Sa vie

Chapitre 4 : Départ

Shion venait de fêter ses deux ans et demi.

En bon grand frère totalement frappé, Manigoldo s'amusait à lui fêter ce qu'il appelait des "non anniversaires" depuis que El Cid avait lu à son futur Alice au Pays de Merveilles.

Mani appréciait de s'incruster pendant les séances de lecture.

Souvent, il y trouvait Albafica, roulé en boule dans un coin et un drap pour éviter qu'on le touche, Kardia vautré sur un Degel à la moue boudeuse mais qui ne tardait pas à caresser les cheveux emmêlés de son amoureux voir même Aspro pour les "surveiller" et Deuteros caché sur le toit pour écouter aussi.

Le Cancer était l'un de rares à connaître l'existence de l'étoile sombre des gémeaux.

Il aimait bien Deudeu mais le trouvait trop soumis à son jumeau. Souvent, il avait envie de lui botter les fesses pour qu'il se secoue un peu.

Mais l'un dans l'autre, tous les "petits" aimaient qu'on leur fasse la lecture.

Alors quitte a profiter des histoires, autant aller chez celui qui en lisait le plus.

Depuis six mois, Shion passait presque tout son temps avec Rodrigue, au point que le jeune Capricorne devait jongler entre son entraînement, celui de ses élèves et le bébé qui avait enfin quitté ses couches au grand soulagement de tout le monde, Shion inclus.

Il détestait quand Manigoldo l'attrapait par le paquet de lange pour le monter au niveau de son visage et se moquer de lui.

Ce n'était jamais méchant bien sur, mais il n'était ni un agneau à manger pour pâques, ni une boule de laine à tricoter et encore moins un crapaud sur une boite d'allumette même s'il s'asseyait souvent en grenouille sur le sol. Son Roro le disait souvent. Il était une jolie reinette toute verte. Pas un dégoûtant crapaud pustuleux.

Shion lâcha la main de sa nourrice pour s'asseoir sur le sable près des deux autres enfants.

Ils étaient un peu plus vieux que lui, quatre et cinq ans, mais sa maturité était a peine inférieure à la leur.

En tant qu'Atlante, son esprit vieillissait plus vite que celui des humains…

La vieille dame s'assit sur un transat.

Les mamans des deux enfants, des femmes chevaliers, avaient reprit l'entraînement depuis peu aussi avaient-elles demandées à la nourrice de surveiller leurs bambins. Ils étaient encore trop jeunes pour partir avec un maître à l'entraînement. Sage avait trouvé l'idée excellente.
Shion pourrait socialiser avec des enfants de son age et non des adultes pour une fois.

Avec un peu de chance aussi, il se détacherait légèrement de Rodrigue qui pourrait reprendre en main son entraînement et celui de ses élèves.

Avant de l'abandonner avec ces enfants, le Capricorne lui avait fait longuement la leçon.

Il devait bien obéir à nourrice, ne pas faire de bêtise, ne pas partir vadrouiller tout seul, ne pas laisser ses petits camarades tout seuls et les protéger. Il était un futur chevalier d'or, il n'y avait pas d'age pour commencer à apprendre la noblesse d'âme.

"- Nourrice ! Nourrice !!! On peut aller jouer dans les rochers ?" Demanda l'ainé des trois enfants.

Docile comme jamais pour que son Roro soit fier de lui, Shion jouait tranquillement avec un seau à faire des chateaux de sable.

"- Non, restez sur le sable avec moi. C'est trop dangereux avec la marée qui monte." Interdit la vieille femme.

Boudeur, le garçonnet de cinq ans se laissa tomber près de son petit camarade de quatre.

Il n'avait aucune envie de jouer avec le bébé de deux ans et demi.

Poli, Shion leur proposa son petit seau en bois, son râteau et ses moules.

"- Vous voulez jouer avec moi ?"

Les objets flottèrent lentement vers les deux autres enfants.

Le plus vieux des deux attrapa le seau pour le jeter plus loin.

"- Nan !"

Il n'aimait pas voir un bébé faire le fier, tout fils de pope qu'il soit. C'était lui le plus vieux ! C'est lui qui aurait du arriver à faire ça !

Un peu heurté, Shion proposa ses jouets au plus jeune qui les refusa tout aussi brutalement.

Tristoune, le petit atlante récupéra ses jouets pour continuer son château de sable tout seul dans son coin.

Il n'allait certes pas les forcer à jouer avec lui. Il avait été poli et partageur. Ce n'était pas sa faute si les autres ne voulaient pas jouer.

Silencieux, il remplit son seau avec du sable humide, le tasse, retourna le seau sur le sable sec, tapa pour faire sortir la tour puis recommença encore et encore jusqu'à avoir plein de tours autour de lui.

Tout content, il se leva pour aller chercher quelques cailloux, des algues et des coquillages et rejouer en solitaire l'une des histoires que lui avait lu Rodrigue.

Bon… certes… Tristan attaqué par les maures et défendus par Athéna n'était pas très canon, mais il s'amusait bien tout seul.

Non loin, l'aîné des deux enfants l'observait avec une irritation croissante.

