DISCLAIMER : Tous les personnages sont issus des romans écrits par Sir Arthur Conan Doyle et de la série télévisée réalisée par Mark Gatiss et Steven Moffat. Je ne fais aucun profit avec cette histoire.

Bonjour chers lecteurs ! Merci à tous ceux qui m'ont laissé un commentaire et me soutiennent, ça me fait tellement plaisir ! Merci à tous ceux qui me lisent, j'espère que ce chapitre vous plaira ! Je me suis évidemment inspirée des retrouvailles de Sherlock et de John dans la série mais, comme d'habitude, je les ai réécrites à ma sauce ^^ Bonne lecture !


CHAPITRE 3

Sherlock réfléchit longuement à ce que Mary lui avait dit. Après son départ, il retrouva sa position favorite – allongé sur le canapé, les mains jointes sous son menton – et ne bougea plus pendant des heures. Du moins, ce fut ce qu'il déduisit quand, en ouvrant finalement les yeux, il constata que la nuit était tombée. Il s'étira pour aider son corps à sortir de sa léthargie puis se rendit à la cuisine pour mettre de l'eau à bouillir. Il était déshydraté et voulait se faire un thé.

Il avait très vite repris ses marques dans son appartement. Dès son retour, il avait pris soin d'inventorier toutes ses affaires, depuis la plus insignifiante paire de chaussettes jusqu'au plus précieux ouvrage de sa bibliothèque. Puis il avait tout rangé à sa place afin que la disposition de son appartement corresponde parfaitement à celle qu'il gardait dans ses souvenirs. Il avait besoin de recouvrer son identité et pour cela de retrouver ses repères et ses anciennes habitudes.

Il s'était interdit de franchir à nouveau la porte de la chambre de John. Il avait remis la boite en carton contenant son manteau Belstaff souillé sous le lit puis verrouillé la porte. Il ne fallait pas qu'il s'accroche à l'illusion qu'il avait encore une chance de convaincre John de revenir s'installer à Baker Street avec lui. Et jusqu'ici, il avait tenu le coup, avec plus ou moins de difficulté.

Mais ce soir, il était sûr que le courage lui manquerait. Les paroles de Mary s'étaient gravées dans son esprit. Sans même l'accuser, simplement en posant un constat, elle lui avait rappelé le mal qu'il avait fait à son ami. Ce n'était pas comme si Sherlock ne s'était pas attendu à ce que John souffre de sa disparition. Mais il n'avait pas anticipé le fait que sa trop longue absence pourrait affecter à jamais leur relation. En partant, Mary avait voulu se montrer rassurante en répétant à Sherlock que John avait seulement besoin de temps. Mais le détective commençait à comprendre que quelque chose s'était irrémédiablement brisé entre eux. Et que c'était ça, peut-être, que John ne pourrait jamais lui pardonner.

Sherlock versa l'eau frémissante dans une grande tasse et y plongea un sachet de thé. Le thé ne l'avait jamais empêché de dormir et de toute façon il ne voulait pas dormir cette nuit. Il avait encore besoin de réfléchir. Sa tasse à la main, il monta les marches qui menaient à la chambre de John. Rien n'avait changé depuis la première fois où il s'y était rendu, hormis le couvre-lit froissé, à cause de ses doigts crispés qui n'avaient pas réussi à le lâcher. Les tiroirs de la commode gisaient toujours sur le sol. Sherlock ne voyait pas l'intérêt de les remettre à leur place.

Il but une gorgée de thé puis s'assit sur le lit. Il savait qu'il ne devait pas s'accrocher à son illusion. Mais ce soir, il avait besoin d'elle pour se donner du courage. Mary lui avait proposé de la rejoindre le lendemain vers dix-neuf heures, un peu avant que John rentre du travail. Selon elle, en se retrouvant devant le fait accompli, John accepterait plus facilement de parler avec Sherlock.

Le détective but une nouvelle gorgée de thé. Il n'était pas prêt à ce que John le rejette une deuxième fois. Il ne pourrait pas le supporter. Retrouver son ami, c'était ce qui l'avait aidé à tenir pendant tous ces longs mois d'infiltration pour démanteler le réseau de Moriarty. Il se disait qu'au bout du chemin tortueux qu'il empruntait par nécessité, John l'attendrait. Mais il s'était trompé. John ne l'avait pas attendu.

