TROUBLES
Note : Changement de noms des deux hommes de main d'Asami. Fuzaaki (appelé dans ma Fanfic) ne nomme en réalité dans le manga Kirishima Kei. Et Jiro : Suoh Kazumi. Kirishima Kei est l'assistant d'Asami (l'homme aux lunettes) et Suoh est son garde du corps (l'homme baraqué).
« Monsieur sourire » – Ch. 03
Akihito se disait que le monde était vraiment petit.
Il venait de secourir le jeune homme qu'il avait accidentellement heurté hier matin ; et maintenant c'était à lui de lui tendre la main pour l'aider à se relever comme l'inconnu l'avait fait la veille… C'était une situation plutôt comique…
Toutefois l'inconnu avait l'air mal en point. Les malfrats n'y étaient pas allés de main morte. Le sang d'une plaie ouverte à sa tempe glissait lentement le long de son visage, et il avait plusieurs ecchymoses qui se teinteraient d'une multitude de couleurs passant du bleu au violet pour finir dans un beau jaune...
- « Vous allez bien ? » demanda Akihito en tendant sa main vers l'inconnu.
- « Oui, je crois… »
Le jeune homme accroupit sur un genou, prit cette main qu'il avait déjà saisie, et eut un léger sourire en se remémorant lui aussi la scène de cette matinée.
- « Le monde est petit… » fit-il en souriant.
- « Oui, c'est exactement ce que je me suis dit… » déclara Akihito dans un rire mesuré.
La situation ne lui permettait pas vraiment de rire aux éclats. Surtout lorsqu'il l'aida à se relever, l'inconnu grimaça et posa une main sur sa jambe. Et bien que son geste fût discret et qu'il n'émit aucune plainte de douleur, la pression qu'il exerça sur l'épaule du photographe alerta celui-ci que quelque chose n'allait pas.
- « Ca ne va pas ? » demanda Akihito le sourcil froncé. « Vous êtes blessé ?… »
- « Tout va bien, ne vous inquiétez pas. »
- « On ne dirait pas… » murmura le photographe.
Mais il préféra ne pas insister. Les hommes tenaient à garder leur fierté. Même dans les pires situations. Il était donc inutile de le mettre mal à l'aise, même si ses intentions étaient seulement de lui venir en aide. Lui aussi, dans de nombreuses circonstances, tentait du mieux qu'il pouvait de garder sa petite parcelle de fierté – même si souvent elle s'effondrait comme un jeu de carte en présence d'un certain yakuza -. Mais néanmoins, Asami le lui en avait tout de même fait la remarque : « Fier comme Artaban. » avait-il dit…
En resongeant à Asami, Akihito leva son regard sur le profile de l'homme qu'il soutenait par la taille pour l'aider à marcher. C'était dingue à quel point il pouvait lui ressembler. Il avait le même nez franc, les mêmes lèvres délicieusement dessinées, les pommettes hautes… Et même sa chevelure était d'un noir profond. Mais elle n'était pas plaquée en arrière comme le faisait Asami, ses cheveux étaient libre et un peu en bataille. En fait il avait la coupe du yakuza se levant le matin après une nuit d'ébats mouvementés.
Il y avait quand même une légère différence : il paraissait plus jeune. Non pas qu'Asami faisait vieux, mais le visage de cet inconnu était moins angulaire. Ses traits arboraient encore les signes de l'adolescence. Ses joues étaient pleines et ses yeux paraissaient un peu plus grands.
Se sentant observé, le ''clône'' d'Asami tourna la tête un sourcil interrogateur dans sa direction et plongea ses yeux dans ceux qui le scrutaient. Akihito, gêné, reporta vivement son attention vers la sortie de la ruelle – il était impoli de fixer les gens comme il le faisait – et à présent il se sentait vraiment honteux… ''Faire mine de rien'' resta donc sa seule échappatoire…
Et c'est ainsi, alors que le silence s'était installé, qu'ils progressèrent lentement en évitant les quelques poubelles répandues sur le sol. Elles avaient certainement été renversées pendant l'altercation, pensa Akihito. Il était rare de voir des détritus souillant ainsi les rues. Ou alors elles étaient vite nettoyées. Surtout dans son quartier.
Ils arrivèrent ensuite sur l'avenue, où grouillaient déjà les passants se ruant à leur travail, lorsqu'Akihito s'aperçut que le jeune homme boitait de plus en plus. Il baissa les yeux en direction de la jambe qui tendait à flancher et vit qu'une traînée de sang gorgeait le pantalon du jeune homme.
- « Vous saignez ! »
- « Une égratignure, rien d'important. » fit l'inconnu en arborant son éternel sourire.
