Note d'auteur : Ce 4e OS/chapitre répond au prompt "L'attente", chronologiquement dans la vie d'Asteria il suit le précédent d'assez près (quelques mois tout au plus), j'espère qu'il vous plaira !

Un grand merci à CharlenePotter qui a relu et corrigé ce texte ! :)

Bonne lecture !


Asteria reposa son verre de vin sur la table à laquelle elle était assise et esquissa un sourire à l'attention de l'homme assis en face d'elle. Elle réprima une grimace mêlant découragement et agacement en pensant que c'était le troisième rendez-vous en deux semaines qui se révélait être une catastrophe… Cela lui apprendrait à vouloir rencontrer des gens par l'intermédiaire de ses amies… Pourquoi ne lui présentaient-elles que des mufles et des imbéciles ? Depuis le début, aucun n'avait eu l'élégance de lui tirer sa chaise afin qu'elle puisse s'asseoir, de lui tenir la porte lorsqu'ils entraient dans un lieu… Peut-être était-elle trop exigeante envers les hommes, finalement.

Élevée dans un milieu aristocratique, où l'étiquette était très stricte, où les principes se respectaient à la lettre, elle s'apercevait que ce genre d'éducation ne concernait qu'une infime partie des sorciers… Pourtant, ce n'était pas faute d'avoir cherché ! Mais ce soir, c'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase : l'homme face à elle s'était trois fois curé le nez sans aucune discrétion, il avait poussé des soupirs désaltérés après chaque gorgée de vin, avait été incapable de savoir de quel couvert se servir pour chaque plat… Ce n'était pourtant pas si compliqué ! Il fallait partir de l'extérieur pour aller vers l'intérieur ! N'importe qui savait cela… non ?

Asteria se leva de table, décidée à écourter cette soirée le plus possible. Elle avait espéré qu'il viendrait l'aider à mettre son manteau, comme il était d'usage, mais il se contenta de faire un commentaire sur le prix du repas, en disant que c'était du vol et qu'on ne l'y reprendrait pas à deux fois. Asteria leva les yeux au ciel devant tant de grossièreté, mais la cerise sur le gâteau fut quand ce malotru refusa de donner un pourboire au serveur sous prétexte qu'il avait trouvé la nourriture immonde et le service déplorable. Asteria sortit une petite escarcelle en cuir de sa cape et donna un Gallion au serveur en fusillant son compagnon d'un soir du regard.

Ils sortirent du restaurant sans un mot de plus et Asteria s'en alla après un bref « au revoir ». Bon sang, était-elle maudite ? Elle faisait des efforts, elle commençait à s'ouvrir aux autres, à vouloir voir du monde, à se démarquer de sa famille qui l'avait si souvent conservée dans l'ombre, et elle n'avait que de la malchance… Elle commençait à penser que décidément, les relations amoureuses n'étaient pas faites pour elle… La pensée de sa sœur s'imposa à elle comme une évidence : Daphné avait collectionné les petits amis, elle n'avait jamais aimé s'engager sérieusement, et avant sa mort, elle avait eu pas moins de quinze aventures. Celles d'Asteria pouvaient se compter sur les doigts d'une demi-main, c'était tout de même navrant !

Le soir était tombé, on était en plein hiver. Elle aimait beaucoup se promener seule la nuit, en particulier sur le Chemin de Traverse, avant de transplaner chez elle, dans le manoir de ses parents où elle vivait toujours. Ses parents faisaient montre de bien plus d'attention à son égard, ses relations avec eux étaient infiniment meilleures qu'avant. A quelque chose malheur est bon, dit-on… Mais elle sentait que sa mère n'avait pas totalement fait le deuil de Daphné, et ne comptait plus les réflexions de son père sur le fait qu'elle avait bientôt vingt ans et n'était toujours pas mariée, ce qui n'était convenable dans une société comme la leur. Non, elle n'était pas mariée, non elle n'était même pas fiancée, oui sa vie amoureuse était un véritable désastre, et alors ? Elle avait le droit de vivre, non ? Ils pouvaient déjà s'estimer heureux qu'elle soit vivante…

Elle ne leur avait jamais parlé de sa tentative de suicide, et n'avait pas l'intention de le faire, ne tenant pas à anéantir l'estime d'elle qu'ils avaient fini par avoir. Elle avait quelques fois songé à contacter Drago Malefoy, pensant que peut-être il était plus recommandable que les connaissances de ses amies, mais s'était ravisée à chaque fois, de peur qu'il ne la trouve envahissante. D'ailleurs, il était probablement déjà marié. Elle connaissait sa famille, son père avait travaillé avec Lucius Malefoy, et en disait le plus grand bien, malgré toutes les affaires sordides dans lesquelles il avait trempé durant la guerre. Or les Malefoy étaient de ces aristocrates, très à cheval sur les convenances, et ils n'auraient sans doute pas toléré que leur fils unique ne fût pas marié à vingt-deux ans.

