Bonjour, bonjour !
Nous sommes mercredi, donc voici un nouveau chapitre !
Merci pour vos reviews, ainsi qu'aux anonymes: Sandry, Nana10, Magali38890 et EdwardxBella (pour répondre à ta question, il y aura un point de vue d'Edward, mais sur un seul chapitre). Je suis heureuse que cette histoire vous plaise.
Je vous laisse à votre lecture et je vous retrouve plus bas.
Chapitre 3
« Réunion de crise ce soir chez toi ! m'affirma Alice en passant la tête par la porte de mon bureau. Rosalie ramène le repas, je m'occupe de la boisson, et toi essaye de faire un peu de ménage dans ce taudis qui te sert d'appartement, Ok ? »
Je levai la tête que j'avais posée sur mon bureau pour la regarder avec un air hébété. C'était juste irréel ! Il avait fallu, parmi tous les hommes dans cette ville gigantesque, que je tombe sur lui. Mon patron. Pourquoi ? Pourquoi le destin s'acharnait-il toujours sur moi comme ça ?
Je laissai retomber ma tête qui cogna lourdement contre le bois de mon bureau avec un bruit sourd. Aïe ! J'avais toujours cette satanée migraine qui me rappelait quelle idiote j'avais été la veille. Comment allais-je faire pour travailler avec Edward Cullen sans me liquéfier de désir à chaque regard ?
— Ne fais pas cette tête ! Ok, tu ne t'es pas montrée sous ton meilleur jour à notre nouveau directeur, mais ce n'est pas comme si t'avais couché avec lui, déclara Alice de sa voix flutée.
J'attrapai un bloc note et le balançai rageusement dans sa direction.
— Fous le camp Alice ! hurlai-je alors que mon téléphone sonnait.
Elle battit en retraite en gloussant pendant que je décrochais le combiné.
— Oui ! râlai-je furieuse.
— Bordel Swan ! Qu'est-ce que vous foutez ? Cullen vous attend depuis dix minutes pour faire le tour de la boîte, vous avez oublié ce que je vous ai dit il y a une heure ? Pas d'entourloupe ! Alors vous ramenez vos adorables miches tout de suite dans son bureau et vous lui faites faire le tour du propriétaire, c'est compris ? hurla Parker à m'en faire siffler les oreilles.
— Oui, répondis-je complètement désespérée.
Comment j'allais me sortir d'une situation pareille ? Edward était mon directeur. J'essayai de m'imprimer ça dans le crâne, mais je repensais toujours à la soirée de beuverie chez moi, à ma joue contre son torse et sa main dans mon short, à notre baiser avorté dans mon salon en désordre. Comment j'avais pu me foutre dans un pétrin pareil ?
Je sortis de mon bureau en trainant les pieds et traversai l'open space dans un état second. Entre ma cuite de la veille et la perspective de faire le tour des locaux avec Edward, je me sentais à la fois nerveuse et désespérée.
Je m'arrêtai devant la porte de son bureau et soufflai un grand coup avant de frapper trois coups timides. Une voix étouffée me cria d'entrer et je pénétrai dans le bureau baigné par la délicieuse odeur d'Edward.
La pièce était grande et peu meublée. Un bureau en acajou occupait un angle et une table basse entourée de fauteuils lui faisait face. Une armoire métallique avait été installée dans un coin de la pièce, ainsi qu'une desserte contenant des verres et une carafe à whisky en cristal.
Edward était affalé dans un des fauteuils, ses pieds croisés à hauteur de ses chevilles posés sur la table basse.
J'eus un hoquet de surprise et mon ventre se serra quand je réalisai qu'il était dans la même position que chez moi hier soir, aussi décontracté et aussi renversant de perfection.
Moi qui croyais que tous les directeurs se fringuaient en costumes hors de prix, et bien lui, il ne faisait résolument rien comme les autres. Vêtu d'un jean sombre à la coupe impeccable et d'une chemise blanche négligemment déboutonnée, il était à tomber. Absolument rien à voir avec un merlan surgelé.
— Entre Bella.
Je n'avais pas réalisé que j'étais encore dans l'embrassure de la porte, la main sur la poignée, trop perdue dans les souvenirs de notre soirée et dans la contemplation de son visage angélique. Je refermai doucement la porte et m'appuyai tout contre en soufflant.
— Quelle surprise, n'est-ce pas ?
— En effet, reconnus-je, gênée.
— Combien y avait-il de chances pour qu'on se retrouve dans le même journal ? Une sur un million ?
— Je suppose.
— Surtout si l'on considère que tu es partie sans me donner ton numéro de téléphone.
— Tu sais déjà où j'habite, relevai-je, pincée.
