Chapitre IV
Bill ignora le regard déçu que lui lança Simone et s'engouffra dans la voiture sans se retourner. Il claqua la porte et fondit en larmes alors qu'Andreas démarrait le véhicule.
« Ce n'était qu'un gamin » lui lança-t-il en levant les yeux au ciel.
« S'il te plait, ferme-la » fit sèchement Bill en croisant ses bras sur son torse, se forçant à lâcher du regard le reflet de Tom qui s'éloignait dans le rétroviseur.
Simone se tourna vers son fils pétrifié, les yeux perdus dans le vague, l'air choqué.
« Il reviendra » lui affirma-t-elle d'une voix douce.
Tom releva son regard vers le sien, peu convaincu.
«Pourquoi il reviendrait ? Il en a rien à foutre de moi. »
«Tu pleures souvent pour des gens dont tu ne te préoccupes pas ? » demanda Simone avec un sourire « Fais confiance à ta mère »
[…]
Bill abandonna son sac dans l'entrée et alla directement se jeter sur son lit, leur lit. Andreas s'assit à côté de lui, glissant machinalement une main dans ses cheveux, et Bill n'eut pas la force de le repousser. Il se sentait comme vidé.
« Tu es encore plus magnifique qu'avant » le complimenta le blond.
« C'est la raison pour laquelle tu m'as largué » rétorqua Bill avec lassitude. « Tu cherches quoi ? »
« Remets-toi avec moi » déclara Andreas comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.
« C'est une blague ? » siffla Bill en se redressant, le fusillant du regard.
« Non. Je sais que tu m'en veux, mais je voulais juste qu'on fasse une pause. Je t'en veux pas si tu as couché avec le gamin »
Bill était atterré, il se sentait vraiment pris pour un imbécile.
« Je ne te comprends plus. »
« Tu me dois deux mois de loyer Bill, et le bail est à mon nom. Donne-moi une bonne raison de t'héberger gracieusement ? »
Le danseur ouvrit des yeux ronds. Il réfléchit à toute allure, il était fauché et il lui fallait un endroit où loger jusqu'à ce qu'il touche ses premiers cachets. Il était au pied du mur, comme pris au piège
Ses paupières se fermèrent alors qu'il prenait une grande inspiration.
« J'accepte »
Andreas eut un sourire victorieux avant déposer sur ses lèvres un baiser auquel Bill répondit, se sentant presque nauséeux.
Faire semblant, il devait juste faire semblant et tout irait bien.
[…]
« Debout la dedans » s'écria Simone en ouvrant les volets de la chambre en grand, laissant le soleil inonder la pièce.
Tom grogna et remonta sa couette sur ses yeux, peu enclin à obéir à sa mère.
« Je t'interdis de rester encore une journée de plus à te morfondre » ordonna-t-elle en tira sur la couverture « Va prendre une douche »
Tom avait passé les derniers jours à rester sur son lit, ne mangeant presque pas et se repassant sans cesse les bons moments qu'il avait passé avec Bill, et Simone ne supportait plus cette situation. C'était pour cette raison qu'elle avait convié l'ami de son fils, espérant qu'il lui change un peu les idées.
« Et que ça saute ! » ordonna-t-elle.
Tom s'exécuta en grognant, trainant des pieds jusqu'à la salle de bain. Il referma la porte derrière lui et pesta encore une fois contre sa mère. Il retira ses vêtements, grimaçant, il ne pouvait nier qu'il ne sentait pas très bon. Il ne savait plus de quand remontait sa dernière douche. La seule chose qu'il avait en mémoire était la peau douce de Bill et la chaleur de ses étreintes.
Il soupira, pensant qu'il était un cas désespéré, et alluma le jet de douche.
Mauvaise idée, cela lui rappelait toutes les fois où il s'était lavé avec Bill, et plus si affinités. Il ferma les yeux, il fallait vraiment qu'il arrête de penser à lui. C'était malsain, mais il ne pouvait s'en empêcher. Il lui manquait terriblement. Il comprenait l'état de Bill après sa rupture avec Andreas maintenant, ça faisait mal à en pleurer.
Ca avait surtout était si brutal, Bill lui faisait l'amour, et quelques heures après, il lui disait adieu. Il ne comprenait toujours pas. Simone lui avait pourtant expliqué qu'il était parti pour travailler, qu'il ne pouvait de toute façon pas rester éternellement, mais ça ne suffisait pas. Bill n'était pas forcément obligé de le larguer, il habitait à Berlin, pas à New York !
Il y avait presque cru, que Bill pouvait être, voire était, tombé amoureux de lui, et il avait la douloureuse sensation de s'être totalement planté.
Il donna un coup de poing à la paroi de douche, extériorisant sa frustration. Il l'aimait toujours, et c'était la pire chose qu'il pouvait lui arriver.
[…]
« Je suis venu ici pour ça » songea Bill « C'est ce dont j'avais envie, et maintenant que je suis là, je vais réussir » se persuada-t-il tout en sautant sur place pour rester échauffé.
Aujourd'hui était un grand jour. Du moins, le jour de son casting. Ce pourquoi il avait tout quitté si brusquement, pour cette chance inouïe. Il était quasiment sûr d'être pris, mais ne savait pas pour quel rôle. Il voulait le meilleur, et surtout, il voulait gagner le plus d'argent possible pour changer d'appartement et quitter Andreas. Il ferma les yeux et expira un bon coup. Il était prêt.
« Bill Kaulitz » l'appela-t-on et il gémit intérieurement.
« Je ne suis pas prêt du tout » songea-t-il pitoyablement tout en se dirigeant face à ceux qu'il appelait les jurés. Ca lui rappelait ces émissions stupides qui passaient à la télévision, et il avait l'impression d'être dans Flashdance.
Il secoua légèrement la tête, chassant ses idées stupides pour se reconcentrer.
Il échangea les formules de politesse d'usage avec les jurés avant d'attendre le début de la musique, une boule de stress lui nouant l'estomac. Puis il s'élança sur la piste de danse et arrêta de penser pour se laisser porter par la chorégraphie qu'il avait soigneusement élaborée, bien qu'un peu dans l'urgence. Il avait presque l'impression de glisser sur la piste et il adorait ça. Il n'eut conscience du temps qui s'était écoulé que lorsque la musique s'acheva.
Il leva les yeux vers les jurés qui échangèrent un regard entendu, et il sut que ces semaines de travail chez Simone avaient payées.
[…]
« C'est qu'un enculé ! »
« Georg ! » s'outra Tom.
« Désolé, j'avais oublié que techniquement c'est aussi valable pour toi… » Railla ce dernier.
« Je m'en fous de ça, mais ne l'insulte pas, s'il te plait. » soupira le dreadé.
« Tom, ouvre les yeux, il a joué aux connards là ! »
« Je suis sûr qu'il avait une bonne raison » le défendit Tom.
« Vraiment ? Il est pas plutôt parti se remettre avec sa courgette blonde ? »
Tom baissa les yeux et fixa ses mains.
« Il m'a dit qu'il ne le voulait pas. »
« Tom… » Fit Georg en se rapprochant de lui sur le lit, posant une main sur son épaule.
« Ils vivent à deux. Ils vont finir par se remettre ensemble. Il va m'oublier… »
« Oublie-le à ton tour. » fit doucement l'aîné.
« Ma mère est persuadée qu'il va revenir… » Lâcha Tom.
Georg ne dit rien, attristé par l'état lamentable de Tom.
« Ne me regarde pas comme ça » lui dit ce dernier.
« Tom, il faut que tu te rendes compte. Tu trouvais qu'Andreas était un connard, mais Bill t'as fait la même chose… »
« Il m'a dit qu'il ne m'aimait pas. C'est moi qui ai été trop stupide pour croire que ça pouvait changer ! » Fit pitoyablement Tom.
« Ce n'est pas une raison ! Secoue-toi, tu vas pas rester à te morfondre pour un mec qui n'en vaut pas la peine. »
« Il a pleuré, tu sais. Quand il est parti »
« Et alors ? Ca te fait une belle jambe ! »
« Essaye de me comprendre. » supplia le plus jeune.
