Note de l'auteur : Hop, encore un ! Le titre est nul, mais je n'ai rien trouvé de mieux. Et maintenant, je retourne à Mon ange déchu. A bientôt ! :D
Contexte : Appartient à la série Vagabonde de mon cœur.
Quête verte
Le bruit des sabots heurtant la pierre résonna entre les hautes falaises du défilé. Levant la tête vers les parois rocheuses, elle tenta d'apercevoir un peu de verdure. En vain. De la sueur lui coula dans les yeux et elle s'épongea du poignet. Ses cheveux lui collaient à la nuque en une étouffante et détestable sensation.
Changeant de tactique, elle galopa jusqu'à la sortie du ravin et contourna le plateau couleur ocre jusqu'à trouver un semblant de sentier qui la mènerait jusqu'au sommet. Un éboulis récent formant une pente raide, mais décente, se présenta. Elle talonna Sylpharion qui commença la grimpette, non sans renâcler un peu.
L'étalon gravit aisément la pente, même s'il glissa une fois ou deux, ce qui eut pour conséquence de faire accélérer un peu le cœur de la jeune femme. Celle-ci écarta une énième fois les mèches rousses qui adhéraient à son front trempé, maudissant la plante qu'elle était venue chercher, le soleil qui tapait bien trop fort pour un mois de juin, et sa décision de se laisser repousser la tignasse.
Ils atteignirent enfin une surface plane et elle descendit de sa selle, laissant Sylpharion seul. Le cheval était intelligent et elle savait qu'elle le retrouverait là où elle l'avait laissé. Elle se glissa dans plusieurs anfractuosités, cherchant du regard du vert et du blanc. Un grondement lointain parvint à ses oreilles et elle tenta d'en retrouver la source – les plantes aimaient la proximité de l'eau, non ?
Plusieurs culs-de-sac se présentèrent, l'obligeant à rebrousser chemin et à faire moult détours entre les roches orangées. Le bruit de l'eau se fit peu à peu plus présent et elle acquit la certitude qu'une simple paroi de pierre l'en séparait. Faisant craquer ses articulations, elle se lança dans l'escalade.
Erza passa la tête par-dessus la muraille et sourit d'un air malin. Bingo, pensa-t-elle en découvrant la large cascade entourée de verdure. On aurait dit une oasis enfermée dans un cratère. L'eau formait un petit lac sous la chute d'eau, autour duquel poussaient herbe, arbustes…
Mais pas de fleurs blanches. La rousse grogna de dépit et sauta de son perchoir, se réceptionnant quatre mètres plus bas avec souplesse – elle n'avait pas tout perdu du temps où elle était soldate, songea-t-elle. Elle souleva les branches basses des buissons, observa minutieusement l'herbe drue et ratissa les rives de la rivière qui s'écoulait du bassin jusqu'à un large trou dans la roche, mais dut se rendre à l'évidence : ce qu'elle était venue chercher ne se trouvait pas ici.
Elle leva les yeux au ciel en jurant entre ses dents que son informateur allait en entendre de belles quand elle rentrerait… Et cligna des yeux en apercevant un point blanc, tout en haut de la falaise, près du sommet de la cascade. L'ex-militaire plissa les paupières pour tenter d'améliorer sa vision. Oui, cela ressemblait bien à des fleurs.
De nouveau motivée, elle scruta la roche pour trouver un moyen de rejoindre le haut de la chute d'eau, mais cette fois-ci, aucun éboulis miracle ne vint l'aider. Elle n'allait quand même pas repartir bredouille alors que ce qu'elle cherchait était sous son nez !, enragea-t-elle. Enervée, elle décida de grimper.
Une petite voix dans sa tête lui chuchota que c'était périlleux, très périlleux… Trop peut-être. Elle n'avait pas de corde, rien pour s'assurer. Et la falaise était dangereusement verticale. Erza renifla. On aurait Jellal en train de lui faire la morale, ricana-t-elle.
Se focalisant sur les taches immaculées trente mètres au-dessus de sa tête, la jeune femme entama son ascension. Celle-ci fut relativement facile. La paroi regorgeait de prises et d'appuis et elle n'eut guère de mal à se hisser au sommet. Se déplaçant latéralement sur la pierre, elle commença à récolter les petites fleurs. Sa besace se gonfla rapidement, emplie des plantes rares.
Le problème se posa quand il lui fallut repartir vers le bas. Tous ceux qui avaient un jour pratiqué la grimpe le savaient : monter est bien plus facile que descendre. La rousse considéra la falaise en dessous d'elle. Elle repéra un chemin par lequel revenir à son point de départ lui serait plus aisé : il regorgeait de petites corniches sur lesquelles elle pourrait s'octroyer des pauses.