Après sa rencontre avec Drago, elle s'était souvenue l'avoir déjà vu en compagnie de sa sœur, et qu'il était même venu une ou deux fois chez eux, accompagnant ses parents. Ils étaient très jeunes à l'époque, et Drago était resté avec sa mère, ne souhaitant visiblement pas aller s'amuser avec des filles. Daphné et Asteria n'avaient d'ailleurs pas manifesté l'envie de lier connaissance avec lui. Asteria le regrettait un peu, aujourd'hui. De ce qu'elle avait vu de lui à Poudlard, il était infect adolescent, sans cesse en quête d'une méchanceté à dire, d'un sale coup à faire, et ce genre de garçon ne l'avait jamais attirée. Mais c'était bien le même homme qui l'avait empêchée de se donner la mort, alors peut-être avait-il changé ?

Descendant le Chemin de Traverse d'un pas lent, décidée à profiter de cette belle soirée étoilée, elle passa devant un restaurant très chic, dans lequel elle était allée une ou deux fois, avec ses parents et sa sœur. Les prix étaient tout bonnement exorbitants, mais on y mangeait comme nulle part ailleurs. Les souvenirs l'assaillant, elle ralentit considérablement le pas et regarda d'un œil vague à l'intérieur de l'établissement. Les lustres de cristal, les sièges recouverts de velours, les bougies sur les tables… Tout ce luxe détonnait un peu, dans ce coin du Chemin de Traverse. Il aurait détonné n'importe où, d'ailleurs. Mais Asteria aimait ce genre d'atmosphère, même si elle lui rappelait un peu trop la stricte éducation qu'on lui avait donnée…

Son regard se fit moins vague, et elle profita de sa position qui la rendait invisible aux gens présents dans la salle pour observer cette clientèle. Ce milieu lui était tellement familier… Elle eut un soupir un peu désappointé en voyant un homme d'une quarantaine d'années, en compagnie de sa femme, tirer la chaise de celle-ci pour lui permettre de s'asseoir, puis s'asseoir à son tour, lui prendre la main… Une pointe de jalousie lui traversa le cœur. Elle n'était pas d'un naturel romantique, ah ça non, mais elle ne pouvait nier que la vue d'un couple quelconque la mettait mal à l'aise… Elle détourna son regard de ce couple, et son regard se porta à une autre table. Elle eut un sourire en en voyant une, composée de trois personnes, toutes parées d'une chevelure d'un blond tel qu'il tendait vers le blanc.

Puis son regard fut attiré par la plus jeune personne de la tablée, et bizarrement, elle ne fut nullement surprise de reconnaître Drago Malefoy. Il n'était sans doute pas homme à fréquenter les brasseries ou les pubs… Ce devaient être ses parents, avec lui. Cela faisait bien longtemps qu'elle ne les avait pas vus, mais l'air de famille ne trompait pas. Ils n'étaient pas très bavards, ils se contentaient de manger en silence. Asteria se demanda pourquoi la femme de Drago n'était pas avec eux. Elle aurait bien aimé la rencontrer…

La porte du restaurant s'ouvrit soudain et Asteria sursauta. Si on la trouvait campée au milieu de la rue à épier les gens dans la salle, assurément ce ne serait pas bien vu. Mais elle n'avait pas envie de rentrer chez elle… Elle avisa un banc, de l'autre côté de la rue, non loin de chez Ollivander. Elle s'y assit et s'emmitoufla dans sa pèlerine de soie. La soirée avait beau être agréable, elle n'en demeurait pas moins bien fraîche. On était au mois d'octobre, et déjà les premières froideurs de l'hiver se faisaient sentir. Asteria frissonna et regarda autour d'elle. Tout était si silencieux…

