Bonjour à tous !
Voici donc le chapitre 4, avec un petit peu de retard, je m'en excuse :)
Dans ce chapitre, Lexa part vers de nouveaux horizons, rencontrer de nouvelles personnes.
J'espère qu'il vous plaira, n'hésitez pas à me laisser votre avis.
Bonne lecture !
Cela fait trois jours que nous allons vers l'Est, trois jours de cheval, et je commence à avoir le bassin qui se verrouille. Devant moi, Lincoln est attentif, portant son regard sur l'horizon scrutant le moindre mouvement éventuel. Nyko somnole sur son cheval à ma droite. Il faut dire que nos journées sont relativement longues et épuisantes. Nous nous reposons à tour de rôle tout en continuant d'avancer, et ne faisons que de courtes pauses de quelques heures à peine le temps de nous reposer la nuit. Nous voyageons léger, et très peu armés. Peu nombreux. Sortis de notre territoire, nous ne devons pas paraître menaçants, et nous ne pouvons pas non plus nous permettre d'être imprudents. Il n'est malheureusement pas rare de se faire attaquer, soit pour nous voler, soit par des Grounders avides de sang tout simplement. Azgeda est connu pour cela par exemple, mais heureusement nous sommes loin de leurs terres à l'heure actuelle.
Anya m'a demandé de voyager avec seulement deux hommes volontairement, nous allons parlementer, conclure une alliance, et le peuple de Floukru ne nous veut aucun mal. Mais elle restait malgré tout prudente, et voulait que quoi qu'il arrive, l'un d'entre nous reste à l'écart de manière à avoir une chance d'échapper à Astia, ou à n'importe qui d'autre, si par malheur quelque chose devait mal tourner. Elle m'avait également donné le nom d'une personne de confiance, vers qui me réfugier en cas de besoin, et qui pourrait m'aider à repasser la frontière. Sur ses ordres, Indra avait également monté un campement à l'orée de notre territoire et organisé une solution de repli. Ainsi notre sécurité était assurée dès que nous aurions repassé la frontière. Anya préférait assurer ses arrières et elle avait raison.
Je suis tirée de mes pensées par Lincoln stoppant le pas cadencé de son cheval. Enlevant la capuche qui orne ma tête, je scrute l'horizon silencieusement, à la recherche de ce qui a pu pousser Lincoln à arrêter notre petit convoi. Il se retourne vers moi, et m'indique d'un mouvement de tête de regarder en contre-bas, à proximité de la route commerciale. Là siège une petite cabane, surement un poste d'échange, dans lequel le commerce peut avoir lieu entre les différents peuples, et même différents villages, ou encore une simple maison isolée. Mais en général, les postes d'échange sont tenus par une seule famille de marchands, et sont relativement sans défense, tout comme peut l'être une simple maison. Pas souvent attaqués mais cela peut arriver, et c'est notamment pour cette raison qu'habituellement ils ne sont pas si prêts d'un grand axe commercial.
Je décide de rejoindre la route pour aller jeter un œil à cette bâtisse faite de paillis et de bois, et éventuellement nous y approvisionner. Cela fait trois jours que nous mangeons peu, ne prenant pas le temps de chasser convenablement, nous allons donc acheter ou troquer un gibier pour ce soir s'il s'avère bien que c'est un commerce. Laissant les chevaux à Lincoln, je pousse la porte de la cabane en compagnie de Nyko, et suis accueillie par un homme, grand, charpenté, de longs cheveux bruns. Tandis que Nyko arpente la petite boutique pittoresque dans laquelle nous sommes entrés, mon regard ne peut se détacher de cet homme, planté derrière une espèce de petit comptoir, en train de tresser semble t'il des bouts de cuir entre eux. Je le vois poser ses yeux à plusieurs reprises sur moi, me dévisageant, et croisant par la même occasion mon regard. Je m'avance alors vers lui, saisissant par mesure de sécurité le manche de mon épée, et lui demande d'un ton assuré :
« Que pourrais tu nous proposer en gibier ? »
Silencieusement, il lâche ses bouts de cuir, s'en va dans son arrière boutique un court instant, et disparaît donc de ma vue. J'échange un long regard avec Nyko, qui s'est rapproché de moi et a saisi également son épée en adoptant une attitude protectrice. Nous ne savons pas à ce moment précis comment peut évoluer la situation, et s'il revient armé, je n'aurai pas d'autre choix que de le tuer. Mais lorsqu'il réapparait, je n'ai d'autre choix que de baisser ma garde face au lapin et au lièvre qu'il vient de me balancer sur le comptoir. Son regard est sévère et cette fois se porte sur Nyko, qu'il sent malgré tout encore sur le qui-vive.