La première de ces plates-formes se situait à deux mètres sous ses pieds. Il lui fallut dix minutes pour l'atteindre, car elle devait se déplacer lentement. Elle tâtait d'abord du pied l'appui pour vérifier sa solidité, puis y plaçait son poids avant de déplacer l'autre pied. Ses mains exécutaient un parcours semblable, le tout en s'arrangeant pour ne pas renverser le contenu de sa besace.
La pointe de sa botte effleura la corniche et s'y appuya légèrement. La roche tint bon. Erza y posa entièrement le pied et bascula sur ses appuis, changeant son centre de gravité. Elle serra toutefois fortement ses prises au niveau des mains, prête à se rattraper au cas où. Mais la plate-forme était solide et rien ne la mit en alerte. Expirant un bon coup, elle se laissa aller contre la pierre, heureuse de la pause bien méritée.
Elle prit une gorgée d'eau à sa gourde, inspira profondément deux fois de suite puis commença à évaluer la distance jusqu'à la prochaine corniche. Cinq mètres environ. S'accroupissant au bord du vide, elle saisit une prise dans la main droite et descendit son pied vers le bas.
Hélas, rendue friable par le torrent d'eau qui rugissait sans fin à moins d'un mètre de distance, la roche n'était pas prévue pour l'escalade. Et ce qui devait arriver arriva.
La jeune femme sentit la roche sous sa paume céder et se rattrapa à la petite plate-forme où elle venait de se reposer. Presque couvert par le bruit de la chute d'eau, elle entendit un craquement. Et vit avec horreur le rocher auquel elle était suspendue se lézarder sur toute sa longueur.
Puis céder.
ooOoo
Dans le petit village de Calotropis, un jeune homme blond s'épongea le front en s'appuyant sur sa bêche. Il avisa du regard la large portion de champ qu'il venait de retourner et décida de prendre une pause. L'ombre se faisait rare et il décida d'aller du côté de la rivière. Il connaissait un talus où poussait un large saule, apte à lui fournir la fraîcheur qu'il cherchait. Peut-être y croiserait-il Ren ou Hibiki, qui sait ?
Il prit un seau avec lui – comme ça, Grand-mère Belno ne pourrait rien lui dire, songea-t-il. Dix minutes plus tard, le seau gisait dans l'herbe et Eve bullait tranquillement, allongé sur le sol frais et les pieds dans l'eau.
L'envie de patauger un peu le prit et il déambula sur le côté de la rivière, suivant le sens du courant. Les pierres glissaient sous ses pieds et il finit par se casser la figure. Un grand plouf retentit et il refit surface en crachant de l'eau. Levant les bras, il examina ses vêtements trempés et leva les yeux au ciel. Bon, au moins aurait-il moins chaud pendant un moment.
La zone où il venait de tomber regorgeait de menthe sauvage. Eve adorait ça et décida d'en ramener avec lui. Sortant du lit de la rivière, il s'engagea sur le talus à la recherche d'un buisson fourni. Il avait des feuilles vertes plein les mains quand une tache rouge attira son attention.
Intrigué, il s'approcha lentement de la rive. C'était peut-être un renard ? Il y en avait beaucoup dans le coin – ce qui faisait le malheur des poulaillers de la région. Le blond cligna des yeux.
Ce n'était pas un renard. Mais un être humain.
Immobile, face contre terre, le jeune homme n'en distinguait que le manteau lacéré et la chevelure d'un roux éclatant. Il hésita. Et si c'était un cadavre ? La pensée lui tordit désagréablement l'estomac.
Posant sa menthe sur un rocher non loin, il s'approcha précautionneusement du corps. Un objet en bois était emmêlé dans les mèches carmines. Une broche ? Eve posa sa main sur l'épaule de l'homme et secoua celui-ci.
Pas de réaction. Le visage du… Cadavre ? Blessé ? Etait dissimulé par un pan de cheveux humides. D'un doigt hésitant, il écarta les boucles trempées.
Une femme.
Le supposé cadavre gémit et le blond sursauta. Les paupières de la jeune femme frémirent puis s'entrouvrirent de quelques millimètres. Il croisa un regard épuisé avant qu'elle ne referme les yeux et ne cesse de bouger.
Déglutissant, il posa sa paume contre le cou fin, cherchant un pouls. Il le trouva avec soulagement et se demanda alors quoi faire. Il n'avait pas tellement le choix, réalisa-t-il. Il chargea la blessée sur son dos, maudissant les lourds vêtements trempés de cette dernière.
Il mit bien une heure à retourner à la ferme, grimaçant lorsque ses pieds nus heurtaient des pierres aiguisées. La porte était fermée et il y donna un coup de genou dans l'espoir de l'ouvrir. Eve rata son coup et jura.
