Hey ! Pour fêter ma première review je post le chapitre 3 maintenant ! Merci à toi, Guest Evilfaul ! Ce chapitre est pour toi, j'espère que tu continuera d'aimer Raiko !Merci aussi à ceux/celles qui lisent cette fic, et la suive :)

Par ailleurs n'hésitez pas à aller lire Faux Semblant, Vraisemblance ( s/12534335/1/Faux-Semblants-Vraisemblance) de Mizumiii, qui a beaucoup plus posté que moi et qui développe une autre période de vie !


Malgré sa promesse intérieure de ne pas le faire, Raiko ne put s'empêcher, après plus d'une semaine de résistance, au besoin de consulter les nouvelles du Moyen Orient. Ca ne servirait à rien sauf à la torturer, elle le savait, mais il fallait qu'elle sache comment les choses évoluait la bas.

Et que le gouvernement ait révoqué son droit de séjour et l'ait bannis à jamais du pays n'y changeait rien.

Être persona non grata dans son pays adoptif lui faisait quelque chose, mais elle n'avait pas le pouvoir de changer cette décision. D'un autre côté, elle avait un peu abusé, elle le reconnaissait fort bien. On l'avait embauché pour mettre fin à la guérilla dans le pays, et au final elle en avait possiblement créée une autre…

_Ouai enfin ce n'est pas de ma faute si le gouvernement est pourri.

Certes mais en attendant ils avaient largement participé à garder son compte en banque à flot. Ah, c'était peut-être la raison pour laquelle ils l'avaient mauvaise en fait ! Tant pis, elle avait mérité cet argent, après tout ce que les Yeux du Lapis lui avait fait subir, ses compensations financières resteraient sur son compte.

Elle consulta les nouvelles sur internet, et découvrit que la guérilla qu'elle avait accidentellement aidé à naitre – et qui était plus un front de libération qu'autre chose – mettait des bâtons dans les roues tant au gouvernement qu'au Lapis tout en aidant la population à échapper au dommage collatéraux. Elle se sentit fière, mais ça ne l'empêcha pas de se sentir encore plus frustrée par sa situation actuelle. Là-bas, la rousse avait réussi à se reconstruire et commencer un nouveau chapitre de sa vie, loin des regrets et du désespoir qui avait manqué de l'étouffer.

Bon sang ce qu'elle regrettait de ne pas avoir pu rester ! Elle n'avait rien à faire dans ce pays, on n'a pas besoin d'elle, elle ne faisait aucune différence. Et voir les gens tous les jours se comporter avec nonchalance, alors qu'à l'autre bout du monde des innocents subissaient la colère d'un conflit qui se prétendaient pour leurs intérêts !

L'inaction allait la rendre folle, aussi décida-t-elle d'aller faire un footing matinal pour se défouler. Il faisait encore nuit lorsqu'elle sortit : elle avait un cycle de sommeil particulier, et le décalage horaire avait complètement détraqué son horloge interne. La ville était encore en sommeil, et pas un bruit ne venait rompre le silence. Il était trop tôt pour les plus matinaux, et trop tard même pour les fêtards aguerris. Pas un chat ne croisa sa route, ce qui était aussi bien comme ça. Car si un regard extérieur l'avait observé dans sa solitude, il aurait aperçu un aspect de la rousse qu'elle n'avait jamais laisser découvrir à qui que ce soit au Japon.

Il y avait Shibuya Raiko, la jeune héroïne pleine de rêve et d'admiration pour celle qui lui avait dévoilé un horizon d'espoir où elle avait un avenir, et il y avait Cheshire, la jeune femme brisée qui avait lutté pendant cinq ans dans un pays totalement étranger, où elle avait fini par se sentir chez elle et faire une différence. Raiko était moqueuse, insouciante et motivée, et Cheshire était déterminée, concentrée, et forte. Il lui devenait de plus en plus difficile de rester dans le rôle de Raiko.

C'était ridicule, rien ne la forçait à se faire passer pour celle qu'elle était i ans, mais si elle montrait celle qu'elle était devenu, cela entrainerait tout un flot de question auquel elle ne voulait pas répondre, ferait ressurgir des souvenirs sur lesquels elle ne voulait pas s'appesantir. Et pourquoi le ferait-elle ? Le passé était le passé, il ne servait à rien de le ressasser. Ce dont elle avait besoin, c'était d'un rôle auquel se consacrer. Professeur dans une école de héro, notamment. Elle savait qu'elle pouvait être une très bonne prof, après tous les membres du front de libération n'étaient pas bien dégourdis, avant qu'elle ne les prenne en main.

