Thème : "Disputer" donné à l'occasion de la 105ème Nuit du Fof.
Sous Protection
- partie 4 -
- Amanda, tu ne peux pas faire ça !
- Je suis majeure. Et vous n'êtes pas ma mère !
- Tu ne sais même pas où les Rafleurs ont emmené ta sœur.
- Au Ministère ! C'est là qu'ils livrent leurs prises.
- Pas toujours. Certains sont en contact direct avec des Mangemorts. Et d'après les informations de l'Ordre, il y a un trafic d'être humain qui s'est mis en place depuis peu à Londres. Je suis désolée de te dire ça, Amanda, mais ta sœur peut être n'importe où...
- Alors, je vais commencer par le Ministère, et après je chercherais ailleurs.
Hestia rattrapa le bras de l'adolescente mais celle-ci se dégagea aussitôt, comme brûlée par le contact. Elle croisa le regard de la sorcière, le visage fermé et une lueur farouche dans les yeux.
- Et que comptes-tu faire au Ministère, seule contre tous ?
Amanda ouvrit la bouche mais aucun mot ne sortit. À sa propre surprise, elle n'en savait rien. Elle n'avait pas réfléchi jusque là, simplement animée d'une urgence qui lui brûlait les veines. Elle avait perdu trop de temps cette nuit, en soins et en palabres avec les sorciers de l'Ordre, et elle avait ensuite dormi jusqu'au milieu de l'après-midi. Cela faisait plus de douze heures que Laura avait disparu, emportée par les rafleurs.
- C'est ma sœur ! dit-elle en désespoir de cause, la gorge nouée et les larmes aux yeux. C'est ma petite sœur ! Il faut que je la retrouve, il faut que je l'aide, il faut... Il faut que je fasse quelque chose !
- Je comprends, dit doucement Hestia.
L'adolescente secoua la tête, sans en croire un mot. Comment ? Comment pourrait-elle comprendre ?
Elle revoyait sans cesse le visage de sa petite sœur, baigné de larmes dans la semi-obscurité du campement rafleur, et l'écho de ses sanglots étouffés résonnait sous son crâne. La voix agonisante de son père hantait sa mémoire. « Fuyez ! »
- Amanda, je sais que c'est dur. Mes parents sont morts pendant la première guerre...
Les mots d'Hestia lui firent l'effet d'une claque, et l'image de la tombe de sa mère, couverte de lierre et de poussière, la heurta en plein cœur, sans prévenir. La sorcière ne sembla pas remarquer son trouble, profitant d'avoir su attirer son attention pour la raisonner, lui expliquer que se rendre seule au Ministère relevait de l'opération kamikaze, et que le mieux était de se fier au réseau d'information de l'Ordre du Phoenix. Ils avaient des agents disséminés un peu partout dans le pays, et c'était là leur meilleure chance de retrouver la trace de Laura. Il n'y avait aucune garantie de succès, et cela pouvait prendre des mois avant d'obtenir un début de piste, mais c'était son seul espoir.
Amanda baissa piteusement la tête, les épaules lourdes d'une culpabilité dont elle ne pourrait jamais se défaire et la gorge nouée à l'idée de sa petite sœur, prisonnière, torturée, ou morte. La petite Laura, si douce et gentille, qui avait été tellement inquiète à son entrée à Poudlard, d'être répartie dans une maison différente de sa sœur, avant de sauter de joie et de faire tomber le Choixpeau de sa tête en apprenant qu'elle aussi allait à Poufsouffle. Elles se disputaient parfois, elles étaient sœurs après tout, mais elles avaient toujours été proches l'une de l'autre et Amanda ne supportait pas d'être ainsi séparée d'elle.
Elle serra les poings. L'incertitude et l'angoisse allaient la tuer à petit feu, mais elle ne pouvait rien faire d'autre qu'attendre.
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- ... n'ont aucun goût ! Cette tapisserie me fait horreur.
- On ne peut pas attendre de ces gens-là qu'ils aient du bon goût, Pétunia. Ils ne sont pas comme nous. Ils sont détraqués...