Sherlock vida sa tasse avant de changer de position, se recroquevillant sur l'ancien lit de son ami. La solitude ravagea son cœur avec plus de violence que ces derniers jours. Pourquoi John refusait-il une réconciliation, alors qu'il avait apparemment tellement souffert de son absence ? Pourquoi le rejetait-il maintenant qu'il était revenu ? Sherlock se plongea dans ses réflexions, sollicitant son cerveau encore et encore, sans réussir à trouver une réponse à ses questions.

Le lendemain, à dix-neuf heures précises, Sherlock sonna à la porte de la maison de Mary et de John. Il ne pouvait pas nier qu'il se sentait nerveux à l'idée d'affronter la colère de son ami. Et ce qui le rendait encore plus nerveux, mise à part une nuit sans sommeil, c'était de savoir de quoi il était capable quand il voulait prouver qu'il avait raison. Le modèle exemplaire et abouti du parfait connard, voilà ce qu'il devenait. Enfin, encore plus que d'habitude.

Mary lui ouvrit la porte et l'invita à entrer. Sherlock accrocha son manteau à la patère dans le vestibule avant de la suivre au salon. Il s'assit sur le canapé à carreaux, de plus en plus mal à l'aise. Il aurait préféré que cette rencontre se déroule à Baker Street. D'abord, Sherlock se serait trouvé dans son élément, et puis John aurait pu se sentir ému par le souvenir de tout ce qu'ils avaient partagé dans cet appartement. Mais John n'aurait jamais accepté de s'y rendre, c'était donc à Sherlock de s'adapter.

— Détendez-vous, conseilla Mary. Tout va bien se passer.

— Il aurait peut-être mieux valu lui dire que j'allais venir ? s'inquiéta Sherlock.

Mary secoua la tête.

— Il m'aurait fait une scène et puis, il aurait préféré aller passer la soirée chez son ami Mike Stanford.

— Je l'aurais attendu.

— Je sais. Et lui aussi, il aurait attendu que vous partiez. Je vous laisse imaginer combien de temps aurait pu durer cette situation. Personnellement, je préfère vivre avec John plutôt qu'avec vous. Ne le prenez pas mal.

— Aucun risque, personne n'a jamais voulu vivre avec moi. Sauf John bien sûr.

Ils entendirent le cliquetis des clés dans la serrure de la porte d'entrée. Mary se précipita à la rencontre de John pour qu'il ne puisse pas voir immédiatement que Sherlock était là. Ce dernier se leva, fermant le bouton de sa veste, puis préféra se rasseoir, et finalement se remit debout, indécis. John entra dans le salon et se figea lorsque son regard tomba sur lui.

— Bon Dieu, Mary, tu peux m'expliquer ce qu'il fait là, lui ?

— Du calme, John, dit Mary derrière lui. Il est venu pour t'écouter.

— C'est une plaisanterie ? Sherlock n'a jamais écouté personne de sa vie.

Sherlock accepta la critique sans protester. Ce soir, il n'était pas là pour se défendre mais pour recevoir toutes les accusations que John jugerait bon de lui envoyer en pleine figure. Ce dernier laissa tomber sa mallette de médecin par terre et se tourna vers Mary.

— Je veux qu'il parte, exigea-t-il d'une voix vibrante d'une émotion mal contenue. Tout de suite.

— Non, John, refusa Mary. Je suis désolée, je sais que ça va être très dur pour toi mais il est temps que tu lui parles et que tu lui dises tout ce que tu as sur le cœur.

— Ah parce que tu décides à ma place maintenant ? Tu crois que parce que tu vas devenir ma femme, ça te donne le droit de régir ma vie ?

— John, laisse Mary en dehors de ça, intervint Sherlock. Elle m'a demandé de venir parce qu'elle t'aime et qu'elle veut agir pour ton bien. Dirige ta colère contre moi et pas contre elle.

John tourna son regard brûlant de rage vers lui.

— Ne me dis pas ce que je dois faire, c'est clair ? Ça ne te suffit pas de me pourrir la vie en me harcelant par téléphone toute la journée, il faut aussi que tu viennes chez moi maintenant ?