Alors que l'aube pointait à l'horizon, elle ralentit et réalisa que ses pas l'avaient menée devant le poste de police. Elle s'empressa de faire demi-tour, pour se retrouver nez à nez avec Tsukauchi Naomasa en personne. Leur rencontre datait de sa première année à UA, quand Toshi les avaient présenté alors qu'ils cherchaient à résoudre le mystère d'Umiko, qui s'était être avéré Umiko, Natsume et Elfe. Après son diplôme, plutôt que de travailler dans une agence de héro, elle s'était lancée dans une coopération avec la police et avait longtemps collaboré avec Tsukauchi, avant qu'il ne devienne détective.

_ Shibuya ! Ca faisait longtemps ! S'exclama celui-ci, apparemment ravis de la situation. Toshinori m'avait dit que tu étais revenu au Japon, mais je ne m'attendais pas à te voir ici.

_ Eh bien, c'est un peu un hasard, expliqua la rousse avec une grimace. Je fais un jogging et je ne sais pas trop comment je me suis retrouvé là. Mais ça me fait plaisir de te revoir aussi, Tsuka. Tu es matinal où tu as bossé toute la nuit ? Rajouta-t-elle en se souvenant des horaires atypiques qu'on pouvait trouver dans la police.

La question fit rire le policier.

_ Matinal, pour cette fois. Je t'offre un café ?

_ Le café de la station est toujours pareil à mon souvenir ?

_ Ah ça… non, je dirais qu'il est probablement pire…

_ Bon, dans ce cas je te rends service en te laissant m'inviter à un café alentour – si tant est qu'il y en ait un ouvert à cette heure ?

_ En effet, ce serait un très grand service à me faire et il y a toujours Chez Giacometti au coin de la rue.

_ Il fait son chiffre d'affaire sur les salaires de flics ! S'esclaffa la rousse.

Ils continuèrent à deviser jusqu'au café en parlant de tout et de rien, et petit à petit Raiko parvint à chasser le sentiment de malaise qu'elle ressentait à se trouver aussi près de la routine qu'elle avait quitté i ans. Elle avait tellement changé depuis que c'était comme de vouloir enfiler un vêtement plus du tout à sa taille. Elle sut exactement quand Tsukauchi tenta d'aborder le sujet de son départ des années plus tôt. Son regard s'assombrit, et il commença à se concentrer sur son café à moitié vide dans lequel il agitait sa petite cuillère. Il semblait rassembler son courage pour parler, mais Raiko ne lui en laissa pas le temps. Elle se leva prestement en déclarant qu'elle devait y aller, qu'elle se faisait en devoir de s'occuper du petit déjeuner pour remercier le couple l'hébergeant de leur hospitalité, et sans lui laisser le temps d'en caser une, elle fila.

Elle l'avait échappé belle !

Le petit déjeuner à l'américaine sur lequel elle s'était décidé eut un franc succès auprès de ces deux amis, et c'est sans remord qu'elle se réserva la salle de bain en leur laissant la vaisselle. Elle se brossait les dents devant le miroir, une serviette enroulé autour de la poitrine, quand Natsume s'écria :

_ Vos lettres de Poudlard sont arrivées, apprentis sorciers !

Traversant le carrelage sans une hésitation, Raiko manqua d'atterrir sur Toshi qui ne l'évita que grâce à des réflexes rodés. Lorsqu'il avisa sa tenue ses yeux manquèrent de sortirent de leurs orbites, et il n'évita le coup de pied de sa dulcinée que grâce au sus nommé reflexes extraordinaires.

_ Yeay ! S'exclama Raiko en s'emparant de l'enveloppe et en postillonnant du dentifrice.

_ Je peux savoir où tu regardes ?! Gronda en même Natsume en menaçant Toshi du poing.

_ C'est pas de ma faute si elle faut n'importe quoi habillé n'importe comment ! Se justifia très vite le blond.

Le pauvre était une femme battu. La rousse prit environ trois secondes pour se sentir navrée pour lui, avant de se servir du manche de sa brosse à dent comme ouvre lettre et d'en sortir le précieux papier. Ces yeux balayèrent les lignes à toute vitesse, et le silence tomba dans la demeure.

_ Oh merde ! J'suis prise ?!

_ Ne soit pas aussi étonnée ! Et arrête de cracher ton dentifrice par terre !

