BONJOUR. Oui je re-poste beaucoup dernièrement sur toutes mes fics, et évidemment je n'allais pas oublier celle-là. Désolée pour le retard. Je vous remercie pour vos reviews, si je ne l'ai pas fait individuellement jusqu'à présent je me rattraperai. Je remercie également ma Bêta Smilie, qui ne ship même pas le Sabriel mais qui a été assez gentille pour passer du temps sur ce chapitre à le relire et corriger, et qui me conseille depuis quelques chapitres maintenant.

En espérant que vous me laisserez une petite review pour me donner votre avis, je vous souhaite une bonne lecture~


JOUR 3


Il ne se passait rien. Absolument rien.

Aucun bruit ne venait de l'extérieur. Certains d'entre eux avaient passé des heures à guetter un son, un bruit, un mouvement, quelque chose, mais non. Il n'y avait rien. Peut-être croyaient-ils entendre le vent souffler vicieusement entre les roches, mais rien de très sûr.

Sam se rendit compte assez tard que Meg avait essuyé de pas mal coups – et ils ne venaient pas de sa chute, lors de son vol, ou du coup de Jo. Ça devait venir de quelque chose bien plus violent – bien plus répété.

En vérité, il se souvenait parfaitement que Meg n'avait pas été blessée au visage lors de l'accident – ou du moins, elle n'avait pas ce coquard qu'elle arborait maintenant. Quelqu'un parmi eux le lui avait infligé, et personne ne s'était aperçu de ce qui avait pu se passer – ou alors personne ne le lui en avait parlé. Quoiqu'il en soit, il était clair qu'un problème d'organisation s'initiait dans leur tentative de solidarité. Et c'était dangereux.

– Que s'est-il passé ?

Ça faisait une heure – enfin, il s'imaginait que ça devait faire une heure – qu'il était là, à le lui demander, à tenter de la faire parler, sans succès. A vrai dire, il continuait à lui parler parce qu'il n'avait rien de mieux à faire. Il espérait encore arriver à quelque chose.

Elle le fixait d'un regard noir, et ne bougea pas d'un pouce.

– Rien.

– Qui t'a fait ça ? Tu sais, c'est pas que pour toi. On a besoin de savoir pour la sécurité de tout le monde ici réuni.

La jeune femme retint un ricanement.

– Qu'est-ce que tu crois ? Qu'il n'y en a qu'un – n'y a qu'une seule personne qui peut se comporter violemment ? Mais enfin, Sam, tu vis dans un autre monde. Dans ce type de situation, n'importe qui pourrait tuer. Ce n'est pas de notre vie dont il s'agit, mais de notre survie.

Sam prit une profonde inspiration pour ne pas perdre son calme. Parce qu'il tentait de calmer tout le monde depuis qu'ils étaient là, parce qu'il tentait de faire son mieux, les autres le prenaient pour une sorte d'abruti trop gentil et trop naïf. « Trop bon, trop con », comme avait l'habitude de dire Dean. C'était sûrement comme ça qu'on le voyait à présent.

Et ça n'avait pas que des avantages.

– Ils sont combien ?

– J'ai jamais dit qu'il y en avait plusieurs.

– Tu ne dis jamais rien.

Elle inclina la tête sur le côté, un petit sourire satisfait aux lèvres.

– C'est vrai.

– Tu veux quoi en échange ?

Meg haussa les sourcils et son sourire s'agrandit. Elle explosa de rire en exagérant – et pas qu'un peu.

– Un échange ? Avec toi ? Mais t'as rien ! Je t'ai déjà bouffé toute ta ration d'eau – ou presque ! Tu gagnes quoi dans tout ça ? Sérieux, laisse tomber. A ta place, je m'arrangerai pour tuer les autres – les plus faibles, comme moi. Je suis déjà en mauvais état, ça sert pas à grand chose de me traîner derrière, et c'est plus rapide.

– Tu te moques de moi ?

– Oh oui, c'est vrai, j'avais oublié que tu étais doté d'une très grande morale et d'un sens de justice très aiguë. Mais ce n'est qu'un raisonnement logique de la loi de la nature. Tu te crois meilleur en agissant comme ça, mais tu te foires totalement. Tu te foires totalement et tu le sais.

– Tu tuerais les autres sans hésiter ?

Elle fronça les sourcils. Tiqua légèrement.

– Nous n'avons visiblement pas vécu le même genre de vie.

Et Sam frissonna à ses paroles. Parce qu'au fond, il savait que c'était vrai.

– Tu sais, t'as de l'autorité encore pour le moment. Tu devrais en profiter. (Elle se tut un instant et le contempla avant d'ajouter :) Moi, si j'avais un corps comme le tien, j'hésiterai pas. T'as la taille et la force, c'est parfait.