— C'est juste, admit-il avec un sourire. Mais viens donc t'asseoir. Tu veux boire quelque chose ? Eau gazeuse ? Soda ? Jus de fruit ? Désolé, apparemment il n'y a pas de Vodka !
Je le fusillai du regard. Ca commençait bien !
— Tant mieux, j'ai un peu de mal à la supporter de toute façon, raillai-je.
— Ah oui ? sourit-il, amusé.
— Oui. A chaque fois, ça ne m'a pas vraiment réussi.
— Alors pourquoi en avoir bu hier soir ?
— Quelqu'un m'y a fortement encouragée, grinçai-je.
— Quel dommage de se laisser si facilement influencer.
Je lui lançai un regard assassin en me décollant de la porte. Je traversai doucement la pièce sous ses yeux attentifs et pris place dans le fauteuil lui faisant face. Il continua de m'observer, un sourire au coin des lèvres. Son regard descendit sur ma poitrine et son sourire se fana alors qu'il semblait avoir du mal à avaler sa salive.
Il était clair que la vue de mon soutien-gorge noir bien apparent sous le fin coton blanc de mon tee-shirt ne le laissait pas de marbre. Je m'enfonçai plus profondément dans le fauteuil et tentai de croiser élégamment les jambes, satisfaite de faire mon petit effet sur sa libido.
Edward s'éclaircit la gorge et détacha ses yeux de mon corps pour les replonger dans les miens.
— Alors, qu'est-ce qui ne va pas avec la Vodka ? demanda-t-il innocemment en croisant ses longs doigts.
— Elle me fait faire des choses que j'ai tendance à regretter le lendemain, balançai-je d'une voix glaciale.
— Oh, vraiment, dit-il d'un ton morne alors qu'il me semblait qu'une lueur de déception passait dans son regard. Ce n'est pas ce que j'avais cru comprendre ce matin.
— Pardon ? m'étranglai-je.
— Je n'ai pas cru comprendre que tu regrettais d'avoir dormi sur moi.
L'enflure ! Il avait senti que j'avais apprécié d'être collée à lui, ma joue contre sa poitrine. Il était beaucoup plus perspicace que je ne l'aurais pensé.
— Eh bien tu as du mal comprendre, répliquai-je vertement.
— Je ne crois pas, ton corps parle pour toi.
— Simple faiblesse de ma part.
— Ah.
Il se leva souplement pour se servir un soda. Quand il passa près de moi, son odeur me frappa et me désarma complètement. Mon esprit s'enlisa tandis que mon corps réagissait bien malgré moi. Je me mordis la lèvre et portai une main à mon front. Dieu, qu'il allait être dur de le côtoyer tous les jours sans lui sauter dessus !
— C'est sûrement dû à un manque cruel de satisfaction sexuelle, dit-il en me tournant le dos.
— Merci de me rappeler ce détail. Quoiqu'il en soit, ça ne se reproduira plus, affirmai-je en me levant.
— Tu crois ? fit-il en se retournant.
Il me rejoignit en deux enjambées. Il était près de moi. Trop près. Mon attention fut attirée par le petit creux qui se formait au-dessus de sa lèvre supérieure quand il esquissait cette moue boudeuse qui me rendait dingue, et je fixai ses lèvres bien au-delà de ce que la décence me le permettait. Je déglutis péniblement.
— Oui, croassai-je.
— En es-tu vraiment sûre ? dit-il en s'approchant plus près encore, son petit sourire en coin sur ses lèvres souples et humides.
Son parfum, cette fragrance si unique et si personnelle qui faisait frémir mon corps entier, m'enveloppa de nouveau et mon esprit se perdit dans la brume. Je n'avais qu'une envie, c'était d'enrouler mes bras autour de son cou et de coller mes lèvres sur les siennes, d'explorer sa peau, de la goûter sur ma langue avant de la glisser dans sa bouche.
— Certaine.
Mon ton me sembla assez ferme, même si ma voix chevrotait un peu.
Il me surplombait de toute sa hauteur et il plongea son regard lumineux dans le mien. Ma respiration s'accéléra, comme à chaque fois qu'il me regardait aussi intensément. Mon ventre tressaillit de désir, brûlant d'un feu incandescent.
Il leva une main et caressa affreusement lentement mon bras nu avec le revers de ses doigts. Mon corps fut secoué de frissons délicieux et mes yeux se fermèrent tous seuls alors que j'expirais un soupir de plaisir incontrôlable.
— Pas moi, murmura-t-il à mon oreille alors que son souffle me faisait tressaillir et qu'un gémissement passait ma bouche, bien malgré moi. Tu ne peux pas me résister, souffla-t-il.
Quoi ? Quelle prétention ! Rouvrant les yeux d'un coup, j'eus un mouvement de recul et repoussai la main d'Edward qui s'attardait sur mon épaule.