Evidemment, Toshi aussi avait été embauché. A vrai dire, Natsume lui avait expliqué qu'il n'avait passé les épreuves que parce qu'il était un « idiot bardé de principe moraux désuet » alors que le directeur lui avait offert le poste sur un plateau d'argent. Elle ne savait pas les détails, mais de toute évidence Toshi avait des raisons assez spéciales de vouloir aller bosser à UA. Quoiqu'il en soit, un repas de fête s'imposait !

_ Natsume! Ce soir, tu nous paies un restau ! S'exclama la rousse.

_ Ne décide pas à ma place ! Répliqua son amie, son agacement démenti par son sourire en coin. Et finis de te brosser les dents avant de revendiquer quoi que ce soit !

Goguenarde malgré son visage barbouillé de dentifrice, Raiko retourna dans la salle de bain pour terminer sa tâche tout en se sentant pousser des ailes. Ça y était ! Elle avait de nouveau un but ! Maintenant qu'elle se savait un emploi, elle pourrait chercher un appartement, racheter des meubles, et adopter un chat, voir deux, voir trois. Voilà ce qu'elle appelait un nouveau départ.


Finalement, c'était légitime de sa part, de se tourner vers l'école quand elle cherchait un peu de stabilité dans sa vie. C'était bien la seule période de sa vie où elle n'avait pas eu l'impression de voir le sol se dérober sous ses pieds, même dans les pires moments. Elle s'y était sentie en sécurité, et avait eu droit à une adolescence avec un semblant de normalité, et des amis. Ce sentiment avait perduré quelques années, avant d'être sauvagement déchiré en ce fatidique soir de janvier.

Rai avait toujours été une petite fille à part. A l'école primaire, on l'avait laissé de côté parce qu'elle n'avait pas de maman, celle-ci ayant quitté son père à cause de ses problèmes de dettes de jeux. A l'époque, Rai n'avait pas compris qu'elle partait pour ne plus revenir, et lorsqu'elle avait réalisé que sa mère l'avait abandonné, elle s'était renfermée dans un silence contemplatif plein de remise en question. Elle aussi aimait beaucoup jouer après tout, et si elle en voulait à son papa pour ça, alors elle lui en voulait surement aussi. Peut-être que si elle avait moins joué avec ses bloc de construction et plus travaillé à apprendre à lire, sa mère ne serait pas partie…

Puis, elle avait commencé à comprendre ce qui avait pu déranger sa mère. Parfois, il oubliait de venir la chercher à l'école, et elle attendait avec sa maitresse qui arborait un sourire crispé cachant mal sa contrariété. Il était même arrivé qu'il oublie complètement et qu'elle reste à l'école jusqu'à ce qu'on ait réussi à le joindre au téléphone. Parfois, quand il venait la chercher à l'heure, il l'emmenait avec lui et lui demandait de resté sur le banc en face de la maison de jeu – un casino comme elle finirait pas le comprendre quelques années plus tard. Elle détestait ces soirées passé assise à se demander quand est-ce qu'elle pourrait rentrer faire ses devoirs, se laver, et manger.

A l'école, elle était la fille que les parents disaient d'éviter à leurs enfants, la gamine mal fagoté qui se coiffait toute seule le matin, et qui avait fini par aller à l'école à pied parce que son père ne se réveillait pas à l'heure. Ce faisant, bien sûr, elle n'avait que rarement de quoi déjeuner, sou sinon des gamelles de riz mal cuit, cuisiné avec maladresse la veille. Une fois, elle n'avait pas pu se laver de la semaine parce que l'eau avait été coupée, et se souvenait nettement du dégout de ses camarades, et la pitié dans les yeux de la maitresse. Quelques fois, la voisine la prenait en pitié et lui donnait des plats cuisinés pour qu'elle ne meurt pas de faim, mais globalement personne ne s'était suffisamment inquiété pour alerter les autorités.

Elle ne se souvenait pas vraiment quand elle avait commencé à sourire narquoisement, tout avait commencé en regardant l'affiche du casino en face d'elle qui avait des machines à sous sur le thème d'Alice au Pays des Merveilles. En voyant le chat de Cheshire, elle avait commencé à imiter son sourire en songea que lui semblait satisfait de sa vie au moins. Et avant de le réalisé, ce sourire était devenu sa signature, un moyen de se protéger des autres enfants qui se moquait d'elle. En souriant ainsi, elle se donnait l'impression d'être celle se moquant, et elle se sentait moins misérable.

