Voilà, je me suis lâchée dans cette suite, j'ais pris beaucoup de plaisir à l'écrire, j'espère que vous en prendrez à la lire

8-

Elle déposa l'enveloppe sur la table du salon, d'une main légèrement tremblante.

- Ces deux dernières semaines, j'ai reçu quatre enveloppes anonymes chacune contenant une photo de moi.

House sortit les clichés. En noir et blanc, format 10x18, papier brillant.

- Il n'y en a que trois, fit-il remarquer.
- J'ai laissé la dernière que j'ais trouvée sous ma porte la nuit dernière au commissariat central en venant ici. Au lieutenant Tritter, plus exactement.

Assurément, son ex était nerveuse. Inquiète, même. Son regard évitait soigneusement de se poser sur les photographies, comme si elle refusait d'en admettre la réalité.

- Tritter ? House sourit, il n'y avait pas plus coriace et plus déterminer que lui. Il ne lâcherait pas l'affaire tant qu'il n'aurait pas trouvé. Pour ce cas si s'est une très bonne chose.

House étudia attentivement les épreuves. Le photographe devait se trouver assez loin de sa cible et utiliser un bon téléobjectif. Du matériel de pro.

- C'est ta voiture ? questionna-t-il en pointant du doigt le 4x4 qu'on voyait sur la première photo
- Oui

House connaissait ces sous-sols. N'importe qui pouvait y avoir accès, ne serait-ce qu'en empruntant l'ascenseur bondé de l'hôpital. Sur l'autre photo Cuddy était au centre de l'image. Elle riait, entourée d'un cercle exclusivement féminin. Sur la table dans le parc, on distinguait un énorme gâteau à la crème surmonté de cinq énormes bougies.

- Nous fêtions l'anniversaire de Rachel, expliqua Cuddy. C'était un samedi, il y a tout juste dix jours. L'enveloppe est arrivée sous ma porte le lundi qui a suivi.

Mais le regard de House venait de se poser sur le troisième cliché. Dans un bar à l'ambiance tamisée, Cuddy buvait un verre de vin en compagnie d'un brun, plutôt bien fait de sa personne.

- Ton petit ami ? Risqua- t- il en essayant de rester impassible.
- Pas du tout, c'est juste un collègue
- Ce n'est pas celui, qui était venu soigner ta mère lors de sa visite à l'hôpital et qui avait été incapable de la sauver ? Lui dit-il, avec un sourire narquois. Celui avec qui elle voulait que tu ailles une relation stable ?
- Oui, acquiesça Cuddy, sans plus pour ne pas envenimer la situation.

House mourait d'envie de lui faire préciser la nature de leurs relations, mais il se reprit. C'était justement là le terrain glissant sur lequel il valait mieux qu'il ne s'engage pas. Il finirait bien par en savoir plus, de toute façon.

- Et la quatrième photo ? Demanda-t-il en alignant les documents devant lui

- Elle a été prise au supermarché, prés de chez moi, dit elle en haussant les épaules en signe d'incompréhension et la tension qui s'était peinte jusqu'alors sur son visage parut se dissiper pour laisser place au rire. Il faut dire que la situation avait une touche de cocasserie.

Mais House, remarqua qu'elle se rembrunit aussi vite
- Franchement, House, je ne vois aucun lien entre tous ces clichés. J'ai l'impression qu'il veut juste s'amuser ou bien me faire flipper en me montrant qu'il connaît mon emploi du temps.

Elle était déstabilisée, manifestement. Spontanément House eut envie de la serrer dans ses bras. Il n'y avait rien de plus anxiogène que de se sentir la proie d'un maniaque. Même chez une brillante directrice d'hôpital, habituée, à explorer les méandres de l'esprit humain. Il sourit, car il se doutait bien que son rythme de vie à l'hôpital devait être plus souple et plus calme, depuis son départ et soupira aussi, se souvenant comme il lui était si simple de la réconforter, Jadis… Mais l'époque était révolue où il pouvait apaiser ses craintes d'une simple étreinte.