Malgré la douleur il tentait du mieux qu'il pouvait d'arborer un visage serein, mais les rayons du soleil filtrant entre deux bâtiments le révéla d'un pâleur inquiétante.
- « Ne vous moquez pas de moi, » s'irrita doucement Akihito. « Je sais qu'une égratignure ne produit pas autant de sang. Il faut vous emmener à l'hôpital… »
- « Ah… » soupira le jeune homme. « Je ne me moquais pas de vous, c'est seulement que je n'ai pas trop envie qu'être interrogé sur les origines de ces blessures… »
Akihito le regarda. Généralement s'était le genre de réponse qui démontrait que l'on avait forcément quelque chose à se reprocher… Dans quoi s'était-il encore fourré, se demanda-t-il en fixant l'inconnu d'un air suspicieux.
- « Je sais ce dont à quoi vous songez, » fit subitement celui-ci dans un rire bref. « Mais je ne suis ni dangereux ni licencieux. Et je ne traîne pas non plus dans quelques affaires douteuses, si c'est ce que vous vous demandez. »
- « M'ouais, c'est ce qu'on dit… » rétorqua poliment Akihito. « Bien, de toute façon je n'arriverais certainement pas à vous convaincre, je n'insisterais donc pas. Néanmoins mon appartement se trouve être juste à côté, vous pourrez vous reposer… »
- « Non, je vous remercie, je vous ai déjà causé assez d'ennuis. Ca ira, je peux me débrouiller à présent… »
- « Ne discutez pas… Je ne vous abandonnerais pas au milieu de la rue. Vous pouvez à peine marcher. De plus vous me faites perdre mon temps en discutions inutiles, j'ai quelque chose d'urgent à faire cette après-midi. »
Le photographe avait énoncé sa phrase sur un ton de reproche mais son sourire montrait qu'il le taquinait beaucoup plus qu'il ne le réprimandait.
- « Je vois, » sourit le jeune homme. « Je suis tombé sur le bon samaritain à la rescousse de brebis égarées… »
- « Je dirais plutôt de chiots en perdition ! »
Les deux jeunes hommes se mirent rire en même temps et continuèrent leur chemin en direction de l'appartement du photographe. Leur ascension n'était pas des plus aisée. Ils se voyaient obliger de zigzaguer entre la foule frénétique pressée de rejoindre leur lieu de travail. Et bien évidement personnes ne les remarqua, ou du moins faisaient semblant de ne pas les voir, au cas ou cela les mettrait en retard…
Arrivés enfin dans le deux pièces du photographe, celui-ci n'eut pas d'autres choix d'installer le blessé sur le lit de la chambre. En effet, la pièce principale servait à la fois de salon-cuisine et labo photo. Aucune place n'était réservée pour un canapé. Pas un centimètre carré de mur n'avait été laissé à l'abandon. Et il n'y avait que le strict minimum : une table deux chaises et quelques étagères comportant tout le matériel hi fi – aucunement dernier cri – et quelques bouquins. De plus, tant la salle de bain était d'une grandeur à faire peur, que celle-ci ne pouvait comporter qu'une douche et un lavabo. De ce fait, il était hors de question de pouvoir s'y tenir à deux. Quant à la chambre elle ne valait pas mieux : une armoire un lit et une table de chevet. Et pour toute décoration, il n'y avait que quelques polaroïds scotchés sur un mur. On ne pouvait pas faire plus sommaire. Alors quand il allait chez Asami… Il avait l'impression de se trouver dans une salle d'opéra. Rien que la superficie de sa chambre devait faire son appartement…
En fait, le seul luxe de ce misérable clapier résidait du fait que le jeune homme s'était fabriqué dans la cuisine son propre labo photo. Ce n'était en rien d'un grand professionnalisme mais il faisait ses preuves… Et c'était tout ce qui importait…
- « Je vous avais prévenu… » dit Akihito gêné. « Ce n'est pas un palace ! »
- « Ce n'est pas le genre de détails auxquels je prête attention. Ne vous inquiétez pas. Il est déjà fort aimable à vous de m'ouvrir votre demeure… » le rassura l'inconnu.
Ce qu'il pouvait être poli, pensa le photographe. Il devait sans doute être d'une famille noble ou suffisamment aisée pour en avoir apprit les bonnes manières. Sa locution ainsi que ses gestes étaient d'une grande classe… Exactement comme Asami. Mais bon, celui-ci lui avait apprit qu'il ne fallait pas se fier aux apparences. Car tout classe qu'il pouvait être, il en était pas moins un pervers débauché affublé d'un yakuza prêt à sortir son Beretta au moindre frémissement de feuilles.