— Justement, John, je veux mettre un terme à cette situation. C'est ridicule, on ne peut pas continuer comme ça. Il faut que tu acceptes de me parler.

— Et pourquoi je devrais accepter de te parler ? cracha John.

— Parce que… parce que j'ai besoin de toi, avoua Sherlock d'une toute petite voix.

Cet aveu lui coûta beaucoup mais eut au moins le mérite de laisser John muet. Ce dernier le dévisagea avec méfiance, comme s'il essayait de sonder son âme pour déterminer s'il s'agissait encore d'un mensonge. Puis il traversa lentement la pièce pour venir se planter devant Sherlock. Il le regarda droit dans les yeux et lui répliqua d'une voix blanche :

— Et moi, tu crois que je n'ai pas eu besoin de toi pendant deux ans ?

— Je sais. Je te demande pardon, John.

C'était sans doute ce qui avait manqué à John la première fois, quand Sherlock s'était présenté à lui au restaurant, drapé dans son orgueil et son bon droit. Une demande, une prière, une supplique, simple et claire. Sherlock crut percevoir dans les yeux de son ami l'ombre d'un chagrin qu'il essayait vainement de noyer sous les flots de sa colère. Cette ombre raviva l'espoir dans le cœur du détective. Peut-être que Mary avait raison et que John avait seulement besoin de laisser sa souffrance s'exprimer.

— Et merde. (John s'assit sur le canapé et croisa les bras, vaincu.) C'est bon, d'accord, je veux bien qu'on parle.

— Je vais vous laisser, annonça Mary.

— Mais non, tu peux rester, lui assura John.

— Il vaut mieux que vous restiez entre vous. Ce que tu as vécu avec Sherlock avant notre rencontre ne me concerne pas. Et je ne veux pas que ma présence vous gêne pour… que vous puissiez dire ce que vous avez à vous dire.

Mary adressa un sourire encourageant à Sherlock avant de s'éclipser en précisant qu'elle allait passer la soirée chez son amie Cath. Le détective déglutit. A voir la mine complètement fermée de John, il n'était pas sûr qu'il y ait de quoi crier victoire. Mais au moins John ne l'avait-il pas mis à la porte.

Le silence s'installa, s'éternisa. Sherlock n'avait absolument aucune idée de ce qu'il devait dire ou faire. Avant, John était toujours là pour lui souffler à l'oreille la manière adéquate de se comporter lorsqu'il se trouvait en société. Contente-toi de remercier, Sherlock… Les gens ne disent pas ça, Sherlock… Arrête de frimer, Sherlock…

Et là encore, Sherlock n'avait pas d'autre choix que celui de recourir à John.

— Je ne sais pas comment faire. Aide-moi, s'il-te-plait.

— Je ne suis pas sûr que ça te mette plus à l'aise mais si tu veux, tu peux t'asseoir, proposa son ami d'une voix froide.

Sherlock consentit à s'installer à l'autre extrémité de canapé. Les deux hommes ne se regardaient même pas, embarrassés qu'ils étaient par tout ce qu'ils avaient besoin d'exprimer.

— Qu'est-ce qui s'est passé quand tu étais sur le toit de l'hôpital Saint Bart avec Moriarty ? finit par demander John.

— Moriarty ne voulait pas seulement m'humilier publiquement. Pour lui, ce n'était pas suffisant que le monde entier me considère comme un imposteur. Il fallait que j'aille jusqu'au bout du plan qu'il avait conçu dans sa cervelle de dégénéré.

— Ce qui incluait le suicide. Une fin logique pour quelqu'un qui a tout perdu, reconnut John.

— Mais justement, je n'avais pas tout perdu. Et Moriarty en avait conscience. Je n'avais plus aucun crédit aux yeux du monde mais mes amis me restaient loyaux. Alors, il m'a menacé de t'éliminer aussi si je ne sautais pas.

John échangea un regard troublé avec Sherlock.

— Comment pouvait-il me menacer ? Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

— Un sniper te tenait en joue au moment même où nous parlions au téléphone, expliqua Sherlock. Il fallait que tu me voies sauter dans le vide, sinon il te tirait une balle dans la tête.

— Oh.

L'explication de Sherlock avait été rapide, sèche, implacable, et avait eu l'effet escompté sur John. Ce dernier avait pâli et ses traits semblaient moins crispés par la colère que par l'horreur de la situation à laquelle il avait échappée.