- Tu es venue pourquoi Cuddy ? Pourquoi t'en remettre à moi- ce que ne comprend pas très bien…
- Pour tout te dire… Julia était chez moi cette nuit, quand j'ai découvert la quatrième enveloppe. Tu imagines son émotion quand je lui ai appris que ce n'était pas la première que j'avais reçue. C'est elle qui m'a forcée à te contacter. Elle refusait même de partir de chez moi. Tu sais comme elle peut-être bornée parfois.

Autant qu'il s'en souvienne, c'était d'ailleurs un trait de caractère des femmes Cuddy !
Ainsi, Cuddy n'était venue vers lui que sur l'insistance de sa sœur. Evidemment, comment aurait-il pu en être autrement ? Il se reprocha de s'être un instant figuré que sa démarche pu être spontanée. Le passé était bel et bien mort, et il fallait s'en réjouir. C'était sans doute le prix à payer pour leur tranquillité à tous les deux.

- Mais pour répondre à ta question, ajouta-t-elle, comme si elle avait lu dans ses pensées, faire appel à toi ne me pose aucun problème. Je m'étais en revanche imaginé que tu n'aimerais peut-être pas me revoir. Enfin, le passé appartient au passé, comme on dit.

Ouais, c'était facile à dire, songea House en baissant les paupières. En même temps, elle l'avait coincé. Il était bien forcé d'admettre qu'elle avait raison, maintenant. Et après tout, ce qu'elle exprimait là était la voix de la sagesse. Il n'avait aucune raison pour qu'il ne réussisse pas à mettre de côté tous ces souvenirs qui souvent depuis deux ans, revenaient le hanter. Elle y parvenait bien, elle…

- Entièrement de ton avis, bien que revoir tes jumelles ravivent en moi de bien joli souvenirs. Je préférerais pouvoir apprécier ton « super tanker », quand tu partiras car je ne vois pas ce que je pourrais faire pour t'aider. Je ne suis ni détective, ni inspecteur de police.

- Tu aimes analyser, comprendre la nature humaine, pas parce que tu t'en soucies, mais parce que tu aimes les énigmes. Alors en voilà une pour toi.
- Aide moi !
- Protège moi !

Tout était allé si vite….

Elle avait besoin de temporiser un peu, de rassembler ses esprits. Son entrevue avec House l'avait profondément remuée et elle tremblait encore. Nul doute que l'œil expert de House saurait lire là la marque de l'agitation dont elle était la proie. Et ça, elle préférait l'éviter. En fait, elle espérait, lui avoir donné l'image d'une femme responsable, capable de faire face seule à l'adversité. L'idée d'avoir pu paraître vulnérable lui répugnait. Elle s'était préparée à ces retrouvailles, mais elle se rendait compte qu'elle était bouleversée.

Il avait suffi que leurs regards se croisent, l'espace d'une seconde, elle avait revu leurs baisers torrides, et tous les bons moments qu'ils avaient passé ensemble. Leurs premières rencontre aussi. Bien qu'aujourd'hui elle ait du mal à l'admettre, il l'avait totalement subjuguée, alors de là à ce que l'histoire se reproduise…

La fatigue, sûrement, devait y être pour beaucoup. Mais qu'elle femme resterait indifférente devant Grégory House ? C'était un homme mûr, dont émanait une force, une assurance, un sex- appeal tout à fait irrésistible. Fort heureusement, le fait d'avoir vécu avec lui, l'avait immunisée devant son regard bleu percent.

Une fois déjà, Cuddy s'était fait avoir et elle n'était pas du tout disposée à recommencer.
Et surtout pas avec le même homme.

Rester sur la défensive, garder ses distances, c'était la seule attitude à adopter. D'autant que House n'était pas du genre à renoncer facilement. Il y a deux ans, personne n'aurait misé un dollar sur leur relation. Elle la directrice avec un enfant à charge et lui le misanthrope aigri. Inconcevable. Pourtant House avait bravé les commentaires les plus insultants, dont ceux de sa mère, pour aller jusqu'au bout. Pourquoi ? Sans doute plus par fierté que par amour. Mais si d'aventure il se mettait en tête de la reconquérir, elle savait que House s'avérerait un adversaire redoutable, plus tenace sans doute que le voyeur aux photos.
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