CHAPITRE 4 : Une journée de merde !

Yann ne tarda pas à se retrouver à l'étage inférieur, qu'il arpenta d'un bout à l'autre, sans trouver le moindre signe du journaliste !

Ah non alors ! Il n'allait pas le laisser filer si facilement. Il ouvrit la porte du bureau de la Commissaire, qui le regarda, médusée.

Mercier : Capitaine ? Je peux faire quelque chose pour vous ?

Yann : Il est où ?

Bien qu'habituée au caractère du Capitaine de la B.A.C., la Commissaire ne l'avait jamais vu dans un tel état de fureur, et se surprit à être parcouru d'un frisson peu appréciable. Même si Nicole Mercier avait déjà eu à calmer à plusieurs reprises des jeunes en furie, elle se trouva à regretter de ne pas être en face de ces jeunes, qui avaient à eux tous le dixième du centième de fureur du Yann Berthier devant elle en ce moment même.

Elle décroisa les jambes tout en essayant de reprendre un peu d'assurance et mesura ses mots, pour ne pas faire exploser la cocotte-minute qui se trouvait face à elle.

Mercier : Capitaine ?

Yann : Le JOURNALISTEEEE !

Elle s'en doutait. Elle se leva de son bureau et se mit devant lui.

Mercier : Calmez-vous, il est parti.

Yann : Je sais bien qu'il est parti. C'est bien ça le problème !

Il se tourna, prit sa tête entre ses mains, et expira à fond avant de se retourner vers la Commissaire.

Yann : Il travaille où ?

Mercier : Pourquoi ? Pour que vous puissiez aller le trouver et en faire de la charpie ?

Yann : Mais MERDEEE !

Mercier : CAPITAINE !

La voix tonitruante du Commissaire le calma d'un seul coup. Il ne l'avait jamais entendu crier aussi fort. Il la vit se diriger vers son bureau et sortir quelque chose de l'un de ses tiroirs. Elle s'avança de nouveau vers lui, puis lui tendit une cassette, LA cassette. Il la regarda, surprit.

Mercier : Vous croyiez réellement que j'allais le laisser partir avec ça ? Ce qui se passe au commissariat reste au commissariat. Je n'ai pas envie de voir la vie de mes hommes s'étaler au grand jour. Vous avez le droit à votre intimité, Capitaine, même si je dois avouer que faire une scène comme celle de tout à l'heure n'était pas vraiment judicieux. C'est la Police Nationale ici, pas les feux de l'amour ! Et je me voyais encore moins devoir vous arrêter pour avoir réduit cet homme en Hachi. Ce qui, j'en suis sûre, vous est passé par la tête.

Yann regarda à tour de rôle la Commissaire, puis la cassette, avant de revenir sur la Commissaire.

Yann : Je suppose que je dois vous dire merci ?

Mercier : Pour vous avoir évité la taule, et pour avoir sauvé votre carrière… Oui, je pense que c'est une chose qui se fait, non ?

Yann soupira un grand coup, puis commença à se diriger vers la porte, avant de se retourner une dernière fois.

Yann : Merci.

Mercier : Ce fût un plaisir !

Il referma la porte sur une Nicole Mercier soupirant et avachie ; et se trouva nez à nez avec Antoine et deux autres de ses collègues, avant de voir toutes les têtes du commissariat épier sa sortie. A son regard, chacun se dépêcha de reprendre ce qu'il était en train de faire. Ses yeux se posèrent de nouveau sur Antoine et ses collègues.

Yann : Un problème ?

Antoine : Non, on avait juste peur que tu … enfin tu sais, quoi…

Yann le dévisagea puis lui sourit. Se sentir soutenu et épaulé lui faisait du bien, il en avait besoin.

Yann : Merci les gars.

Puis sans crier garde il reprit son ton autoritaire.

Yann : Qu'est-ce que vous foutez encore ici ? Restez pas plantés là ! On a du boulot, là !