Ca l'énervait de plus en plus que ce petit joue tout seul dans son coin en les ignorant.

Sur le transat, la nourrice somnolait doucement.

Sans vraiment s'en rendre compte, Shion faisait bouger par la pensée ses "soldats" de coquillages et de cailloux pour recréer ses batailles, jusqu'à ce que deux pieds sautent sur l'une de ses tours.

"- Hé !!! Mais qu'est ce que tu fais!!!" Se plaignit Shion.

Les deux autres gamins sautèrent à pied joint de tour en tour jusqu'à les mettre toutes à terre.

"- Mais arrêtez !!! cria Shion désolé.

"- Shion ! Arrête de crier ! Tu devrais avoir honte de ne pas partager tes jeux avec tes camarades !" Le gronda la nourrice en se réveillant en sursaut. " Ce n'est pas parce que tu es la fils du pope que tu dois tout te permettre ! Maintenant, donne ton seau à tes copains !"

Scandalisé par cette authentique injustice, Shion voulu protester.

"- Mais… nourrice… c'est eux qui…"

"- Il veut pas jouer avec nous et il nous lance des pierres!!!" Pleurnicha l'aîné avec des larmes de crocodile.

Un peu dépassée et surtout irritée, la veille femme mit Shion au coin après avoir constaté qu'il avait éparpillé des pierres tout autour de lui. Elles étaient trop loin pour qu'il les touchent avec ses mains assis comme il l'était, aussi décida-t-elle qu'il les lançait effectivement. L'idée qu'il puisse jouer par télékinésie ne lui vint même pas à l'esprit.

Boudeur, Shion s'assit sur le sable, dos à la mer et les mains sur la tête.

Il détestait être punit, plus encore quand il n'avait rien fait.

Il acceptait toujours ses punissions quand il faisait quelque chose de mal mais l'enfant avait un sens aigu de la justice.

Et ca, ce n'en était pas.

Il se promit d'expliquer à son Roro ce qui c'était passé avant qu'il ne se fasse gronder encore pour rien.

La chaleur et l'immobilité aidant, le tout petit garçon finit par somnoler.

Sans plus se soucier de sa punition qui s'éternisait maintenant que la nourrice s'était rendormit, il se coucha sur le sable et s'endormit.

C'est une main rude qui le réveilla en sursaut.

"- Shion ! Où sont-ils ! Où sont tes amis !"

Hébété, et au trois quarts endormis, le petit garçon cligna bêtement des yeux.

Ses amis ? Ils étaient dans leur temple de marbre pourquoi ?

"- Laissez tomber." Siffla une voix dure. "Il est trop bête pour comprendre."

Une main épaisse prit la sienne pour le mettre sur ses pieds de force.
Sans comprendre ce qui se passait, Shion se trouva forcé de suivre en courant un chevalier d'or en colère.

Ses petites jambes avaient du mal à suivre le rythme trop rapide.

Plusieurs fois, il butta et se trouva traîné sur le sol sur quelques mètres avant que Sisyphe le soulève, le lance deux mètres en avant pour qu'il ai le temps de se remettre sur ses pieds puis reprenne sa marche rapide.

"- Qu'est ce qui se passe oncle Sisyphe ?"

Le chevalier d'or tressaillit.

"- Chevalier d'or, insolent !"

Shion avala sa salive mais fit amande honorable.

"- Pardon Chevalier d'or. Qu'est ce qui se passe ?"

Sisyphe renifla.

"- Il se passe que tes deux camarades ont disparus et que ta nourrice ne sait pas où ils sont. Ce qui ne laisse que deux explications possibles. Soit ils sont partit courir je ne sais où, soit ils ont été envoyés quelque par."

La nourrice avait fait part au chevalier d'or de l'altercation entre le bébé et les deux enfants.

Pour Sisyphe, c'était l'occasion idéale pour tout mettre sur le dos du petit pour le faire quitter le Sanctuaire.

Shion fronça les sourcils.

Il était encore petit mais il comprenait déjà bien des choses.

"- J'ai rien fait !" Plaida-t-il.

"- Mais bien sur…"

Sisyphe n'y croyait pas trop.

Shion était dangereux depuis sa naissance.

Il avait bien trop de pouvoir pour son peu de contrôle et d'entraînement.

Le chevalier d'or ne semblait pas comprendre ce qu'impliquait d'être un bébé, un simple bébé.

Rapidement épuisé par la course rapide que lui imposait le chevalier d'or, Shion finit par se laisser tomber assit par terre.
Ses jambes lui faisaient mal, ses petits pieds s'écorchaient sur les rochers qu'ils grimpaient, il avait soif, était fatigué et il voulait il câlin.

"- Je veux mon papa !!!" Pleurnicha le petit.

"- Ho ! Tais toi ! Tu es un chevalier d'or ! Pas un simple humain !"

"- Je veux mon Roro !!!" Insista le petit.

"- LA FERME !" Cria Sisyphe, de plus en plus en colère, autant contre les deux disparus que contre le bébé.

La nourrice était remonté au Sanctuaire demander de l'aide lorsque le chevalier d'or l'avait réveillée et qu'elle avait constaté la disparition des deux petits.