- « Je vais chercher la trousse de secours… » fit Akihito en sortant de la chambre. « Enlevez votre pantalon pour que je puisse voir votre blessure. »
Le photographe le lui avait demandé avec un tel naturel, qu'il sursauta sur le lit : « Enlever mon pantalon ?!... » pensa-t-il un brin sidéré. Il eut un moment d'hésitation mais ayant remarqué le caractère volontaire du jeune homme il obtempéra malgré tout. De plus celui-ci avait bien précisé qu'une urgence l'attendait dans l'après-midi, et il ne voulait surtout pas être la cause de son retard. Déjà qu'il avait eu la bonté de l'emmener chez lui…
Il retira donc son pantalon de toile pour y découvrir une plaie sanguinolente à l'intérieur de sa cuisse gauche.
- « L'entaille à l'air profonde. »
L'inconnu releva brusquement la tête. Il n'avait pas entendu revenir le jeune homme qui – sans attendre ni même lui demander s'il le lui permettait – s'agenouilla aussitôt entre ses jambes.
L'inconnu resta de marbre mais crispa tout de même ses doigts sur les draps… C'était une situation vraiment embarrassante, mais apparemment elle n'avait pas l'air de gêner ''le bon samaritain''.
- « Et bien, vous êtes plutôt surprenant, » fit le blessé dans un léger rire pour dissimuler sa gêne. « Au point où nous en sommes il serait bon de faire les présentations. »
Akihito toujours accroupit entre les jambes nues et musclées de son interlocuteur ne comprit pas tout de suite où il voulait en venir. Il releva la tête et vit des yeux malicieux le regarder en souriant.
« Il a les même yeux cuivrés… » remarqua Akihito. « Un peu plus foncés mais… » Il resta ainsi un bref instant à contempler ces yeux qui lui en rappelaient d'autres… plus incisifs, plus froids…
- « J'ai quelque chose sur le bout du nez ? » demanda l'homme assis sur le lit voyant le photographe le dévisager.
Akihito sortit soudain de ses pensées :
- « Que… Comment ? Ah, non, tout va bien. Je pensais seulement à quelque chose ! »
Il se mit aussitôt à rire et lorsqu'il baissa de nouveau la tête, c'était pour se retrouver nez à nez devant un boxer noir qu'une chemise recouvrait à peine. Et là il réalisa… Il était accroupi entre les jambes d'un parfait inconnu…
Il fit brusquement un bon en arrière, manqua s'étaler sur le sol et ses joues prirent une belle couleur cramoisie.
- « Je suis désolé ! Je n'avais pas prêté attention que… J'aurai dû vous demander avant de… »
Le photographe bafouilla tellement qu'il en fit éclater de rire le blessé.
- « Ne vous excusez pas. Ce serait plutôt à moi de vous en présenter… » Le jeune homme inclina légèrement la tête et se présenta : « Mizukiyo Seiichi, enchanté. »
- « T… Takaba Akihito, moi aussi je suis enchanté… »
Akihito s'inclina à son tour les joues de plus en plus empourprées. C'était une dôle de façon de faire les présentations pensa-t-il en voyant son vis-à-vis assis jambes écartées sur son lit. Si Asami venait à surgir à ce moment, il aurait bien du mal à se justifier…
Euh… Minute… Pourquoi aurait-il besoin de se justifier ?! se demanda-t-il tout à coup. Après tout Asami et lui n'étaient pas mariés !...
Hein ? MARIES ?? Mais… Mais à quoi il pensait là ?! Il était devenu fou ! Comment pouvait-il songer à un éventuel mariage avec Asami ?!... Là il commençait vraiment à se faire peur ! Et même si les lois pouvaient le permettre, il ne comptait absolument pas à se marier avec un homme, il n'était pas gay ! Il n'aimait pas les hommes, il était toujours attiré par les rondeurs des filles ! Tou-jours !...
Et puis d'ailleurs il n'avait pas besoin de se le crier intérieurement de cette façon ! Il réagissait comme si il devait s'en persuader...
Mais sueur froide s'empara soudainement de son corps, alors qu'une autre constatation lui foudroya le cerveau… Mais si il était attiré par les filles, alors pourquoi couchait-il avec Asami ? Et surtout, pourquoi prenait-il du plaisir à ce genre d'ébat dont-il n'avait même jamais songé à la façon dont on devait s'y prendre ?...
