Carter, non, Callista,

Ton audience est imminente. Je suis conscient que je ne devrais pas tenter de te contacter et que personne ne le doit, du moins en principe. Peut-être lieras-tu cette lettre avant ou après ton audience, ou peut-être que tu ne la lieras pas dans quel cas je n'hésiterai pas à t'écrire de nouveau, encore et encore, jusqu'à réceptionner un retour de ta part ou d'un tiers, quel qu'en soit la nature.

Les nouvelles envoyées aux Potter par ta famille ont été suffisamment explicites pour dissuader quiconque d'entrer en contact avec toi. De concentration tu as besoin, leur a-t-on transmis. Qu'est-ce que cela veut dire ? Nous nous le sommes demandé. James est comme anesthésié par l'inquiétude qu'il ressent à ton égard, le sais-tu ? Les Potter aussi sont inquiets, ils t'aiment d'un amour quasi filial, en as-tu conscience ?

Quant à moi, je ne peux pas patienter une seconde de plus, comprends-tu ? Non… certainement pas.

Carter, je crois connaître suffisamment ton tempérament pour savoir qu'en de telles circonstances, tu ne veux ni pitié pour le drame qui te touche - mais qui nous touche également, sache-le - ni remerciements pour ce que tu as fait.

Je ne saurais trouver de mots assez forts pour te témoigner de toute l'empathie que je ressens à ton encontre... Mais - et je ne peux le taire plus longtemps, pardonne ma franchise abrupte - de toute la colère mêlée d'inquiétude et d'admiration insensée que je ressens également pour l'acte de bravoure inconséquent dont tu as fait preuve cette nuit-là à mon encontre.

Callista, il y a des personnes dans notre société qui sont et restent exceptionnelles de par leurs capacités mais également de par leur bonté d'âme et nul doute dans mon esprit, tu fais partie du peu de personnes que je classe dans cette catégorie et qui me sont chères.

Bien que ma gratitude pour ton geste se dispute à une intense culpabilité compte tenu du fait que je ne me serais jamais pardonné qu'il t'arrive quelque chose autant auprès de James que de moi-même, et que d'autres moyens auraient peut-être pu être utilisés, je ne peux m'empêcher de trouver cette façon d'agir tout simplement extraordinaire. Je ne l'oublierais jamais.

Carter, par cette lettre, sache à quel point ma considération pour toi est grande. Sache également que pour réussir de grandes choses, ce dont, je n'en doute pas, tu auras de nouveau envie, on a besoin non seulement d'agir mais aussi de rêver et de croire.

Nous allons faire connaissance.

Tes problèmes, de quelques natures qu'ils soient, sont désormais les miens. Je m'y engage.

Si tu en as, je veux que tu me partages tes orages parce que, que tu le permettes ou non, Carter, je tâcherai de te faire croire en quelque chose.

Sirius Black

Ladite Carter, Callista Coxa Carter de son nom complet, déposa une bonne fois pour toutes le parchemin trituré un nombre incalculable de fois à plat sur le secrétaire en bois de chêne face auquel elle était assise.

Longuement, les mains posées à plat sur le bois ciré avec soin, elle observa l'écriture calligraphiée de Black, son attention systématiquement reportée vers la chute de la missive.

Se détournant des mots forts de Black, de cet engagement couché par écrit dont l'emprunte solennelle semblait suinter du parchemin et transcender les kilomètres qui les séparaient, Callista prit le parti d'observer le paysage verdoyant qui s'offrait à elle du haut du troisième étage de la maison de maître dans laquelle elle se trouvait.

Black. Cet être inconséquent... autant qu'elle l'était.

Le ciel était bleu. Une belle matinée s'annonçait sur la majeure partie du nord-est du pays avec la présence d'un beau soleil accompagné de quelques passages nuageux.

Son père aimait les ciels bleus, la chaleur du soleil sur sa peau et tant d'autres choses... La vie, tout simplement.

Mû d'un mouvement incertain mais existant, Callista reporta son attention sur l'écriture de Black, se remémorant les promesses qu'elle s'était promise de tenir.

Le maintien de son honneur et de ses propres crédos n'étaient qu'une partie immergé de l'iceberg.

Elle était une Carter certes, mais elle était avant tout et tout autre chose, tout comme feu son père, un individu distinct des dictats d'autrui.

Il était temps de faire un pas vers toutes les lumières qu'elle avait écarté à dessein de son existence.

Et Black, bien que son nom pouvait aisément prévenir du contraire, souhaitait apparemment devenir l'une d'elles. Aussi... tirant à elle un parchemin vierge ainsi qu'une plume d'un blanc immaculé, elle se mit à écrire.