« Non Tom. Ouvre les yeux, tu trouveras quelqu'un d'autre, quelqu'un de mieux ! »
« Mais je m'en fous des autres ! C'est lui que je veux merde ! » Cria Tom en se relevant du lit.
« Tu ne l'auras pas ! Arrête de te faire des illusions ! Il est parti ! » S'énerva l'aîné.
« Tu me fais chier. » fit froidement Tom.
« Très bien, j'me casse » répondit Georg sur le même ton avant de joindre le geste à la parole, quittant la pièce en claquant la porte derrière.
Les yeux de Tom restèrent fixés sur la porte, puis il soupira. Il faisait vraiment tout foirer.
[…]
« Alors ? » lança Andreas dès que Bill eut franchi le pas de la porte de leur appartement.
« Alors j'ai le second rôle ! » s'exclama Bill en s'affalant sur le canapé à côté de lui.
« Putain, à peine tu reviens, que tu me bats déjà ! Je suis pris en simple figurant. » Soupira le blond.
« Désolé, mais tu ne m'arrives pas à la cheville, c'est comme ça depuis 10 ans ! » se venta faussement Bill.
« J'aime ta modestie » rétorqua Andreas tout en enroulant un bras autour de la taille de Bill, le rapprochant de lui.
Le brun se laissa faire, se figeant lorsqu'il sentit la langue d'Andreas venir chatouiller son lobe d'oreille. La main de ce dernier glissa sous son t-shirt, effleurant sa peau et Bill se recula brusquement, lui jetant un regard mauvais.
« Ne me touche pas » fit-il froidement.
« Génial, t'es devenu frigide maintenant ? » se vexa Andreas.
« Si tu me sautes dessus au bout de trois jours, on va pas s'entendre ! » répliqua Bill.
« Oh, laisse-moi deviner, tu préfères baiser des puceaux maintenant c'est ça ? »
« Je t'emmerde ! » hurla Bill.
« Détournement de mineur, c'est pas joli-joli ça » poursuivit Andreas. « Il t'as payé combien pour que tu le baises ? Histoire de voir combien je vais devoir te donner ! »
Bill le gifla violemment avant de se relever du sofa.
« Ne redis plus jamais ça ! » le menaça-t-il tout en lui jetant un regard glacial.
« Excuse-moi, j'avais oublié que ton trip c'était les strip-teases ! » poursuivit Andreas en se levant à son tour, lui faisant face.
« Je te déteste » murmura Bill en le défiant du regard.
Andreas l'attrapa par le col de son t-shirt, le collant à lui pour capturer ses lèvres. Il fit entrer de force sa langue entre les siennes avant de se faire repousser brutalement.
Bill s'essuya les lèvres avec une grimace de dégoût, avant de le toiser de haut en bas. Il tourna les talons sans dire un mot, allant s'enfermer dans leur chambre.
[…]
« Excuse-moi » chuchota Andreas alors qu'il venait de s'allonger dans le lit à côté de Bill.
« Ca fait beaucoup de choses à te pardonner, tu ne crois pas ? »
Andreas soupira doucement.
« Je suis jaloux de lui » murmura-t-il, et Bill se tourna sur le flanc pour lui faire face.
« Tom ? »
« Oui » avoua le blond « Tu es amoureux de lui » l'accusa-t-il.
« Je ne… Tu es celui qui m'a lâché Andi ! » Lui rappela Bill.
« Je regrette, je regrette vraiment »
« Tu.. » commença Bill.
« Mais tu es avec moi maintenant » l'interrompit Andreas en caressant sa joue du bout des doigts.
Bill ferma les yeux, se retenant de lui hurler de le laisser tranquille, et qu'il ne le croyait pas. A la place, il se laissa tendrement embrasser. Lorsque leurs lèvres se déconnectèrent, il ne vit pas le sourire victorieux qui étirait celles d'Andreas, ne voulait pas rouvrir les yeux et le voir. Il était dégoûté, il se dégoûtait, mais il n'avait pas d'autre choix.
[…]
Une semaine s'était écoulée sans anicroches, Bill se haïssant à chaque fois qu'il se laissait embrasser par Andreas. Il ne savait même plus qui manipulait l'autre, et il avait juste hâte que tout se termine. Il était tranquillement en train de prendre une douche après une longue journée de répétition, n'ayant qu'une envie, celle de se coucher, lorsqu'il entendit la porte de la salle de bain s'ouvrir.
« Andreas ? » appela-t-il, surpris.
« C'est moi » répondit l'interpellé tout en ouvrant la paroi de douche.
Il le reluqua de bas en haut, un sourire vicieux accroché aux lèvres.
« J'ai envie de toi » déclara Andreas tout en s'approchant dangereusement de Bill, le faisant reculer jusqu'à ce que son dos heurte le mur carrelé.
Il colla son corps nu contre le sien, attrapant ses hanches et léchant sa gorge.
« Arrête » ordonna Bill, le repoussant doucement.
« J'ai trop envie » fit Andreas en caressant son torse de ses paumes, les faisant glisser jusqu'à ses cuisses. Il faufila ses doigts entre elles, avant de les relever, se plaçant entre ses jambes. Bill les enroula machinalement autour de sa taille, et Andreas vint taquiner son entrée avec son doigt. Un frisson glacé remonta le long de la colonne vertébrale de Bill lorsque le blond le pénétra de son index.
« At-attends ! »
« Quoi ? » grogna Andreas tout en enfonçant plus profondément son doigt.
« Pas sans préservatif ! » déclara Bill.
« Tu te fiches de moi ? » s'interloqua son amant.
« Non » dit Bill en reposant ses pieds sur le sol.
« On en a jamais eu besoin ! »
« Je sais pas où tu as été trainé ! »
« Et bah j'en ai pas, alors on fera sans » décida Andreas.
« Non » Fit durement Bill.
« Putain c'est quoi ton problème ? » cracha le blond.
Bill ne répondit rien, croisant simplement ses bras sur son torse, attendant qu'il parte.
« Très bien, je vois ! » s'énerva Andreas avant de partir la pièce, furieux.
Bill soupira de soulagement, il l'avait échappé belle. Il ne se sentait pas près à coucher avec Andreas, il n'en avait pas la moindre envie et cette idée l'écœurait. Il termina de se laver, enfilant rapidement un bas de survêtement en guise de pyjama. Il se dirigea jusqu'au salon heureusement vide, et s'allongea sur le canapé.
Il avait décidé de passer la nuit ici, peu enclin de dormir avec celui qui lui servait de petit ami. Il rit jaune, tu parles d'un petit ami ! Il avait juste envie de l'envoyer valser contre un mur…et de retourner chez Simone. Elle lui manquait, elle était rapidement devenue comme une seconde mère pour lui. Okay. Tom lui manquait aussi, il ne pouvait pas le nier. Ils lui manquaient tous les deux, au final, et il se sentait extrêmement seul ici. Il n'était pas chez lui, il n'avait même pas de véritable chez lui de toute manière. Il doutait vraiment du bienfondé de sa décision, maintenant, mais c'était trop tard pour revenir en arrière, alors il fallait bien qu'il aille de l'avant.
Il eut une pensée pour Tom, et serra un coussin entre ses bras. Il donnerait cher pour pouvoir l'avoir entre ses bras à la place. Il espérait qu'il allait bien, se doutant bien que non, et à cause de lui, de surcroit. A cet instant, il se haïssait, et espérait presque que Tom ferait de même.
[…]
Répétition, Andreas, engueulade, réconciliation, crise de nerf, manque, répétition. Tel était le résumé des derniers jours que Bill avait passés, et il s'assit sur son lit en soupirant, épuisé aussi bien physiquement que mentalement.
Il était seul pour une heure encore, et il en était grandement soulagé. Il s'étendit de tout son long sur le lit, empli d'une fainéantise sans limite.