Akihito resta prostré alors que la cruelle réalité venait de lui éclater au visage… Et elle faisait mal…
Qu'est-ce qu'Asami avait fait de lui ?…
Perdu dans ses profondes et douloureuses réflexions, Akihito ne vit pas que le jeune homme assis sur son lit l'examinait avec inquiétude. Celui-ci étant à des années lumières de se douter de la réelle affliction du photographe, il pensa que seul son embarras était la cause de cette mine consternée tout à coup devenue livide.
- « Je vais le faire, » sourit doucement Seiichi. « Donnez moi la trousse de secours… »
En entendant cette voix, le photographe revint brusquement sur terre… Merde ! Il fallait toujours qu'il ramène ses pensées sur ce fichu yakuza de malheur qui, de plus, en avait rien à faire de lui ! Il devait vraiment aller se faire soigner, ça devenait urgent !
Akihito reporta alors son attention sur le blessé.
- « Vous n'y arriverez pas, la blessure part de l'arrière de votre jambe… A moins, bien sûr, que vous ne soyez contorsionniste… » plaisanta-t-il finalement.
- « Très bien, je pense que je n'ai pas le choix alors… De plus vous me semblez savoir ce que vous voulez, et sans doute est-il inutile de vous en dissuader.»
- « Quelqu'un appelle ça de l'entêtement ! » déclara Akihito dans un rire bref en songeant inconsciemment à nouveau à Asami.
Seiichi laissa le photographe nettoyer sa plaie. Ses gestes étaient d'une grande douceur. Akihito pencha la tête un peu plus vers son entre jambe pour mieux voir se qu'il faisait et les cheveux de celui-ci caressaient doucement sa peau. Seiichi crispa aussitôt sa mâchoire et posa vivement son regard sur la fenêtre de la chambre… Il devait à tout prix se concentrer sur autre chose. De voir cette petite tête si proche de son intimité le perturbait fortement…
- « On dirait que cette entaille a été faite avec une lame… » fit Akihito.
N'entendant aucune réponse, il poursuivit : « Que vous voulaient ces hommes ? »
- « … De l'argent, certainement… Comme tout malandrins. »
Et pour toute réponse Akihito fit glisser sans aucune douceur la gaze imbibée de désinfectant sur la plaie ouverte. Seiichi sursauta et grimaça de douleur.
- « Je suppose que c'est une sorte de punition… » nota le blessé en regardant son tortionnaire qui fronçait à demi les sourcils.
- « Exact. Votre portefeuille dépasse de votre veste ! Si ces malandrins en voulaient réellement à votre argent, je doute qu'ils aient pris le temps de prendre les billets pour ensuite vous le remettre gentiment dans votre poche. » déclara-t-il lui indiquant sa veste posée sur le lit.
Seiichi esquissa un léger sourire et baissa les yeux sur le jeune homme en soupirant.
- « Vous avez oubliez d'être bête à ce que je vois… »
- « Certains événement m'ont appris à analyser les choses. »
- « Je vois… Alors disons que c'est une longue histoire… Je ne tiens pas à vous ennuyer avec ceci…»
- « J'en connais un rayon sur les longues histoires. Mais je ne vous obligerais pas à m'en parler si vous ne le souhaitez pas. »
Seiichi regarda longuement le photographe pendant qu'il terminait de bander sa jambe. C'était un bon garçon ; vif d'esprit et d'une incroyable gentillesse. Même s'il tentait d'afficher par moment un certain mécontentement il gardait toujours inscrit sur son visage cet air candide.
- « Voilà ! C'est fini. Mais ce n'est que provisoire, vous devriez voir un médecin… A défaut d'aller à l'hôpital ! »
Akihito se releva et lui adressa une œillade.
Seiishi ne répondit pas et se contenta de sourire. Le photographe remarqua que ce sourire était différent des autres, il était empreint de tristesse. Il ne savait pas pourquoi mais ça le rendait aussi mélancolique.
- « Allez ''Monsieur sourire'', on passe à votre tempe maintenant ! » s'exclama-t-il subitement d'un ton enjoué pour détendre l'atmosphère.
Seiichi tiqua.
- « Monsieur sourire !? Qu'est-ce que… »
- « Vous n'arrêtez pas de sourire, » coupa Akihito en lui adressant un autre clin d'œil. « Je vous ai donc donné ce surnom dès notre première rencontre. C'est comme cela que je vous aurais appelé si nous étions amis.»
Seiichi ria en se frottant la tête :
- « Vous n'êtes vraiment pas ordinaire… Très bien, et si nous devenions amis alors ? Qu'en pensez vous… »
- « Ce serait avec grand plaisir, mais… »
- « Mais… » demanda Seiichi en le fixant droit dans les yeux.
Akihito sursauta… C'était de la même façon qu'Asami l'interrogeait lorsqu'il laissait sa phrase en suspens. Le même regard aussi… Sans toutefois cet éclat incisif propre au yakuza.