Il tremblait presque de colère. Son ton se fit dur et tranchant.

– Arrête, ne parle pas comme ça. Ça suffit.

– T'as peur que je te donne des idées ?

Jo apparut à côté de Sam – depuis combien de temps était-elle là ? – et l'envoya balader.

– Il a raison, ça suffit, appuya-t-elle, se mêlant à la conversation sans aucun problème.

– Hey, coucou Blondasse.

Jo la foudroya du regard.

– Ok, crache le morceau maintenant. Ta merde devient la merde de tout le monde, ça fait mal de le dire, mais si quelque chose t'arrive, ça entraîne des conséquences sur nous tous.

– Oh, vraiment ? T'as pas l'impression de te la jouer un peu trop dramatique là ? Tu tentes la voie ''héros du jour'', mais toi aussi tu ne penses qu'à ta poire.

– Nous au moins on laisse pas crever les autres dans leur coin, grinça-t-elle entre ses dents.

Sam fut pris de soudaines nausées en se remémorant le cadavre de Samandriel. Il prit appui contre la paroi et se mit la main devant la bouche, comme si ça allait permettre de retenir un vomissement. Jo se jeta sur lui, inquiète :

– Sam, ça va ?!

Il avait l'impression de suffoquer. L'image de Samandriel ne voulait pas partir – et l'irrégularité de sa respiration réveilla ses douleurs au niveau du nombril. Il voulut se redresser et hocher de la tête pour rassurer Jo, mais se tordit un peu plus en deux.

– Sam ?!

Meg en profita pour s'éloigner. Jo se retrouva partagée entre l'envie de la retenir – mais ça serait délaisser Sam – ou de voir ce qu'avait Sam. Elle opta à regret pour la seconde option. Et puis, après tout, ce n'était pas comme si Meg avait quelque part d'autre où se réfugier.

Il leva la main pour signifier qu'il allait mieux, et se redressa lentement pour s'appuyer complètement contre la paroi afin de reprendre son équilibre, avant de finalement s'en écarter.

– Sam ?

– Je vais bien. Ça va.

Elle fronça les sourcils.

– Non ça va pas. Qu'est-ce qui ne va pas ? Qu'est-ce qui cloche avec toi ?

– J'ai mal dormi la nuit dernière.

– Et celle d'avant. Et celle encore avant.

– Comme tout le monde.

– On vous entend parler, avec l'autre.

– L'autre ?

– Ouais, l'autre.

– Gabriel ?

Elle l'observa, l'air amusée, bien qu'il ne voyait pas tellement ce qu'il y avait de si drôle.

– Alors c'est comme ça qu'il s'appelle ?

– Vous entendez ce qu'on dit ?

– On vous entend papoter, oui. Mais t'inquiète pas, on comprend pas vos sujets de discussion, si ça te dérange.

– Désolé. Ça ne se reproduira pas.

– Non, pas de soucis. Mais si tu veux dormir, peut-être qu'il faudrait arrêter les bavardages, tu crois pas ? tenta-t-elle avec humour.

On aurait plus dit une enseignante qui demandait à l'un de ses élèves d'arrêter de déranger ses cours avec son camarade de classe. Peut-être était-elle effectivement enseignante ? Puis subitement, elle reprit une mine sérieuse.

– Sam, si tu as un problème, dis-moi.

Il laissa échapper un petit rire.

– C'est plutôt à moi de te dire ça, Jo.

– Ouais ouais c'est ça, en attendant moi je me porte bien.

Il chercha une réplique à lui rétorquer mais le temps qu'il le fasse, elle était déjà retournée avec les autres non sans soutenir son regard, sous-entendant qu'elle pensait ce qu'elle venait de lui dire. Cette fille avait un caractère bien cousu – Dean et elle se seraient certainement bien entendus.

Sam soupira dans son coin.

La situation ne s'améliorait pas, et ils ne vivaient pas les meilleurs jours de leur vie.


Ils avaient réussi à faire passer un peu le temps de plusieurs manières différentes. Ils s'échangeaient des idées d'abord, puis ça retombait souvent sur leurs expériences personnelles qu'ils partageaient, chacun ajoutant quelque chose, un petit détail marquant, qui finissaient parfois en sortes de confessions déguisées sans qu'aucun d'entre eux ne s'en rendent compte. L'esprit vif des plus jeunes arrivait le plus facilement à dégeler la glace qui paralysait les langues, qui tendait les autres.