« Eve Tilm ! Si je te reprends à dire des grossièretés, vingt-deux ans ou pas, je te lave la bouche avec du savon, c'est clair ?! »
Jamais le blond n'avait été si heureux d'entendre Grand-mère Belno lui crier dessus. La vieille dame se stoppa net dans sa diatribe quand elle vit ce que transportait son petit-fils.
« Seigneur, lâcha-t-elle.
- Elle est vivante, la rassura-t-il. Je l'ai trouvée dans la rivière, en bas de la Colline aux Pégases, expliqua-t-il.
- Entre, ordonna Belno en s'écartant pour le laisser passer. Allonge-là sur le lit, je vais chercher de quoi faire. Yajima ! », appela-t-elle en s'enfonçant dans la maison.
Eve obéit et déposa la jeune femme sur son lit. Ne sachant pas quoi faire d'autre, il se dandina un moment d'un pied sur l'autre avant d'aller au grenier se chercher un vieux drap et de la bruyère pour se fabriquer un matelas de fortune.
Le soir même, le blond sauça son assiette avec délice. Grand-père Yajima était un fin cuisinier – pourquoi n'avait-il pas ouvert un restaurant ?, se demanda-t-il pour la énième fois.
« Alors, Belno, comment va notre invitée ?, questionna le vieil homme en jetant un regard vers le plafond.
- Elle dort toujours, répondit la susnommée. Elle est très faible et je pense que sa jambe est cassée. Pas que la jambe, d'ailleurs, ajouta-t-elle en fronçant les sourcils. Je ne sais pas ce qui lui est arrivé, mais elle a de la chance d'être toujours vivante avec l'état dans lequel elle est.
- C'est normal qu'elle ne se réveille pas ?, demanda Eve.
- Elle s'est peut-être cogné la tête, suggéra Yajima.
- On ne saura que quand elle ira mieux. », trancha Belno en se levant pour remporter le plat.
ooOoo
Une semaine plus tard, la situation était à peu près la même. La jeune femme gémissait parfois, reprenait conscience de temps à autre quelques minutes puis s'évanouissait de nouveau pendant plusieurs jours. Grand-mère Belno vit cela comme une preuve d'un méchant traumatisme crânien. Heureusement, la blessée avalait sans guère de difficultés l'eau, la soupe et les tisanes que la vieille femme lui faisait boire, l'empêchant de mourir de dénutrition.
Eve avait arpenté les villages voisins dans l'espoir de croiser quelqu'un qui chercherait la rousse, mais personne ne s'était montré. Il avait interrogé les quelques marchands et aubergistes qu'il connaissait, également en vain. Plusieurs lui avaient promis de faire passer le mot dans les autres contrées, mais étant incapable de leur fournir un nom, il était pessimiste sur ses chances de réussite.
Il lui restait une solution, pensa-t-il en entrant sans bruit dans la chambre où gisait la jeune femme. Il avisa la broche en bois qui reposait sur la table de nuit. C'était un bel objet, s'était-il rendu compte en l'examinant de plus près. Il était fait d'un bois précieux et il aurait juré que le petit oiseau qui tenait lieu de pendentif central était en or.
Faute de trouver quelqu'un qui connaissait leur invitée surprise, peut-être arriverait-il à dénicher une personne qui reconnaîtrait le bijou ? Ses grands-parents furent sceptiques quand il leur exposa son idée, mais n'en n'ayant pas de meilleure à proposer, ils le laissèrent faire. Le blond partit donc de bon matin en direction du village Karkandji, où se tenait un marché, l'accessoire à cheveux en sûreté au fond de son sac.
Le sentier serpentait entre plusieurs collines et il dépassa successivement les lieux-dits du Mont de Cerbère, de la Grotte de Sybaris et du Havre des Félins. Vers une heure de l'après-midi, Eve parvint enfin à Karkandji. Le marché battait son plein et il commença ses recherches avec entrain.
Plusieurs heures plus tard, il lui fallut bien déchanter. Personne n'avait su lui donner une quelconque information sur la broche, si ce n'était une bijoutière qui lui avait fait remarquer que de tels ornements étaient trop coûteux pour des paysans et venait donc forcément d'une grande ville. Mais il n'avait rien pu trouver d'autre et cette piste était trop maigre.
La première grande ville, Orobanche, était à trois jours de marche. La capitale régionale, Sycca, à plus de dix jours de voyage. Lui n'avait jamais été à plus de trente kilomètres de la ferme. Baissant les bras, le blond prit le chemin du retour. La jeune femme saurait bien repartir chez elle quand elle irait mieux.
Le soleil descendit sur l'horizon alors qu'il marchait et le crépuscule le rattrapa à un ou deux kilomètres de chez lui. Une branche se brisa en un bruit sec non loin du sentier et il se figea. Son instinct lui hurlait de fuir et il déglutit en tâchant de se dire qu'il n'avait pas à avoir peur du noir.