« C'est tout ce que j'ai, chassé ce matin. » me lance t'il avec un ton arrogant.
« Parfait. Combien tu en veux ? »
« Une épée comme la tienne. »
« Hors de question.» Lui répondis-je sur le même ton, tout en le regardant fixement.
« Alors vous n'aurez pas ce gibier ! » me répliqua t'il en retirant les bêtes du comptoir.
Je stoppe Nyko qui commence alors à s'avancer vers lui d'un mouvement brusque, nerveusement, et constate que sa paume de main s'est resserrée autour de son épée. Je lui fais signe de faire demi tour d'un geste de tête et commence à repartir sur ses talons quand j'entends une voix derrière moi m'interpeller.
« Attends ! »
Je fais signe à Nyko de rester où il se trouve, et reviens sur mes pas en direction du comptoir, pour constater que le regard de l'homme venait de changer pour s'adoucir, laissant transparaitre même une forme d'inquiétude. D'un pas décidé, je me plante en face de lui et lui pose un regard déterminé à écouter ce qu'il a à me dire. Après un long silence, à scruter respectivement nos regards, je me penche vers lui, lui saisis le col de son haut, le tire fermement vers moi, et lui murmure à l'oreille que je n'ai pas de temps à perdre en instants silencieux inutiles. Malgré une bonne tête et demi de différence avec moi, je ne suis absolument pas impressionnée, et mes paroles et mon ton lui démontrent bien ma détermination, ce qui l'amène à briser le silence.
« J'ai pu remarquer vos peintures sur votre visage, vu la couleur bleue et les symbôles, j'en conclus que vous êtes de Trikru n'est-ce pas ? »
« En effet. » lui répondis-je.
« L'un de vous a t'il des connaissances en matière de plantes médicinales, ou connaissez vous quelqu'un qui en a ? Votre peuple est réputé pour avoir pas mal de connaissances en la matière et je suis prêt à vous donner ce gibier contre ce renseignement. Voir même votre aide… »
Mon regard se détourne vers Nyko, toujours immobile devant la porte, et lui fait signe de revenir.
« Nyko est fils de guérisseur. Mais comment être sûre que tu ne nous tends pas un piège ? » arquais-je en le lâchant brusquement.
« Venez avec moi » me dit-il en nous incitant à le suivre dans son arrière boutique.
Alors que Nyko s'avance, je le retiens. Il est important pour moi que je passe en premier. Après tout, rien ne nous garantit que ce n'est pas un piège, et je ne dois pas mettre Nyko en danger inutilement.
« Lexa, laisse moi passer devant. S'il y a le moindre souci, fuis. » me dit-il d'un ton protecteur.
Mais je ne l'écoute pas et lui passe devant après m'être dégagé le bras de son emprise. Si je m'étais retournée je l'aurai surement vu lever les yeux au ciel, presque agacé. Prudemment, je m'avance vers cet homme, qui soulève alors un gros bout de tissu rouge bordeaux faisant office de séparation entre les deux pièces. Là, apparaît sous mes yeux un homme d'un certain âge étendu sur le sol, qui détourne le regard vers nous, ou plutôt vers le bruit que nous venons de faire en pénétrant dans la pièce. Je m'avance vers lui afin de mieux réussir à voir son visage, et demande alors à Nyko de regarder son état. Le vieil homme respire faiblement, difficilement, son regard paraît bien vide tandis que ses mains tremblent et sont froides comme la glace. Alors que j'entre-aperçois le regard inquiet de Nyko, je me retourne vers l'homme de la boutique.