- Cette maison semble venir tout droit des années trente, jugea sa mère en plissant le nez de dégoût. S'il n'y avait que la tapisserie, passe encore ! Mais même les meubles sont vieux et s'émiettent, la salle de bains est couverte de calcaire et il y a ce trou dans les escaliers ! C'est dangereux, Diddy a failli se casser la cheville une bonne dizaine de fois...
Oui, enfin bon, il avait trébuché à quelques reprises mais franchement le trou en question n'était pas si gros que ça, se rappela Dudley. La maison était ancienne et vieillotte, cela l'avait beaucoup dégoûté au début, mais après plus de deux mois, ce n'était plus aussi dérangeant. Il savait où était le trou dans les escaliers maintenant, et même lorsqu'il marchait dans le noir, il savait comment l'éviter.
- C'est à croire qu'ils sont trop stupides pour entreprendre des travaux de rénovations, intervint Vernon. Pourtant, la maison est grande, elle pourrait avoir du potentiel... mais non ! Ils laissent filer une belle occasion !
- Ils peuvent pas réparer la maison, fit distraitement Dudley, le nez collé contre la vitre.
Il y avait un chien, dans le champ voisin, qui grattait frénétiquement dans la terre depuis plus de dix minutes. Dudley le connaissait, c'était un grand berger au pelage marron, qui traînait souvent dans le coin. Il se demanda si Jones et Diggle seraient d'accord pour le prendre et le garder dans la maison. L'adolescent savait qu'il pourrait convaincre ses parents, mais les sorciers, c'était une autre affaire.
- Ils ne veulent pas, corrigea son père, parce que leur magie les a rendu fainéants...
- Non, il peuvent pas à cause d'un très vieux sortilège sur la maison, expliqua Dudley.
Ses parents poussèrent des exclamations de surprise, de le voir aborder aussi simplement et normalement de ces choses-là.
- Enfin Diddy, de quoi tu parles ?
- J'ai entendu Jones en discuter avec Diggle l'autre jour, avoua le garçon en haussant les épaules. Cette maison est dans la famille de Jones depuis très longtemps. Un jour, quelqu'un est mort ici. J'ai pas compris ce qu'il s'était vraiment passé, mais depuis ce jour, l'état de la maison ne peut pas être changé. C'est pour ça qu'ils peuvent pas faire de réparations.
Il se détourna de la fenêtre pour voir que ses parents le dévisageaient comme s'il venait de lui pousser une seconde tête.
Maman était aussi pâle qu'après le transplanage qui les avait amenés ici, ses yeux tellement écarquillés qu'ils semblaient sur le point de sortir de leurs orbites. Papa avait la bouche grande ouverte, et pour une fois, semblait à court de mots.
- Quoi ? se renfrogna Dudley.
- Mon chéri, il ne faut pas parler avec ces gens, chuchota tout bas sa mère. Ils ne sont pas comme nous...
- Oh, mais qu'est-ce que tu veux faire d'autre, dans cette baraque ? s'énerva l'adolescent. J'en ai marre de vous entendre parler des mêmes choses, toujours pareil, en boucle, c'est chiant ! On pourrait pas discuter d'autre chose, pour changer ? Et j'en ai marre de rester enfermé dans cette chambre toute la journée ! On ne sort d'ici que pour aller manger. On voit personne ! On parle avec personne !
- Ce sont ces gens qui insistent pour qu'on ne quitte pas la maison ! intervint Vernon avec colère.
- La maison. Mais pas cette chambre !
Furieux, le garçon se leva précipitamment et sortit de la pièce, laissant ses parents médusés derrière lui.
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Amanda et Dudley étaient tous les deux assis sur le seuil de la maison, dans l'air frais du début de soirée. La jeune fille était sur la plus haute des quatre marches qui menaient à la porte d'entrée, et le garçon sur la plus basse. Ils ne parlaient pas, ne s'étaient pas adressés un seul mot, chacun perdu dans le flot de ses pensées.
La nuit tombait doucement.
La sorcière sortit sa baguette, et le garçon se raidit en apercevant le fin bâton du coin de l'œil. La fille murmura un mot étrange, qui sentait le soleil et l'herbe coupée, puis de longs filaments de lumière s'échappèrent de la baguette pour venir flotter paresseusement au dessus de leurs têtes.
Dudley se détendit.