Une forme gigantesque jaillit d'un buisson sur le bas-côté et Eve prit ses jambes à son cou. Son cri de terreur fut coupé net lorsqu'il se prit les pieds dans la corde tendue plus loin et finit le visage dans la poussière. Une main le saisit par le col et le releva brusquement tandis qu'une autre lui arrachait son sac.
Mort de peur, le jeune homme retint en gémissement quand des torches éclairèrent la scène, lui dévoilant les profils de ses agresseurs – des bandits de grand chemin. Aucune parole ne lui fut adressée avant que celui qui le tenait ne le balance à nouveau sur la route. Des rires gras résonnèrent dans ses oreilles tout le long du chemin restant alors qu'il courait comme il ne l'avait encore jamais fait.
Ce ne fut que le lendemain, après avoir passé une mauvaise nuit sur son matelas de fortune, qu'il se rendit compte qu'on ne lui avait pas rendu sa besace.
ooOoo
Le militaire fit signe à ses hommes qui se dispersèrent entre les arbres, encerclant la grange à demi en ruines. Un nouveau signal et trois d'entre eux coururent jusqu'au bâtiment, courbés en deux pour ne pas se faire voir. Ils se plaquèrent aux murs et contournèrent lentement la masure, faisant le moins de bruit possible. D'autres soldats vinrent se poster aux fenêtres, jetant un coup d'œil prudent de temps à autres.
La porte fut rapidement enfoncée et un premier groupe se rua à l'intérieur, couvert par un second. L'assaut se termina aussi vite qu'il avait commencé quand un des soldats ressortit tranquillement et signala au reste de la troupe que le bâtiment était vide.
Le caporal Totomaru jura devant sa malchance. Déjà qu'attraper les mercenaires et autres petits voleurs n'était pas très glorifiant, il fallait en plus qu'il rate son coup. Il maudit son père, un petit noble qui n'avait pas pu lui trouver de meilleure place que dans la Garde Intérieure. Il aurait largement préféré servir dans les Divisions Magiques – du temps où elles existaient encore – ou, comble du bonheur, dans la Garde de la Capitale. Au moins n'aurait-il pas passé son temps dans des trous perdus au milieu de la campagne.
Il inspecta rapidement la grange – effectivement vide. Un de ses hommes décela toutefois une trappe dans le sol qui les mena à un butin conséquent. Accompagné de son aide, le caporal commença l'inventaire. Il y avait surtout de la petite monnaie et des bijoux de mauvaise facture, remarqua-t-il après un moment. Quoi de plus normal, dans une région pareille ?
L'aide laissa échapper une exclamation admirative et lui tendit un objet en bois. Totomaru écarquilla les yeux en examinant ce dernier – une broche à cheveux. Le bijou était trop beau pour appartenir à un paysan. Il venait forcément d'une famille riche.
Une expression rusée se peignit sur le visage du caporal. S'il retrouvait à qui avait été volé cet objet, peut-être rentrerait-il dans les bonnes grâces de personnes plus influentes que son bon à rien de paternel, songea-t-il. Et il pourrait ainsi être en mesure de prendre du galon – et par la même occasion de faire ses valises pour la Capitale.
« Je me rends à Lilium, annonça-t-il à son aide. Attrapez-moi ces satanés voleurs, pendant ce temps. »
ooOoo
Lilium, Capitale du Royaume d'Edolas. Sho observa la ville s'activer depuis la haute muraille qui ceignait le palais. C'était la plus grande agglomération du pays – la plus riche aussi. Tous les nobles y avaient leurs quartiers, tous les marchands rêvaient d'y vendre leurs produits. C'était le point de rendez-vous de toute la population du royaume, le centre névralgique de toute activité un tant soit peu développée. On y trouvait les meilleurs artisans, les plus grands médecins et les savants les plus érudits.
C'était aussi l'endroit où le coût de la vie était le plus cher, grimaça le blond en pensant au loyer exorbitant que payaient certains de ses collègues. En tant que Capitaine de la Garde Royale – la garde rapprochée du Roi -, il avait le gîte et le couvert compris dans son salaire et ça lui allait très bien comme ça.
Un page le tira par la manche pour attirer son attention et lui apprit qu'un Caporal de la Garde Intérieure voulait le voir. Sho haussa un sourcil et suivit le gamin jusqu'à la cour où attendait un homme aux cheveux mi-noirs, mi-blancs. Cette drôle de caractéristique lui rappela l'ancien Commandant de la Troisième Division Magique.
« Que puis-je pour vous, Caporal…, commença-t-il, laissant la fin de sa phrase en suspens.
- Totomaru, Capitaine, déclara le sous-officier en relevant le menton. On m'a chargé de veiller au calme de la région à l'ouest de Sycca.
