Voici avec un peu de retard le quatrième chapitre. Il est court et il ne se passe pas grand chose. Désolée. J'espère pouvoir mettre le cinquième ce soir ou demain (il est en bétalecture pour l'instant) pour compenser la petitesse de ce chapitre.

Merci à vous de me suivre même si vous ignorez où je vais (et j'avoue que moi, j'ignore comment je vais faire pour y aller^^)

Bonne lecture !

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Salle d'audience Grande Popale.

L'utilisateur des lieux maugréait contre l'inconfort de son trône en marbre noir tout droit venu de Belgique. Il râlait aussi sur le retard des deux produits de la mer qu'il avait pourtant convié pour il y avait très exactement, quatre minutes trente deux secondes. Oui, le Grand Pope était légèrement tatillon sur les horaires, mais, à sa décharge, il avait autre chose à faire que de choper des hémorroïdes à attendre que ses troupes daignent lui faire l'honneur de répondre à ses convocations. C'est vrai quoi, il avait l'air fin lui, avec son statut, à refaire son stock de Sédorrhoïde toutes les semaines. Et il les voyait bien ses serviteurs et ses gardes pouffer quand il rentrait de sa virée à la pharmacie… Le petit personnel, c'était plus ce que c'était ma bonne dame. Ça n'avait plus de respect pour la hiérarchie. Ça se permettait de rire des supérieurs. Ça demandait des augmentati…

Un hurlement de cochon qu'on égorge empêcha le pauvre Shion de poursuivre ses jérémiades. A la place, il dirigea son regard vers l'origine du cri et découvrit, non pas un des incompétents qui le servait glissant une fois de plus sur le marbre ciré, mais un Aphrodite tentant tant bien que mal de calmer une crise de pleur de son pupille.

Ah ! Oui. C'est vrai. Avant de se perdre dans ses considérations médicales et hiérarchiques, Shion ruminait le retard des deux chevaliers.

Le Grand Pope se redressa sur son siège, prit appui sur sa fesse gauche pour soulager la droite, fit une note mentale pour quémander un budget "coussin anti escarre pour le trône" à Saorie, et enfin s'éclaircit la voix avant d'inviter la famille d'accueil à s'avancer plus près, promis, il ne mordait pas encore les honnêtes chevaliers.

- Veuillez excuser notre retard, Grand Pope, fit le Poisson en s'inclinant légèrement – avec le bébé dans les bras, il ne pouvait faire la révérence voulue en temps normal par le protocole sans risque de voir la moquette toute neuve se recouvrir de vomi made in Natt. Nous avons eut euh…un empêchement de dernière minute.

- Hum…hum…

Shion voyait très bien de quel genre "d'empêchement" parlait le Suédois vu qu'il était de notoriété publique que ces deux-là étaient de vrais lapins. L'Atlante avait pourtant pensé qu'avec le bébé, ils auraient refréné leurs ardeurs, mais apparemment, rien n'arrêtait les deux hommes.

Que c'est beau d'être jeune, pensa l'ex-Bélier.

Dokhô et lui, même s'ils avaient retrouvé leurs corps de jeunes hommes, n'avaient pas vraiment retrouvé le rythme des galipettes qui allait avec… Dans ses souvenirs, pourtant, ils n'avaient pas chômé de ce côté-là dans leurs jeunesses. Leur absence d'activités lubriques provenait peut-être du fait qu'ils se sentaient toujours - du moins, en ce qui le concernait - trimballant leurs vieilles carcasses ridées, arthrosées et voûtées… Ou alors, ça faisait trop longtemps qu'ils étaient ensembles, malgré les coupures, et ils n'arrivaient plus à s'émoustiller de la simple présence de l'autre… Shion se souvenait d'un temps que les moins de deux cents trente ans ne pouvaient pas connaître et où il lui suffisait d'entrapercevoir une mèche du Tigre pour avoir chaud. Très chaud. A présent… ils se contentaient de se sourire avant de placer un marque-page dans le roman qu'ils lisaient et d'éteindre la lumière pour dormir.

Avec horreur, Shion prit conscience qu'ils formaient avec son champignon violet un vieux couple de vieux qui, comme tous les vieux couples de vieux, finissait par sombrer dans une routine remplie de parties de scrabbles au lieu de parties de jambes en l'air.