Shion se mit à pleurer.

Sisyphe jura.

"- Bon, et bien reste là. Ne bouge pas, je reviens." Ordonna Sisyphe.

Shion hocha la tête.

Il se recroquevilla sur les rochers.

Il était totalement épuisé.

Libéré de son petit boulet, le Sagittaire sauta de rochers en rochers à la recherche des deux enfants.

Il détestait les enfants.

Ils étaient incompétents, pénibles, incapables d'obéir aux ordres les plus simples, n'avaient aucune résistance et semblaient de véritables aimants à catastrophes.

De leur côté, les deux petits disparus s'amusaient comme des petits fous à quelques pas à peine de Shion, dans un trou d'eau.

C'était aussi le problème avec les enfants.

A part des cas extrêmes comme Shion, né de chevalier d'or et élevés au Sanctuaire, les enfants n'avaient aucun cosmos.

Comment les sentir alors lorsque vous courriez à la vitesse de la lumière en cherchant uniquement avec le septième sens ?

Shion se recroquevilla sur son bout de rocher.

Il devait être obéissant.
Très obéissant.

Même si la marée qui montait faisait se rapprocher l'eau à une vitesse effrayante.

Si personne ne venait le chercher très vite, il serait mouillé alors que nourrice autant que Rodrigue lui avaient bien dit de ne surtout pas aller dans l'eau.

Une vague plus forte que les autres le trempa de la tête aux pieds.

Hoquetant, il se redressa.

Un cri non loin le fit se figer.

Oubliant ses ordres, il courut vers l'appel à l'aide.

"- SHION !!! Au secours !!!"

Le petit garçon de deux ans et demi s'accroupit sur le bord du rocher.

A moins de deux mètres plus bas, ses deux petits camarades, dans l'eau jusqu'à la taille, ne pouvaient plus passer dans le petit tunnel de rocher pour sortir du petit trou d'eau dans lequel ils clapotaient.

Le cadet des deux grands se mit à pleurer.

Il avait froid et peur et la marée montante les trempait à chaque nouvelle vague.

Shion paniqua.

"- CHEVALIER D'OR !!!! CHEVALIER !!!!" Se mit-il à hurler en trépignant. "NOURRICE !!"

Personne ne lui répondait.

A présent, les deux enfants pleuraient toutes les larmes de leur corps.

L'eau leur arrivait au milieu du torse et montait toujours.

Une grande vague manqua pousser Shion dans le trou d'eau.

Lui savait nager mais les deux autres ?

"- SISYYYYYYYYYPHE !!!!"' Hurla encore le petit. "MANIIIII !!!!! ROROOOOOOOOOOOO !!!"

De plus en plus paniqué à mesure que l'eau montait, Shion se mit à pleurer lui aussi.

Il s'accroupit sur le bord du rocher pour tendre la main aux deux enfants.

Le plus grand sauta.

Il l'attrapa et tira.

Shion tomba dans l'eau avec eux.

Hoquetant, le petit Atlante avala une grande gorgée d'eau avant de barboter comme il pouvait.

Il n'avait plus pied lui !

L'autre petit se maintenant de plus en plus difficilement à la surface.

Shion ferma les yeux.

Avec une assurance soudaine qui ne venait pas de lui mais des dizaines de souvenirs qu'il avait ingurgité depuis avant même sa naissance, il secoua les deux enfants.

"- Il faut faire la courte échelle"

Il croisa les doigts.

Le plus grand des deux enfants poussa l'autre.

Il prit appui sur Shion pour remonter sur les rochers.

Comme il put, Shion "poussa" pour l'aider à monter.

Le gosse bondi presque au dessus de l'eau, suffisamment en tout cas pour trouver un abri extrêmement précaire plus haut.

"- Je vais chercher un grand !!!" Hurla l'aîné des enfants avant de fuir à toute jambe lorsqu'une grosse vague finit de remplir le trou d'eau.

Shion attrapa de sa petite main de bébé la main plus grand du garçonnet de quatre ans.

Ni l'un ni l'autre n'avait pieds.

Shion se concentra pour avoir la force de tenir son petit camarade la tête hors de l'eau avec un ersatz de crystal wall sous leurs pieds.

C'était de l'instinct pur qui le faisait agir. De l'instinct et les souvenirs volés à l'armure du Bélier.

La marée monta encore.

Les deux enfants crurent un instant qu'avec la montée de l'eau, ils pourraient finir par toucher le bord des rochers et monter dessus.
Malheureusement, à mesure qu'ils approchaient les rochers en hauteur, le courant les en déportaient.

Shion serra les dents.

Il aurait pu les propulser sur les rochers. Mais pour ça, il aurait fallut qu'il ne fasse que ça et l'autre petit se serait noyé.

Aussi préféra-t-il le garder de plus en plus difficilement la tête hors de l'eau.

Il savait que l'autre petit avalait régulièrement de grandes gorgées d'eau, mais il n'y pouvait pas grand-chose. Il avait déjà lui-même tellement de mal à tenir….

Il se sentait si fatigué….