- Et ?, demanda le blond.
- Nous avons récemment appréhendé un groupe de petits malfaiteurs. »
Enfin, ça ne devrait pas tarder, songea Totomaru avant de continuer.
« Nous avons récupéré le fruit de leurs larcins, dans lequel nous avons retrouvé ceci. »
Le caporal tendit à son supérieur une broche en bois de très bonne facture. Sho la prit et l'observa un moment. Il avait la diffuse impression d'avoir déjà vu l'objet quelque part. Mais son subordonné attendait vraisemblablement une réponse et il rangea le bijou dans sa poche.
« Je tâcherai de savoir à qui cette broche a appartenu, Caporal, mais je ne vous promets rien. Vous pouvez disposer. »
L'homme parut déçu mais obéit. Une fois seul, le blond ressortit le bijou et tenta de se rappeler. Mais sa mémoire ne fut pas coopérative et il haussa les épaules. L'objet trouva une place dans un tiroir de sa chambre et il ne tarda pas à l'oublier complètement.
ooOoo
Il était épuisé et sa crinière traînait presque sur le sol. Il n'avait plus la force de tenir son encolure droite – au diable sa fierté, pourtant aussi grande que celle de sa maîtresse.
Il eut une pensée pour l'humaine bruyante et colorée qui le chevauchait depuis plusieurs années. Seul le son de ses sabots se faisait entendre et le timbre de sa voix lui manquait. Il aimait beaucoup l'entendre râler après d'autres humains – des mâles aux crins d'une nuance étrange -, parce qu'il était bien le seul qui ne se faisait jamais crier dessus.
Mais sa maîtresse aux crins acajou avait disparu entre les éboulis et n'était jamais revenue le chercher. C'était étrange, et il avait longtemps attendu avant de se rendre à l'évidence. Il l'avait cherchée, mais les passages entre les pierres étaient trop étroits pour lui et il s'était résigné. Les oreilles basses, il était ressorti du défilé rocheux et avait attendu là encore un moment, hennissant le plus fort possible pour tenter d'attirer son attention.
Hélas, seul le vent lui avait répondu et il avait lentement pris le chemin du retour, ayant vaguement pour but de rejoindre l'écurie située dans la Grande Ville surpeuplée où sa maîtresse le laissait régulièrement se reposer.
Le chemin avait été long, car il avait zigzagué entre les prairies et les rivières pour boire et se nourrir, tout en s'arrêtant fréquemment pour regarder derrière lui – peut-être son humaine le rattraperait-elle ? Mais elle ne s'était pas montrée et son moral avait baissé au fur et à mesure du chemin.
Heureusement, la Grande Ville se trouvait désormais juste devant lui. Qui sait, peut-être sa maîtresse serait-elle à l'écurie ? Cette pensée le ravigota et il trotta jusqu'aux larges portes, les oreilles dressées, à l'affut de la voix autoritaire qu'il connaissait bien.
Prudent, il s'arrangea pour que les humains métalliques le croient appartenir à un convoi d'autres chevaux – un petit truc pour lequel il gagnait toujours une récompense de la part de son humaine et qui la faisait beaucoup rire.
Il hésita un peu sur le chemin à prendre par la suite. Ses jambes le portèrent instinctivement en avant et il décida de les laisser faire. Elles ne l'avaient jamais trahi jusqu'à présent. Il longea un haut mur qu'il reconnut : sa maîtresse et lui passaient souvent par là quand elle allait voir l'humain sur lequel elle criait le plus fort – un mâle aux crins bleu qui avait toujours des pommes à portée de main.
« Sylpharion ! Attends, mon grand ! »
Il dressa les oreilles en entendant son nom. Ce n'était pas la voix de son humaine, mais elle lui évoquait tout de même quelque chose. Une main saisit sa bride et il se retrouva museau à museau avec le fameux humain aux crins bleus auquel il pensait un peu plus tôt.
« Majesté ! Attendez, vous ne pouvez pas sortir du palais sans escorte ! », intervint un humain à la robe foncée et aux crins jaunes.
Celui qui tenait sa bride ne lui accorda aucune attention.
« Sylpharion, tu es tout seul ?, lui demanda-t-il. Où est Erza ? »
Erza ? Ah oui, se souvint-il, c'était comme ça que les humains appelaient sa maîtresse. Il en déduisit avec tristesse qu'elle n'était pas dans la Grande Ville et baissa la tête vers le sol, la fatigue le reprenant.
« Capitaine, emmenez Sylpharion à l'écurie. », entendit-il l'humain bleu dire à l'humain jaune.
Il espéra que son humaine allait bien – où qu'elle puisse être.
ooOoo
Jellal passa tristement la main sur l'encolure de l'étalon, se demandant où pouvait bien être sa cavalière. Jamais Erza ne se séparait de son cheval et apercevoir Sylpharion depuis le haut des remparts lui avait fait un choc.