— Et tu ne sais pas tout, poursuivit Sherlock. Je croyais pouvoir forcer Moriarty à donner un contre-ordre, à rappeler ses tueurs pour laisser à Mycroft le temps de vous mettre à l'abri, toi, Mrs. Hudson et Graham.

— Qui ?

— Lestrade, précisa Sherlock.

— Son prénom, c'est Greg.

— Ah bon ? Depuis quand ?

— Depuis toujours. Bref. Moriarty est mort sur le toit de l'hôpital et toi, tu as sauté dans le vide. Qu'est-ce qui s'est passé ?

— Quelque chose que je n'avais absolument pas prévu. Moriarty s'est tiré une balle dans la bouche avant que je ne puisse l'en empêcher. Du coup, je n'avais plus le choix. Il fallait que je saute pour te sauver. Cela dit, j'avais anticipé l'éventualité du suicide avec Mycroft. Tu veux savoir comment j'ai fait pour ne pas m'écraser sur le trottoir ? demanda Sherlock avec une pointe d'orgueil dans la voix.

Avant, John se montrait toujours admiratif et curieux de savoir comment Sherlock s'y prenait pour parvenir à ses fins. Mais à cet instant, il ne parut pas impressionné du tout.

— Tu veux dire que Mycroft était au courant que tu étais toujours en vie ?

Sherlock réalisa trop tard qu'il avait commis une grave erreur. Il allait s'engager sur un terrain glissant et peut-être perdre le peu de considération que John consentait à lui témoigner depuis quelques minutes. Un éclair de panique foudroya sa colonne vertébrale.

— Oui mais il le fallait, nous devions éliminer Moriarty et je ne pouvais pas le faire seul, j'avais besoin de son aide, dit-il en choisissant soigneusement ses mots.

— Qui d'autre était au courant ?

Sherlock se sentit pris au piège. Devait-il lui mentir ? Non, son ami avait déjà trop souffert à cause de ses mensonges. Mais la vérité serait sans doute plus douloureuse encore.

— J'avais aussi besoin de l'aide de Molly. Et de quelques sans-abris pour la mise en scène de mon suicide au pied de l'hôpital Saint Bart. Et Mycroft avait aussi prévenu nos parents.

— Oh, attends, laisse-moi deviner. Peut-être pour qu'ils ne s'inquiètent pas ? articula John, sarcastique.

Sherlock fut saisi d'un élan de culpabilité à l'idée des souffrances qu'il avait infligées à son ami et qu'il continuait de lui infliger. Il baissa la tête, prêt à subir sa colère.

— Donc en fait, si je résume, poursuivit John de ce même ton sarcastique, la moitié des habitants de Londres était au courant que tu n'étais pas vraiment mort et moi, tu n'as pas jugé utile de m'en informer ?

— Non, pas la moitié, tu exagères. En comptant les sans-abris, une trentaine de personnes tout au plus.

John se jeta sur lui sans crier gare. Il serra ses mains autour du cou du détective en poussant un feulement de rage. Les deux hommes roulèrent au sol, repoussant la table basse. John, à califourchon sur Sherlock, essaya de le frapper au visage mais Sherlock se débattit et parvint à le faire basculer sur le côté. Il se retourna pour se mettre à quatre pattes et s'éloigner de lui mais John chargea comme un taureau contre son flanc et le mit à terre.

— John, arrête ! Arrête ! s'écria Sherlock.

Il ne voulait pas s'en prendre à John mais il fut forcé de lui décocher un coup de poing en pleine figure pour éloigner ses mains qui cherchaient encore à s'agripper à son cou. John s'effondra, les doigts crispés sur sa mâchoire.

— Merde, John ! Qu'est-ce qui te prend ?

— Tu prétends que tu as voulu me sauver mais tu t'es fait passer pour mort pendant deux ans ! Deux ans, putain ! Si ton frère savait que tu étais vivant, pourquoi est-ce que tu ne lui as pas demandé de me le dire ? Pourquoi est-ce que tu ne voulais pas que je le sache ? Pourquoi, Sherlock, pourquoi ?