Une vague plus forte que les autres les jeta contre les rochers.
Sonnés, les deux enfants plongèrent sous l'eau.

L'esprit engloutit par une panique incohérente, Shion appela à l'aide.

***

Rodrigue était en corriger la position de ses élèves dans le cercle d'entraînement lorsqu'une vague de terreur pure le jeta à moitié à terre.

Près de lui, ses élèves secouaient la tête, eux aussi balayé par l'appel au secours.

De toutes les maisons, les chevaliers en sortaient pour se ruer vers la plage.

Le cœur serré dans un étau, Rodrigue bondit sur les rochers.

Il avait reconnu la "voix" de Shion dans cet appel.

"- SHIOOOON !!!!"

Sisyphe se matérialisa presque près de son camarade à mesure que les autres ors arrivaient.

"- Qu'est ce qu'il a encore fait ? Bon sang, je lui avait bien dit de rester sur les rochers !"

"- SUR LES ROCHERS !? AVEC LA MAREE ???" Hurla Manigoldo.

Le Cancer fit preuve d'une extraordinaire retenue.

Il ne sauta pas à la gorge de son frère d'armes.

Trempé et épuisé, le petit garçon de cinq ans tenait fermement la main de Sisyphe.

"- J'ai trouvé celui là sur les rochers. Il n'a dit que Shion les avait poussé dans un trou mais qu'il avait réussit à s'en sortir. Tout ça parce que la nourrice à forcé Shion à les laisser jouer avec ses jouets."

Rodrigue jeta un regard noir à l'enfant.

Il savait qu'il mentait. Jamais Shion n'aurait fait ça.

Il n'y avait pas un os de mesquinerie dans son petit compagnon.

"- Là n'est pas la question." S'agaça le Capricorne. "Pour l'instant, il faut les retrouver et…"

"- LA !!!" Hurla Albafica en montrant un petit corps qui flottait, face contre l'eau.

Rodrigue faillit sauter mais une autre tache de couleur sur l'eau le retint.
Sans se soucier de l'autre enfant, pourtant plus proche, il plongea.

Il nagea aussi vite que possible vers Shion, dédaignant l'autre petit que Manigoldo finit par remonter sur les rochers.
Les deux chevaliers d'or prirent les enfants par les pieds pour leur taper dans le dos en espérant qu'ils recracheraient l'eau qu'ils avaient avalée.

Le troisième enfant contre lui, le visage fermé, Sisyphe observait Rodrigue se démener pour ramener Shion à la vie en utilisant tout son cosmos sur lui.

A côté, Mani secoua la tête. Le petit était mort.

Enfin, Shion hoqueta, cracha un peu d'eau, puis s'accrocha à son sauveur avant de fondre en larmes.

***

Sage quitta le chevet de son fils avec accablement.

Un enfant mort et sa mère inconsolable, l'autre traumatisé qui ne voulait plus approcher de la mer et qui ne pourrait donc jamais être chevalier, sa mère hystérique, son propre fils blessé et épuisé… Tout ça à cause de quoi? D'un seau ?

Cela semblait trop gros. Bien trop gros…

Mais tant que Shion ne serait pas réveillé, ils ne pourraient avoir sa version.

Pour l'instant, celles de la nourrisse et du survivant se recoupaient.

Sisyphe y avait ajouté ses propres 'découvertes' et comment Shion était incapable d'obéir aux ordres.
Ca, ce n'était pas une nouveauté.
Mais qu'il utilise ses pouvoirs pour blesser volontairement ses petits camarades…

Le pope était épuisé.

Un enfant aussi jeune à élever sapait ses forces à une vitesse folle.

S'il voulait survivre le temps de voir la prochaine guerre sainte, il allait devoir faire quelque chose.

Il ne pouvait à la fois être pope et père.
Ho, Rodrigue et Mani l'aidaient mais…
Eux aussi avaient des impératifs. Sans compter que Shion manifestait un talent rare qui ne pourrait rester non exploité encore très longtemps.
S'il commençait à utiliser ses pouvoirs pour faire du mal….

Ce n'était probablement pas conscient, mais si ça le devenait….

Sisyphe avait raison.

Il devait faire un choix.

Il devait choisir entre son rôle de père et celui de Pope.

Le cœur de Sage hurlait son désaccord.

Il était un père avant tout ! Un père qui aimait son fils à la folie.
Mais sa raison, elle, ne lui laissait plus de repos.

Athéna devait passer avant tout. Et Athéna, à l'heure actuelle, avec une guerre qui approchait, c'était le Sanctuaire.

La mort dans l'âme, Sage devait se décider à éloigner Shion.

Il allait falloir lui trouver un maître même s'il était bien trop jeune.

Il fallait un maître calme mais avec de la poigne, quelqu'un capable de faire rentrer dans le crâne de son fils un minimum d'éducation et de retenue.

Et quelqu'un qui puise l'aider à développer ses pouvoirs.

Sage avait considéré trois maîtres pour son fils.
Le premier était Sisyphe.