A sa grande surprise, Sho prit les rênes de la monture mais ne bougea pas.
« Majesté, je viens de me souvenir de quelque chose. Ça n'a peut-être rien à voir mais…, hésita-t-il. Knightwalker possédait-elle une broche ? »
La question désarçonna le roi.
« Oui. Pourquoi ?, demanda-t-il, le cœur battant sous l'effet d'un mauvais pressentiment.
- Il y a quelques jours, un Caporal de la région de Sycca est venu me trouver, expliqua le Capitaine. Il m'a montré une broche que j'ai trouvée familière, sans trop savoir pourquoi.
- Où est-elle, cette broche, maintenant ?, questionna le bleu, soudain très pâle.
- Je vais vous la chercher. »
Sylpharion fut confié aux palefreniers royaux tandis que le blond disparaissait dans les entrailles du palais. Il resurgit par une autre porte un quart d'heure plus tard, un petit objet dans la main. Il tendit celui-ci au souverain qui blêmit encore plus.
Un seul coup lui avait suffi pour identifier le bijou.
« C'est bien celle d'Erza. Je le sais : c'est moi qui la lui ait offerte. », murmura-t-il sans quitter la broche des yeux.
Il releva finalement le regard pour croiser les prunelles sombres de son garde du corps. Celui-ci comprit le message silencieux et hocha la tête.
« Je pars tout de suite. »
ooOoo
José rageait. Comment avait-on pu lui dérober son butin durement amassé ? Ses hommes n'en menaient pas large et l'évitaient autant que possible.
Debout dans la nuit au sommet du Cercle aux Fantômes – nom attribué à un cercle de pierres dressées, prétendument hanté -, il voyait les lumières des chaumières et des fermes s'éteindre une à une au loin.
Une idée lui traversa l'esprit et un rictus mauvais déforma ses traits.
« Mes amis, commença-t-il en s'adressant à ses hommes, il est temps d'élargir nos horizons ! Après tout, pourquoi nous cantonner au vol de bas-étage ? Nous sommes en mesure de faire bien plus ! »
Un frémissement parcourut le groupe de brigands, puis un courageux prit la parole.
« On va faire quoi, alors, Chef ? »
José sourit et le sous-fifre rentra la tête dans les épaules, regrettant de s'être fait remarquer.
« Nous allons piller Calotropis ! »
ooOoo
Sho avait serré les dents en voyant les voleurs, et avait combattu l'instinct qui le poussait à leur sauter dessus sur le champ. Cela aurait été une mauvaise tactique, qui leur aurait coûté l'effet de surprise et la victoire en général.
Aussi le Capitaine les regarda-t-il pénétrer dans le village et se diviser en petits groupes. Les premiers cris de paysans brutalement sortis de leur sommeil se firent entendre et il jeta un air entendu au Caporal Totomaru. Celui-ci donna l'ordre à ses soldats de se déployer autour de Calotropis, bloquant les rues et formant ainsi une souricière géante.
De là où il était, le blond pouvait voir les malheureux villageois être regroupés sur la place principale par les vauriens, qui s'amusaient à les menacer de leurs épées. Un homme barbu aux cheveux bruns semblait être le chef. Le Caporal lui souffla son nom : José Porla. L'homme échappait à la Garde Intérieure depuis une demi-douzaine d'années déjà.
Sho s'avança avec la dernière vague de militaires, aux effectifs renforcés pour l'occasion. Ils passèrent les sentinelles embusquées aux abords, puis à l'intérieur du village, encerclant les pilleurs désormais rassemblés près de leurs victimes. Celles-ci formaient un groupe apeuré et tremblant, d'où émanaient des pleurs d'enfants et des gémissements de la part de ceux qui avaient été battus pour leur manque de coopération.
Plusieurs personnes étaient allongées sur le sol. Le Capitaine distingua de loin un homme qui se tenait la cuisse, un jeune garçon au bras replié contre lui… Et une personne aux cheveux roux éclatants, veillée par une vieille dame à la chevelure d'un blond passé.
Le signal fut donné et les soldats apparurent de partout, désarmant facilement les voleurs stupéfiés. Plusieurs d'entre eux, plus réactifs, tentèrent de s'enfuir et furent attrapés par le cordon de militaires autour du bourg. Le blond chercha Porla du regard et le trouva cloué au sol par le Caporal, apparemment heureux comme un roi d'avoir enfin mis la main sur le fugitif.
Les villageois terrifiés furent rassurés et renvoyés chez eux tandis que le médecin militaire et ses aides s'occupaient des quelques blessés. Sho en profita pour chercher Knightwalker dans la cohue. Malgré la pénombre, il n'eut pas de mal à identifier la chevelure écarlate grâce à la lumière des torches.