Ses trois collègues déguerpirent plus vite qu'une fusée. En attendant, sa colère s'était apaisée. Enfin… Presque…

Le sang d'Alex ne fit qu'un tour en voyant la voiture arriver à toute allure. Et Kévin qui se trouvait au milieu de la rue, les bras sur les genoux, la tête baissée. Il allait se faire écraser. Alex ne put rien faire d'autre que de crier.

Alex : KEVINNNNN !

Il ne le vit pas réagir, il vit la voiture arriver. Il était tétanisé et sentit son cœur manquer un battement.

Kévin avait envie de vomir, les sons étaient distordus, il n'entendait qu'un bourdonnement indescriptible. Il releva la tête dans le but de prendre une grande inspiration et vit la voiture lui fonçant dessus. Guidé par une force totalement indépendante de sa volonté, il réussit à s'écarter de justesse, se plaquant douloureusement à la portière d'une voiture en stationnement, avant que la voiture folle ne le frôle et disparaisse au coin de la rue. Il se laissa tomber sur le sol.

Alex : KEVINNNNN !

Il entendit alors Alex hurler son prénom et releva la tête pour voir celui-ci se précipiter et se laisser tomber auprès de lui. Ce dernier lui prit la tête dans ses mains. Mais son débit de parole ne lui permit pas de lui répondre immédiatement.

Alex : Kévin ? Kévin ! Ça va ? Kévin ? Réponds-moi !

Ce faisant, Alex, passa sa main sur le Tee-shirt, puis sur les bras de son ami pour vérifier que celui-ci n'avait rien, avant de reprendre la tête de Kévin dans ses mains et de le fixer.

Kévin : Ça va, Alex, c'est bon !

Alex : T'es sûr ? Putain j'ai vraiment cru que t'allais y passer !

Kévin : C'est gentil ça !

Alex : Putain mais t'es con toi aussi, là, à t'arrêter en plein milieu de la route. Qu'est-ce que t'as foutu, hein ?

Puis sans une autre parole, il aida Kévin à se relever. Mais lorsqu'il vit celui-ci chanceler, il le retint par le bras.

Alex : Ça va ? T'es sûr ?

Kévin : Ouais, ouais, la loi de la gravité sans doute !

Alex : En tout cas, chapeau le réflexe ! J'ai jamais vu quelqu'un réagir aussi vite.

Kévin : C'était pas un réflexe, c'était de la panique !

Alex lui passa alors un bras autour du cou, avant de le diriger vers la voiture.

Alex : Tu m'as fait flipper grave là! Recommence jamais ça, hein ? J'ai peut-être pas le cœur d'un Bisounours, mais j'ai bien failli avoir une crise cardiaque !

Kévin s'installa dans la voiture en rigolant.

Alex : Quoi ?

Kévin : C'est ce que je vais avoir de plus proche d'un : « Je tiens à toi ? »

Alex : Pousse pas non plus !

Mais devant le rire de Kévin, Alex tourna une nouvelle fois la tête.

Alex : Quoi encore ?

Kévin : Toi, un Bisounours…

La seule réponse d'Alex fut un grognement rageur avant que celui-ci ne démarre.

Mercier : … et vous n'avez même pas vu ces types ? Non mais c'est incroyable ! Et en plus vous quittez les lieux en laissant la victime en plan ! Mais quelle équipe de bras cassés, c'est pas possible !

Cela faisait une demi-heure qu'Alex et Kévin se faisaient passer un savon mémorable par la Commissaire. Franchard les avait rejoint à leur arrivée pour leur demander leur avancement dans l'enquête, mais n'avait pas eu d'explication. C'est seulement quand les deux bleus étaient allés directement dans le bureau de Mercier qu'il avait su ce qui s'était produit.

Alex : Avec tout le respect que je vous dois, Madame la Commissaire, Kévin a failli se faire écraser…

Mercier : Oui alors ça ! Parlons-en, tiens ! Non mais qui est-ce qui m'a flanqué d'un imbécile pareil ? S'arrêter en plein milieu d'une route. Et la voiture, elle est passée près de vous Moreno, non ?