« Que lui est-il arrivé ? »
« Je ne sais pas exactement. Il est revenu hier matin de la chasse dans cet état. Cela faisait plusieurs jours qu'il était ainsi, pas bien, avec peu d'appétit, ne dormait presque pas, mais plus le temps passe plus il s'affaiblit. Je ne sais pas comment l'aider, et il n'a pas voulu écouter lorsque je lui ai dit que partir en forêt dans cet état pouvait être dangereux.. »
« C'est ton père c'est cela ? » lui demandais-je, compatissante.
« Oui. »
« Alors nous ferons tout pour l'aider, je t'en donne ma parole. » lui dis-je, en lui posant une main sur l'épaule. « Nyko, fais le nécessaire, je vais juste prévenir Lincoln que nous allons passer la nuit ici, si cela ne te dérange pas bien sûr… »
« Non, avec plaisir. Je vous dois bien ça. Merci de ton intérêt. Au fait, je m'appelle Gustus. » me sourit-il, alors que je commence à m'éloigner pour regagner l'extérieur.
Je lui rends un sourire et m'en vais retrouver Lincoln dehors. Nous décidons de mettre les chevaux à l'abri, loin des éventuels regards indiscrets, pour qu'ils soient plus confortables pour se reposer eux aussi, et leur donnons à manger avant de rentrer retrouver Nyko.
La soirée se déroule calmement, Nyko a déposé un cataplasme sur le front du père de Gustus pour faire tomber la fièvre, et selon lui, le temps nous dira quelles sont ses chances de guérir. Lincoln s'affère à peler et vider le gibier, tandis que je sors de la cabane pour me poser sur un rondin de bois en contemplant le ciel étoilé. Demain nous devrions arriver au village d'Astria, et nous serions ainsi dans les temps. Et ensuite, quand ce traité sera conclu, nous pourrons rentrer à TonDC. J'ai hâte de pouvoir me reposer et m'étendre à nouveau sur l'herbe fraîche au bord de la rivière. Mes pensées s'égarent dans le calme de la nuit, je soupire et souris à l'idée de rentrer. Non pas que j'éprouve une quelconque peur ou anxiété concernant la rencontre de demain, ou la tâche qu'Anya m'a confiée, mais j'aspire seulement à retrouver cette paix intérieure que cette rivière m'apporte. C'est chez moi, et je m'y sens bien. Mais aux côtés d'Anya, désormais la notion de « chez moi » devient de plus en plus abstraite, parce que ma maison n'est plus seulement un endroit, c'est un clan. Et je dois faire en sorte que chacun s'y sente bien. Anya compte sur moi pour préserver ce qu'elle a instauré, une certaine sécurité, un lieu sûr, et prospère. Et cela passe par de bons accords commerciaux.
L'essentiel du commerce se déroule à la capitale, Polis. Floukru est le premier fournisseur de poisson de Polis, et pour s'y rendre, ils peuvent transiter par une partie de nos terres et se rendre ainsi plus rapidement et surtout de façon plus sécuritaire jusqu'à la capitale. Trikru gagne un bon prix sur la marchandise, et Floukru un accès plus sécurisé et plus rapide. Un bon accord qui contribuera à une prospérité avec le clan d'Astria, avec qui nous sommes en bons termes depuis maintenant bien longtemps. Sans cela, ni Anya, ni Astria ne se seraient risquées à ce genre de marché sans faire intervenir Polis, et la Commander. Pour la simple et bonne raison que le commandement de Polis intervient en cas de force majeure, et que la paix et la confiance entre les différents clans sont depuis toujours des choses fragiles. Sans bons rapports au préalable, ce genre d'alliance conduit quasiment systématiquement à des désaccords, des trahisons, des règlements de comptes, et enfin à la guerre avec l'intervention du Commander.