A plusieurs kilomètres de là, Tom faisait exactement de même, se tournant sur le côté pour que son visage fasse face à la photographie d'un Bill et lui de quatre ans plus jeunes. Son cœur se serra, il avait tellement envie de le voir entrer dans la chambre, là, à cet instant, son sourire éblouissant aux lèvres. Mais ce fut sa mère qui fit cette entrée, et il ne put s'empêcher de se sentir déçu.
« Tom, j'ai dit quoi à propos de rester allongé sur ton lit à ne rien faire ? » fit-elle sévèrement, avant de s'adoucir en remarquant son air triste. « Mon chéri, ressasser le passé ne sert à rien » rajouta-t-elle en s'asseyant sur le rebord du lit.
« Pourquoi tu m'as dit qu'il reviendrait ? » questionna Tom, incertain.
« J'ai mes raisons » répondit-t-elle énigmatiquement avec un sourire.
« Maman… » soupira l'adolescent.
« Disons que Bill et moi avons pas mal parlé avant qu'il ne parte, et je pense, sans grand risque de me tromper, qu'il est bien plus attaché à toi qu'il ne veut bien se l'avouer. »
Tom releva des yeux incrédules vers sa mère.
« T'es sûre ?»
« De toute manière, s'il ne revient pas de lui-même, j'irais le chercher par la peau des fesses ! »
« Merde » jura Bill pour lui-même alors que ses yeux s'écarquillaient. Il se redressa brusquement sur le lit. « Je crois que je l'aime » s'exclama-t-il pour lui-même, à l'instant où la porte de la chambre s'ouvrait.
« Tu parles tout seul ? » demanda Andreas en haussant un sourcil, et Bill enfouit son visage entre ses mains.
« C'est pas si grave » rit-il en s'asseyant à côté de Bill sur le lit.
Il enroula un bras autour de ses épaules et l'attira à lui pour lui voler un profond baiser.
La langue d'Andreas s'introduisit dans entre ses lèvres, et Bill ne put s'empêcher de penser qu'embrasser Tom était différent. La timidité de Tom ressortait dans ses baisers, le faisant fondre à chaque fois que sa langue caressait délicatement la sienne. Avec Tom, c'était lui qui dominait, avec Andreas, il se faisait dominer. Et il savait maintenant ce qu'il préférait.
Les bras l'encerclèrent plus fortement, avant qu'il ne se sente basculer sur le lit, les cheveux blonds frôlant son visage. C'était une sensation familière, après toutes ses années passées avec Andreas, presque rassurante, seulement maintenant la donne avait changé et il repoussa doucement le jeune homme qui le surplombait.
« Dis pas n'importe quoi » répliqua Tom à sa mère.
« Fais confiance à ta mère » assura Simone.
[…]
« Je suis vanné » soupira Bill en s'asseyant sur le banc des vestiaires, Andreas faisant de même à ces côtés. Ils sortaient juste d'une répétition qui avait particulièrement demandé d'efforts à Bill.
« T'en fais toujours trop » le sermonna son petit ami.
Bill lui tira puérilement la langue avant de farfouiller dans son sac à la recherche de son portable. Il le trouva et constata qu'il avait reçu un message. De Tom.
Il jeta rapidement un regard à Andreas pour vérifier qu'il ne puisse pas voir ce qu'il faisait, et ouvrit le message, presque angoissé. Il n'avait eu aucune nouvelle de Tom depuis qu'il l'avait lâchement abandonné, alors il redoutait ce que ce dernier avait pu vouloir lui dire.
« Tu me manques » lut-il.
Il se mordit la lèvre, ému, avant qu'un sourire attendri ne s'étale sur ses lèvres. Même à des kilomètres de lui, Tom parvenait à le troubler.
« Tu viens te doucher ? » questionna Andreas et Bill s'empressa de fermer le message et de ranger son portable.
« J'arrive »
« Je n'aurais pas du faire ça » songea Tom en regardant son portable depuis une heure déjà. Bill ne lui avait pas répondu, d'une certaine façon cela ne l'étonnait pas, mais il devait avouer qu'il était déçu. Il espérait presque que la réciproque était vraie, mais il devait bien se faire une raison, Bill avait visiblement tiré un trait sur leur histoire. Et il était juste en train de se rendre ridicule à ses yeux.
Il ferma son portable en soupirant, le posant sur sa table de chevet.
[…]
Le portable de Bill trônait sur la table de cuisine, tentateur, et Andreas vérifia une énième fois que son propriétaire était bien endormi dans leur chambre avant de s'en saisir. Il alla directement espionner dans sa boite de réception, ce qui lui arrivait souvent de faire avant, et fronça les sourcils. Ce qu'il vit ne lui plut pas, vraiment pas, et il appela l'expéditeur du message, furieux.
Tom crut s'évanouir lorsqu'il vit le nom de Bill s'afficher sur son téléphone. Il prit une profonde inspiration avant de se décider à décrocher, son doigt tremblant alors qu'il appuyait sur la touche.
« Bill ? » lança-t-il, mal à l'aise.
« Raté » répondit sèchement une voix qu'il reconnut sans mal.
« Pourquoi tu m'appelles ? » fit Tom sur le même ton, récoltant un ricanement de la part de son interlocuteur.
« Je veux juste que tu laisses mon copain tranquille ! » ordonna Andreas.
« Pardon ? » s'interloqua le dreadé.
« Tu m'as très bien compris. Laisse tomber ! »
« Tu me parles autrement, merci ! » rétorqua Tom.
« Je te parle comme je veux. Bill est avec moi, et il en a rien à foutre de toi. Alors lâche-le ou t'auras affaire à moi »
« Va te faire foutre ! » s'énerva Tom « Et que Bill aille se faire foutre aussi ! »
« T'en fais pas, ça je vais m'en charger » railla Andreas. « Oh Bill ! » lança-t-il au jeune homme qui s'approchait de lui « Tom te dit d'aller te faire foutre »
« Quoi ? Donne-moi ce téléphone !» rugit Bill, et Tom sursauta en entendant sa voix à l'autre bout du fil.
« Je suis en pleine discussion, tu permets ? » dit Andreas sur un ton doucereux.
« Comment oses-tu… » Commença Bill en s'élança vers lui mais Andreas fut plus rapide.
« Adieu Tom » lança-t-il avant de raccrocher.
Tom contempla son téléphone d'un air choqué, puis ses yeux s'humidifièrent. Ce qu'il redoutait le plus était arrivé, Bill s'était remis avec son détestable ex, et lui se sentait minable.
« Je te déteste » siffla Bill « T'avais pas à faire ça ! »
« Relax ! C'est pas si grave ! »
« Juste, ferme-la ! Je ne veux pas t'entendre ! » Cracha Bill.
« Allez, c'était drôle ! »
« Drôle ? » Hurla Bill « Je vois rien de drôle là dedans »
« Pas la peine d'être hystérique. C'est qu'un gosse ! »
La gifle était partie sans qu'il ne puisse la retenir, et Andreas porta sa main à sa joue en lui jetant un regard noir.
« Non mais ça va pas ? »
« Je vais prendre l'air » jeta Bill, joignant le geste à la parole, et claquant la porte derrière lui.
[…]
La rentrée. Ce jour détesté par Tom avait fini par arriver, et il ne s'était jamais senti aussi mal de sa vie. Une semaine plus tôt, il avait tristement fêté ses dix-huit ans, attendant vainement toute la journée un signe de la part de Bill, lui indiquant qu'il ne l'avait pas oublié. Sauf que ce dernier avait bel et bien zappé et Tom lui en voulait davantage.
Il soupira alors qu'il se dirigeait jusqu'au portail du lycée en compagnie de Georg avec qui il s'était réconcilié peu après leur dispute.
« Hey Trümper ! » l'interpella-t-on, et il en avait déjà marre.
« Parait que ton copain t'as lâché ! T'avais plus le cul assez serré pour lui ? » Balança Karl en passant devant lui et Tom serra les poings.