Au moins son fils resterait au Sanctuaire, mais Sage ne voyait pas le Sagittaire capable encore d'être un bon professeur. Peut-être dans quelques temps… Mais il ne voulait pas que son fils essuie les plâtres, sans compter que la discipline du Sagittaire ne ferait que braquer encore plus Shion.

Le second était Céphée.

Le chevalier d'argent en charge de l'île d'Andromède était un professeur connu et reconnu.
A tel point qu'il croulait sous les élèves et Shion aurait besoin de toute l'attention d'un seul homme pour parvenir à s'épanouir sans causer de dépression chez son maître.
Il ne restait que le dernier.

Son frère… Hakurei….

Sage hésitait encore plus qu'avec les deux autres.

Il faisait confiance à son frère pour éduquer son fils dans tout ce qu'il aurait à savoir, aussi bien son rôle de chevalier que les traditions de leur peuple ou l'usage de ses pouvoirs de naissance.
Mais… Hakurei supporterait-il d'entraîner un enfant qui avait l'age qu'aurait du avoir son fils ? Un enfant de leur peuple ? Son neveu qui ressemblait tant à son enfant décédé ?

Sage ferma les yeux.

Il n'avait pas le choix.

***

Shion sanglotait silencieusement.

Debout devant lui, le visage fermé et les sourcils froncés, Rodrigue le fixait avec déception.

Le jeune bélier avait beau lui répéter encore et encore ce qui c'était passé, que ce n'était pas sa faute, il avait l'impression que son grand copain ne le croyait pas.

Le visage dur sous l'effort qu'il faisait pour ne pas prendre l'enfant dans ses bras et le cajoler, l'andalou le croyait parfaitement pourtant. Simplement, il ne voulait pas cautionner les actions du petit. Il fallait que Shion réalise le danger de ce qui c'était passé.

Shion n'aurait pas du rester sur les rochers ou essayer d'aider les deux enfants tout seul
Il aurait du filer le chercher.

Il n'avait pas fait preuve de discernement et bien qu'il n'ait que deux ans et demi, Rodrigue en était déçut.

Shion était parfois si mature qu'il était parfois aisé d'oublier qu'il n'était guère plus qu'un bébé !

Mais là n'était pas la question malheureusement.

Shion avait mit sa vie en danger, même par accident, et un autre enfant était mort.
Même si ce n'était pas sa faute, Shion aurait du savoir comment se mettre à l'abri.

Sans compter qu'a sa grande honte, Rodrigue avait fauté.
Ses vœux de chevalier étaient clairs.

Il devait défendre le faible et l'innocent.
Entre l'enfant mort et Shion, le faible n'était pas ce dernier.

Il était passé près de l'autre enfant sans même le voir, tout entier tendu vers la protection de Shion.

Il avait honte.

Il était en colère contre lui-même.

Qu'était-il en train de devenir ?

Il s'adoucissait trop au contact de Shion. Il s'émoussait.

Lui qui avait passé toute sa vie à s'entraîner pour devenir la lame la plus solide et la plus aigue avait fauté.
Par sa faute, un enfant était mort.
Et à sa plus grande horreur, il s'en fichait presque.
Juste parce que Shion allait bien.

Rodrigue ferma les yeux.
Ce n'était pas la faute de Shion. C'était la sienne et la sienne seul.

Il s'accroupit devant lui.

"- Shion ?"

Le bambin releva un museau couvert de larmes sur son compagnon.

"- J'ai eut très très peur quand je t'ai vu flotter à la surface, comme ça, tu comprends ? Je serais extrêmement malheureux s'il t'arrivais quelque chose et plus encore à cause d'un bête accident. Tu dois faire attention à toi, Shion. Tu es petit et fragile. Tu dois prendre soin de toi. Si je ne suis pas là, il faudra que tu le fasses toi, tout seul, d'accord ?"

Inquiet, Shion s'accrocha à lui.

"- Tu vas pas partir hein ? Tu va pas me laisser ???"

Malgré ses bonnes résolutions, Rodrigue prit l'enfant dans ses bras.

"- Ho… Shion… Qui sait ce qui pourrait m'arriver demain ? Je ferais tout pour que nous ne soyons pas séparés mais l'avenir est incertain mon cœur…"

Shion passa ses petits bras autour du cou du digne chevalier d'or.

"- Je t'aime très fort Rodrigue…"

Le Capricorne lui sourit avec tendresse.

"- Moi aussi, petite alouette… Moi aussi."

Satisfait que l'enfant ai comprit son point de vue, l'espagnol le remit au lit.

Il avait encore besoin de sommeil pour se remettre.

Et lui aussi d'ailleurs.

Il redescendit à sa maison pour prendre quelque repos.

***

Depuis une semaine, le Sanctuaire avait retrouvé un calme presque surréaliste.

Il n'y avait plus de rire de bébé dans les escaliers, pas plus que de catastrophe inattendue.

Depuis une semaine, Shion restait obéissant en diable.

Le petit avait eut très peur lorsqu'il avait faillit se noyer mais plus encore que sa mésaventure, c'était les paroles de Rodrigue qui l'avaient paralysées.