C'était des moments où ils oubliaient un peu, de manière illusoire, où ils étaient, ce qu'ils faisaient, ce qu'ils devraient faire là, au-dehors, dans le monde extérieur, ce qu'ils faisaient la semaine dernière, ce qu'ils faisaient il y a un mois, ce qu'ils avaient prévu de faire hier, avant hier, aujourd'hui et demain, ce qu'il en sera de la semaine prochaine et de celle d'après et d'après et d'après – si seulement elles existaient. C'était des moments où ils apprenaient à se connaître et sympathisaient tout en conservant une certaine gêne malgré tout – le manque de lumière n'aidait pas à tout ignorer, et ils ne savaient toujours pas ce qui était prévu pour la suite.

Personne n'osait se l'avouer, mais ils avaient peur de s'imaginer ce qu'il pourrait arriver dans le pire des cas. Ils avaient tous déjà vu ou lu des livres ou des faits historiques – réels – sur ces types de situations. La déshumanisation, elle était bien là quelque part, il suffisait d'un rien pour que toutes ces années de civilité s'envolent au loin – après tout, avant, il n'était question que de se forger une vie dans la société, et non pas de survie.

Sam avait emporté un carnet de notes avec lui avec ça, ils étaient retombé en enfance – enfance pour ceux qui en avaient eu une. Tout y était passé le pendu, le morpion, le coup du dessin dont on doit deviner le mot, tout. Ils avaient passé pas mal de temps – Sam dirait qu'ils pourraient même aller jusqu'à dire quelques heures – à jouer à « devine à qui je pense ». C'était aussi dans ces moments-là qu'on découvrait les différences culturelles entre les gens. Certains se focalisaient sur les célébrités actuelles, d'autres plus anciennes, certains encore ne se concentraient seulement sur des personnages fictionnels.

Charlie avait toujours avec elle le livre Le Hobbit, en se plaçant bien comme il fallait dans un endroit judicieux, ils se relayèrent pour ceux qui voulaient le feuilleter – Chuck avoua qu'il avait toujours voulu le lire, mais n'en avait jamais trouvé le temps. Aujourd'hui, il ne pouvait pas se plaindre qu'il ne l'avait pas.

Au bout d'un moment, ils s'étaient mis à graver avec des cailloux contre la paroi des dessins, des symboles, des mots. C'était au cas où, pour ne pas gaspiller trop de papier avec leurs jeux passe-temps. On ne savait jamais ce qui pouvait arriver, ça pouvait toujours s'avérer être utile. On retournait à l'âge Préhistorique, pensèrent-ils ironiquement.

Le temps passa plus vite. Comme ils l'avaient espéré. Honnêtement, tous s'étaient forcés au départ. À la fin aussi, mais moins difficilement. Ils étaient arrivé à conserver quelque chose d'eux-même, à ne pas se diviser comme l'avait prédit Meg ou Crowley, bien que les dés ne soient pas encore tous jetés. Ils se forçaient à voir le bon côté des choses.

À la fin de la journée – ou ce qu'ils supposèrent être la fin de la journée – ils avaient fait une liste de ce qui avait été plus sympa à faire que d'autres, et des idées en plus à faire pour le lendemain. Garth avait trouvé un paquet de cartes dans l'une des poches de sa veste, qu'il avait récemment acheté. Comme il l'avait complètement oublié, ils se promirent d'y jouer le lendemain – tout en espérant que ça n'arriverait pas, parce que d'ici demain, ils seraient secourus, on viendrait à leur secours, ils seraient sortis d'ici. Ils pouvaient dégager la sortie à tout moment. Ils ne finiraient pas ici. Le monde extérieur ne les abandonnerait jamais là-dedans – et même s'ils le faisaient, leurs proches se révolteraient – pour ceux qui avaient la chance d'avoir des proches.

Gabriel faisait parti de ceux qui ne participèrent pas à ce que les autres appelaient « l'instant loisirs ». Sam ne savait pas si c'était parce qu'il les trouvait ridicules – Crowley et Meg ne se cachaient pas de penser cette idée – ou bien s'il n'avait simplement pas envie de se mêler à eux. Il n'arrivait pas encore bien à le cerner. Lorsqu'ils étaient seuls, il semblait presque être sympathique, mais dès que quelqu'un d'autre arrivait, il se hérissait presque, comme s'il n'aimait être avec personne. Puis, à d'autres moments, il paraissait être à l'aise. C'était comme s'il se divisait en deux hommes bien différents, qui agissait comme bon lui semblait quand bon lui semblait.

Mais si l'on regardait de plus près, les autres agissaient, eux aussi, de la même façon. Au moindre problème, tous se renfermaient sur eux-mêmes, et quand les choses s'amélioraient en apparence, ils se rouvraient comme des fleurs. Il ne fallait pas leur en vouloir. C'était ça, l'instinct de survie. Même l'homme le plus doux, le plus gentil de l'univers craquerait – non ?