« Ignore-le » lui conseilla Georg « ça va être comme ça toute l'année »
« Merci pour ton encouragement » souffla Tom « Allons-y » rajouta-t-il en se dirigeant jusqu'au liste de classes.
Il repéra rapidement son nom et celui de son ami, soulagé qu'ils soient encore ensemble pour cette dernière année.
« Tom et Georg, en route vers de nouvelles aventures ! » s'exclama Georg en tendant son bras vers l'avant, et Tom éclata de rire.
« Mais qui m'a donné un ami pareil ? »
« Je sais que tu m'adores » le taquina l'aîné alors qu'ils avançaient vers leur salle de classe. « Oh vise le mec là-bas ! » lança-t-il soudainement en pointant un jeune homme du doigt.
« T'as viré de bords sans me prévenir ou… ? » s'étonna Tom.
« Non. Je fais juste du repérage pour toi. »
« Georg… » Soupira Tom « Tu sais très bien que je n'ai pas envie de me trouver quelqu'un d'autre. »
« Bien, bien ! » fit Georg en levant ses mains devant lui « Mais je suis sûr que tu vas finir par changer d'avis. Il faut que tu te sortes ce danseur de pacotille de la tête ! »
« Bill n'est pas un danseur de pacotille ! C'est le meilleur ! » S'insurgea Tom.
«Arrête de le défendre merde ! »
« Tu veux vraiment qu'on se prenne la tête maintenant ? »
« Okay ! Je laisse tomber » capitula Georg « Pour le moment. »
[…]
Bill et Andreas se disputaient violemment. Encore. C'était presque devenu leur activité favorite ces derniers temps. Mais tout dérapa lorsqu'Andreas plaqua Bill, qui était en train de crier, contre le mur de leur chambre, dévorant ses lèvres. Bill répondit au baiser en le mordant presque, ses ongles se plantant dans ses épaules. Leurs corps s'entrechoquèrent avant que leurs vêtements ne volent dans la pièce, les laissant nus l'un contre l'autre.
La colère pouvait lui faire faire n'importe quoi pour qu'il l'extériorise, et c'est exactement ce qu'il faisait. Bill se fit jeter sur le lit sans ménagement et il captura de nouveau les lèvres d'Andreas qui commença à le doigter sans aucune délicatesse. Bill grogna et rejeta la tête en arrière, laissant libre accès à sa gorge qu'Andreas s'empressa de venir mordiller.
Lorsqu'il estima qu'il était assez préparé, Andreas sortit un des préservatifs qu'il avait soigneusement acheté précédemment, et Bill se plaça à quatre pattes sur le lit. Andreas se plaça derrière lui, et s'agrippa à ses hanches avant de le pénétrer d'un coup sec. Tout le corps de Bill se cambra alors qu'il laissait échapper un gémissement. Ca lui faisait autant de mal que de bien, et ses doigts attrapèrent fermement les rebords de l'oreiller tandis qu'Andreas le prenait plus fortement.
Il essaya de ne pas penser au fait qu'il s'était mis dans cette position pour ne pas voir le visage d'Andreas, preuve qu'il était en train de faire ce qu'il savait être une énorme connerie. Il faisait n'importe quoi mais il n'en pouvait plus, il voulait juste ne plus penser. Alors il laissa Andreas le baiser encore et encore, le plaisir qui voguait dans ses veines le faisant tout oublier.
Andreas finit par se libérer en lui et il vint à son tour, son corps retombant mollement sur le matelas. Il repoussa son amant qui cherchait à l'enlacer et courut s'enfermer dans la salle de bain, attrapant son jean au passage.
Il se laissa glisser le long de la porte et se retrouva assis à même le carrelage froid, des grosses larmes ruisselant sur ses joues. Il se sentait mal, méprisable. De lourds sanglots lui étreignaient la gorge alors qu'il extirpait son portable de la poche de son jean qui trainait au sol.
Il tapa un message sans même distinguer les touches, sa vision floutée par les larmes, et garda l'objet dans sa main alors qu'il posait sa tête contre la porte, fermant les yeux.
« Toi aussi » disait le message, et Tom le lut une bonne dizaine de fois, incrédule. Il sentait son cœur battre fort contre sa poitrine alors qu'il appuyait sur la touche d'appel. Il entendit Bill décrocher, mais seul le son de son souffle saccadé lui répondit.
« Bill ? » appela-t-il.
« To-om ? » hoqueta le danseur.
« Reviens » murmura Tom.
Bill posa une main sur son front, ses doigts tremblotants autour du téléphone.
« Je ne peux pas » réussit-il à articuler et un lourd silence suivit sa déclaration. « Tom ? »
« Il faudrait savoir ce que tu veux, Bill… »
« Je suis désolé » sanglota l'interpellé.
« Tu n'es pas celui qui est sensé pleurer » fit durement Tom.
« Tom … Pardonne-moi ! » supplia l'aîné.
« Au revoir Bill » dit calmement Tom avant de raccrocher.
Bill fixa longuement son portable avant de soupirer longuement. Après tout il l'avait bien mérité.
[…]
Bill lâcha des yeux la série télévisée stupide qu'il regardait pour extirper une de ses mains de la couette dans laquelle il s'était enroulé. Il tendit la main pour attraper la bouteille de Soho qui trônait sur la table basse, et la ramena à lui, avant de réajuster sur ses cuisses le t-shirt beaucoup trop large qu'il portait, qui appartenait en réalité à Tom et qu'il avait déniché au fond de sa valise, l'ayant emporté par hasard. Ou pas, en fait, il n'était plus vraiment sur de rien en cet instant, l'alcool ruisselant dans ses veines et lui faisant tourner la tête.
Deux longues semaines s'étaient écoulées, et alors qu'Andreas était parti à une soirée, il était tombé presque sans faire exprès sur la bouteille, ses vieux démons refaisant surface. Il la porta à ses lèvres, ne sentant même plus la brûlure de l'alcool le long de se gorge, et la reposa maladroitement sur la table basse.
Il grogna quelque chose d'incompréhensible avant de se rouler en boule sur le canapé, une chape de tristesse s'abatant sur lui. Il avait souvent l'alcool triste, et pour une fois cela lui convenait, il avait juste envie de déprimer en paix. Sur cette pensée, il tenta de se relever, mais tangua et retomba pitoyable sur le canapé, lui tirant un ricanement envers lui-même. Son rire se fit plus nerveux, et il toussa bruyamment alors que des larmes lui montaient aux yeux. Il en essuya vaguement une qui coulait le long de sa joue et jura avant de reprendre une longue gorgée d'alcool.
La porte d'entrée se ferma en un claquement, faisant sursautant Bill qui en laissa échapper la bouteille qui vint s'écraser sur le sol en un bruit mat.
« Merde ! » s'exclama-t-il. Il tendit le bras vers le bas pour la rattraper et, déséquilibré tomba à quatre pattes sur le plancher. « Oups ! »
« Bill » s'écria Andreas en se précipitant vers lui « Mais qu'est-ce que tu fous ? » questionna-t-il.
« Je bois, ça se voit pas ? » rétorqua Bill en tentant de prendre un ton froid, ce qu'il ne réussit évidemment pas.
Andreas roula des yeux, puis se pencha en avant, attrapant Bill par les aisselles pour le remettre sur pieds.
« Lâche-moi ! Laisse-moi tranquille » râla Bill tout en se débattant mollement.
Il se retenait plus à Andreas qu'il ne le repoussait, et finit par abdiquer, se laissant entraîner, voir presque porter jusqu'à la salle de bain.
Andreas le fit assoir sur le rebord de la baignoire dont il tourna vivement le robinet pour la remplir d'eau. Puis il se tourna vers Bill et le détailla de haut en bas.
« C'est un t-shirt à Tom ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils.
«Il me manque » geignit Bill avant d'hoqueter.