— Non mais qu'est-ce que tu t'imagines ? Que tu as juste à claquer des doigts pour me mettre dans ton lit ? Redescend sur terre Edward. Ca n'arrivera pas ! criai-je. « Bien que j'en meurs d'envie… » continuai-je mentalement.
— C'est faux. Tu meurs d'envie d'atterrir dans mon lit.
Merde ! Comment faisait-il ça ? Je soufflai furieusement et pointai un index accusateur sur sa poitrine en évitant soigneusement de le toucher.
— Laisse-moi mettre les choses au clair entre nous. Ce qui c'est passé hier soir était une erreur. Une fâcheuse et gravissime erreur qui ne se reproduira plus.
— Mais Bella, que s'est-il vraiment passé hier soir ?
— Eh bien, tu le sais. Tu étais là, non ? répondis-je, un peu décontenancée.
— Oui. Nous avons bu cette bouteille tous les deux. Nous avons beaucoup discuté, et nous avons dormi. Rien de grave, pourquoi en fais-tu toute une affaire ?
— Tu veux dire qu'on s'est saoulé, qu'on a flirté, qu'on s'est peloté et qu'on est tombé dans un coma éthylique, l'un sur l'autre, à moitié nus dans mon canapé. Dois-je te rappeler où se trouvait ta main ce matin ?
— Inutile, je m'en souviens très bien. Et je vois que toi aussi.
Je sentis mes joues s'échauffer et je mordis sauvagement ma lèvre. Mais je ne trouvai rien à redire à sa répartie.
— Si mon téléphone n'avait pas sonné ce matin, je t'aurais embrassée et tu te serais laissé faire. Je t'attire, ne le nie pas.
— Je… Oh ! Mais quelle prétention ! Je ne suis pas si facile ! protestai-je en détournant les yeux.
S'il savait à quel point je l'étais il y a quelques mois, il serait sûrement déjà parti en courant.
— Je n'ai pas dis que tu l'étais. Mais je pourrais remplir le vide de ta vie sexuelle et te montrer mes fameux talents…
— Inutile de jouer à ce petit jeu. Je ne coucherai pas avec toi.
— Et pourquoi pas ?
— Parce que tu es mon patron !
— C'est un détail négligeable.
— Pas pour moi !
— Tu vas céder Bella, je le sais ! dit-il avec un sourire arrogant.
Bon Dieu ! Pour qui se prenait-il à la fin ? Il m'exaspérait tellement ! Je me demandai où était passé le jeune homme charmant avec qui j'avais passé la soirée d'hier. Aujourd'hui il avait l'air de s'être transformé en homme des cavernes. En homo-crétinus déguisé en directeur cynique et orgueilleux qui n'avait qu'une idée en tête c'était de coucher avec moi !
Et même si j'en crevais d'envie, j'avais beaucoup trop d'orgueil pour céder aussi facilement. De plus, il était hors de question que je m'envoie en l'air avec mon patron.
Il s'amusait à jouer avec mes nerfs et il avait l'air bien conscient du désir que je ressentais pour lui. Le salaud ! Il voulait jouer, alors on allait jouer…
— Ah oui, tu crois ça ? dis-je d'une voix charmeuse.
A mon tour, je me rapprochai de lui et je posai un doigt sur ses lèvres en mordillant lascivement la mienne, puis le fis descendre lentement sur son menton, suivre la courbe de son cou, passer entre ses clavicules, pour l'arrêter juste avant le premier bouton retenant sa chemise.
Je relevai le regard vers lui et passai ma langue sur mes lèvres. Il fixa ma bouche d'un air avide. Il était cuit à point, il ne me restait plus qu'à l'achever.
J'approchai mes lèvres de son oreille et lui chuchotai « Il faudra vous y faire Monsieur Cullen, vous ne m'aurez jamais. »
Puis, satisfaite de mon petit effet, je me retournai et ondulai des hanches jusqu'à la porte de son bureau. Saisissant la poignée, je lui jetai un dernier regard incendiaire et le découvris essoufflé et tremblant. Je lui fis un sourire de prédateur et sortis.
Alors que je refermais la porte, il me sembla l'entendre dire « C'est ce que nous verrons Mademoiselle Swan. »
Je ne sais pas comment j'avais fait pour survivre à cette atroce et interminable journée.
Après notre petite entrevue mouvementée dans le bureau d'Edward, dont je suis persuadée que personne dans l'open space n'avait loupé une miette, je m'étais effondrée dans mon fauteuil et j'avais maudis la terre entière, Dieu et tous les Saints pour me faire vivre cet enfer.
Une demi-heure plus tard, il m'avait rejointe dans mon bureau, visage fermé et mâchoires serrées. Son air glacial et hautain m'avait refroidie d'un coup et j'avais redouté de devoir passer le reste de la journée en sa compagnie.
