. Sayan n'était autre qu'Ayanel, ce vieillard qui avait joué avec lui à Al-Chen et qui avait également fait échouer sa mission.

- Alors, jeune manant, c'est ça un Marchombre ? Fanfaronna Sayan.

Les jeunes femmes autour du noble gloussèrent. Salim serra les poings jusqu'à ce que ses jointures blanchissent.

- Je sais qui vous êtes, lâcha-t-il froidement.

Sayan éclata d'un rire hautain.

- Moi, évidemment, qui donc ne me connait pas à Al-Far ? N'est-ce pas, très chères ?

- Oh, monsieur Sayan ! S'esclaffèrent les jeunes femmes.

Lançant de discrets regards à gauche et à droite, Salim aurait voulu profiter que toute l'attention était portée sur Sayan, mais la foule était trop serrée. La fuite était trop risquée.

- En tous cas, si ce n'est pas un Marchombre, c'est un voleur. Les gardes ne devraient plus tarder !

Au même moment, on entendit le martèlement de sabots sur les pavés de la rue. La garde d'Al-Far ! Le coeur du jeune Marchombre manqua un battement.

- Laissez passer, laissez passer ! Ordonnèrent les soldats à la foule.

Bousculant les badauds des flancs de leurs chevaux, les gardes se frayaient tant bien que mal un chemin jusqu'à lui, dispersant la foule. Salim tenait son échappatoire. Il devait profiter du remue-ménage que causait l'arrivée des gardes pour prendre ses jambes à son cou et se faire oublier !

Des gens trébuchèrent, vacillèrent, s'étalèrent de tout leur long sur les pavés. Salim n'attendit pas une seconde, il bondit, vif comme l'éclair, et se fondit dans la foule en tumulte. Comme une ombre, il se glissa hors du rassemblement et disparut dans une ruelle étroite.

Un garde passa devant la ruelle et, n'y trouvant rien, s'en retourna à son travail.

Un large sourire s'étira sur le visage de Sayan.


Quand Ewilan arriva sur la petite placette du quartier sud, Azan l'attendait déjà. Le soleil dardait ses premiers rayons dorés entre les tours d'Al-Jeit, teintant le ciel de couleur pastel. Le jeune homme l'attendait, debout en dessous d'un hêtre pourpre au feuillage carmin, la brise matinale secouant ses boucles brunes et soyeuses. Lorsqu'il la vit arriver, son visage s'illumina.

La jeune fille lui fit signe de la main et le rejoint en trottinant.

- Prête ? Demanda le jeune homme.

- Prête ! Fit-elle en lui prenant la main.

Azan lui sourit, et Ewilan sentit un doute s'insinuer dans sa conscience. Et si... Elle n'eut pas le temps de penser plus loin, le jeune homme l'entraina d'un pas sur le côté.

Ewilan ouvrit les yeux. Noir. Pas une lumière et un étrange sentiment d'insécurité. Elle avait fait une erreur, elle avait été cruellement naïve. En une fraction de seconde, elle investit l'imagination, en une fraction de seconde, les spires se disparurent brutalement devant ses yeux. Des gommeurs !

Soudain, des torches s'allumèrent vivement. Elle était dans une pièce, grande, au sol de terre battue et aux murs de pierre brute. Trois personnes apparurent à une dizaine de mètres devant elle. Les deux hommes aux extrémités étaient vêtus d'armures sombres et de longues capes noires. Celui du milieu n'était autre qu'Azan. Le jeune homme avait revêtu une longue tunique aussi obscure que son regard. A la main, il tenait un masque hideux, grimaçant et pourvus de crocs. Un masque de Mentaï. Elle était tombée dans un piège.

Le jeune homme aux boucles brunes lui lança un sourire supérieur et victorieux.

- Bienvenue ! Bienvenue Chère Ewilan ! Commença Azan sur un ton mielleux. J'espère que tu apprécie notre comité d'accueil !

Les deux hommes escortant Azan tirèrent de leur fourreau de longues épées à la lame ondulant comme un serpent.

- Mercenaires du Chaos ! S'exclama Ewilan.

- Oui, très chère Ewilan, Mercenaires du Chaos.

La jeune fille lui lança un regard noir.

- Et bientôt, le Chaos envahira Gwendalavir !

- Il y aura toujours quelqu'un pour se mettre en travers de votre chemin !

Le Mentaï lui lança un regard amusé.

- Qu'est-ce donc cela ? De... l'espoir ?

L'ironie dans la voix du dessinateur lui fit serrer les poings.

- Tes amis aussi seront balayés par le Chaos ! Ils ne sont rien face à la puissance ultime qui est en notre possession.

Azan plissa les yeux avec un sourire carnassier. Malgré le fait que l'imagination était inaccessible à cause des gommeurs, quatre chaines jaillirent du sol, fusèrent vers la jeune fille et lui lièrent les poignets et les chevilles.

- Qui sera bientôt en notre possession. Grâce à toi Ewilan ! Oui, grâce à ton pouvoir, nous allons ouvrir la Porte du Chaos !

Voili voilou ! J'espère que vous avez aimé ! =D On se donne rendez-vous au prochain chapitre, plus centré sur Edwin et Ellana cette-fois.

Et puis, vous me laisserez bien une petite review, pas vrai ? é_è