Voilà la suite, un peu tardive c'est vrai, et je m'en excuse. C'est juste que je bosse pas mal en ce moment, et les soirées sont courtes.
En espérant que ça vous plaira toujours autant.
Théa: désolée pour l'attente. Je salue ta patience en tout cas, et j'adore ton enthousiasme. Ne désespère pas, je suis parfois longue à poster, mais je n'oublie jamais de le faire.
LiTtle Dolls: inutile de faire un roman, tu sais ce que je pense de tout ce que tu m'as dit... ;-). En passant, tu reconnaîtras certainement, dans un passage, quelque sujet dont on avait discuté. Notre conversation m'a fait me souvenir de quelque chose d'important, alors encore une fois, merci. Je te dédie ce chapitre, car sans le savoir tu m'as beaucoup aidée dans son écriture.
Little Nemo: tu sais que tu m'as fait peur toi ? Enfin, façon de parler. Quand j'ai vu ton com', je me suis dis "Tiens, ça y est, un premier commentaire vraiment négatif... Voyons voir..." Et puis non !! Foin de reproches. Tu pourras te vanter d'avoir fait trembler mon palpitant ! lol.
WITN : merci pour ton passage et ton com'. Au plaisir de te revoir sur cette fic !
Cette fois-ci, je me suis permise d'emprunter un tout petit passage d'une scène du film, et d'en changer le sens au passage. Ne m'en voulez pas, c'est juste que j'aime énormément la scène en question, et qu'elle collait parfaitement à mon humeur.
Concernant l'idée d'action, elle était plus à prendre au second degré, comme vous vous en rendrez compte en lisant ce chap. Impossible pour moi de retomber dans une histoire classiquement palpitante (style que j'adore, mais qui ne serait pas à sa place ici).
Bonne lecture
...
"Seul l'arbre qui a subi les assauts du vent est vraiment vigoureux, car c'est dans cette lutte que ses racines, mises à l'épreuve, se fortifient."
Sénèque
...
Après la peur, après la douleur, vient la rébellion.
Je me rappelerai toute ma vie de cette femme qui, un jour, après avoir été brisée par celui qu'elle aimait, m'avait confié qu'elle passerait le restant de sa vie à cuirasser son coeur et son âme. Elle répétait que pour ne plus souffrir, la seule solution était de ne plus aimer du tout, car l'un et l'autre était indissociable.
Et la seule chose que je me disais face à cette cliente éplorée, c'est que moi j'étais déjà comme cela. Je ne comprenais même pas comment un tel problème pouvait se poser. Ne rien ressentir ? C'était déjà mon cas. J'avais donc certainement gagné du temps sur l'expérience qu'amène la vie.
Sottises.
Si ce n'est pas lui, ce ne sera personne d'autre.
Je ne pensais pas aimer un jour avant de connaître John, il est donc logique que j'oublie irrévocablement l'amour si d'aventure il me quittait. Chaque matin, chaque soir, je ferme les yeux et m'imagine, brisé, fermant mon coeur à tous les êtres humains de la Terre. Être poli, affable, sérieux. Montrer au monde un visage ouvert et travailler correctement. Mais aimer ? Plus jamais !! Offrir son âme pour qu'elle soit mise en pièces par les turpitudes d'un cerveau saisi de spleen... Quelle belle arnaque ! Alors oui, je me rebelle, du moins intérieurement.
Je me dis que plus jamais on ne me reprendra à jouer ce jeu cruel.
Mais en attendant, la partie continue, parce que je le veux bien.
Je suis d'une bien méchante humeur ce matin. Sans doute la pleine lune qui a brillé cette nuit y est-elle pour quelque chose. Sans m'intéresser à l'astronomie et à la biologie, je devine que cette face argentée agit sur mon sommeil d'une manière déplaisante. Alors pour tromper mon ennui, je me plonge dans des travaux techniques. Finalement, assis dans notre salon obscur, je tente quelques essais. L'outil est imparfait, mais cette action calme mes nerfs et endort mes tortures durant un moment. Par contre elle n'est pas du goût de ma logeuse; son pas précipité dans les escaliers me l'apprend sans peine. Mais enfin, cela compte-t-il vraiment ?
Deux coups sur la porte me font revenir à la réalité. Il est dix heures. Pour moi qui suis debout depuis l'aube estivale, ça ne fait guère de différence. Ici, à l'abri derrière mes lourds rideaux, je peux me couper du monde aussi longtemps qu'il le faudra. Sauf si, bien sûr, mon ange gardien décide qu'il en sera autrement.
« Permission d'entrer dans l'armurerie ? Fait une voix contenant son exaspération.
- Accordée.
Et j'appuie une nouvelle fois sur la gâchette de mon revolver. A défaut de pouvoir envoyer cette balle dans mon cerveau ravagé, je l'expédie dans le mur, mettant la touche finale au morceau d'écriture qui l'ornera désormais.
V.R.
Vaccum Resistance
Pour garder un peu de cette vie que ses doutes aspirent hors de moi. Pour ne jamais oublier d'exister seul.