Je l'avais entraîné au pas de course dans les différents services, ne m'attardant pas trop sur les présentations puisque de toute façon, tout le monde sauf moi avait l'air de savoir qu'il arrivait aujourd'hui.
Il paraissait cordial et avenant avec le personnel, serrant des mains et souriant de ce sourire qui me faisait trembler, mais quand on se retrouvait seuls dans le couloir, il redevenait froid et distant.
Sa réaction m'avait un peu surprise au début, puis je m'en étais agacée, et maintenant, alors que je sortais péniblement du taxi qui me déposait devant mon immeuble, j'étais complètement démoralisée et abattue.
Pourquoi me désolais-je à ce point qu'il ne m'adresse plus la parole ? Qu'il me regarde à peine, ou avec cet air dédaigneux et arrogant ? Après tout, je l'avais bien cherché en le snobant comme une imbécile.
Je me consumais d'envie qu'il me touche, qu'il m'embrasse mais je l'avais repoussé. Et j'étais bien plus désarçonnée qu'il ne l'aurait fallu. Peut-être avais-je simplement peur de m'attacher à lui et de souffrir, encore ?
Il battait le froid et le chaud et j'étais complètement à la merci de ses sautes d'humeur, ce qui m'horripilait au plus haut point.
Alors que j'étais dans l'ascenseur, je me massai les tempes et décidai de me reprendre. Après tout, j'étais une femme libre et accomplie. Je n'avais pas besoin d'homme et encore moins d'être dépendante d'un homme, même si ce n'était qu'affectivement. Et puis cet Edward, je ne l'avais vu que deux fois et je ne le connaissais pas plus que ça.
De prime abord, je m'étais laissée séduire comme une demeurée, mais maintenant qu'il avait révélé son vrai visage je voyais quel manipulateur et quel prédateur il était. Et quel macho aussi ! Sous prétexte que j'avais refusé les avances de Monsieur, il me traitait comme si j'avais la peste. Quel crétin ! Terriblement séduisant certes, mais néanmoins crétin. Oui, je lui avais résisté et ça n'en était que plus valorisant.
La porte de l'ascenseur s'ouvrit et je débarquai dans le couloir d'un pas déterminé, toute remontée contre Edward. J'allais être une séductrice, une bombe gonflée aux hormones, débordant de sensualité et de glamour. Mais pas une pouffiasse hein ! Tout serait dans la subtilité.
J'allais le faire tomber dans mes filets, le séduire pour mieux le repousser. Dès demain, j'allais enfiler ma panoplie de femme fatale et je le ferais ramper de désir devant moi jusqu'à temps qu'il me supplie de lui accorder un regard. Et je lui ferais ravaler son air arrogant et sûr de lui.
Je ricanai en glissant la clé dans la serrure, mais mon sourire se fana quand j'ouvris la porte. Interloquée par la vision de mon appartement, je pénétrai comme une automate dans la pièce, bouche ouverte et bras ballants.
Tout était impeccablement rangé. Les cartons et les bouteilles vides qui jonchaient le sol avaient été ramassés et placés dans un sac poubelle dans la cuisine, les cendriers vidés, les magazines ramassés et rangés sur les étagères. Les vêtements qui trainaient avaient été soigneusement pliés sur le bord du canapé.
Sur le bar de la cuisine, un énorme bouquet de pivoines blanches trônait dans un vase en cristal que je ne connaissais pas, d'ailleurs je n'étais même pas sûre d'en posséder un seul, et une petite enveloppe blanche était posée tout contre.
Je laissai tomber mon sac à main au sol et traversai la pièce à pas lents en fixant l'enveloppe de peur qu'elle ne disparaisse si je détournais le regard ne serait-ce qu'une seconde. D'une main tremblante, je décachetai le rabat et sortis une petite carte blanche où était tracé d'une écriture régulière et penchée :
Pour te remercier de m'avoir sorti de ma mélancolie.
Tu es un être rare, comme on n'en rencontre peu.
Bien à toi,
E.
Je sentis mes jambes me lâcher et je m'écroulai sur le sol, la carte à la main. Mais qui était cet homme ? Tantôt amical et séducteur, puis arrogant et horripilant, et l'instant d'après si diaboliquement romantique.
Bon Dieu ! Il m'avait offert des pivoines blanches. Comment avait-il deviné qu'elles étaient mes fleurs préférées ?
J'eus l'impression qu'un raz de marée avait chamboulé toutes mes émotions quand en retournant la carte je découvris qu'il m'avait laissé son numéro de portable.
Que fallait-il que je fasse maintenant ? Que je l'appelle, même après la journée horrible que je venais de passer avec lui, ou bien que j'attende le lendemain pour le remercier de vive voix ?