Voyant le jeune homme attendre sans baisser son regard, Akihito s'empressa de répondre avant qu'il ne se mette à rougir une énième fois, bêtement :
- « Seulement si vous arrêtez de me vouvoyer ! »
- « Entendu… Mais il en est de même pour toi. »
- « Très bien !... Maintenant, passons aux choses sérieuses ! »
Et Akihito s'avança d'un air diabolique vers la tempe ouverte de ''Monsieur sourire'', qui le perdit aussitôt sentant une vive douleur lui brûler la peau au contact du désinfectant…
Toutes les plaies enfin nettoyées et pansées, le photographe proposa à Seiichi à rester chez lui pour se reposer le temps qu'il revienne de son rendez-vous urgent. Celui-ci accepta volontiers l'invitation. Ce jeune garçon avait vraiment le cœur pur. Il laissait un parfais inconnu résider sous son toit en son absence sans songer qu'il pourrait lui dérober quelques objets précieux. Même si au vue du mobilier le photographe semblait posséder de maigres moyens. Mais il éprouvait réellement l'envie de le remercier pour toutes les peines qu'il lui avait occasionnées… Alors pendant son absence, Seiishi décida qu'il l'inviterait à dîner dans un bon restaurant.
oOOo
Le photographe arpenta une nouvelle fois les rues en direction de l'agence Asahi (1). Celle-ci n'étant qu'à quelques minutes à pieds de son domicile, il ne serait pas obligé de prendre le métro. Au moins si il devait être embauché ça lui ferait toujours ça à ne pas débourser.
Akihito se disait qu'il aurait beaucoup de chance d'obtenir ce job. Ce n'était pas n'importe quelle agence photographique proprement dites. Elle était réputée et spécialisée sur des sujets magazines VIP. Autrement dit, il serait amené à côtoyer le beau monde et son salaire ne serait certainement pas négligeable. De plus il n'avait eu besoin de faire mille et une courbettes pour obtenir un rendez-vous d'embauche dans cette prestigieuse entreprise. Il avait seulement déposé et accroché ça et là quelques annonces pour proposer ses services en tant que photographe Free lance. Et c'était L'agence Taiyou elle-même qui l'avait contacté… Une vraie chance ! Ou alors son talent avait fini par gagner les hauts sommets… Mais là il en doutait fortement…
Et puis merde ! Pourquoi devait-il douter de son talent d'abord ?! Il avait dit qu'il deviendrait un célèbre photographe, et il le serait !
Et il gagnerait tellement d'argent que ce serait enfin à lui de proposer à Asami de l'entretenir ! Et ça c'était une des perspectives qui le motivait le plus. Il rêvait de ce moment !
oOOo
Au club Sion, les affaires plus ou moins légales allaient bon train et les caisses ne désemplissaient pas. Bien au contraire, et tant et si bien qu'Asami devait décider de quelle manière il pourrait en écouler les fonds. Mais pour l'homme d'affaires averti qu'il était ce tour de passe passe était un jeu d'enfant.
Il attendait alors tranquillement son rendez-vous qui lui permettrait de blanchir ce trop plein acquis. La manœuvre consistait à écouler l'argent dans le rachat d'un autre club, situé sur le port de Yokohama, qui lui rapporterait d'autant plus de profit… Et ce… Ainsi de suite… Transaction somme toute banale pour le yakuza…
Alors qu'Asami étudiait une pile de dossier qui l'attendait sagement sur son bureau, deux coups frappèrent à la porte. Sans lever les yeux du dossier qu'il était en train d'étudier, il donna l'autorisation d'entrer d'un ton sec et franc.
Suoh l'homme de main du yakuza ouvrit la porte et s'inclina.
- « Monsieur Takaba Akihito désirerait vous voir, monsieur. »
Asami leva un regard froid sur son interlocuteur. Il s'adossa ensuite au dossier de son fauteuil et croisa les jambes. Après quelques secondes d'attentes il daigna enfin prendre la parole, un sourire en coin.
- « Fais-le entrer. »
Suoh se déplaça sur le côté pour permettre au jeune homme de s'engager dans la pièce.
Akihito avait les mains moites. De toute façon si ce n'était pas son front c'était ses mains. Depuis qu'il connaissait Asami il avait pris l'habitude de cet état de moiteur à chaque fois qu'il devait se trouver en sa présence… Même si cela l'énervait au plus haut point étant donné qu'il n'avait jamais expérimenté ce trouble auparavant…
Asami ordonna à Suoh d'un mouvement de tête de disposer. L'homme s'inclina à nouveau et referma la porte.