Voilà entre autre pourquoi Anya part souvent avec nos guerriers, et pas toujours parce que cela nous concerne directement. Mais parce que si Heda nous appelle, nous devons répondre, c'est notre mode de fonctionnement, nous lui devons le respect et l'obéissance. Cependant, c'est une chose que je ne comprends pas, pourquoi se battre entre nous alors que des menaces telles Mont Weather planent sans cesse sur nos têtes. Pourquoi ne pas nous unir pour peut-être avoir une chance de pouvoir nous défendre ?
Je suis tirée de mes pensées par Gustus qui sort de la cabane. Il vient s'asseoir à mes côtés et contemple le ciel silencieusement. Son visage est fermé, et dans la clarté de la nuit, je peux entrevoir l'inquiétude qui le tiraille.
« J'ai parlé à mon père toute à l'heure lorsqu'il a repris connaissance. Il souhaite que je vous accompagne jusqu'à Astria. Lorsque j'ai protesté compte tenu de son état, il m'a dit que même s'il ne passait pas la nuit, il avait une parole à honorer. Une parole envers Anya, ton chef de clan. »
« Je suis la seconde d'Anya, Lexa. Ton père doit alors être Cisto. »
« Oui, c'est bien lui, mais comment le connais-tu ? » m'interrogea Gustus.
« Anya m'a donné son nom en cas de besoin, pour que ton père m'aide à rejoindre la frontière en sécurité. »
« C'est un homme bon, il est redevable à Anya et j'honorerai sa parole. Alors si tu veux bien de moi à vos côtés, Leksa kom Trikru, je vous mènerai jusqu'à Astria »
J'acquiesce d'un signe de tête et déporte mon regard vers lui. Gustus dégage un charisme impressionnant. Je ne peux pas exactement dire ce que je perçois chez lui, mais derrière son imposante carrure, quelque chose m'interpelle, et m'inspire, une gentillesse, une bonté, une fidélité peut être. Je ne suis pas capable de dire avec certitude, mais une chose est sûre, s'il nous accompagne, il va devoir faire ses preuves. Je dois pouvoir savoir que je peux compter sur lui, et tant que ce ne sera pas le cas, je resterai sur mes gardes malgré tout.
« Je vais rentrer me coucher, bonne nuit Gustus » lui dis je en me levant et me dirigeant vers la porte.
«Lexa, attends ...»
Je stoppe mes pas et me retourne vers lui.
« Je ne te remercierai jamais assez d'avoir essayé d'aider mon père. Et si je peux te rendre la pareille un jour… »
« Tu auras l'occasion de me rendre la pareille, ne t'en fais pas. Mais pas avec mon père… »
Devant son regard interrogateur, je termine ma phrase d'un ton dénué de tout sentiment.
« Il est mort, il a été tué. »
« Son combat était terminé. Mais j'en suis désolé. Puis-je te demander si Anya a vengé sa mort et tué son meurtrier ? »
« Non. » lui répondis je, mon regard fixé dans le sien.
« Pourquoi cela ? Jus drein jus daun. Pourquoi n'a t'il pas payé pour son crime ? » s'indigne t'il, en se levant et me faisant face.
« Parce que c'est moi qui l'ai tué. » clôturais-je la discussion avant de franchir la porte, en étouffant un soupir qui me résonne jusque dans les tripes.