Au bout de dix minutes de tergiversations mentales, je décidai de l'appeler. Je récupérai fébrilement mon portable dans mon sac à main et allai m'installer dans mon canapé, puis je composai son numéro d'une main tremblante.
Mon cœur battait la chamade alors que la première sonnerie retentissait contre mon oreille. Au bout de la cinquième, je tombai sur son répondeur mi-soulagée, mi-déçue.
— Edward, c'est Bella. Je viens de rentrer et je voulais te remercier pour… tu sais, les fleurs et tout le reste. C'était vraiment gentil… hum, bon euh… à demain. Bonne soirée, dis-je d'une voix mal assurée.
Puis je raccrochai en soufflant lourdement et balançai mon I Phone sur la table basse. Je me calai dans mon canapé, les jambes relevées contre ma poitrine, la tête posée sur mes genoux et me mis à réfléchir à la situation dans laquelle j'étais, tant et si bien que j'eus l'impression que mon cerveau allait se liquéfier.
— Bella !
Je sursautai et découvris Alice dans l'entrée, le visage furibond.
— Mais tu es complètement folle ! Tu as laissé ta porte grande ouverte ! On est à New York Bella, pas dans ta province paumée et humide ! Il y a des tonnes de détraqués ici qui n'attendent qu'une seule chose c'est de s'introduire dans les appartements pour tout dévaliser ou pire, pour violer et assassiner, et toi tu ne prends même pas la peine de fermer ta porte ! hurla-t-elle, les mains sur les hanches.
Parfois Alice me faisait penser à un petit angelot survoltée, mignon et minuscule, mais là elle tenait plutôt du sergent d'infanterie de marine en talons aiguilles et jupe crayon en train de passer un savon au pauvre bidasse qui a mal ciré ses rangers.
— Oh lâche-la un peu Alice ! râla Rosalie qui entrait à son tour dans la pièce, les bras chargés de sacs en papier. Tu vois le mal partout.
— Mais il est partout ! Tu te rends compte que n'importe qui aurait pu rentrer ici et l'égorger pendant qu'elle était dans cette espèce de transe post gueule de bois, et que nous l'aurions retrouvée baignant dans son sang sans même qu'elle ait eu le temps de nous raconter sa journée avec Mister Belle Gueule ! débita Alice sans même respirer.
— Merci Alice, c'est très imagé, grimaçai-je en me levant pour aider Rosalie à porter ses sacs.
Je déposai le tout sur le bar de la cuisine et commençai à déballer les victuailles.
— Bordel Alice ! Pourquoi avoir pris tant d'alcool ? Tu veux ma mort c'est ça ?
— Mais pas du tout ! Il faut soigner le mal par le mal. Tu ne connais pas ce vieux dicton ?
— Non…
Elle haussa les épaules et s'empara de la bouteille de Tequila.
— Bon, je vais nous préparer des Margarita.
— Hum, tant que tu n'y mets pas de la Vodka… grommelai-je en m'installant sur un tabouret de bar, la tête dans les mains.
J'étais restée vaseuse toute la journée.
— Tiens, prend-ça, me dit Rosalie en sortant une plaquette de comprimés de la poche de sa veste.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Relax ! Ce n'est pas de la cocaïne ! C'est un remède radical contre la gueule de bois.
Rosalie avait toujours tout un tas de médicaments sur elle. Elle était infirmière aux urgences du Mount Sinaï Hospital sur la 5ème avenue depuis deux ans maintenant. Elle venait de Seattle, non loin de Forks, et c'est pourquoi quand nous nous étions rencontrées à plusieurs reprises à l'hôpital, lors de mes nombreux passages suite à ma maladresse légendaire, nous avions tout de suite sympathisé. Nous partagions l'amour des grands espaces verdoyants, de l'air humide et des sous-bois odorants.
Elle était d'une beauté à couper le souffle et quand je l'avais vue la première fois, ses formes généreuses et affolantes enserrées dans sa blouse blanche, ses cheveux blonds cascadant en boucles souples et soyeuses sur ses épaules, elle m'avait paru être le stéréotype du fantasme masculin par excellence.
Pourtant, c'était une jeune femme mûre et réfléchie, loin de l'image de l'infirmière frivole et dévergondée. Je lui avais présenté Alice et nous étions vite devenues très amies.
Elle traînait derrière elle un lourd passé avec les hommes. Quand elle avait 20 ans, elle fréquentait un aristocrate, Royce King troisième du nom, et croyait en être amoureuse. Elle était même fiancée.
Mais c'était un con fini, violent et alcoolique qui l'avait battue à plusieurs reprises, avec un tel acharnement qu'elle avait dû être admise en urgence à l'hôpital. Elle avait fini par le quitter. Depuis, elle était très méfiante envers les hommes qui entraient dans sa vie et n'accordait pas facilement sa confiance à quelqu'un.