Akihito ne bougea pas de l'endroit où il se tenait. Il ne leva pas non plus son regard sur l'homme d'affaires. Il examinait le mobilier luxueux de la pièce pensant afficher un air décontracté. Asami le regardait d'un air amusé ; Akihito réagissait comme un gamin qui venait de faire une bêtise.
- « je te manquais au point que tu viennes me déranger dans mon travail ?... » demanda Asami railleur.
Tout en examinant son visiteur inopiné, l'homme d'affaires resta assis sur son fauteuil en cuir noir et prit une cigarette qu'il alluma. Akihito, quant à lui, prit une profonde respiration et soutint enfin le regard de l'homme. Il détestait devoir quelque chose à quelqu'un… Et de part la dette de ses loyés, le photographe avait le sentiment qu'Asami lui avait noué une autre laisse autour du cou. En fait se n'était pas seulement un sentiment. Le col de sa chemise nouée par une cravate lui serrait la gorge... Comment Asami pouvait supporter cette sensation à longueur de journée ?!
Le yakuza regarda le photographe incérer un doigt dans le col de sa chemise pour en diminuer la pression. Asami eut un léger sourire moqueur.
- « Ton nœud est trop serré, Akihito ?... Tu veux peut-être que je te montre comment nouer une cravate correctement ?... »
Le photographe, surpris, retira aussitôt son doigt. Asami le prenait encore pour un gamin inexpérimenté. Peut-être bien qu'il avait trop serré sa cravate… Et alors ?! Il n'avait pas l'habitude ! Lui, le costume cravate ce n'était pas son truc !
- « Tu t'es mis sur ton 31 à ce que je vois… » reprit Asami. « Je ne pensais pas que tu désirais me plaire à ce point… »
- « Ca n'a rien à voir avec toi ! » s'exclama soudain le photographe dont les joues se teintaient d'un joli rose.
Mais en notant l'étincelle de moquerie dans le regard de l'homme d'affaires, Akihito comprit qu'il le narguait une nouvelle fois. Et bien entendu, lui, crétin qu'il était, il s'était laissé embringuer dans son petit jeu.
Il redressa alors ses épaules et s'éclaircit la voix pour se donner un peu contenance.
- « je viens de trouver un nouveau travail… J'ai été embauché par l'agence Asahi … »
- « Oh… Quelle surprise… Tes compétences seraient-elles si talentueuses pour rejoindre une agence aussi prestigieuse ?... Et tu viens me voir pour fêter cette bonne nouvelle ?... »
- « Non. J'ai été payé pour les photos du cocktail prisent hier au Royal Park Hotel. Je viens donc honorer ma première traite… »
Akihito s'approcha du bureau sous les yeux d'Asami qui le regarda y déposer 4905 Yens. (2)
- « 4905 Yens ?... » fit celui-ci un sourire narquois aux lèvres. « A ce rythme tu en auras pour des années… Alors qu'il serait si simple de rembourser ta dette d'une façon plus agréable… »
- « Je t'ai déjà dit de ne pas me prendre pour une pu… » Akihito eut un hoquet de surprise et manqua s'étrangler en envalant sa salive. L'homme d'affaires s'était brusquement levé de son siège pour lui saisir le visage.
- « Je ne veux plus entendre ce mot sortir de ta bouche. » menaça Asami visiblement hors de lui.
Les yeux acérés du yakuza le transpercèrent et Akihito perdit alors toute sa belle assurance… Surtout lorsqu'il remarqua dans quelle posture où il se trouvait... Il était littéralement en lévitation au-dessus du bureau. Si Asami venait à retirer sa main, il s'aplatirait comme une crêpe sur le celui-ci…
Et bien entendu c'est ce qui arriva…
Asami lâcha son étreinte et dans un bruit significatif il s'étala de tout son poids sur ledit bureau faisant voler les billets déposés quelques minutes auparavant.
Devant l'expression consternée du photographe, l'homme d'affaires se rassit dans le fauteuil en tirant une bouffée de sa cigarette. Il fixait le corps désarticulé qui trônait sur le meuble et contre toute attente il esquissa un sourire… La situation était tout de même des plus cocasse…
- « Tu ferais un magnifique objet d'ornement, Akihito… » fit-il un sourire narquois aux lèvres.