« Il doit te manquer beaucoup, ça faisait longtemps que je ne t'avais pas récupéré dans un tel état » constata le blond tout en fermant le robinet. « Allez au bain, ça te fait toujours du bien »
« Mais je vais mouiller mon t-shirt ! » fit Bill en ouvrant de grands yeux, et Andreas se retint de se moquer de lui, sachant qu'il détestait ça. A la place, il le déshabilla, et l'aida avec fortes difficultés à le faire entrer dans le bain.
« Chaud ! » murmura Bill en se laissant glisser le long de la paroi.
Andreas s'accroupit à côté de la baignoire, jouant de ses doigts avec l'eau de la baignoire.
« Tu es triste ici Bill ? » finit-t-il par demander, de la culpabilité dans la voix.
« Je.. » commença Bill avant d'être pris d'un nouveau hoquet « Tu es un vrai connard avec moi ! » réussit-il à articuler « Et je ne t'aime plus » avoua-t-il, l'alcool l'empêchant de faire semblant.
« Je suis désolé » s'excusa Andreas, sincèrement.
« Tu as trop changé. Je ne te reconnais plus. »
Andreas se tut, le dévisagea longuement, avant de passer ses doigts le long de sa joue.
« Je regrette, les gens changent. Toi aussi tu as changé Bill. Depuis quand tu recommences à faire comme ton père ? »
« Ne me parle pas de mon père » cracha Bill « Et ne me compare pas à lui ! »
« Alors arrête de l'imiter et de te souler au moindre problème ! J'aime pas te retrouver comme ça, tu le sais ! »
« Je sais » concéda Bill « Je suis pitoyable, et alors ? »
« Non. Juste stupide. »
Bill ouvrit la bouche pour protester mais Andreas lui fit signe de se taire.
« Après tout le chemin parcouru, après tout ce que t'as traversé, tu as été stupide d'abandonner lorsque t'avais enfin retrouvé un peu de bonheur… » Fit-il doucement.
« Je ne te comprends pas Andy. Tu t'es comporté comme un connard avec moi et là…pourquoi es-tu si gentil d'un coup ? »
« C'est moi qui t'es poussé à revenir, mais là-dessus tu ne peux pas m'en vouloir, tu ne pouvais pas laisser passer cette opportunité. Pourquoi crois-tu que je t'ai prévenu ? Je ne peux pas te laisser tomber Bill, pas après tout ce qu'on a vécu ensemble. Je ne suis pas si détestable que je le laisse penser. »
« Mais.. »
« Laisse-moi finir. Je regrette vraiment de t'avoir quitté, Bill, je pensais vraiment que je le voulais sur le coup, mais c'était faux. Et quand j'ai vu que tu m'avais vite remplacé, alors que je voulais me remettre avec toi, et que tu me repoussais, j'ai voulu te faire payer. »
Bill pencha la tête en arrière en soupirant, posant l'arrière de sa tête sur le rebord de la baignoire.
« Je t'aime toujours. Et je te ferais pas le coup de celui qui veut que tu sois heureux avec quelqu'un d'autre, parce que c'est franchement pas mon genre. Mais je ne veux pas non plus continuer à te faire et à te voir souffrir comme ça. »
Le brun resta silencieux, perdu dans la contemplation de sa main qui frôlait la surface de l'eau, et Andreas la saisit délicatement.
« Est-ce que tu me pardonnes ? » finit-t-il par demander, la question lui brûlant les lèvres.
« Je.. » Bill souffla «Ca va faire dix ans qu'on se connait. Comment veux-tu que je ne te pardonne pas pour ça, à côté de ce que tu as fait pour moi ces dernières années ? Bien sûr que je suis déçu. Mais je sais que je ne pourrais pas supporter de ne plus te savoir à mes côtés.»
« On oublie ? » proposa Andreas.
« On oublie ce qu'il y a de mauvais. » accepta Bill « On a quand même passé des bon moments ensemble. Juste, il n'y aura plus rien entre nous maintenant, je veux que tu en sois conscient. »
Andreas fit une moue résignée, avant qu'un sourire malicieux n'étire ses lèvres.
« Je peux au moins avoir un dernier bisou ? » quémanda-t-il et Bill rit doucement avant d'accéder ça se requête, déposant chastement ses lèvres sur les siennes.
[…]
Tom ne savait plus quoi penser, et il se mit à craquer, au beau milieu du cours de physique. Il enfouit son visage entre ses mains, cherchant à dissimuler ses pleurs, mais Georg le remarqua bien vite. Il réclama à sa professeure l'autorisation de sortir de salle et entraina Tom par le bras.
Ca lui était tombé dessus d'un coup, comme si les vannes qui retenaient ses larmes avaient cédées sans prévenir, le laissant totalement dévasté. Bill lui manquait énormément, il était parvenu à le chasser de son esprit pour quelques temps, mais quand il était revenu hanter ses pensées, ses nerfs avaient lâché.
« Tom » fit doucement Georg en enroulant un bras autour de ses épaules. « J'en ai marre que tu te fasses du mal à cause de lui. Oublie-le une bonne fois pour toute ! »
« Je ne peux pas putain ! » tempêta le dreadé « Il me manque à en crever ! Je l'aime merde ! »
« Okay Tom. Là c'est moi qui craque. Tu vas arrêter de penser à lui une bonne fois pour toute et je vais t'y aider. »
« Je ne suis pas sûr d'avoir envie de l'oublier, Georg… » Fit Tom sur un ton pathétique.
C'est le moment que choisit le portable de Tom pour vibrer dans sa poche. Il pesta avant de se figer en lisant le nom de l'expéditeur. Il jeta un regard à Georg qui l'interrogeait en haussant un sourcil et ouvrit le message.
« J'ai besoin de te revoir et de te parler. S'il te plait, laisse-moi une chance de m'expliquer. Bill. »
En observant le visage de Tom, Georg devina qu'il y avait anguille sous roche, et il lui prit le portable des mains avant de lui laisser le temps de répondre au message qu'il s'empressa de lire. Sans demander d'autorisation, il tapa une réponse avec un air décidé.
« Je crois que t'as déjà fait assez de mal comme ça. Laisse Tom tranquille ou t'auras affaire à moi. Georg. »
Bill jura, balançant son portable sur le lit avant de s'y laisser tomber à son tour. Il ne s'attendait pas à ce qu'une nouvelle personne vienne s'immiscer dans cette histoire déjà assez compliquée.
« Merde ! » cria-t-il si fort qu'il fit sursauter Andreas qui se trouvait à l'autre bout de l'appartement et qui accourut presque aussitôt.
« Ca va ? » questionna-t-il alarmé.
« Désolé, c'est la frustration. »
« C'est pas le moment de te prendre la tête Bill, la première a lieu demain, tu ferais mieux de te reposer et de penser à Tom après. » conseilla le blond.
« J'y arrive pas… »
[…]
Bill était totalement exténué, ayant très peu dormi de la nuit, se tournant et se retournant dans le lit jusqu'à ce qu'Andreas le chasse presque. Il s'était alors réfugié sur le canapé, ne trouvant toujours pas le sommeil et finissant par regardant des émissions stupides à la télévision jusqu'à ce que la fatigue des heures plus tard. Cette histoire avec Tom le perturbait, et il n'aimait pas ça, il n'avait pas l'habitude de se prendre autant la tête pour un mec.
Sauf que là tout était différent, et il était près à envoyer valser toutes les choses qui l'empêchaient de le revoir. Ca faisait même plusieurs jours que ça l'empêchait de dormir correctement.
Il était présentement dans les coulisses étouffantes de l'Opera de Berlin, le trac lui nouant les entrailles. Il avait réussi à traverser toute la journée sans encombre, mais les répétitions avaient fini de l'épuiser et il ne savait même pas comment il allait pouvoir tenir tout le spectacle. Il en arrivait presque à s'en vouloir d'avoir refusé les amphétamines qu'on lui avait proposées. Il ferma les yeux, sentant sa tête lui tourner légèrement et une nouvelle vague de stress l'envahit. Il ne pouvait pas échouer, pas maintenant, il fallait qu'il assure où il serait foutu.