Trois personnes se trouvaient avec elle et ils levèrent vers lui un regard empli de gratitude et d'inquiétude tout à la fois. Il leva les mains pour leur faire comprendre qu'il ne leur voulait pas de mal.
« Je connais cette personne, déclara-t-il en désignant la rousse inconsciente. Nous allons la ramener avec nous. Je vous transmets au passage toute la gratitude de ses proches pour avoir pris soin d'elle malgré les… circonstances. »
Le trio échangea des regards surpris avant de hocher la tête en silence, lentement.
ooOoo
Jellal aurait voulu que le temps passe plus vite. Mais que faisait donc Sho ?
Un coup sur son épaule le sortit de ses pensées angoissées. Sylpharion hennit avec reproche et il lui flatta l'encolure.
« Désolé, mon vieux, souffla-t-il au cheval. Quelque chose me dit que ta maîtresse va nous faire avoir des cheveux blancs avant longtemps, avec sa manie de se fourrer dans les pires situations. »
L'étalon agita les oreilles, ce que le souverain prit comme un signe d'assentiment. Sortant une pomme de sa poche, il la présenta à l'animal qui ne se gêna pas pour la croquer en deux coups de dents.
« J'aimerais bien avoir autant d'appétit que toi. », sourit faiblement le bleu.
Un page surgit en courant dans l'écurie du palais, faisant hennir plusieurs chevaux. Il s'arrêta devant Jellal, dérapant un peu sur la paille, et se redressa en s'exclamant :
« Majesté, le Capitaine Sho est rentré de mission ! »
Le souverain sauta sur ses pieds à ces mots, effrayant le gamin qui recula un peu. Sans remarquer le trouble de l'enfant, il posa ses mains sur ses épaules et le questionna.
« Enfin ! Est-ce qu'il est seul ? Ou bien il y a quelqu'un avec lui ?
- Heu… Il y a une dame avec lui, oui, répondit le page d'une petite voix. Une dame aux cheveux rouges… »
Il n'en fallut pas plus au roi d'Edolas pour partir en courant. Son cœur se mit à battre la chamade quand il repéra son Capitaine un peu plus loin, en train d'aider Erza à descendre de la selle. Jellal pâlit en voyant que la jeune femme s'appuyait lourdement sur l'officier et pressa le pas.
Il les rattrapa dans l'escalier à l'intérieur du palais. La rousse boitait et son teint pâle ne lui dit rien qui vaille. Elle lui adressa un regard fatigué quand il passa son bras autour de sa taille pour lui apporter un soutien supplémentaire et il se demanda une nouvelle fois ce qui avait bien pu lui arriver.
ooOoo
« Bordel de Dieu, Jellal, mais tu vas arrêter de me couver, oui ?! Je vais parfaitement bien, alors lâche-moi un peu, espèce d'escogriffe couronné ! »
Le précité passa outre l'insulte et tira la couette jusqu'au menton de la jeune femme à demi-allongée dans le lit, et passablement irritée.
« Tu as la jambe cassée, déclara-t-il en pointant du doigt la forme dudit membre, qu'on devinait sous les draps.
- Et je ne suis pas mourante pour autant, grogna-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine en un geste courroucé.
- Tu n'en n'étais pas loin, pourtant, il y a deux semaines. »
Il avait parlé d'un ton grave et elle ne répliqua pas – parce qu'il avait raison et qu'elle ne pouvait le démentir, quand bien même ça lui hérissait le poil. Vaincue, elle émit un son inintelligible mais qui exprimait cependant très bien son humeur du moment.
Soupirant, le roi s'assit sur le lit.
« Erza, je sais que tu trouves que j'en fais trop, commença-t-il. Mais mets-toi à ma place un instant. J'ai vraiment cru que tu n'allais pas t'en remettre. »
Il avait vécu les heures les plus angoissées de sa vie quand elle avait perdu conscience pendant trois jours de suite. Sho avait rapporté un traumatisme crânien, que le médecin du palais avait confirmé. Le diagnostic n'avait pas arrangé la situation émotionnelle du souverain, pas plus que le fait de voir son amie, d'ordinaire si forte, réduite à l'état de loque.
La rousse grommela quelque chose qu'il devina agrémenté de mots bien trop orduriers pour une demoiselle, renifla, et finalement se radossa à ses oreillers.
« Il y a deux semaines, d'accord, dit-elle. Mais là, ce n'est plus la peine, Jellal. »
Qu'elle utilise son prénom sans y associer une quelconque insulte était rare et faisait montre de son sérieux. Elle ne faisait pas un caprice comme beaucoup pouvaient le penser – Erza n'était pas capricieuse. Elle avait simplement une façon de dire ce qu'elle voulait et de le faire bien à elle, et si les autres n'appréciaient pas, tant pis pour eux. La jeune femme n'était pas du genre à être arrêtée par les opinions de la populace.