Alice quant à elle était une newyorkaise pure souche. Elle était la seule et unique héritière de l'empire Brandon.
Son grand-père possédait une petite entreprise spécialisée dans les farces et attrapes qu'il avait crée de ses mains. A sa mort, il avait tout légué à son fils unique et également associé.
Le père d'Alice avait su faire prospérer la petite entreprise familiale et l'avait développé en une multinationale mondialement connue et cotée en bourse. Tout le monde avait un jour ou l'autre, sans le savoir, acheté des ballons, des serpentins, des faux nez ou des coussins péteurs de chez Brandon and Son Industries.
Les parents d'Alice étaient morts alors qu'elle était à peine majeure. Elle avait hérité d'une fortune colossale s'élevant à plusieurs millions de dollars, sans compter les immeubles, les villas et les chalets qu'elle possédait aux quatre coins du globe.
Alice était une femme d'affaires redoutable. Elle avait tenu tête fièrement à tous les requins de la finance qui auraient tué leur propre mère pour s'approprier son entreprise. En devenant l'actionnaire majoritaire elle avait eu l'intelligence de s'entourer de personnel compétent et dévoué afin de sauvegarder son héritage familial.
Et malgré cette immense fortune, elle travaillait comme graphiste à la rédaction du New York Insider, parce que c'est qu'elle aimait faire.
Je l'adorais, même si des fois elle me tapait sur les nerfs ! C'était mon incorrigible petite fouineuse, mon démon personnel en bas nylon et stilettos Louboutin et c'était la seule qui m'appelait par mon prénom au boulot. Les autres se contentaient de « Swan » ou « l'autre ».
Pour tout le monde j'étais la fille bizarre, maladroite et déjantée qui venait travailler pieds nus, avec des dessous noirs sous un tee-shirt blanc. Celle qui avait des réparties étranges et décalées, des coiffures insolites, un maquillage expérimental bref, je ne rentrais pas dans le moule et ça, ça dérangeait un peu.
Mais j'étais bonne. J'étais une bonne journaliste, même si les sujets que j'étais forcée de traiter me dégoûtaient, j'excellais dans l'art du commentaire, de la narration, et même de la dérision. Je jouais avec les mots avec tellement de facilité que c'en était parfois déconcertant, et c'était pour cette raison que ce pervers de Parker ne m'avait jamais virée même si j'étais persuadée qu'il en mourrait d'envie.
Je sortis de mes réflexions et m'emparai du cachet tandis qu'Alice secouait furieusement un shaker.
— Alice, peux-tu me donner le broc derrière toi ? lui demanda Rosalie.
— Bien sûr, je te le donnerai avec plaisir si seulement je savais ce que c'était ! répliqua-t-elle en dévissant son shaker.
— Alice, comment peux-tu diriger une société cotée en bourse et ignorer ce qu'est un broc ? m'étonnai-je à moitié hilare.
Elle haussa les épaules en alignant trois verres sur le comptoir pendant que Rosalie saisissait la carafe posée sur une étagère et la remplissait d'eau.
— C'est ça un broc ! dit Rose en me versant un verre d'eau afin que j'avale mon comprimé, tout en essayant de contenir un fou rire.
— Comment voulais-tu que je le sache, je ne fais jamais la cuisine ! se défendit Alice alors que nous pouffions de rire, Rosalie et moi.
Alice finit par s'esclaffer avec nous puis nous servit un Margarita. Rosalie déballa des boîtes odorantes venant tout droit du meilleur traiteur chinois de la ville et nous commençâmes à piocher de la nourriture à l'aide de nos baguettes.
Bien évidemment, l'exercice ne fut pas aussi aisé pour moi que pour mes amies, mais je parvins tout de même à attraper quelques morceaux de poulet.
— Alors Bella, raconte, commença Rosalie en tendant le menton vers le bouquet de pivoines.
Je leur racontai tout : la soirée de la veille, le réveil avec Edward, le presque baiser du matin, puis la journée catastrophique, mon retour dans l'appartement, les fleurs et le petit mot.
— Il est fou de toi ! conclut Alice en relisant la carte.
— Non. Il veut juste me mettre dans son lit, répliquai-je en terminant mon verre, il me l'a dit d'ailleurs.
— Eh ben fonce ! Rappelle-toi Bella, ton vagin n'attend que ça !
— Alice, c'est le patron ! Je ne peux pas m'envoyer en l'air avec mon patron ! m'insurgeai-je.
— Pourquoi pas ? s'étonna-t-elle après avoir allumé une cigarette.
— Parce que… je ne peux pas voilà tout ! De toute façon, la question ne se pose plus étant donné qu'il m'ignore royalement et qu'il agit comme un parfait goujat.