« Bill » chuchota Andreas derrière lui « T'es sûr que ça va aller ? »
« J'ai pas le choix » soupira Bill, incertain.
« Tu t'es bien échauffé ? » s'enquit Andreas, et Bill ne sut même pas répondre, il se rappelait à peine de ce qu'il avait fait quelques minutes auparavant.
« Je crois »
« Bill ! » le réprimanda le blond.
« Je le sens mal » gémit le brun « ma cheville me lance »
« Tu m'as dit que t'avais guéri ! »
« J'ai guéri ! C'est à l'autre pied que j'ai mal. » Fit Bill nerveusement.
« Silence » ordonna quelqu'un, et tous les bruits se turent dans les coulisses.
« J'y vais, j'entre par l'autre côté » déclara Andreas avant de partir rapidement, se faufilant entre les danseurs pour faire le tour de la scène par l'arrière.
Bill avança de quelques pas, tout juste dissimulé par les tissus noirs, et jeta un regard inquiet au large rideau rouge qui cachait la scène du public, et qui commençait lentement à s'ouvrir.
« Okay, tout va bien aller »
Il vit Andreas en face de lui lui faire un signe encourageant, et déjà la musique commençait.
Son cœur se mit à battre n'importe comment et il se retint de jeter un coup d'œil aux premiers rangs des spectateurs qu'il pouvait apercevoir de là où il était.
Il expira un bon coup, et pénétra sur scène en même temps que les autres. La lumière des projecteurs l'éblouissait plus qu'à l'habituelle, et sa cheville le lançait anormalement alors qu'il était sur demi-pointe. Il se força à ne plus penser à rien alors qu'il suivait scrupuleusement la chorégraphie qu'il avait maintenant exécuté de nombreuses fois.
Alors qu'il réceptionnait un saut qu'il exécutait toujours avec une facilité déconcertante, son pied prit un angle inattendu et une violente douleur remonta le long de sa jambe. Les lumières dansèrent autour de lui, le tournis lui faisant voir flou, et il s'effondra dans le noir.
[…]
15 ans plus tôt
Bill trottinait à côté de Kathrin, sa mère, sa main fermement retenue par la sienne alors qu'elle pressait le pas, le tirant légèrement pour le faire avancer plus vite.
« Dépêche-toi Bill, sinon on va être en retard ! » lui intima-t-elle.
Le jeune garçon de six ans obéit sans discuter, excité à l'idée de ce qu'il allait découvrir. Ce jour-là, sa mère l'emmenait assister à un gala de danse auquel participait l'une de ses amies, et Bill était curieux de savoir ce que c'était exactement. Tout ce que sa mère lui avait dit était qu'il devait rester sage, et silencieux, ce qui était beaucoup demandé pour un garçon vif comme Bill, qui n'avait de cesse de bavasser et de sautiller dans tous les coins.
Enfin, ils atteignirent le théâtre, et Kathrin tendit leurs deux billets à l'ouvreur qui les incita à se dépêcher, le spectacle n'allant pas tarder à commencer. En effet, la salle était déjà plongée dans l'obscurité lorsqu'ils y pénétrèrent et ils s'installèrent rapidement sur les deux premiers fauteuils libres qu'ils trouvèrent.
Les rideaux s'ouvrirent en un froissement de velours et les premiers danseurs étaient déjà sur scène.
Bill se tortilla sur son siège, déjà fasciné. La beauté et l'harmonie de ce qu'il voyait l'emportait totalement dans un autre monde.
Lorsque que le rideau se referma pour marquer la fin du spectacle, les spectateurs se répandant en applaudissements, Bill était encore complètement émerveillé. Il releva ses yeux remplis d'étoiles vers sa mère qui, attendri, déposa un léger baiser sur le haut de son front.
« Je veux faire la même chose moi aussi ! » affirma Bill, sûr de lui, alors qu'ils quittaient la salle « Je veux être danseur quand je serais plus grand ! »
« Je crois que j'ai fait naître une vocation ! » rit Kathrin, avant d'ajouter « On en reparla plus tard. »
[…]
« C'est totalement hors de question ! » s'indigna Jorg, le père de Bill « On ne va pas dépenser notre argent pour faire de notre fils une tapette ! »
« Au nom du ciel, Jorg, ne soit pas si fermé ! Il a 6 ans enfin ! Ce que tu dis ne rime franchement à rien ! » Rétorqua Kathrin, exaspérée.
Cela faisait bien deux mois qu'elle discutait avec son fils pour être certaine qu'il voulait vraiment faire de la danse, et que ce n'était pas qu'une lubie passagère.
« J'ai dit non ! » trancha l'homme.
« Fais un effort pour le petit, s'il te plait ! »
Jorg croisa les bras sur son torse, cherchant à ne pas se laisser attendrir par les yeux suppliants de son épouse.
« De toute façon dans deux mois il voudra faire autre chose ! C'est bon, vas-y, dépense nos sous pour n'importe quoi. Tu le gâtes toujours trop de toute façon. »
Kathrin roula des yeux, ne relevant pas cette accusation injustement fausse. Son mari était toujours imbuvable au sujet de leur enfant, et elle le supportait de moins en moins.
[…]
« Tu m'énerves Jorg ! » hurla Kathrin « J'en ai marre de toi et de tes conneries ! Je demande le divorce, pour de bon cette fois ! »
« Maman, pourquoi tu cries ? » questionna Bill en entrant dans le salon, des larmes d'inquiétude aux coins des yeux. Il n'aimait pas quand sa mère était en colère, et elle l'était de plus en plus souvent contre son père ces derniers temps. Il détestait presque son père pour ça, il voulait juste que sa maman soit heureuse, et Jorg ne l'aidait en rien. Et il se détestait lui-même d'être souvent la cause de leur dispute, même s'il ne comprenait jamais ce qu'il avait fait de mal. Il n'avait que huit ans, après tout.
« Toi, remonte dans ta putain de chambre ! » ordonna Jorg sur un ton méchant.
« Et arrête de parler comme ça à notre fils ! » s'exaspéra Kathrin alors que Bill s'enfuyait en courant. « Je m'en vais Jorg, c'est fini. » La phrase claqua dans l'air, et l'homme n'eut pas le temps d'esquisser un mouvement que Kathrin gravissait déjà l'escalier en courant.
Elle entra dans la chambre de Bill qui sursauta violemment, lâchant la poupée qu'il tenait à la main.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? » interroge-t-il.
« On va aller rendre visite à une amie à moi, d'accord. Prépare quelques affaires, veux-tu, je reviens dans cinq petites minutes »
Bill et sa mère logèrent plusieurs jours chez une amie jusqu'à ce qu'elle trouve un logement assez facilement, possédant un emploi stable. Le divorce fut prononcé dans le courant de l'année, Kathrin obtenant la garde de Bill, vu que Jorg n'en avait pas émis le souhait.
Bill était un peu perturbé par le changement, mais soulagé en même temps, il y avait toujours eu cette espèce de tension inexpliquée entre lui et son père. Il en avait même peur à vrai dire.
Le drame survint dans le milieu de sa neuvième année, lorsque que Kathrin périt d'un infarctus imprévisible. Bill dut retourner vivre chez son père, rajoutant une épreuve à ce chagrin trop grand pour un enfant de neuf ans.
Bien évidemment, son père l'obligea à cesser ses cours de danse qu'il voyait d'un très mauvais œil, et la vie reprit son cours, plus morne et triste que jamais pour Bill.
[…]
Bill courrait dans les rues délabrées de ce vieux quartier défraichi de Berlin, pour se stopper brusquement à quelques mètres de chez-lui, reprenant son souffle. Il se recomposa une mine décontractée et souffla un grand coup avant d'entrer.
« Où était-tu encore passé ? » rugit Jorg à peine la porte franchie, et le jeune garçon de douze ans baissa son regard vers le sol.
«J'étais avec un ami » mentit-il sciemment.
« Je ne veux pas le savoir, je veux que tu sois rentré avant moi, point ! » exigea l'homme « Va faire tes devoirs ! »
Bill se retint de lever les yeux au ciel et gravit rapidement les escaliers pour s'enfermer dans sa chambre.