Alex : Ben ouais mais…

Mercier secoua la main avant de faire de même avec la tête

Mercier : Ça suffit.

Alex : Y'avait mon pote prêt à se faire éclater, j'suis désolé mais il m'importait plus que la bagnole à ce moment-là.

Mercier : Du balai ! Je veux plus vous entendre.

Sur un signe de tête de Franchard, Kévin se dirigea vers la porte tandis qu'Alex resta planté devant le bureau de sa supérieure.

Alex : Il…

Mercier : OUST j'ai dit !

Alex se tourna et rejoignit Kévin et Franchard à l'extérieur du bureau.

Franchard : Ca va Kévin ? T'es sûr que tu veux pas voir le médecin ?

Kévin : Non je vous dis, je vais bien, elle ne m'a même pas touché !

Alex se dirigea vers eux.

Alex : Elle est pas commode aujourd'hui ? Elle a les chutes du Niagara en vrille ou quoi ?

Franchard : Moreno !

Alex : Wesh ?

Franchard : Ta gueule ! Elle n'a pas eu une matinée facile. Elle a évité au Capitaine Berthier de se faire virer en plus de vos conneries, là !

Kévin : QUOI ?

Alex : Il est chambré ton keum, je te l'ai toujours dit !

Mais devant le regard de Franchard, Alex, tenant à la vie, fila à vitesse grand V.

Kévin : Mais qu'est-ce qui s'est passé ?

Franchard : Votre petite scène de ce matin a été filmée par un journaliste. Yann l'a appris, et tu le connais ! Déjà qu'il n'était pas dans un bon jour…

Continuant à écouter le récit du Commandant, Kévin secoua la tête. Oh oui ! Il imaginait très bien la scène ; un Yann en colère était toujours impressionnant et n'avait rien à envier à Rambo. D'autant plus lorsqu'il était énervé par avance.

Franchard : Bon vous vous remettez au boulot avec Moreno. Et plus d'incident ! Un seul ça suffit largement, et il est même pas midi. Aller ! Au travail.

Kévin s'éloigna vers les toilettes mais se retourna.

Kévin : Commandant ?

Franchard : Ouais !

Kévin : N'en parlez pas à Yann, d'accord ? Il est déjà assez en pétard comme ça !

Franchard : Tu crois quoi ? Je suis pas suicidaire, non plus ! File !

Franchard : Hé ben ! Ça promet la journée !

Kévin se dirigea vers les toilettes, soulagea sa vessie une fois de plus, puis se mit à boire avidement.

Il se redressa et se regarda dans le miroir.

Kévin : Une scène avec ton mari, une vessie de chat, la gorge sèche, une voiture qui manque de t'écraser ! Vive la matinée.

Il se vit tourner pâle et eu juste le temps de se précipiter devant la cuvette avant de vomir le contenu de son estomac. N'ayant rien pu avaler de solide depuis quelques jours, il rendit juste le liquide qu'il avait ingurgité. Et Dieu seul savait qu'il avait bu ! Une fois les soubresauts fini, et sentant que son envie s'était atténuée, il tira la chasse d'eau puis alla se rincer la bouche et le visage, sur lequel les larmes coulaient malgré lui. Il se regarda une nouvelle fois et secoua la tête.

Encore ! Et ça faisait une semaine que cela durait. Qu'il n'arrivait pas à garder la flotte qu'il ingurgitait par litres entiers, la nourriture ne passant plus. Les chauds et froids. Une fièvre peu élevée mais régulière. Il était fatigué, il avait maigri à une vitesse vertigineuse, mais personne ne s'en était encore aperçu apparemment. Mis à part Alex. A voir quelqu'un tous les jours, difficile de se rendre compte. Yann le lui avait fait remarquer une fois, lorsqu'il n'avait pas touché à son assiette, mais rien de plus. Il fallait vraiment qu'il aille voir un toubib. Il ne manquait plus qu'il se soit choppé la grippe !

Kévin : C'est vraiment une journée de merde !

Et le pire, c'est qu'elle ne faisait que commencer