Akihito grinça des dents mais ne répondit pas. Il était inutile d'en rajouter. Il se redressa comme il le put du bureau et du plat de sa main défroissa sa chemise. Il sentait le poids du regard sarcastique d'Asami posé sur lui. Maudit soit-il ! Il leva les yeux sur l'homme d'affaires et sentit ses joues lui brûler. Mais ce n'était nullement de honte. C'était une fureur noire…
Enfoiré ! Soudain il se remémora qu'il avait aussi autre chose à lui donner. Mais il éprouvait surtout l'envie monstre de déguerpir de cet endroit. Il fouilla nerveusement dans la poche de son pantalon pour en sortir la liasse de billets que le yakuza lui avait laissée à l'hôtel.
- « je te rends ça aussi! » ragea-t-il en balançant les billets qui papillonnèrent au dessus le bureau.
Asami ne le quittait pas des yeux.
- « Et je ne suis pas ta chose ! »
Asami plissa les yeux et sonda quelques instants le jeune homme. Il tira sur sa cigarette et recracha lentement un nuage de fumée. Son regard était froid…
- « Tu te montres bien arrogant tout à coup… Qu'est-ce qui te rends si sûr de toi ?... »
Akihito leva un sourcil irrité : Qu'est-ce qu'il voulait dire par « si sûr de moi ?!... »
- « Je te connais par cœur, Akihito… » déclara l'homme d'affaires comme si il avait deviné ses pensées. « Qu'est-ce qui te rend si subitement intrépide ?... »
N'entendant aucune réponse lui venir aux oreilles, Asami se leva enfin de son siège et s'avança lentement vers le photographe. Il se planta ensuite devant le jeune homme qui instinctivement courba les épaules. Akihito se sentit tout à coup mal à l'aise, surtout en voyant le yakuza pencher légèrement la tête sur le côté pour le sonder de ses yeux, un léger sourire au coin.
Akihito, nullement rassuré, s'essuya discrètement une main moite sur le tissu de son pantalon et coupa vite cours à cette scène d'interrogation silencieuse mais Ô combien oppressante.
- « Quoi, qu'est-ce qu'il y a encore… Qu'est-ce que j'ai encore fait de mal ?! » demanda-t-il. « Tu me regardes comme si j'avais commis un acte effroyable… »
Asami ne répondit pas, et ne changea pas non plus d'expression.
Inconsciemment Akihito laissa échapper un soupir de découragement. Il ne comprenait pas comment l'homme d'affaires arrivait toujours à deviner ce qu'il essayait de cacher…
Et puis de toute façon il n'avait rien à cacher ! Qu'est-ce qu'il y avait de mal d'avoir un nouveau travail, et un…
Après réflexion, il ne comprenait que trop bien pourquoi il avait décidé de se taire… Il se doutait bien qu'Asami n'apprécierait guère qu'il se soit fait un nouvel ami. Surtout si ledit ami lui ressemblait étrangement. Et par là, il voyait déjà les problèmes arriver tel un raz de marée dévastant tout sur son passage…
- « Bon, et bien si tu n'as rien à dire, je préfère m'en aller. Moi aussi je suis occupé maintenant. »
Il remarqua soudain qu'Asami levait un sourcil témoignant de son scepticisme… Et ça n'énervait !
- « Quoi ?! Cela t'étonne que je puisse avoir moi aussi des responsabilités ?! De toute façon tu m'as toujours pris pour un incapable. Même si j'avais le même poste que toi tu te moquerais toujours de moi ! »
- « Tu ne serais pas crédible Akihito… » fit Asami amusé. « Pour diriger un poste comme le mien, il faut en avoir la carrure… »
- « Tu veux plutôt dire savoir mentir comme un arracheur de dents ! »
- « Si tu veux le voire ainsi… Toutefois tu n'en as pas les capacités... Tu es un livre ouvert, Akihito… »
Tout en le fixant dans les yeux il avança une main vers le photographe pour lui prendre le menton et le relever. Sa voix se fit doucereusement menaçante.
- « J'espère pour toi que tu ne caches rien qui pourrait me mettre en colère… » fit-il en passant lentement son pouce sur la lèvre du jeune homme. « Tu sais ce qui peut arriver… »
- « Oui, je sais. Merci de me le rappeler et de m'en faire à nouveau la menace ! Il n'y a que toi pour me faire ça ! Tu es tellement délicat ! »
Asami plissa les yeux et se pencha un peu plus sur son visage.
- « Akihito… Si tu as quelque chose à dire, je te conseille de le faire maintenant… »
- « Je n'ai rien à te dire ! Je ne sais même pas de quoi tu parles ! Qu'est-ce que tu veux à la fin, je commence en à en avoir marre de ton fichu caractère ! »
Gloups ! fit le bruit de sa gorge lorsqu'il avala sa salive… Pourquoi il avait dit ça ? Maintenant, à en juger par ses sourcils froncés, Asami semblait vraiment furieux… Bon sang, il regrettait le moment où il était blessé. Asami s'était montré plus humain, presque attentionné… Depuis, il était redevenu cet être insensible – méfiant, dur, froid, désagréable –. Le diable en personne !