C'était bien différent des jours où elle était venue en compagnie de ses parents et de sa sœur acheter ses fournitures scolaires. Elle gardait de ces journées des souvenirs impérissables, et aurait voulu les revivre les unes après les autres… Merveilleuse époque que l'enfance, où tout semble si simple, où les soucis ne se bousculent pas à la porte. Asteria avait beau avoir eu une enfance relativement difficile sur le plan relationnel, surtout vis-à-vis de ses parents, elle ne pouvait s'empêcher de regretter cette époque bénie, où elle n'avait pas cette impression d'être maudite, invisible aux yeux des hommes, insignifiante…

Elle attendait son prince charmant depuis ses quatre ans, depuis qu'elle était en âge de lire des contes de fées… Mais sa vision de celui-là avait grandement évolué depuis cet âge. Alors que petite, elle attendait un homme vaillant, vêtu comme un prince, l'emmenant sur son cheval blanc… Aujourd'hui, ces illusions avaient déserté sa pensée, car elle se rendait bien compte qu'elle ne plaisait pas aux hommes, que les rares qui s'intéressaient à elle le faisaient pour la fortune dont elle était l'héritière et qu'il n'y avait qu'en étant réaliste et terre-à-terre qu'elle avancerait dans la vie, et non en conservant ses rêves de petite fille. Elle frissonna quand un courant d'air glacé investit la rue et souleva le bas de sa robe. Elle aurait dû s'habiller plus chaudement, mais elle ne pensait pas que sa soirée se finirait assise seule sur un banc à attendre on ne sait quoi…

La porte du restaurant s'ouvrit à nouveau et un couple âgé en sortit. Asteria sourit en voyant l'homme aider sa femme à mettre sa cape et lui offrir son bras pour l'aider à marcher. Sans doute étaient-ils rares les gens qui s'aimaient jusqu'à cet âge… Mais après tout, rien ne lui disait qu'ils n'étaient pas déjà veufs d'un premier mariage et qu'ils ne venaient pas de se rencontrer… Elle eut une moue désabusée à cette pensée. De quel pessimisme elle pouvait faire preuve ! Elle croisa les bras en s'emmitouflant encore dans sa pèlerine. Il faudrait qu'elle pense à rentrer, où elle attraperait une pneumonie… Mais ses parents étaient les dernières personnes qu'elle souhaitait voir à la fin de cette désastreuse soirée.

Son père lui demanderait encore si cela s'était bien passé, si elle avait des projets, si enfin elle avait trouvé le bon. Sa mère lui rappellerait encore qu'à l'âge de vingt ans, elle était déjà mariée et attendait Daphné… Et Asteria ne voyait guère l'utilité d'entendre une énième fois les conseils amoureux de sa mère, qui pensait sans doute bien faire, mais ne réussissait qu'à mettre sa fille dans l'embarras et la confusion. S'ils avaient été quelques dizaines d'années plus tôt, ses parents lui auraient déjà arrangé un mariage avec un riche héritier… Mais, aussi stupide que cela pût paraître dans leur milieu, Asteria souhaitait un mariage d'amour et pas d'intérêt.

La porte du restaurant s'ouvrit encore. C'était divertissant de voir les gens en sortir, de voir leurs habitudes, de voir comment les couples se comportaient. Cette fois-ci, ce fut une famille qui sortit, les enfants étaient parés de leurs plus beaux habits. Une petite fille portait une robe blanche et un nœud de satin dans ses cheveux noirs, elle était ravissante. Elle devait avoir six ans tout au plus, et ses habits étaient impeccables, on n'eût pas cru qu'elle sortait d'un restaurant. A cet âge, il n'était pas rare, voire même extrêmement courant, qu'un enfant tache ses vêtements en mangeant. Et Asteria avait l'intuition que cette petite avait mangé tout à fait correctement, et que la propreté de sa robe n'était pas due à un sort de nettoyage.

De nouvelles personnes sortirent, mais Asteria ne les reconnut que trop bien, et regretta de ne pas s'être assise dans un endroit moins exposé. Les Malefoy, dans toute leur noblesse de gestes, sortirent de l'établissement. Lucius aida sa femme à remettre sa longue cape noire, et Drago salua le majordome qui leur tenait la porte. Asteria essaya de dissimuler son visage derrière sa main, qu'elle avait portée d'une manière bien peu naturelle au niveau de son menton. Drago tourna la tête vers elle, et son regard perçant s'arrêta sur son visage. Asteria détourna la tête, dans l'espoir qu'il ne l'eût pas reconnue. Elle entendit des pas et le bruissement d'une cape sur les pavés, avant de sentir quelqu'un s'asseoir à côté d'elle.