Black,

J'ai bien eu ta lettre. Lue peu après mon audience.

Les charges retenues contre moi sont abandonnées. Mais vous le savez déjà.

Je suis en Amérique.

Pour tes mots… Merci.

C.C.C.

Cela fait, la jeune sorcière roula la brève missive et la cacheta du sceau de cire comportant les armoiries familiales.

C'est après une longue respiration qu'elle la délaissa des yeux et tira à elle une pile de parchemins.

C'est avec cette même volonté incertaine mais existante qui l'avait poussée à répondre à Black qu'elle relut la première missive - première d'une longue liste - de son plus vieil ami...

Ma chère Callista,

Mes parents se joignent à moi pour te transmettre nos sincères condoléances. Toi et les tiens êtes dans nos pensées quotidiennes depuis cette nuit noire...

N'oublies pas qu'avant d'être deux personnes feignants l'indifférence ou l'agacement l'une en face de l'autre, nous disposons tous deux d'un passé commun fait de rires et de complicités. Je connais ton aversion à accepter toutes mains tendues même dans le besoin le plus ultime, mais si nous pouvons faire quoique ce soit, si JE peux faire quoique ce soit, être d'un quelconque secours... n'hésite pas, écris-moi, prends un portoloin, transplane ou mieux, fixe-moi un rdv et donne-moi une adresse.

Comme j'aimerais être à tes côtés dans cette terrible épreuve...

Pendant plusieurs jours comme nuits, Sirius et moi avons littéralement fait le pied de grue devant l'aile privative de Ste Mangouste où l'on t'a affectée. Le cœur serré, nous nous sommes contenté des rares - et brèves - informations transmises par les tiens, sans jamais avoir la possibilité de te veiller, de te transmettre quelques mots de réconforts ou de te voir.

Nous avons été interrogés par les services du Ministère à de multiples reprises. Comme tu as dû l'apprendre des personnes de confiance qui t'entourent, nombre des interrogations étaient braquées sur toi. Inadmissible compte-tenu des événements. Et voilà que la nouvelle tombe, tu es convoquée devant le Magenmagot au complet alors que tu n'es - selon les dires des tiens - pas encore en état d'interagir avec quiconque.

Tu avais alors plusieurs choix. Et nul doute que ta famille en avait aussi. Tu t'en ai brillamment sortie.

Enfin, acte que je n'oublierais jamais, tu as permis d'éviter à Sirius un sort terrible. À mon amie d'enfance, merci infiniment.

Prends soin de toi là où tu es. Écris-moi si tu le peux.

Bien à toi,

James Potter.

Tout comme pour répondre à Black, la jeune sorcière utilisa un parchemin vierge.

L'esprit se relatant le contenu de toutes les autres missives envoyées par le capitaine de l'équipe de Quidditch de Gryffondor et désormais, par Morgane, Préfet-en-Chef, Callista songea qu'il n'était jamais tard pour réparer ses torts.

Fait peu étonnant quand on connaissait la nature de la relation qui avait lié ces deux-là durant leur enfance et au-delà, le glissement sur le parchemin de la plume immaculée se fit plus sûre, plus souple pour répondre à James Potter qu'il ne l'avait été pour écrire quelques mots à l'attention de Sirius Black.

James,

J'ai réceptionné et lu toutes tes lettres.

Tu n'as pas à me remercier.

Ma peine est grande actuellement et je ne trouve la force, en cette mâtinée paisible, que de répondre à deux personnes : toi et Black.

Par la force des choses, vous êtes également dans mes pensées.

Je suis en Amérique. Je ne sais pas encore quand je rentrerais au pays.

Tous ces événements ont débloqué tant de choses... J'ai besoin de temps et Dumbledore me permet d'en avoir.

Pour toutes ces années passées à ignorer ta main tendue, je te prie de m'excuser.

Pour toutes tes lettres... merci.

C.C.C.

Le hibou au port altier du Gryffondor n'attendit pas son reste pour battre des ailes et s'élancer à l'extérieur avec les deux missives.

Un long voyage de retour l'attendait.


Bonsoir à toutes et à tous (qui sait ?) ! Voici la petite suite de ma réécriture. Je suis désolée du temps pris pour poster la suite. Je vous invite à relire les post précédents pour plus de compréhension. J'espère poster la suite dans la foulée, disons le we pro max. Vous avez des avis, partagez-les moi ! :) A bientôt. Kisses. Brisèis Black