Néanmoins il n'avait pas complètement tort. C'est vrai qu'il lui mentait. Mais il ne pouvait tout de même pas lui dire : « Au fait ! Tu sais quoi… J'ai rencontré ton sosie, et il est plus doux et gentil que toi ! »
Merde ! Pourquoi les choses étaient si compliquées avec Asami ? Seiishi n'était qu'un ami !… Et Asami ne verrait rien d'anormal à cela… Ou alors c'était lui qui se faisait des idées…
Il leva un œil discret sur l'homme d'affaire et… Et bien tout compte fait, mieux valait ne rien dire. On ne sait jamais !
- « C'est tout ? Tu n'as rien d'autre à me reprocher ?… » finit par dire Akihito. « Dans ce cas lâche moi et laisse moi partir.»
- « Tu as l'air bien pressé aujourd'hui… »
Asami toisa le photographe quelques secondes, qui furent une éternité pour le photographe, et lui tourna ensuite le dos. Sans un autre regard, l'homme d'affaires se dirigea vers son bureau, et il lui indiqua d'un signe de la main qu'il pouvait disposer.
- « Tss… » souffla le photographe. « Je ne suis pas ton chien ! » Et sur ce… Il se dirigea d'un pas rapide vers la sortie et claqua la porte derrière lui.
Asami se retourna et fixa la porte les sourcils froncés.
Le photographe prenait trop de liberté. Il allait falloir régler ce petit problème de comportement au plus vite.
Mais ce qui intriguait le plus le yakuza, c'était qu'Akihito ait changé subitement d'attitude envers lui. Il s'était montré particulièrement arrogant aujourd'hui, et bien trop sûr de lui. Hier encore il s'était offusqué qu'il l'ait soit disant traité de prostitué et s'était ensuite mis à pleurnicher et gindre comme fillette, et maintenant, il montait sur ses grands chevaux… Il savait les humeurs du photographe changeantes allant jusqu'à l'incompréhension surtout sur l'emprise de l'alcool, mais là… Il n'était pas le moins du monde éméché.
Akihito fonctionnait comme un buvard : ses émotions épousaient à la perfection le rythme des événements qui constituaient une journée, qu"ils soient bons ou mauvais. C'était un phénomène somme toute naturel pour la plus part du commun des mortels, sauf qu'il était beaucoup plus exacerbé chez le photographe.
Tout en regardant par la baie vitrée de son bureau, Asami porta sa cigarette à ses lèvres. Il resongeait à la discussion qu'il venait d'avoir avec le gamin. Il mit une main dans la poche de son pantalon et examina les billets éparpillés sur son bureau…
- « Quel imbécile… » murmura-t-il alors.
Il louait la fierté du jeune homme, mais elle était vraiment trop excessive. Ce qui l'amenait bien trop souvent dans les pires situations. Mais cette pensée le fit brièvement sourire. Il se souvenait de leur première rencontre sur le toit…
- « … Un animal sauvage à chasser… et à dompter. »
Cette fois-ci ses lèvres s'étirèrent dans un sourire diabolique.
Il s'approcha de son bureau et prit le portable qui y était posé. Il attendit quelques secondes avant que l'un de ses hommes de mains ne réponde.
- « C'est moi. J'aurais une mission à vous donner… »
Une fois la discussion terminée, Asami raccrocha avant de regagner son fauteuil. Il croisa les jambes et reporta son regard incisif sur la porte que le photographe avait claqué quelques minutes plus tôt.
L'homme d'affaires resta un long moment à scruter cette porte tandis qu'il repassait en revue tous les événements passés depuis la captivité du photographe.
Après ce laps de temps, il fit pivoter son fauteuil devant la baie vitrée et fixa l'horizon de ses yeux acérés…
Un événement s'était produit depuis la journée d'hier. Asami n'en avait aucun doute…
- « Tu as oublié à qui tu avais à faire mon mignon Akihito… Tu vas m'obliger à te rafraîchir la mémoire…»
(1) Asahi veut dire « soleil levant » en Japonais : Hmm, comment ?!… Ah oui, je sais, je ne me suis pas foulée ! Attention, je ne suis absolument pas experte dans cette langue. J'ai trouvé cette définition sur le net. Si quelqu'un remarquerait que la signification du mot est erronée, qu'il ait la gentillesse de me le faire savoir.
(2) Ce qui fait 30 Euros : Un Euro valant 163,50 Yens.