Aussi, depuis une semaine, ce qui était remarquable pour un bébé de son âge, l'enfant n'avait plus fait la moindre bêtise, au point que son père s'en inquiétait de nouveau.

Si Sisyphe en avait été satisfait au début, il s'en irritait à nouveau.

Que Shion soit insupportable ou calme, il faisait faire du souci au pope.
Sa simple existence était une épine dans le flanc de la bonne tenue du Sanctuaire.

Résolu, le Sagittaire était bien déterminé à obtenir le départ de l'enfant cette fois.

Il toqua à la porte du bureau du pope.

"- Entrez…"

"- grand Pope…"

Sage se redressa un peu.
Des cernes s'étalaient sous ses yeux, ses mains tremblaient un peu, quand à sa longue chevelure ordinairement soyeuse, elle était ébouriffée comme les plumes d'un vieux hibou.

Sisyphe prit sa décision.
Shion devrait partir maintenant !

"- Que puis-je pour toi, Sisyphe."

"- Je suis venu vous parler de Shion, grand pope."

Immédiatement, Sage s'inquiéta.

"- Qu'est ce qu'il a fait ? il va bien ? Il n'a pas fait de bêtise ?"

Le Sagittaire soupire. Oui, ce serait vraiment mieux pour tout le monde que ce gamin parte jusqu'à ce qu'il soit transformé en véritable chevalier responsable.

"- Non grand pope… Mais… je crois qu'il est plus que temps qu'il soit confié à votre frère."

"- Sisyphe…"

"- Non grand pope… permettez…. Regardez votre état… Vous vous inquiétez de lui quoi qu'il fasse. Vous ne prenez plus soin de vous, vous êtes fatigué. Vous allez bientôt tomber malade à ce rythme et vous ne rendrez plus service à personne, pas plus votre fils que vous-même…. Vous le savez n'est ce pas ?"

Sage baissa les yeux sur ses mains tremblantes.

Il aurait voulu dire à Sisyphe qu'il se trompait, qu'il pouvait gérer, qu'il pouvait élever son fils, l'entraîner, gérer le sanctuaire, tout cela de front.
Ca avait été le cas

Un siècle plus tôt.
A présent…
A présent il était vieux, fatigué, avec une guerre qui pointait le bout du museau… Il n'avait plus si sa résistance, ni sa patience de jeune homme.

Il aurait voulu garder Shion avec lui.
Le petit garçon était la lumière de ses vieux jours.
Mais Sisyphe avait raison.

Pour le bien du Sanctuaire aussi bien que le sien propre et celui de Shion, il fallait qu'il éloigne l'enfant

"- Hakurei sera un bon maitre pour lui." Souffla doucement Sage, une boule dans la gorge.

Sisyphe hocha la tête.

"- Je vais l'emmener dès maintenant."

"- Sisyphe…"

"- Grand pope… C'est dur pour vous, je sais… Mais réfléchissez… Si nous partons de nuit, Shion ne se rendra compte de rien. El Cid et Manigoldo ne pourront pas faire de scandale qui traumatiseraient le petit et….C'est mieux si ça va vite non ? Shion est un enfant intelligent et très capable. D'ici quatre ou cinq ans il sera de retour parmi nous avec son armure…."

Sage se cacha le visage dans les mains.
Sisyphe était la voix de la raison mais son cœur de père saignait.

"- ….Je vais aller le chercher…."

Sisyphe hocha la tête.

***

Ils avaient quitté le Sanctuaire depuis quatre jours.

Shion avait quitté la seule maison qu'il n'avait jamais connue, en milieu de la nuit, avec juste une tunique dans un sac, ses sandales et une couverture.

Sisyphe le menait durement depuis.
Arguant qu'il était temps qu'il commence son entraînement, il ne les avait pas téléporté à destination.

Ils avaient fait une partie du chemin, certes, mais le trajet à travers les montagnes jusqu'à Jamir serait fait à pieds.

Sans s'occuper des courtes jambes de l'enfant, Sisyphe marchait à son rythme, le laissant courir derrière lui.

Sa main dans la grande patte du chevalier d'or, le petit garçon avait commencé par protester.

Il ne voulait pas quitter son papa, sa maison, son compagnon et son grand frère.

Il était sage !

Il était obéissant !

Pourquoi le punissait-il ?

Ce n'était pas sa faute s'il avait quitté les rochers et qu'il était tombé dans le trou. Il lui avait expliqué mais le Sagittaire ne le croyait pas.
Depuis qu'il était né, le Sagittaire ne voyait en lui qu'un poison violent qui épuisait le pope et dérangeait l'ordre militaire du Sanctuaire.
De son point de vue, jamais le pope n'aurait du se laisser aller à une telle indulgence que celle d'avoir un enfant.

Ils étaient des guerriers, des soldats.

Ils ne devaient pas s'encombrer de famille.

Il suffisait de voir combien El Cid avait changé depuis l'arrivée de ce gamin.

Shion s'était débattu au début de leur périple.

Il ne voulait pas partir.

Il voulait rentrer chez lui, il voulait retrouver les siens.

Agacé de ses hurlements, Sisyphe avait finit par lui en tourner une.