— Vous attendez quelqu'un ? demanda une voix grave légèrement traînante.

C'était lui, bien sûr. Asteria secoua la tête sans pour autant dévoiler son visage. Elle vit du coin de l'œil Drago se pencher, comme pour essayer de la voir.

— On ne s'est pas déjà vus ?

A quoi bon continuer à se cacher ? C'était ridicule, elle n'avait plus quatorze ans. Elle abaissa sa main et tourna son visage vers lui.

— Si, je suppose, soupira-t-elle en le regardant.

— Asteria ? fit-t-il, visiblement stupéfait. Qu'est-ce que vous faites ici ?

Il semblait réellement surpris de la voir. Que pensait-il d'elle, maintenant ? Sans doute qu'elle était une pauvre fille esseulée, cherchant à tuer le temps en attendant des célibataires fortunés à la sortie des établissements de luxe. S'il pensait cela, pourquoi venait-il la voir en étant marié ? Ou bien ne l'était-il peut-être pas, finalement…

— Ce n'est pas ce que vous croyez… murmura-t-elle.

Ils se vouvoyaient instinctivement, comme lors de leur rencontre sur les falaises. Leur rang social ne leur permettait pas d'user de familiarité alors qu'ils ne s'étaient quasiment jamais parlé.

— Dites-moi ce que je dois croire, répondit Drago avec une nuance d'ironie dans la voix.

— Je… vais rentrer chez moi, je crois, je vais finir par me faire mal voir à rester ici.

Elle se leva, arrangea les plis de sa cape et salua Drago d'un signe de tête très sobre.

— Ravie de vous avoir revu, murmura-t-elle.

Asteria l'entendit vaguement marmonner un « Moi de même » et se mit à marcher d'un pas rapide. Elle se sentait complètement ridicule et regrettait d'avoir dévoilé son identité. Elle était surprise que Drago se souvienne d'elle, elle n'avait pourtant pas la même allure que le jour de leur rencontre. Elle était d'ailleurs plutôt contente qu'il puisse avoir une autre vision d'elle que celle d'une fille désespérée au bord du suicide… Elle avait dû lui faire terriblement pitié, ce jour-là, et elle avait malheureusement l'impression que ce soir, elle avait sans doute paru tout aussi pathétique…

— Asteria, attendez !

Le cœur d'Asteria s'accéléra. Bon sang, elle n'avait pas besoin qu'on la prenne en pitié, s'il avait des remarques à faire, il pouvait se les garder ! Elle fit volte-face et le trouva à deux mètres d'elle. D'une voix où perçait l'exaspération, elle lui dit tout de go :

— Écoutez, je ne sais pas pourquoi vous me parlez, pourquoi vous tenez autant à engager la conversation, mais si vous croyez que j'ai besoin d'aide, vous vous trompez ! Je ne suis pas une demoiselle en détresse, j'étais là ce soir parce que j'avais envie de profiter de cette soirée, et je n'ai pas de compte à vous rendre !

Satisfaite d'avoir dit ce qu'elle avait sur le cœur, elle regarda Drago avec assurance, attendant sa réaction. Il avait l'air perplexe. Pas déstabilisé, non, mais sceptique. Un de ses sourcils était levé en accent circonflexe, témoignant de son incertitude. Ce fut au tour d'Asteria d'être dubitative. Pourquoi, par Merlin, la regardait-il ainsi ? La prenait-il pour une folle ?

— Je n'avais pas l'intention d'engager la conversation, lui dit Drago, toujours avec cette moue incrédule. Mais vous aviez oublié ceci sur le banc.

Il lui tendit son escarcelle en cuir. Asteria se sentit rougir tant elle était honteuse. Elle ne savait vraiment plus où se mettre, jamais au grand jamais elle ne s'était sentie aussi ridicule…

— Je… je suis désolée, bredouilla-t-elle. Je… merci…

Elle prit rapidement l'escarcelle et la remit à sa ceinture. Drago eut un sourire moqueur et elle ressentit un vif assentiment à son égard pour l'embarras qu'il provoquait en elle. Elle détestait se sentir en situation d'infériorité, et avait fait son possible depuis la mort de Daphné pour que cela ne se reproduise plus jamais… Or, c'était exactement ce qu'elle éprouvait en ce moment, sous le regard plus qu'ironique de Drago Malefoy. Décidément, il n'avait pas changé, toujours ce petit prétentieux sûr de lui…

— Vous savez, même si vous aviez besoin d'aide, ce n'est pas à moi qu'il faudrait en demander, dit-il d'une voix neutre. Je n'aime pas écouter les gens pleurnicher, et je ne suis pas du genre à compatir.