— Parce que j'ai eu peur ! s'exclama Sherlock. Avant de sauter dans le vide, quand je t'ai téléphoné, il s'est passé quelque chose, j'ai… Est-ce que tu peux comprendre qu'il n'y a jamais eu personne à part mes parents et Mycroft qui se soit attaché à moi ? Est-ce que tu peux comprendre que personne n'avait jamais fait partie de ma vie comme toi et que c'est le moment où j'ai réalisé à quel point tu comptais pour moi ? J'ai eu peur en considérant toute la place que tu avais prise dans ma vie. Alors oui, j'ai préféré fuir.

C'était la première fois que Sherlock essayait de mettre des mots sur cette peur qu'il ne parvenait pas à identifier et qui le rongeait depuis deux ans. Il n'était même pas sûr de ce qu'il essayait de dire à John.

— Oui, c'est vrai, j'ai été lâche, je ne m'en cache pas. Mais il ne s'est pas passé un seul jour sans que j'aie pensé à toi. Tout ce qui comptait pour moi, c'était de revenir sain et sauf à Londres pour pouvoir te retrouver. J'ai voulu fuir pendant deux ans mais rien n'a changé. J'ai toujours besoin de toi, John.

Sherlock se redressa pour pouvoir appuyer son dos contre le canapé. Il se passa une main sur le visage tandis que John se levait pour se diriger de l'autre côté du salon. Sherlock entendit le grincement d'une porte de placard qui s'ouvre et le tintement caractéristique de verres qui s'entrechoquent. John revint près de lui, un verre à la main.

— Scotch ? Ça ne vaut certainement pas celui de ton frère mais il faut bien dire que nous n'avons pas les mêmes moyens ni la même banque.

Sherlock accepta le verre rempli d'un liquide ambré. Il l'huma puis le goûta du bout de la langue. Il apprécia la saveur forte et rassura aussitôt John en buvant une gorgée. John s'installa à ses côtés, le dos appuyé contre le canapé. Il porta le verre qu'il s'était servi à sa bouche mais, au contraire de Sherlock qui avait décidé de le savourer à petites gorgées, le vida d'un trait.

— Je ne voulais pas croire que tu étais mort, confia-t-il. Je m'en suis voulu très longtemps de ne pas être monté sur le toit de l'hôpital pour te retenir mais tu étais en train de me parler au téléphone et je ne voulais pas y croire, et c'est seulement quand je t'ai vu sauter dans le vide… Et après, quand je me suis retrouvé seul à Baker Street, tu ne peux pas savoir comme ça a été dur. Je ne comprenais pas, Sherlock. Je ne comprenais pas comment j'avais pu te laisser aller jusqu'au suicide, je ne comprenais pas pourquoi tu ne m'en avais pas parlé. Est-ce que je n'avais pas été digne de ta confiance ? Comment est-ce que j'avais pu ne pas voir à quel point tu allais mal ? Je me suis posé toutes ces questions et j'ai… j'ai beaucoup pleuré. J'ai pleuré parce que tu m'avais laissé seul, sans la moindre explication, et je ne comprenais pas pourquoi notre amitié ne t'avait pas suffi à vivre, quand bien même tu étais condamné à être un imposteur et un détective fini. Et moi aussi, j'ai peur, Sherlock. Depuis que tu es revenu d'entre les morts, j'ai peur de me réveiller un matin et de constater que tout ça n'est qu'une illusion. Que tout ça n'est pas réel, que tu n'es pas revenu, que tu n'es pas là.

La voix de John tremblait d'émotion. Ses mains serraient le verre à le briser et ses yeux fixaient le liquide ambré sans le voir. Sherlock termina son verre, le posa par terre puis se mit à genoux devant John. Il prit son visage en coupe dans ses mains et le força à lever son regard sur lui.

— Je suis là maintenant. Je ne partirai plus, John, c'est fini. Je ne t'abandonnerai plus jamais.

John secoua la tête et ferma les yeux, laissant couler des larmes qu'il avait retenues trop longtemps. Il se mordit la lèvre et se pencha pour pouvoir poser son front contre l'épaule de Sherlock. Sherlock l'enveloppa de ses bras, essayant de les unir dans une étreinte maladroite, tandis que John pleurait doucement sur son épaule.

Le cœur du détective ne cessa de battre à tout rompre dans sa poitrine tout le temps où il tint John serré contre lui.