"- Suffit ! Pourquoi crois-tu que je t'emmène chez ton oncle ? Tu gènes tout le monde bon sang ! Tu rends malade ton père, Le Capricorne oublie son devoir et tu causes des catastrophes a répétition !"

Le petit s'était figé.

Son père était malade à cause de lui ?

Rodrigue n'était pas bien par sa faute ?

Deux grosses larmes étaient apparues aux coins des yeux du petit.

Il n'avait plus cherché à résister.
En bonne graine de Chevalier d'or, il avait finit par prendre l'allure de Sisyphe et courir du matin jusqu'au soir sans protester ni avoir besoin de repos.

L'esprit engourdit par l'absence des deux piliers de son existence et par ce qu'il prenait pour un violent rejet de leur part, le petit avait baissé la tête.

"- Nous arrivons." Lâcha durement Sisyphe, enfin soulagé.

Il allait être débarrassé de ce sale gosse pour de bon.
Quand il le reverrait, Shion serait un bon petit soldat, il en était sur. Là, il pourrait le considérer comme un humain pensant.

Hakurei sortit de la tour, surprit par la présence du Chevalier d'or et de l'enfant.

Sans réfléchir, il prit le petit anesthésié de fatigue et d'angoisse dans ses bras pour le porter à l'intérieur et le mettre au lit.
Le sagittaire leva les yeux au ciel.
Etait-il donc le seul à voir qu'il fallait de l'autorité pour cet enfant ?

Une fois Shion mit au lit, Sisyphe donna la lettre de Sage à son frère puis discuta un peu avec lui.
Il lui fallait être sur que Shion serait secoué et surveillé.

***

Rodrigue écumait.

On lui avait arraché son promis.

On lui avait volé sa moitié

On lui avait ôté une partie de son âme…

C'était en tout cas l'impression qu'il avait.

Il s'était réveillé au matin, inquiet et mal à l'aise.
Sans réfléchir, il avait filé au palais du pope pour voir Shion.

Il avait trouvé sa chambre vide de toute occupation.

Le cœur serré d'angoisse, il avait forcé l'entrée dans les appartements du pope pour savoir ce qui se passait.

Après que Sage lui ai annoncé que Shion avait quitté le Sanctuaire pour être entraîné, Rodrigue ne se souvenait de rien jusqu'à son réveil dans sa maison, deux jours plus tard.

Manigoldo lui avait expliqué qu'il était rentré dans une telle rage qu'il avait fallut l'intervention des Jumeaux, d'Asmita, d'Aldébaran, de la sienne et enfin des roses d'Albafica pour l'empêcher de détruire le temple du pope puis d'aller chercher Shion.

Il aurait du finir au trou mais Sage comprenait.

Il était donc juste aux arrêts dans sa maison pour une semaine.

Ce soir, il pourrait sortir.
Sortir et allez arracher le cœur de Sisyphe à main nue.

C'était lui qui li avait volé son promis.
C'était lui qui allait mourir….

Depuis cinq jours, Rodrigue rongeait son frein.

"- Hé ! Tu fais une belle tête de reprit de justice tu sais !"

El Cid gronda dans la direction de Manigoldo.

Le Cancer se laissa tomber sur le lit normalement immaculé du Capricorne mais pour l'instant totalement ravagé.

"- Tu devrais te raser, tu ferais peur à un Spectre comme ça."

Le Capricorne le foudroya du regard.

"- Et tu devrais te laver aussi, tu pues comme un bouc…Pour une chèvre c'est ballot quand même."

"- Va-t-en, Mani…"

"- Ou quoi? Tu va me casser la gueule ?"

"- C'est une possibilité."

L'italien s'écroula de rire sur son lit.

"- Toi ? Me cogner ? Allons, tu es le Capricorne ! L'Epée d'Athéna, tu ne peux pas te permettre de devenir aussi fou que moi. Moi je suis juste son Fossoyeur. Je peux être aussi taré que je veux. Toi, tu es sa licence de Dignité…"

"- J'en ai marre de la dignité. J'en ai marre de l'honneur…. Je veux…"

"- Tu veux, tu veux, tu veux ! Tu parles comme Shion ! Sauf que Shion est un bébé qui apprends la vie !" Agressa soudain Manigoldo d'un ton rogue. "Toi, tu es un homme et un chevalier ! Shion est partit s'entraîner. Le connaissant, il va donner tout ce qu'il à pour revenir le plus vite possible. Il serait bien capable de revenir ici avant ses huit ans son armure sur le dos. Et toi tu veux faire quoi ? Tout plaquer au lieu de l'attendre et d'être digne pour lui ! DIGNE DE LUI ????"

Rodrigue retint un mouvement de recul sous le ton ouvertement agressif de Manigoldo.

Si le Cancer était totalement frappé, il restait un chevalier d'or et surtout, très très protecteur vis-à-vis de la famille. Sage était son père. Shion était son frère. Et lui, par extension, faisait partie de ce tout petit cercle de gens important qu'il devait protéger de toutes ses forces, bien avant son serment à Athéna. Manigoldo ne se devait qu'à celui qui avait transformé un gamin des rues attendant la mort en homme presque bien élevé. Pour ça, il aurait fait n'importe quoi. Même casser la gueule à son meilleur ami.