J'aurai pu voir Gustus rester béat devant cette révélation, mêlant un regard d'admiration et d'incompréhension à mon égard, mais au lieu de ça, je rentre me coucher, pour mettre fin à cette interminable journée. Le cœur lourd, je me glisse sous la couverture de peaux que m'a fournie mon hôte, et tente tant bien que mal de trouver le sommeil. J'entends quelques minutes plus tard la porte de la cabane se fermer, devinant que Gustus est rentré, et sans bouger je l'écoute murmurer à Lincoln quelques mots incompréhensibles. Mais au milieu de cette confusion, je distingue seulement un « Elle est respectable », ce qui fait se dessiner un léger sourire au coin de mes lèvres avant de sombrer dans un profond sommeil.
La rosée du matin me fascine. J'adore cette fraicheur mélangée à cette humidité qui perle sur mes avants bras lorsque je touche les feuilles des arbres. La nature est tellement forte, tellement imprévisible et douce à la fois. Mais cette violence qui peut d'un coup émerger d'elle est terrifiante. Contrarier Mère Nature nous expose forcément à subir son courroux en guise de représailles. L'homme ne peut survivre en harmonie avec elle que s'il la respecte. C'est une des raisons pour lesquelles je l'admire tant, elle peut être si généreuse avec nous, nous gâter, nous fournir de la nourriture à foison, et si nous la contrarions, peut tout aussi rapidement tout nous prendre. La nature est notre chef suprême à tous, nous devons vivre avec elle et non lui demander de vivre avec nous.
Après avoir contourné la cabane de Gustus, je m'enfonce un peu plus dans la forêt et apprécie le chant des oiseaux qui s'éveillent, et le bruit des brindilles qui craquèlent sous mes pieds. J'aime cette tranquilité, elle me ressource. Les premiers rayons de soleil qui filtrent au travers de l'épaisse végétation se posent sur mon visage pour le réchauffer. Quelle sensation de bien être ! Mon sourire peut en témoigner.
"Lexa ! »
Je me retourne à l'entente de mon prénom pour apercevoir Gustus qui m'avait rejointe.
« Puis-je ?... » me questionne t'il, en hésitant à avancer.
« Bien sur, joins toi à moi » lui répondis je en souriant.
« La forêt est un bel endroit n'est-ce pas ? »
Son regard à cet instant témoigne de toute sa douceur, et laisse en même temps émaner de lui une force incroyable. Je ne peux m'empêcher de le scruter. Lorsqu'il détourne ses yeux vers moi, je me sens presque gênée de le regarder ainsi, et m'éloigne légèrement de lui.
« Pourquoi l'as tu tué ? »
En me posant cette question, Gustus a tout ébranlé. La beauté et la sérénité de ce moment volent d'un coup en éclat. Je me tends, arrête mes pas, et me retourne d'une façon violente pour lui adresser un regard dur et fermé. Sans un bruit, je lui adresse un regard hautain, et m'avance à nouveau vers lui pour arriver à sa hauteur, le dépasser en lui heurtant l'épaule au passage et lui lance sèchement :
« Nous partons dans une heure » alors que je me dirige en direction de la cabane, le laissant derrière moi.
Lincoln est en train de sceller les chevaux. A l'entente de mes pas, il m'adresse un sourire auquel je n'ai pas envie de répondre.
« Nous partons dans une heure, prends des vivres et de l'eau pour deux jours. »
« Bien Lexa. » me répond t'il. « Que se passe t'il ? »
« Rien ».
Il sait que ma réponse signifie le contraire. Je vais à la rencontre de Nyko, toujours dans la cabane avec Cisto. Le vieil homme va mieux et l'amélioration qu'il y a eu dans la nuit laisse présager un bon rétablissement. Mais nous n'avons pas le temps d'entendre, et devons partir. Nyko lui laisse des consignes pour changer son cataplasme et lui demande surtout de se reposer pour guérir plus rapidement.
« Nyko, viens dehors s'il te plait, j'aimerai te parler » lui demandais-je doucement, pour ne pas déranger Cisto, encore faible.
« Oui ? » me dit il après m'avoir rejointe.