— Vraiment ? fit Asteria, retrouvant son assurance. Ce n'était pas de la compassion lorsque vous m'avez empêchée de sauter du haut des falaises ? Et ce n'était pas de la compassion lorsque vous êtes venu me voir ce soir ?

— Sur les falaises, c'était par simple acquit de conscience, et ce soir, je me disais que peut-être vous aviez besoin d'un peu de compagnie

Il accompagna ce dernier mot d'un regard lourd de sens et Asteria en perdit ses mots tant elle était outrée. Oser prétendre cela à son sujet ! Elle n'était pas une fille de petite vertu, et c'était bien la dernière des choses qu'elle souhaitait devenir ! Comment pouvait-il croire cela d'elle ?

— Vous… vous… balbutia-t-elle, la voix tremblante de colère.

Drago Malefoy eut un sourire désabusé et leva les yeux au ciel avant de tourner les talons, les mains dans les poches, et de s'en aller d'une démarche nonchalante mais non sans allure. Asteria devait reconnaître que sa cape flottant derrière lui à chaque pas qu'il faisait ne manquait pas d'élégance. Elle était cependant bien trop fière pour admettre que Drago Malefoy pouvait être à ses yeux autre chose qu'un petit crétin immature et condescendant. Il s'arrêta soudain avant de se tourner vers elle, avec toujours ce maudit sourire moqueur au coin des lèvres.

— Vous savez que vous valez mieux que cela, Asteria, j'espère ? dit-il d'une voix entendue.

— Que voulez-vous dire ? fit Asteria, méfiante.

— Je fréquente les femmes de mon milieu, ayant reçu une certaine éducation et possédant un minimum de distinction. Oh, bien sûr, il y a des filles… disons, légères, qui peuvent être d'agréable compagnie, mais vous vous doutez bien que si j'avais pensé une seule seconde que vous pouviez être de celles-ci, je ne vous aurais même pas accordé un regard. Me suis-je bien fait comprendre ?

Asteria demeura muette. Drago eut un nouveau rire désabusé, en lui adressant un regard lourd de sens, puis tourna définitivement les talons avant de disparaître dans un craquement sonore. Les lèvres d'Asteria se fendirent d'un sourire. Elle aurait aimé avoir compris ce qu'il venait de sous-entendre, mais craignait tellement de se tromper qu'elle préférait ne tirer aucune conclusion hâtive. Il valait mieux prendre ce qu'il venait de dire au premier degré, à savoir qu'il avait su voir qu'elle était issu de la haute société sorcière et qu'il avait pensé qu'elle attendait réellement quelqu'un. Et non qu'il était venu la voir car elle lui avait semblé jolie de loin, et que non seulement il avait su voir son ascendance aristocratique dans son allure, mais qu'en plus elle lui avait peut-être plu…

Elle sourit un peu plus, en pensant qu'il était à présent certain qu'il n'était pas marié, car un homme de sa condition, en compagnie de ses parents, ne serait pas allé voir une femme inconnue alors qu'il était déjà pris. Ainsi donc, elle qui pensait qu'il était sans doute homme à se plier aux conventions, à ne pas rester célibataire trop longtemps, à fonder une famille sans attendre… elle s'était bien trompée sur son compte. Finalement, tout n'était peut-être pas perdu pour elle, si même Drago Malefoy n'était pas fiancé à vingt-deux ans, elle n'était peut-être pas si maudite que cela, en tout cas pas plus que lui.

Ce fut une Asteria souriante qui rentra chez elle, ce soir-là, malgré son rendez-vous désastreux, car pour une fois dans sa vie, elle avait trouvé une personne plus à plaindre qu'elle, dont elle n'enviait rien, et ce n'était pas peu dire…


Note de fin : Voilà, comme vous pouvez le deviner, leur couple ne va pas se former en un claquement de doigt, ce serait bien trop facile ;) J'espère que ça vous a plu en tout cas, merci d'avoir lu et à jeudi pour la suite !