Il se jeta sur son lit et s'endormit comme une masse, épuisé, et ne fut réveillé que quelques heures plus tard par les hurlements de son père.
[…]
Bill termina de nouer les lacets de ses chaussons de danse, et sautilla jusqu'à la salle de danse. Il rejoignit son ami, Andreas, et ils commencèrent à s'échauffer ensemble en attendant leur professeur, étirant bras et jambes sans aucune difficulté.
« T'as assez d'argent pour payer le trimestre ? » Questionna Andreas.
« Ouais, mais il me reste plus énormément d'argent en réserve, je vais devoir commencer à entamer le peu d'héritage que j'ai reçu de ma mère. »
« Si t'as besoin d'aide… » Commença Andreas, mais Bill le coupa.
« Je sais, mais je ne veux pas profiter de toi Andy. Je vais me débrouiller… »
« Les enfants, en place s'il vous plait ! » lança le professeur en pénétrant dans la pièce, mettant terme à leur discussion.
[…]
Encore une fois, Bill rentrait très en retard, et encore une fois, il se fit vertement enguirlander. Son père ne cessait de lui reprocher son égoïsme, lui répétant que sa mère était partie à cause de lui et que par conséquent tout était de sa faute et « Qu'est-ce que c'est que cette tenue encore ? »
« Conneries » murmura Bill tout en refermant la porte de sa chambre, déposant son sac de danse sous le lit.
Bill avait maintenant quatorze ans, et était arrivé à saturation. Il parvenait à ignorer les reproches de son père et s'acharnait à devenir le plus excentrique possible juste pour le provoquer et le rendre fou de rage.
Jorg l'accusait d'être gay, et il n'avait pas tort, mais ça jamais Bill ne lui aurait avoué. Dieu seul savait ce que son père si étroit d'esprit lui aurait fait, en particulier si il était soul. Dans ces moments là, Bill l'évitait, il le trouvait totalement pathétique et se jurait de ne jamais faire comme lui. Noyer ses chagrins dans l'alcool était ridicule, songeait-t-il à cet époque.
Bien évidemment, il avait continué ses cours de danse en cachette, se débrouillant pour réunir la somme qu'il fallait à chaque mois. Il avait vendu toutes ses affaires inutilisées et avait vidé la moitié de sa chambre, mais il s'en sortait. Tout ce qui comptait était le fait qu'il pouvait continuer à danser, sans ça, il était foutu.
Il s'étendit sur son lit et songea à la proposition que sa professeure lui avait fait quelques temps plus tôt.
« Je peux te parler ? » lui avait-elle demandé à la fin du cours de danse, et Bill avait acquiescé.
« Tu es un très bon danseur Bill, le meilleur à ton âge que j'ai vu depuis longtemps. »
Bill avait rougi, flatté et embarrassé à la fois.
« Je suppose que tu connais la Staatlichen Schule Für Artistik Berlin*. Je pense que tu devrais y postuler pour l'année prochaine. Ils ont des formations à partir de 14 ans… »
« Vous croyez sincèrement que je pourrais ? » s'était étonné Bill.
« Largement. » sourit la femme.
Bill avait soupiré « Je n'aurais jamais assez d'argent… »
« Ce serait dommage de perdre un talent comme le tien, songes-y ! »
Résultat, Bill ne savait plus quoi faire. Mais il ne se voyait pas faire autre chose que de la danse, il n'était pas très doué en cours de toute façon.
Sauf qu'il fallait qu'il en parle à son père, et là résidait tout le problème.
[…]
Un mois avait passé, et Bill s'était maintenant décidé à avoir une sérieuse discussion avec son père. Il s'était renseigné sur l'Ecole, et savait qu'elle proposait à la fois de préparer au bac ainsi que des cours de danse intensif.
Comme il l'avait prédit, cela avait mal tourné.
« Tu n'iras pas ! Mon fils ne deviendra pas un danseur de merde ! Tu vas finir à la rue ou prostitué ! » Explosa Jorg.
« Tu délires là, arrête les feuilletons débiles. »
« Ne me parle pas sur ce ton » menaça l'homme.
« Je te parle comme je veux ! Et tu sais quoi ? J'me casse. Tu peux pourrir la vie de qui tu veux, mais laisse moi tranquille ! »
« Et tu vas les payer comment tes études merdiques ? »
« Avec mon héritage ! Tiens en parlant de ça, maman ne t'as pas quitté à cause de moi. Elle l'a juste fait parce que tu es un connard égoïste doublé d'un imbécile alcoolique et homophobe. Oh ! Ca m'y fait penser ! J'aime les hommes, et je t'emmerde ! »
[…]
Bill posa sa valise à côté de lui sur le trottoir sale et sonna à la porte d'entrée, bien qu'hésitant. Andreas apparut dans l'encadrement, le dévisageant d'un air surpris.
« Bill ? Qu'est-ce qui se passe ? »
« Je peux dormir chez toi ? S'il te plait ? » Supplia l'adolescent, et le blond se décala pour le laisser entrer.
« Fais comme chez toi »
Andreas était le cadet d'une fratrie de cinq enfants, et ses parents avaient l'habitude de voir les amis des uns et des autres circuler dans la maison.
« Je suis parti de chez moi » lança Bill alors qu'Andreas refermait la porte de sa chambre.
« Quoi ? » hurla son ami « Tu déconnes ? »
« Je suis sérieux. Je ne remettrais plus les pieds là-bas, c'est fini »
« Et tu comptes faire comment maintenant ? »
C'était une très bonne question.
[...]
Bill avait passé les deux dernières semaines de l'année scolaire et les grandes vacances chez Andreas, ses parents étant des gens qu'ils considéraient maintenant comme les plus formidables et généreux au monde. Il avait été accepté à l'école de danse qu'il convoitait, ainsi qu'Andreas, et tout deux partageaient une chambre dans l'internat de l'école.
Il avait du lutter longtemps pour obtenir de son père qu'il signe tous les papiers obligatoires à son inscription, et c'était un vrai miracle qu'il ait réussi.
Les frais d'inscription lui avaient paru exorbitants, entamant largement son héritage, mais pour rien au monde il n'aurait changé d'avis. La danse était toute sa vie, malgré le prix que cela lui coûterait. Pour le moment, il vivait sans soucis, il avait quinze ans, et était heureux comme ça ne lui était pas arrivé depuis longtemps.
Il avait un petit ami depuis deux mois, qu'il avait rencontré à l'école, et il avait même fait l'amour pour la première fois avec lui la veille. Bref, le bonheur.
[…]
« Je suis foutuuuuuu ! » s'écria Bill en se laissant tomber sur le plancher de sa chambre. Il avait maintenant seize ans, le deuxième trimestre de sa seconde année allait bientôt se terminer, et c''était la première fois qu'Andreas le retrouvait totalement éméché dans un contexte qui n'était pas celui d'une fête. Au contraire.
« Bill ! » s'exclama-t-il en s'agenouillant à côté de lui, mi en colère, mi inquiet. « Je peux savoir ce que fais cette bouteille d'alcool dans ta main ? »
« C'est ma nouvelle amie » répliqua Bill en la serrant contre son torse. « Laisse-nous en tête à tête »
« Ton père te manque tant que tu te mets à faire comme lui ? » cracha Andreas, et Bill ricana de manière désagréable.
« Au moins on aura quelque chose à partager, vu que je vais devoir retourner chez moi ! »
« Quoi ? » s'interloqua le blond.
« J'ai plus une thune ! » gloussa Bill « Et en plus mon copain m'a largué à l'instant. C'est juste le troisième à le faire ! »
« Bill, tu ne peux pas quitter l'Ecole ! »
« Et je fais comment pour payer mon trimestre, hein ? » interrogea Bill en le dévisageant comme s'il était particulièrement stupide.