« Je veux que tu restes ici avec lui »
« Mais Lexa… »
« Je veux que tu restes parce que soyons réalistes, il a besoin de quelqu'un pour continuer les soins. »
« Alors laissons son fils s'en occuper, ma place est à tes côtés. » proteste t'il. « Tu m'as demandé de vous accompagner, ce n'est pas pour que je reste derrière Lexa. Avec tout le respect que je te dois… »
Machinalement, je lève la main droite pour lui demander de se taire.
« Je sais ce que je t'ai demandé Nyko, mais maintenant je te demande de rester ici. Je prends Gustus avec moi, et Lincoln sera là. On ne peut pas laisser un homme faible seul, et surtout isolé. »
« Tu ne connais même pas ce Gustus, qu'est ce qui te fait dire que tu peux lui faire confiance. Laissons-le ici s'occuper de son père et laisse moi venir avec vous. »
« Non ! lui dis sèchement en haussant le ton. Tu restes ici, point. Tu ne discutes pas ! »
« Bien, comme tu voudras. » se résigne t'il à contre cœur, manifestant ouvertement son désaccord.
« Et… continuais je, je veux que tu repartes retrouver Indra si dans trois jours nous ne sommes pas de retour. »
Nyko se tend à l'entente de mes mots. Devant mon attitude déterminée, il n'émet cette fois aucune objection et acquiesce d'un signe de tête. Il me tend le bras, que je saisis fermement en guise d'au revoir.
« Sois prudente. »
« Ne t'en fais pas pour moi. »
Je lui tourne les talons, et me dirige vers Sweet, que je chevauche rapidement. Sous mes jambes, je la sens agitée, prête à reprendre la route. Alors que Lincoln dit au revoir à son ami, que Gustus finit de mettre son épée sur son cheval, je les interpelle en leur disant qu'il est temps.
Après une longue journée à traverser des paysages qui me sont inconnus, nous arrivons enfin sur une grande colline dominant une immensité bleue que je n'ai pas l'habitude de voir. Ce paysage est à couper le souffle. Un vent frais vient claquer sur mon visage, s'engouffrer dans mes cheveux, et sur mes lèvres, je sens un dépôt sec que je ne tarde pas à me lécher pour m'apercevoir que c'est du sel. En contre bas, nous voyons ce qui ressemble à une petite ville fortifiée avec peu d'habitations, mais beaucoup de constructions de bois d'une forme que je ne connais pas, et dont je n'explique pas l'utilité. Je me délecte de ce paysage sublime, où mon regard se perd à l'horizon ne pouvant dépasser cet océan qui s'étend à perte de vue. Je me tourne alors vers Lincoln et Gustus, qui m'adressent tous deux un sourire. D'un signe de tête, je leur fais comprendre que nous allons entreprendre la descente de cette colline pour nous aventurer un peu plus bas, en direction de ce qui est d'après Gustus, la ville où nous pourrons trouver Astria.
Mais alors que je m'apprête à commencer à avancer, les chevaux s'agitent, et mes sens également. Je fais tourner ma jument pour faire face aux champs de blé que nous venons de traverser et les observer. Le vent qui s'engouffre sur la plaine que nous venons de dépasser fait plier les épis, mais quelque chose me paraît anormal. Je saisis mon épée et me voyant faire, Lincoln et Gustus font de même. Nous sommes trois, et nous sommes observés.
« Ai laik Leksa kom Trikru. » hurlais je d'une voix déterminée. « Je viens rencontrer Astria, chef du clan Floukru, en représentante du peuple Trikru. » continuais-je.
Soudain, un grounder se relève, puis deux, puis trois, nous encerclant et nous menaçant de leurs armes. Les champs de blé sont un endroit parfait pour observer et se cacher en vue d'une attaque surprise. Nous étions surement suivis depuis que nous y sommes entrés. Devant une telle menace, Lincoln et Gustus commencent à agiter leurs armes et à se préparer à combattre.