Le Capricorne passa une main sur sa joue mangée par la barbe.

Il ne doutait pas de ne ressembler à rien.

Et puisque comme Mani le lui faisait remarquer, sans Shion, il ne lui restait plus que son office d'Epée d'Athéna et sa dignité, il ferait avec.

Sans un mot pour son frère d'arme, il entra dans la salle de bain pour puiser de l'eau, la mettre à chauffer et se décrasser.

Manigoldo entra derrière lui.

Il lui prit son coupe-chou des mains.

"- Laisse, je vais faire. Si tu te taillade le museau, Shion viendra me faire un scandale…"

Il fit asseoir le Capricorne sur le bord de la baignoire sabot dans laquelle chauffait de l'eau grâce au petit foyer dessous puis lui tartina la figure de savon à barbe.

Avec plus de délicatesse qu'on aurait pu en attendre d'un fou comme lui, le Cancer le rasa délicatement.

"- Voila, tu as figure humaine. Maintenant, trempe ta crasse pendant que je te trouve des vêtements."

Rodrigue se déshabilla.

Il jeta ses vêtements dans un coin puis se glissa dans l'eau presque brûlante pour se décrasser vigoureusement.

Il se séchait juste quand le Cancer revint avec un pantalon de toile marron et une chemise moulante.

"- Enfile ça, ensuite, ton armure…Et ce sera l'heure d'aller voir Sisyphe."

Rodrigue haussa un sourcil.

"- Sisyphe ?"

"- Hé ! Tu peux être digne, mais ca veut pas dire t'écraser et fermer ta gueule non ? Juste l'ouvrir avec dignité et honneur.

Un sourire sinistre apparu sur le visage du Capricorne.

***

Sisyphe montait au palais du pope, convoqué de toute urgence.

Il ne savait pas trop de quoi il était question, mais Sage faisait souvent appel à lui depuis son retour de Jamir.

Il semblait lui faire confiance pour s'occuper de situations délicates à présent.

Le Sagittaire entra dans le Grand Hall

L'attendaient ses confrères et le pope.

"- Grand Pope ? Vous m'avez fait mander ?"

Visiblement ennuyé mais incapable de dire non à la requête qui lui avait été faite, Sage hocha la tête.

"- El Cid, t'as fait mander…"

Rigide dans son armure, le Capricorne s'approcha du Sagittaire.
Sans le quitter des yeux une seconde, il lui balança un revers de son gantelet en travers du visage, suffisamment fort pour lui déchausser une molaire.

Le Sagittaire secoua la tête pour reprendre ses esprits.

Il ne se souvenait pas être tombé mais le coup de gantelet avait été si brutal qu'il avait du perdre conscience une seconde.

"- …. Te défie en duel ! Tu as entaché l'honneur de mon compagnon ainsi que le mien !"

Sisyphe se remit debout péniblement, irrité.

"- Chevalier.…."

"- Non, Sisyphe…. Rodrigue de Goyeneche y Barreda s'il te plait ! Je te défis d'homme à homme ! Peut-être trouveras-tu plus dure de me tenir tête qu'à un enfant de trois ans !

Le Sagittaire se hérissa.

"- Comment oses-tu…"

"- VICTOR !!!"

L'un des élèves du Capricorne se précipita avec deux rapières à la main.

Il en donna une à son maître et l'autre au Sagittaire.
Comme n'importe quel homme du siècle, tous savaient manier le fer, même s'ils ne les utilisaient jamais pour autre chose que s'entraîner, voir s'amuser. Sortir sans épée pour un homme, c'était comme se balader en cheveux pour une femme. C'était une aberration.

Agacé, Sage ne pouvait que laisser faire.
C'était en effet un problème d'honneur.

Sisyphe avait retiré de la garde de Rodrigue son compagnon sans lui en parler. C'était un manque de tact incroyable et une marque de rudesse et de mépris colossal.

Rodrigue salua.

Il attendit que Sisyphe fasse de même puis se fendit.

Le combat ne dura pas très longtemps.

Le torse marqué d'une croix sanglante, la pointe de la rapière de Rodrigue appuyant sur son cœur, le Sagittaire finit par se rendre.

"- Je te laisse la vie sauve, Sagittaire. Parce que pour la sauvegarde d'Athéna, c'est nécessaire. Mais sache le. Ma miséricorde ne tiendra pas une seconde de plus si j'apprend que tu as approché, touché, parlé, écrit ou eut un quelconque contact avec Shion qu'il n'ai pas lui-même initié pour des raisons de chevalerie." Gronda le Capricorne, plus digne et droit que jamais. "Je suis l'Epée d'Athéna, Sagittaire. Mais je suis aussi Rodrigue de Goyeneche y Barreda. En tant que tel, je défens l'honneur de ma maison. Je m'aiguiserais encore, Sagittaire. Ne serait-ce que pour être sur te t'écraser encore le cas échéant.

Sisyphe frémit.

Il le croyait sur parole.