Watson agite vainement la main pour tenter de disperser les molécules de poudre qui irritent ses poumons, avant d'aller brutalement ouvrir les grands rideaux à ma droite.
- Qu'êtes-vous en train de fabriquer ? Mon Dieu, Holmes ! On vous entend jusque dans la rue, j'en suis persuadé.
- Un accessoire supprimant le bruit d'une détonation, fais-je en regardant mon arme avec une certaine affection.
- Ca ne marche pas.
- Pas encore.
Mon laconisme n'est pas pour le rassurer, tout comme le fatras qui m'entoure. Mais je m'en fiche. Je me lève et vais déposer le revolver sur une table avant d'éteindre les restes du feu.
- Doucement Watson, doucement, dis-je en le voyant saisir la seconde paire de rideaux encore fermés. Aïe !
- Vous exagérez, me réprimande-t-il.
Je sais. J'exagère tout le temps. C'est un trait de mon caractère.
Je me retourne et attrape le journal qu'il me tend avant de m'asseoir tout contre lui, au pied du fauteuil, mon bras posé sur son genou. Sa main vient brièvement ébouriffer mes cheveux, qui n'avaient guère besoin de l'être davantage, avant qu'il ne dépose un rapide baiser dans cette toison noire. Il n'a que trop raison d'être discret: déjà notre logeuse apporte le petit-déjeuner. Ses yeux s'agrandissent d'horreur face à mon oeuvre tout en poinçons.
- Dieu du ciel ! Monsieur Holmes, qu'avez-vous fait ?
- La décoration ne m'agréait plus.
- Des balles...! Dans un mur...!
- Ca ou un clou pour pendre un tableau...
- Merci Mrs Hudson, fait promptement mon ami.
Avec une grimace digne d'un mérou, nanny échange les plateaux sur la table et constate, étonnée.
- Tiens, pour une fois il n'a pas tué le chien.
John relève la tête pour voir Gladstone qui halète doucement en reniflant les toasts qui dépassent de nos assiettes.
- Finalement je préfère que ce soit le mur, fait-il en arrachant l'angle d'une tartine pour le donner à notre bouledogue.
- N'est-ce pas ?
- Qu'avez-vous ce matin, Holmes ? Je vous trouve bien taciturne.
Je n'ai rien. Enfin si... Je bous intérieurement. Après mes réflexions nocturnes, je donnerai n'importe quoi pour avoir une nouvelle enquête, quelque chose qui me fasse sortir, qui me fasse respirer, qui me fasse exister par moi-même et non pas à travers un amour dont je commence à douter à chaque instant.
J'ai besoin de travail. J'ai besoin de penser à autre chose qu'à lui. J'ai besoin de reprendre une forme d'indépendance. Mon cerveau se rebelle contre mon coeur, et moi je me rebelle contre ma vie.
- Comment va miss Morstan, ne puis-je m'empêcher de demander, acerbe.
- Holmes... »
Il veut me gronder, mais sa voix trahit son manque de conviction. C'est bon signe. Mais d'un autre côté, Watson est si difficile à faire sortir de ses gonds que j'ignore si cette indulgence est l'effet d'une patience savamment cultivée ou d'une réelle affection amoureuse.
J'ai des réflexions tordues, je le sais, merci.
Mais au moins ma pique permet-elle de lui rappeler que je n'oublie pas quel nuage plane au-dessus de nos têtes dévoyées.
Je renverse la tête pour le regarder, et ses yeux me parlent de tout ce que ses lèvres taisent. Je crois qu'il doit en être de même pour moi, car je vois un sourire naître sous sa moustache. Comme quoi mon ironie mordante ne doit pas lui déplaire malgré tout.
Mais à peine ai-je le temps de m'appesentir sur cette pensée que l'on frappe à notre porte. Je reconnais déjà cette odeur, ce mélange de parfum masculin et de vêtement toujours amidonné.
Clarky.
Le travail revient. La vie continue.
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Cette fois je suis seul.
Je suis debout devant un cadavre inconnu, perdu au milieu d'un salon cossu, et je suis seul.
Depuis la première fois depuis sept ans, John n'est pas avec moi.
Ca fait du bien.
Autour de moi, on court et on s'affaire. Normal lorsqu'un meurtre a été commis dans l'un des clubs masculins les plus prisés de la capitale. Le directeur bout littéralement d'impatience à quelques mètres de moi, et Lestrade frissonne presque tant il est mal à l'aise. Ces deux idiots me déconcentrent; j'envoie promener fermement le premier avant d'attirer le second à moi.
« Lestrade, mon cher Lestrade, prodige de notre police, ne me dites pas que vous ne pouvez rien faire sans moi ici.
- Je le pourrais, fait-il en s'arquant sous l'effet de la vexation. Mais Lord Thorp m'a littéralement menacé d'une fin de carrière brutale si je ne vous faisais pas venir immédiatement.
- Quel dommage d'être sous-estimé dans son intelligence, ironisé-je, lui rappelant que Gregson et lui n'ont de cesse de déprécier la mienne.