« Hod op ! » leur ordonnais je, en jetant la première mon arme sur le sol.
Ils suivent mon exemple et laissent tomber leurs armes également. En leur manifestant que nous venons en paix, nos assaillants adoptent une attitude moins menaçante et l'un d'eux s'avance vers moi, pour découvrir son visage jusqu'alors caché derrière un masque de guerrier. Je suis surprise de voir alors une jeune femme, à peine plus vieille que moi, maquillée de peinture de guerre bleue, de longs cheveux bruns, les traits fins et le regard sauvage et mystérieux. Son attitude me laisse penser que cette garde est sous ses ordres. Alors qu'elle continue de s'avancer vers mon cheval, elle fait un signe de la main à certains de ses guerriers d'abaisser leur garde mais pas à tous.
« Tu dis venir voir Astria, Leksa kom Trikru ? » sur un ton à la limite de l'agressivité.
« Oui. »
« Pourquoi êtes vous armés si vous venez en paix comme tu le prétends ? »
Je sens de l'agitation dans ses rangs, et Lincoln et Gustus ne sont pas sereins non plus.
« Pourquoi te sens tu menacée à trois contre quinze ? » lui répondis je fermement en haussant un sourcil, comme pour la défier.
Je peux alors voir que ma réponse la déstabilise, et c'est maintenant à elle de calmer l'agitation de ses guerriers, qui eux, n'apprécient absolument pas la tonalité de mes paroles. Lincoln arbore un léger sourire en coin, bien que conscient que mon attitude peut nous mettre dans une situation très délicate. La jeune femme se retourne vers moi, me surprend, et d'un mouvement vif que je n'ai pas vu venir, m'agrippe la cuisse avec force me déstabilisant et entrainant ma chute de cheval. Furtivement elle me saute dessus et m'immobilise, alors que Lincoln saute rapidement au sol pour rattraper son épée et se positionner en position d'attaque. Gustus lui, commence à agiter son cheval et vient taper l'un de nos assaillants pour lui saisir sa lance. Alors que la jeune chef est distraite l'espace de quelques secondes par ce qui se passe autour, je profite de ce laps de temps pour la frapper au visage, et renverser la situation. A présent à cheval sur elle, je saisis mon poignard à ma ceinture et lui mets sous la gorge, en hurlant agressivement un « Hod op ! » à tous, immobilisant l'ensemble des guerriers autour de nous. L'espace d'une seconde, je regrette mes mots provocateurs qui ont surement conduits à cette situation.
« Je viens voir Astria » lui redis je.
« Tu viens la voir ou la tuer ? » me murmura t'elle avec hargne, toujours menacée par ma lame.
Je m'extirpe d'elle, levant ainsi toute menace à son encontre, et après avoir regardé l'ensemble de nos guerriers qui étaient toujours sur le qui vive, je lui tends une main pour l'aider à se relever. Après avoir eu une hésitation, elle décide de la refuser et de se lever par ses propres moyens, demandant au passage à ses hommes de baisser leurs armes.
« Je vais te mener à elle. » me lance t'elle sèchement, en ramassant ses armes, et ordonnant à son groupe d'avancer.
« Bien » lui répondis je en adressant un signe de tête à Lincoln et Gustus de faire de même.
Alors que nous suivons le groupe sous bonne garde, je croise à plusieurs reprises le regard de cette jeune femme, qui ne peut s'empêcher de surveiller du coin de l'œil mes deux hommes. Lincoln, bien que méfiant, reste calme, ce qui est loin d'être le cas de Gustus. Je vois dans le regard de ce dernier de la haine envers celle qui m'a défiée. Je demande alors discrètement à Lincoln de le tempérer, tandis que je m'éloigne un peu d'eux pour aller à la rencontre de cette fille, dont je ne connais toujours pas le nom. Il ne manquerait plus que l'attitude de Gustus vienne mettre un peu plus en péril ces négociations qui s'annoncent déjà assez musclées.