Mais malgré ce manque de mouvement horizontal – ou vertical, Shion n'était pas sectaire – il l'aimait toujours autant sa Balance. Il devait donc faire quelque chose s'il voulait éviter que son couple vole en éclat – ou plutôt s'étiole jusqu'à ne plus partager que le même lit. Car il en était certain, s'il ne faisait rien, un jour ou l'autre, Dokhô allait aller voir ailleurs ce qu'il s'y passait et il finirait bien par se rendre compte qu'il intéressait beaucoup trop Misty. Et il allait partir avec lui. Et le laisser, lui, tout seul, comme une merde sur le bord de la route pendant qu'il batifolerait avec le Lézard comme un jeune chien fou dans une prairie. Surtout que le chevalier du lézard avait une jolie réputation de "bon coup" certifiée conforme par la moitié des autres Argents et par la quasi-totalité du Harem. Pour parachever son délire Drama Queenesque, Shion frappa l'accoudoir de son trône – qui n'avait rien demandé et qui mourut ce jour-là; Paix à son âme.

- JAMAIS ! Cria-t-il, faisant sursauter le Cancer et le Poisson et hurler Natt. Je ne laisserais jamais cette petite pute s'approcher de lui !

- Heu…Grand Pope ? Se risqua Aphrodite.

Le Suédois avait bien vu aux traits qui avaient étirés le visage de leur supérieur que quelque chose n'allait pas, mais il ne voyait pas bien le lien entre l'excuse de leur retard à lui et son amant et la phrase que venait de gueuler le Pope. Et d'abord, qui ne devait pas être approché ? Et qui était la "petite pute" ? L'emploi d'un tel vocable dans la bouche du respectable Atlante était d'ailleurs assez choquant. Heureusement que Mû n'était pas présent, il en aurait fait une syncope…

De son côté, Shion avait de toute évidence oblitéré totalement le fait qu'il n'était plus seul – et, ce, en dépit des hurlements stridents du nourrisson – puisqu'il élaborait, en faisant les cent pas devant son défunt trône, un plan pour que la "petite pute" ne "l"'approche pas.

D'après ce qu'arrivait à percevoir Aphrodite des marmonnements popaux, celui-ci voulait envoyer une "créature à sang froid" très loin, très longtemps et réapprendre à allumer une flamme…

Le Poisson et son amant étaient paumés. A la base, ils devaient juste demander où en était l'enquête sur la mère du bébé, apprendre qu'elle était au point mort, laisser Shion repartir à ses commandes de papier toilette, regagner leur propre temple et continuer à faire risette avec le nouveau-né qui s'époumonait pour réclamer son précieux biberon tout chaud préparé avec amour par le Nordique.

La question qu'Angelo, lui, se posait était de savoir ce qu'ils devaient faire. Repartir en laissant Shion à son trip, au risque de n'être jamais débarrassé du môme ? Ou manifester plus fortement leur présence, au risque de se prendre un coup de Starlight Extinction dans les dents ?

Dilemme.

Angelo n'aimait pas particulièrement se faire rétamer la gueule, surtout par un de ses collègues, fut-il son chef – c'était un détail -, mais il aimait encore moins la perspective de passer les vingt prochaines années un mouflet accroché aux basques. Il prit donc son courage à deux mains, se plaça devant son amant pour faire rempart de son corps au cas où et tonna virilement :

- SHION !

L'Atlante se figea en plein virage. Il avait cru entendre quelqu'un appeler son nom. Ses yeux firent le tour de la salle d'audience jusqu'à ce qu'ils se portent sur un chevalier du crabe qui n'avait pas l'air très rassuré quant aux conséquences de son coup d'éclat.

Et là, l'ampoule métaphorique s'alluma dans la tête du Grand Pope. Il avait sous la main l'exemple même du parfait petit couple squattant le même lit depuis des lustres et dont la fibre libidinale était aussi vaillante qu'au premier jour. Qui mieux qu'Aphrodite pouvait lui prodiguer les conseils matrimoniaux dont il avait besoin ? En plus, le Poisson était un grand ami du maudit lézard, il pourrait donc lui rapporter les manigances séductrices du grand blond. Il n'aurait peut-être pas besoin d'inventer une mission à confier à Misty. Ce dernier point l'arrangeait bien, parce que question "mission urgente de la plus haute importance qu'on ne peut absolument pas remettre et dont toi seul, Chevalier X, peux venir à bout"… il était un peu à court d'idée le Grand Pope.