— Il fait ça pour que tu reviennes, pour que tu le supplies. Surtout ne craques pas Bella ! Tu dois le faire mariner dans son jus et quand il sera fin prêt, tu le consommes et puis tu le jettes ! Ca l'apprendra à te traiter de la sorte ! ragea Alice en préparant trois autres Margarita.
— Ce n'est pas aussi simple que ça… geignis-je.
J'attrapai la cigarette d'Alice abandonnée dans le cendrier et en tirai une longue bouffée.
— Je ne vois pas où est le problème, ce ne sera pas le premier que tu séduis pour mieux le jeter après, fit-elle remarquer en posant son shaker pour saisir entre ses baguettes un morceau de bœuf avec une dextérité incroyable.
— Mais celui-là, il te plaît pas vrai ? demanda Rosalie, la voix de la sagesse.
— Oui. Plus qu'il ne le faudrait, avouai-je.
— Et tu as peur de souffrir à nouveau, c'est ça ?
Je hochai la tête et mes yeux se brouillèrent alors que je repensai à Jacob et à notre relation désastreuse.
En débarquant dans cette grande métropole grouillant de vie et d'inconnus j'avais cru que je pourrais m'y fondre sans être remarquée. Et j'avais réussis. Un peu trop bien même, car je m'étais retrouvée totalement seule. De plus, la douleur de l'échec cuisant de ma relation avec Jacob m'avait poursuivie jusqu'ici. De même que l'humiliation.
Ce qui m'avait fait le plus souffrir, c'était d'avoir perdu mon meilleur ami, mon unique et inébranlable soutien dans ma vie merdique et semée d'embûches. Alors j'avais commencé à le détester. Puis j'avais détesté tous les hommes, avant de finalement me détester moi-même.
J'avais erré d'hommes en hommes sans jamais vouloir les connaître, de peur de m'y attacher et de souffrir de nouveau.
Ils étaient passés dans ma vie et je m'étais déchaînée sur eux pour me venger et me punir en même temps. Ils m'avaient offert une étreinte rapide et dépravée, puis étaient repartis aussi vite qu'ils étaient apparus et cela m'avait laissée toujours un peu plus mélancolique à chaque fois.
Mais avec Edward c'était différent. Cet homme, je ne l'avais même pas encore embrassé, mais il m'obsédait.
Il réveillait en moi un désir enfouis, un désir viscéral et intense que jamais personne n'avait éveillé en moi auparavant. Et cela me terrorisait.
Je le voulais, et je ne voulais pas seulement son corps, je voulais autre chose avec lui. Et c'est sûrement pour cette raison que je ne l'avais pas laissé me toucher et que je l'avais repoussé quand il prétendait vouloir me mettre dans son lit. Je ne voulais pas faire comme avec tous les autres. J'en avais fini avec ça, je me l'étais promis.
Sans m'en rendre compte, je sentis les larmes rouler sur mes joues et je les essuyais d'un geste rageur.
— Bella, ça va ? demanda doucement Rosalie.
— Non, pas vraiment, reniflai-je.
— Tu sais ce que tu vas faire ? me dit Alice en me frottant le dos. Tu vas te faire couler un bon bain. Tiens, je t'ai rapporté un masque pour les cheveux et un gommage pour le corps, continua-t-elle d'une voix douce en sortant des produits d'un sachet en papier.
— Alice, ça a dû te coûter une fortune !
— Ne t'inquiètes pas pour ça, et puis ça me fait plaisir. Aller, va te détendre et te faire belle, je te prépare un autre Margarita et après on pourra s'affaler dans le canapé en mangeant de la glace. Rose a ramené des DVD et c'est toi qui choisiras le film, OK ?
— Merci les filles, articulai-je péniblement, des trémolos dans la voix.
Parfois je me faisais pitié !
— Alice, je crois que Bella est un peu fatiguée ce soir, fit Rosalie en me lançant un regard appuyé. N'est-ce pas Bella ?
J'opinai mollement, un sourire désolé sur les lèvres. Que Dieu bénisse Rosalie ! Je n'avais qu'une seule envie à présent, c'était de me couler dans l'eau brûlante du bain puis de me glisser sous ma couette.
— Ok ma belle, on te laisse. A demain au bureau, et ne t'en fais pas trop pour ce Cullen ! dit Alice en m'étreignant longuement. Va dans ton bain, on s'occupe de ranger tout ça et on se sauve.
Après avoir chaleureusement remercié mes amies, j'attrapai mon I Pod et allai m'enfermer dans la salle de bain. Une fois dans le bain chaud et fumant, j'appliquai le masque sur mes cheveux et les démêlai étonnamment facilement à l'aide d'un peigne à grosses dents.