Et le jour où sa Quirk s'était réveillé, elle avait su que c'était en quelque sorte son destin. Elle pouvait flotter, et passer à travers les choses. En s'entrainant suffisamment dur elle pourrait rentrer à la maison même sans les clefs ! Et en flottant elle pouvait atteindre le plan de travail et les étagères les plus hautes pour trouver de quoi manger. Pourtant, quelque chose l'avait retenu d'en parler à son père. Elle continuait de l'attendre sur le banc, en faisant ses devoirs. Parfois un passant ou un commerçant l'aidait à travailler sur des exercices qu'elle n'arrivait pas à faire, mais c'était rare. Et après tout, tant pis, elle n'avait besoin de personne. Quand son père restait trop longtemps au casino, elle rentrait toute seule, et il ne s'en rendait même pas compte en sortant.

Elle commença à chaparder de la nourriture à 6 ans. Après tout, elle pouvait se servir aux distributeurs automatiques sans problème, et personne ne disait rien, donc elle avait le droit. Et puis elle avait faim aussi ! Les jeux de son père ne lui rapportaient pas grand-chose et tout passait dans les factures ! Du distributeur, elle passa aux étales des marchands, et son avenir aurait pris un tout autre tournant si elle ne L'avait pas rencontré.

C'était une héroine en uniforme coloré avec une cape, qui un soir où elle faisait ses devoirs s'était assise sur le banc à côté d'elle.

_ Tu m'as l'air bien concentrée, lui avait-elle fait remarquer.

_ Je fais mes devoirs pour l'école. C'est des maths, mais j'aime pas ça.

_ Je peux jeter un œil ?

Avec le recul, Raiko pouvait dire qu'elle s'était montrée maline. Au lieu de tout de suite la bombardé de question, elle s'était intéressé à elle, de sorte que son interrogatoire était passé totalement inaperçu aux yeux de la fillette.

_ Hum, je crois que je comprends, avait-elle déclaré avec l'air de réfléchir intensément. Tu vois, disons qu'il y a huit moustiques dans ta chambre qui t'empêche de dormir, si tu en dégomme cinq, alors ça veut dire qu'il en reste encore trois à trouver.

_ Ah, je voyais pas ça comme ça…

_ Tous ces chiffres, c'est nul, mais si tu imagines des vrais truc dans ta tête, c'est tout de suite plus marrant.

_ C'est vrai, avait reconnu la rouquine. Si je dois attendre mon papa huit heure, et que ça fait cinq heure, alors il en reste trois.

_ Tu attends ton père ? Qu'est-ce qu'il fait ?

_ Il joue, Raiko avait fait la moue en triturant sa couette maladroite et en montrant du doigt le casino de l'autre, mais quand il revient, il a pas l'air de s'être amusé beaucoup. Je m'appelle Raiko, et toi tu t'appel comment ?

_ Nana, enchanté de te connaitre Rai-chan.

_ Pour une adulte, t'as pas l'air trop bête, avait lâché la fillette avec condescendance. Tu t'es perdue ?

Nana avait manqué de s'étouffé de rire devant sa remarque.

_ Non, je me promène, c'est tout. Et toi, tu es là souvent ?

_ Presque tous les jours. Sauf quand papa oublie de venir me chercher à l'école, là je rentre toute seule.

_ Pourquoi tu ne demandes pas à ton père de te laisser chez toi avant d'aller jouer alors ?

_ Je sais pas… On se parle pas trop tu sais.

_ Tu devrais quand même lui dire. Ce n'est pas super ici pour faire ses devoirs.

Elles avaient continué à discuter encore un moment, suffisamment pour que Nana puisse cerner la situation. Ça lui avait fait bouillir le sang, que son père soit capable de délaisser ainsi sa fille pour des histoires de jeux. Elle lui avait offert une glace, et le lendemain elle était revenue, et lui avait raconté des histoires de héros, ses aventures, et Raiko s'était beaucoup amusée. Ça avait continué quelques semaines, les plus belles semaines de sa vie à l'époque.

Nana avait fini par aller parler à son père, et celui-ci, quoiqu'elle ait pu lui dire, changea totalement de comportement, et arrêta d'aller au casino, trouva même un travail dans une station-service. Nana lui avait dit au revoir, et elle ne l'avait plus jamais vue. Les mois qui avait suivi, tout s'était passé merveilleusement bien. Jusqu'à ce qu'il recommence à jouer, dans un autre casino. Mais plus jamais Raiko n'eut à l'attendre sur un banc.

Elle avait toujours ressenti une admiration sans borne pour cette femme qui s'était intéressée à elle quand son existence n'inspirait qu'indifférence autour d'elle.

Comme elle, elle été devenu une héroïne.