« Tu trouveras une solution. Je peux pas te laisser faire ça ! Et par pitié donne-moi cette bouteille. »
« Au pire je peux toujours me prostituer, parait que j'ai un talent pour ç- » Il n'eut pas le temps d'achever sa déclaration car son ami le gifla.
« Ne redis jamais ça » le menaça Andreas.
« T'as raison, ça ferait trop plaisir à mon père. » ironisa Bill.
[…]
Bill s'assit sur le banc situé à côté du bureau de la directrice de l'établissement en lâchant un lourd soupir. Il venait d'être mis au pied du mur, bien qu'elle ait été plutôt clémente. Il possédait un délai pour payer les frais du dernier trimestre, et il savait bien qu'il bénéficiait de cet avantage parce qu'il était un des meilleurs éléments de l'Ecole. Ce n'était pas qu'il se ventait, c'était juste la vérité.
« Ca pue les problèmes d'argent ici » déclara une jeune fille en s'installant à côté de lui, et Bill leva son regard interrogatif vers elle. « Je suis aussi passé par là. Je m'appelle Lara»
« Bill. Comment t'as fait ? » questionna Bill.
« J'ai trouvé un travail. Super bien payé. Mais un peu craignos. Ca te tente ? »
« Je crois que j'ai pas trop le choix… » Lâcha l'adolescent. « C'est quoi ? »
« Une boite. De strip tease, en quelque sorte, sauf qu'on est jamais totalement nu »
Bill renifla « Je suis pas majeur »
« Moi non plus. Tu n'imagines pas combien les gens peuvent payer pour voir des mineurs à moitié à poil se dandiner. » sourit la jeune fille.
« Dégoûtant. » Le brun grimaça.
« Rentable. »
« Okay. J'accepte » céda Bill « Je n'ai pas le choix »
« Je peux t'y emmener dès ce soir, j'aurais surement un récompense pour leur avoir déniché un beau lot tel que toi. »
[…]
Bill s'affala sur son lit, complètement épuisé. Il travaillait maintenant une bonne partie de la nuit, aller en cours la journée, et finissait sur les rotules lorsqu'il rentrait. Mais il ne s'en plaignait pas, il avait accumulé pas mal d'argent et avait pu payer son trimestre. Rien d'autre n'importait, même pas l'humiliation de se déshabiller sous des regards libidineux dans une boite miteuse. Il fallait juste en faire attraction, et continuer à danser comme si des dizaines de paires d'yeux ne vous reluquaient pas comme si vous étiez un vulgaire morceau de viande.
Il entendit Andreas se retourner dans son lit en grognant légèrement et sourit doucement, avant de s'endormir comme une masse, encore habillé.
Ce fut justement le jeune blond qui le tira du sommeil le lendemain matin, un air concerné sur le visage lorsqu'il aperçut ses cernes et son air fatigué.
« T'en fais trop Bill. »
« Je n'ai pas le choix. Plus que quelques semaines avant les examens, et ensuite les vacances, je peux tenir jusque là »
« Je m'inquiète pour toi » déclara doucement Andreas avant de caresser sa joue de la paume de sa main. « J'aime pas te voir comme ça. Tu devrais rester dormir aujourd'hui, je dirais aux profs que t'es malade »
« Hors de question ! Je refuse que mes problèmes d'argent m'empêchent de poursuivre les cours normalement. »
« De toute façon t'en feras qu'à ta tête » désespéra le jeune blond avant de déclarer qu'il allait prendre son petit déjeuner, le laissant seul dans sa chambre.
Bill prit une douche rapide, dissimulant ses cernes à grand coups de fond de teint. Aujourd'hui, il était particulièrement fatigué, et il se résolut à aller retrouver Lara dans sa chambre. Il n'aimait pas faire ça, mais parfois il n'avait juste pas le choix.
Il toqua deux coups, par principe, avant d'entrer dans la pièce, la trouvant assise sur son lit.
« Bill ! » l'accueillant-t-elle, la chose qu'il convoitait dans sa main.
« Tu peux m'en filer ? J'tiendrais pas aujourd'hui » demanda-t-il, presque honteusement.
« Bien sûr » répondit-elle en lui tendant le flacon de gélules. Des amphétamines.
Andreas le tuerait s'il le savait.
[…]
« Tu était encore ivre hier » déclara froidement Andreas en s'asseyant à côté de Bill sur son lit.
« Andy, lâche-moi la grappe, veux-tu ? » répliqua Bill en levant les yeux au ciel.
Il avait maintenant dix-sept ans, il ne lui restait qu'un peu plus d'un trimestre avant d'avoir complètement fini l'Ecole, il était quasiment certain d'être recruté par l'Opera de Berlin dès qu'il aurait son bac, et il n'avait de nouveau plus un seul sous en poche.
« Explique-moi, il se passe quoi ? »
« La boite a fermé, c'était prévisible, vu comment c'était illégal. J'ai même pas été payé pour ce mois-ci. Je suis vraiment dans la merde, cette fois. »
« Merde Bill ! Y'a forcément une solution ! » S'alarma Andreas.
« Hum. Y'a toujours ce mec, là, David, qui vient tous les soirs, et qui m'offre toujours des cadeaux mirobolants… »
« Je t'arrête tout de suite, je veux même pas entendre la fin de cette phrase ! » s''outra le blond.
« Calme-toi, j'ai pas dit que je voulais jouer la pute, juste accepter de sortir avec lui, et revendre les cadeaux qu'il me fera. Je peux même me débrouiller pour qu'on couche pas ensemble… »
« C'est hors de question ! » s'enflamma Andreas.
« Andy. C'est juste pour les quatre mois qu'il me reste… »
« Je veux pas que tu fasses ça » fit pitoyablement le blond.
« Pourquoi ? » questionna Bill d'une voix douce, voyant que son ami avait l'air mal.
Andreas tourna son visage vers le sien, connectant leurs regards avant de se pencher légèrement en avant, posant avec hésitation ses lèvres sur les siennes.
Bill répondit immédiatement au baiser, aux anges, et frissonna de tout son corps lorsqu'il murmura un « parce que je suis amoureux de toi » contre sa bouche.
[…]
Retour au présent.
Bill avait repris conscience dans les loges, Andreas maintenant un sac de glace contre sa cheville tout en le couvant d'un regard inquiet.
Puis il avait été admis à l'hôpital et, par chance, rapidement opéré.
Ce n'était qu'une « simple » rupture du tendon d'Achille lui avait dit le médecin, et il rit jaune.
« Je suis foutu » songea-t-il alors qu'il jeta un regard haineux au plâtre qui lui ceignait le pied et une partie de sa jambe.
La porte de sa chambre d'hôpital s'ouvrit à la volée, et il crut défaillir lorsqu'il vu une Simone échevelée apparaitre devant lui. Elle était venue assister à la représentation, sans Tom, évidemment, et s'était dépêchée d'accourir dès le spectacle achevé et dès qu'elle avait réussi à obtenir des informations sur le lieu où il se trouvait.
« Bill, mon chéri, comment vas-tu ? » demanda-t-elle tout en s'asseyant sur la chaise à côté de son lit. Elle lui prit la main et il ne put faire autre chose que d'éclater en sanglot. Elle vint aussitôt l'encercler de ses bras réconfortants, le berçant doucement et lui chuchotant des mots rassurants.
« Comment va Tom ? » demanda-t-il finalement lorsqu'il réussit à reprendre contenance.
Elle se pinça les lèvres, avant de répondre. « Mal. »
Bill détourna le regard. « Je suis désolé »
« On fait tous des erreurs. Mais j'ai une proposition à te faire. »
[…]
Lorsque Tom rentra des cours, une semaine plus tard, il découvrit Bill assis sur sa valise à côté de la porte d'entrée, fumant une énième cigarette alors que sa jambe plâtrée était étendue devant lui, ses béquilles gisant à côté de lui. Leurs regards se croisèrent une milliseconde, et Tom rentra dans la maison sans dire un mot.
Bill soupira, se replaçant plus confortablement sur son fauteuil de fortune. Il avait tout son temps.