Les produits qu'avait ramené Alice étaient tout simplement sublimes et sûrement hors de prix aussi. Je plaçai les écouteurs dans mes oreilles et commençai à me détendre au son de la musique classique. J'entendis vaguement la porte d'entrée claquer et lâchai un gros soupir de bien-être.
Au bout d'une quinzaine de minutes, après m'être gommée et rincée, je sortis de la baignoire et m'enroulai dans mon peignoir. Je me lavai le visage, me brossai les dents et allai m'installer dans mon canapé après avoir enfilé un ensemble short débardeur et un sweat-shirt gris trois fois trop grand pour moi.
La télécommande à la main, je me mis à zapper convulsivement. Je tombai sur « Out of Africa » et me laissai aller à la contemplation des paysages africains en somnolant.
Je sortis de ma léthargie quand trois coups discrets retentirent à ma porte. Je consultai ma montre : 23h30. Qui pouvait bien me rendre visite à cette heure tardive ?
Je jetai un œil par le judas et je crus que mes jambes allaient me lâcher. J'avalai ma salive avec peine et ouvris la porte à Edward qui me contemplait d'un air douloureux.
Son visage était tourmenté, empreint d'une tristesse sans limite qui me vrilla le cœur. Ses yeux brillaient de larmes contenues difficilement et ses lèvres pincées tremblaient légèrement. L'émotion m'étrangla et je ne pus dire un seul mot tellement ma gorge serrée était douloureuse.
Brusquement, il s'avança vers moi et me serra dans ses bras avec la force du désespoir, enfouissant son visage dans mes cheveux encore humides. Je refermai mes bras autour de sa nuque, complètement bouleversée. Ses épaules furent secouées de sanglots et il étouffa un râle dans mon cou.
Je le serrai plus fort et me mis à lui caresser la nuque, passant doucement mes doigts dans ses cheveux. Au bout d'un long moment, ses sanglots s'apaisèrent et je me détachai de lui pour regarder son beau visage ravagé par un chagrin que je ne comprenais pas. J'ancrai mes yeux aux siens, tentant de faire passer dans mon regard toute ma détermination à lui faire oublier cette tristesse.
— Viens, lui dis-je en lui prenant la main et en l'entraînant dans l'appartement.
Je refermai la porte derrière lui et me retournai. Il n'avait pas bougé, le regard rivé au sol, comme perdu dans le brouillard de ses pensées mélancoliques.
De nouveau, je glissai ma main dans la sienne et le tirai pour qu'il s'installe avec moi dans le canapé. J'enroulai mon bras autour de ses épaules et il posa sa tête sur ma poitrine tandis que ma main passait et repassait dans ses cheveux désordonnés.
— Bella… commença-t-il d'une voix cassée.
— Chut, ne dis rien. Tu n'es pas obligé de parler Edward, murmurai-je à son oreille.
Puis sans réfléchir, je déposai un tendre baiser sur ses cheveux si doux en le berçant doucement comme l'aurait fait une mère avec son enfant
Nous restâmes longtemps ainsi sans bouger dans le silence uniquement troublé par les musiques envoûtantes du film et par nos respirations. Puis, alors que je pensais qu'il s'était endormi, la main d'Edward enserra puissamment ma taille et il me fit basculer sur le canapé avec lui.
Nous nous retrouvâmes allongés face à face, nos corps pressés l'un contre l'autre. Je sentais son souffle sur mes lèvres et j'eus un court instant de malaise.
Ses yeux fouillaient les miens avec une telle intensité que j'en eu le souffle coupé. Lentement, sa main monta vers mon visage et ses doigts caressèrent ma joue, me faisant tressaillir. Je ne pouvais pas détacher mon regard du sien et au-delà de la tristesse qui ombrait ses prunelles d'ordinaire si pétillantes, je crus y lire de la tendresse, juste l'espace d'un instant fugace.
— Merci Bella, chuchota-t-il.
Puis il nicha son visage dans mon cou en m'étreignant plus étroitement. Son souffle sur ma peau se fit plus régulier et pendant qu'il dormait tout contre moi, mon esprit bouillait de questions.
Qu'est-ce qui avait bien pu le mettre dans cet état ? Pourquoi avait-il choisi de venir me voir moi ? Et pourquoi me sentais-je si concernée par sa peine ? Pourquoi avais-je l'impression de souffrir moi aussi, rien qu'en le voyant se débattre dans son chagrin ?
Lasse de me torturer de questions, j'attrapai le plaid sur le dossier du canapé et nous recouvris, puis j'éteignis la télé et, me blottissant tout contre ce corps chaud qui me faisait tant fantasmer, je glissai lentement vers le sommeil.
Mais avant que je ne sombre complètement, il me sembla sentir les lèvres d'Edward effleurer mon cou d'un baiser léger.
La suite mercredi prochain !
En attendant, vous savez ce qu'il vous reste à faire…
Bisous !