Lestrade me lance un de ces regards torves dont il a le secret, avant de s'éloigner pour continuer ses interrogatoires. De mon côté je pèse le pour et le contre. Cette histoire possède quelques aspects intéressants, notamment sur la cause du décès, mais ma fatigue latente pourrait bien me jouer des tours durant cette enquête peu passionnante. D'un autre côté, depuis que je suis arrivé et jusqu'à cette seconde précise, je n'ai pensé à aucun des soucis qui submergent habituellement ma tête et mon coeur.
Sauf que je suis seul.
Je n'ai personne à impressionner, aucun ami dont les yeux brillent d'amiration devant mon travail, aucun bras de confiance qui peut me soutenir si je trébuche dans mes déductions.
Suffit, Holmes !! Tu as déjà réfléchi à cela !
Il faut que je réapprenne à vivre seul.
Juste au cas où...
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Le silence qui règne ce soir n'est pas d'or, croyez-moi. Il est lourd, lourd comme le plomb, lourd comme un ciel d'orage. Il est tout sauf sain.
C'est le silence des non-dits, le calme avant la tempête.
Je sens peser sur moi un regard pesant de reproches, d'incompréhension. J'attends le moment où il craquera et me demandera pourquoi. Si j'en juge par l'agitation de sa jambe droite et la façon dont il tire sur son cigare, cela ne devrait plus être très long.
« Holmes...
J'abaisse l'ouvrage dans lequel je m'étais perdu et le contemple en haussant un sourcil.
- Pourquoi ?
La phrase aurait pu être bien plus longue, mais les mots suivants n'auraient servi à rien. Il sait que je sais de quoi il veut parler. Il espère aussi que je ne lui demanderais pas de préciser sa pensée. Et je n'ai pas le coeur à le torturer ce soir.
- Vous n'avez pas manifesté le voeu de m'accompagner.
- Vous ne me l'avez même pas proposé.
- Je ne le fais plus depuis longtemps, mon ami. Je laisse toujours cela à votre entière discrétion.
Son silence me fait immédiatement savoir qu'il juge cette réponse hypocrite. Je réprime un soupir. Il ne fallait pas en attendre moins de sa part.
- Je suis désolé, John. J'avais besoin de sortir seul.
- C'est moi, n'est-ce pas ? Vous doutez de moi.
- Non ! C'est presque un cri qui est sorti de mes lèvres. Non, bien sûr que non. Mais...
Mais quoi ? Je n'avais pas pensé à ça. Je n'avais pas songé qu'il faudrait que je me justifie, parce que c'est ce qu'on l'on fait lorsque l'on fonctionne en couple. Il faut se parler. Nous nous parlons. John et moi nous disons toujours ce qu'il y a à se dire. Et pourtant cela ne m'a jamais paru plus difficile qu'aujourd'hui. Même notre mutuel aveu d'amour, en y repensant, m'apparaît maintenant bien moins compliqué que cette situation.
- Je voulais...
Son regard est lourd et ne contient plus aucune trace de culpabilité. Je suis seul face à lui désormais. Je suis seul face à la vérité et il est mon juge, non mon avocat.
- Je veux enquêter seul, car j'ai peur de me perdre. C'est en retrouvant une forme de solitude que je pourrais peut-être survivre si d'aventure vous me quittiez.
Watson se lève et vient s'adosser au mur, en face de moi. Il croise les bras; je le crois furieux.
- Je ne veux pas vous quitter.
- Pour le moment. Vous ne savez pas de quoi demain sera fait. Si vous vous réveillez en prenant conscience que c'est fini, que cette vie n'est plus celle que vous voulez, pour ma part que devrais-je faire ? Je ne veux pas être cet éploré qui s'accrochera à vous en suppliant, parce qu'après vous il n'y aura que le néant. Je ne veux pas être votre martyr.
- Pardon de vous faire souffrir, finit-il par articuler.
- Vous n'y êtes pour rien, la nature humaine est ainsi faite. Je savais qu'un jour, vous vous poseriez toutes ces questions, que vous auriez des doutes tôt ou tard. Je pensais simplement avoir plus de temps pour m'y préparer, pour savoir quoi faire. Aujourd'hui, j'ai fait ce qu'il fallait pour moi.
- Vous parlez comme si nous allions nous séparer.
- Non, John.
Mon coeur se serre en voyant son regard à la fois trahi et empli de colère. Mais cela doit sortir. Si je me tais, je sens que ça me rongera jusqu'à ce que j'explose de frustration.
- Je vous aime, et vous aimerai toujours. Mais il faut que je me protège.
Je me lève et m'approche pour le regarder droit dans les yeux, avec toute l'affection dont je suis capable à cet instant.
- Je me protège, répété-je. Sans ça, vous perdre me tuerait. »
Ou quand on a l'impression qu'une relation va droit dans le mur. C'est pas pour rien que cette fic s'appelle "L'impasse" (j'y peux rien, j'adore les anglicismes dans mes titres...).
Je vais être obligée de vous faire patienter pour la suite, j'ai des examens extrêmement importants le mois prochain, et je ne veux pas me louper. Pardonnez-moi par avance, et soyez sûr(e)s que je n'oublie pas cette histoire. Elle me tient trop à coeur.
Bisous, et merci !