Restait tout de même un problème de taille : les commérages du Suédois. Shion savait que s'il se confiait au chevalier aux roses, le soir même, le sanctuaire entier serait au courant de ses problèmes de couple. Dôkho aussi, par la même occasion. Et cela, c'était tout bonnement impensable pour le Grand Pope. Il fallait qu'il trouve un moyen pour sceller la bouche de la pipelette en chef.

Envoyer Hadès ad patres était une tâche plus facile à accomplir d'après l'humble avis du presque trois fois centenaire.

Le Pope se creusait les méninges afin de trouver un objet de chantage quand il se souvint de la raison de la présence des deux hommes dans sa salle d'audience. Le bébé. Quand Aphrodite était venu lui demander la permission de le garder, Shion n'avait pas pu passer à côté du lumineux sourire qui avait mangé la moitié du fin visage du douzième gardien. Sans trop avoir peur de se tromper, Shion pouvait affirmer que la poiscaille était plus que ravie de pouvoir pouponner. Il se souvenait aussi parfaitement de la déception qu'elle avait affichée quand il lui avait dit qu'il devait d'abord s'assurer que la mère du bébé ne regrettait pas son geste.

Et si le moyen de pression qu'il cherchait pour coudre le museau du poisson ne résidait tout simplement pas dans un bout de chair rose très pâle pesant trois kilos cent ?

Les deux hommes venaient s'enquérir des résultats de l'enquête, qui n'avait rien donné jusqu'à présent. Mais cela, il n'était pas obligé de leur dire. Enfin… De le dire à Aphrodite - Shion se doutait bien qu'en ce qui concernait Angelo, le bébé était plus un poids qu'un cadeau du ciel. Et s'il déguisait un peu la vérité ? Après tout, un vieil adage ne disait-il pas "la fin justifie les moyens" et un autre "en amour comme à la guerre, tout les coups sont permis" ? Fort de ses préceptes qui lui permettaient de se déculpabiliser de ses futurs mensonges, Shion prépara une version de l'investigation dans laquelle il n'avait pas trouvé la mère biologique du nouveau-né, mais des parents cherchant depuis des années à agrandir leur petite famille sans y parvenir. L'argumentaire sur les avantages de confier un nourrisson à un homme et une femme ayant déjà de l'expérience lui coula littéralement dans le cerveau. Il savait qu'il ferait peur au Poisson et que celui-ci ferait tout pour garder son précieux trésor, comme il avait surnommé le bébé en sa présence.

Un sourire de tueur psychopathe – si semblable à celui du cancer qu'on pouvait légitimement s'interroger sur une possible filiation – fit une apparition triomphale sur les lèvres du Pope. Ce qui ne rassura pas du tout l'italien qui protégeait toujours de son corps celui de son compagnon et accessoirement – mais il s'en serait bien passé – celui du gosse.

- Tu peux disposer Angelo. Je dois m'entretenir avec Aphrodite.

- Euh… hésita le cancer, mais vous nous aviez pas convoqués tous les deux ? Demanda-t-il en désignant du doigt son amant et lui. A propos de la mère du chi…euh, de Natt ?

- Discuterais-tu mes ordres, Chevalier du Cancer ? Gronda le Pope.

Que cela faisait du bien de se servir du peu d'autorité qu'il possédait encore…Et pour appuyer ses paroles et sa grosse voix, Shion commença, l'air de rien, une Starlight Extinction.

Angelo tenta de se faire tout petit en sentant le cosmos de son patron se développer et amorça une retraite stratégique avant de se faire stopper dans son élan par un Aphrodite qui lui colla le lardon dans les bras.

- Il a faim, prépare son biberon et goûte avant de le lui donner pour qu'il ne se brûle pas. Ensuite tu lui fais faire son rôt et tu le mets au lit. S'il rempli sa couche, t'as vu où j'ai mis les changes ? A tout à l'heure, chéri.

A la suite de quoi, le crabe se fit gentiment raccompagner à la porte du treizième temple. Sans même un bisou en plus ! La vie était trop'inzuste !

A suivre.