« Très bien, céda-t-il. Mais ne t'imagine pas que je vais te laisser vagabonder partout pour autant, la prévint-il.
- Oui, Papa. », le railla-t-elle en levant les yeux au ciel.
Un coup à la porte les interrompit et le bleu quitta le matelas pour aller voir ce qu'on leur voulait. Il revint une minute plus tard avec un large plateau dans les mains. La rousse, qui avait rejeté la couverture et entrepris d'enfiler ses bottes, grogna de dépit.
« Tu manges et on y va, déclara-t-il en posant le plateau-repas à côté d'elle.
- Je n'ai pas faim, Jellal, répondit-elle avec humeur. Tu m'as déjà gavée comme une oie au petit-déjeuner et je n'ai rien fait de la matinée.
- Allez, plaida-t-il en la regardant par en-dessous ses cils – un truc qui marchait à tous les coups avec les filles, avait-il remarqué. Juste une pomme.
- Tu sais où tu peux te la mettre, ta pomme ? »
Autant pour sa super-astuce, pensa-t-il.
Note de l'auteur : Calotropis est le nom d'un arbuste qui pousse dans le désert. On l'appelle aussi pommier de Sodome. Alisma (la ville portuaire qui fait scène à une partie de Vagabonde de mon cœur) est le nom d'une plante aquatique. Quant à Karkandji, c'est le nom arabe du Carcadet, une fleur qu'on appelle aussi l'oseille de Nouvelle-Guinée. Enfin, Orobanche est le nom d'une asperge sauvage de couleur jaune qui pousse dans le désert. Même si les noms fleurs sont une caractéristique de Fiore, pourquoi ne pas faire de même à Edolas ? Car si je ne m'abuse, la Capitale ressemblait assez à une fleur, structurellement parlant. Ce qui m'amène au nom Lilium. C'est le nom latin du lys, et comme la fleur de lys est la fleur des rois de France et que c'est la Capitale Royale… Bon, je pense que tout le monde a compris l'idée.
Les lieux-dits font évidemment référence aux différentes guildes d'Earthland (je m'imagine bien que tout le monde a pigé). Le Mont du Cerbère pour Quatro Cerberos, là, pas besoin d'explication, le nom parle de lui-même. Sybaris est l'autre nom de la Lamia dans le folklore grec. Quant au Havre des Félins, il fait référence à Cait Shelter, que je pense être une déformation de « Cat Shelter », littéralement « Abri des Chats ».
J'aime les blonds, on dirait XD Hibiki, Sting, Sho … Et maintenant Eve ! Faut croire que c'est inconscient…
Pour information, un escogriffe est, selon le dictionnaire : 1. Un homme de haute stature, généralement mince et mal bâti, dégingandé. 2. Un individu dont l'allure louche incite à la méfiance. 3. Un bandit, un escroc, un voleur. Voilà l'explication pour cette insulte, qui est une des préférées du Capitaine Haddock. :D Et dégingandé signifie en gros marcher de façon maladroite, généralement à cause d'une grande taille.
Réponses aux reviews
MalyceaDunCastellan : Voui, moi aussi je fangirlise en ce moment. J'ai besoin de gnangnan et comme j'en trouve pas, j'en poste. Chez moi c'est l'inverse, mon ordi portable tout neuf a une connection du tonnerre ! Tellement qu'il pompe tout le débit de la maison XD Oui, Erza s'inquiète. Elle est froide, mais pas insensible. Merci pour ta review ! :D
Xenolanne256 : Coucou toi ! J C'est la première fois que je te vois, non ? En fait, à la base le Mystwalker était appelé (et l'est toujours d'ailleurs) l'Edo-Gerza. Il a été créé par des fans de Gerza qui se sont dit que puisqu'ils étaient ensemble sur Earthland, pourquoi pas sur Edolas ? Le fait que les duos Jellal/Edo-Jellal et Scarlet/Knightwalker aient des personnalités si différentes en font deux couples à part entière, ce qui rajoute du piment. Quoi qu'il en soit, Erza Knightwalker possède une personnalité brusque et sadique et j'aime en jouer. Et je me dis que ça aiderait bien Scarlet à faire avancer son couple si elle avait un peu de ce caractère-là ! Merci pour ta review :D
Alisha Horiraito : C'est vrai qu'on n'a pas l'habitude de voir Erza, Knightwalker de surcroît, s'adonner aux câlins. Mais rien n'empêche ! J Ultear qui pète un plomb, voilà qui serait sympa à écrire – ah mais non, j'ai dit que je retournais à ma petite fiction sur les vampires… Merci pour ta review :D