Aujourd'hui était le troisième jour. Le troisième jour qu'ils étaient enfermés dans le noir – le gris serait un bien meilleur terme ici – et qu'ils n'avaient plus aucun communication possible avec le monde extérieur. Sam devait avouer que discuter avec son frère lui manquait. Bobby lui manquait aussi. Il se demanda comment avait réagi son demi-frère, Adam. Ils n'étaient pas extrêmement proches, mais peut-être se sentait-il désolé pour lui. Peut-être qu'il s'en fichait éperdument, aussi. C'était possible.

Il soupira.

C'est dans ce tunnel, loin de tout, qu'il réalisait à quel point il tenait à ses proches – et qu'il regrettait de ne pas être plus proche que ça d'Adam. Le point positif de sa situation pourrait être un possible rapprochement entre Dean et lui ? Il n'en était pas si sûr. Dean en voulait à Adam d'avoir été plus gâté qu'eux durant leur enfance par leur père. Il n'était pas à blâmer, Sam avait été jaloux aussi. Mais ça n'avait pas été la faute d'Adam non plus.

Il songea à son père.

C'était un drôle d'endroit pour songer à son père. Ça faisait bien des mois qu'il n'avait pas eu une pensée pour lui. Son père actuel – la personne qu'il considérait plus comme un père – était Bobby. Lorsqu'on lui parlait de figure paternelle, ce n'était pas son père biologique dont il se souvenait en premier lieu, mais toujours son père adoptif. Et il était certain que Dean pensait la même chose.

De toute façon, la question ne se posait plus maintenant puisqu'il était mort, il y avait maintenant des années de ça.

La ration du soir fut distribuée dans une meilleure ambiance que ce à quoi il s'était attendu. La présence de personnes à l'attitude assez positive comme Charlie, Balthazar ou Garth réchauffait l'atmosphère – il était connu que la colère, l'angoisse, la dépression et la peur se propagent rapidement, c'était vrai. Mais il y avait encore des gens pour maintenir plus ou moins volontairement de bonnes choses. Et cette pensée arracha un sourire à Sam. Il se dit même que si Gabriel s'ouvrait un peu plus, les autres pourraient découvrir qu'il était en fait un chouette type, et qu'ils pourraient passer de bons moments. Même Meg et Crowley pourraient se décoincer un peu, s'ils le voulaient. Bien qu'il ne leur fasse tout de même pas totalement confiance. Meg avait tout de même failli semer la discorde dans leur organisation plutôt bien partie – il n'était pas aussi indulgent qu'il le montrait.

Après avoir mangé, Jo, Ash, Anna, Garth et Kevin s'étaient installés à côté de Balthazar qui s'était confortablement – enfin, par rapport aux moyens du bord – installé dans un coin. Il racontait sa vie. Littéralement. Et paraissait s'en moquer le premier.

– J'ai tellement été un connard, jusqu'à présent, dit-il avec un grand sourire.

Les autres accueillaient ses paroles silencieux d'abord, puis les commentaient de quelques mots ou d'un petit rire discret ou franc, ça dépendait, et parfois personne ne disait jamais rien. Alors Balthazar continuait.

Sam obligea Gabriel à venir. Il l'avait convaincu en refusant de boire s'il ne venait pas. Il avait prétexté qu'il était un géant, comme il disait, et avait sorti une excuse stupide qu'on pourrait raconter aux enfants pour les faire rire, qu'il n'avait pas besoin de beaucoup d'eau, comme les dromadaires ou les chameaux. Gabriel l'avait fixé comme s'il se foutait de sa gueule – c'était peut-être vrai quelque part.

Pour se venger, Gabriel commentait de temps en temps à voix basse, et Sam souriait. Les autres remarquèrent l'attitude de Gabriel mais n'en montrèrent aucune gêne. Sam pensa qu'ils avaient compris qu'il essayait de faire en sorte que Gabriel s'intègre. Il en était presque fier. Si Dean avait été là, il aurait sans doute dit quelque chose comme « C'est mon frère qui s'occupe de ce genre de trucs, la psychologie, c'est son taff. Ça m'étonne pas de lui ».

– … Je m'étais arrangé pour qu'ils croient que c'était lui le voleur, alors qu'ils m'avaient juste sous le nez, continuait Balthazar. Le pauvre type n'avait aucune idée que c'était moi, et m'a supplié de l'aider à prouver son innocence. Je lui avais souri, je me souviens, presque innocemment, et au moment même où ils l'emmenaient et qu'il rentrait dans la voiture, il dût comprendre puisqu'il s'était mis à s'agiter et à bouger dans tous les sens en hurlant des n'ai aucune raison d'être fier de ce qu'il s'est passé, je devrais avoir honte, m'en vouloir, mais sérieusement, j'en avais rien à foutre. Au contraire, j'étais juste fier de moi. Et puis, de toute façon, ce type trompait sa femme et écoutait du Céline Dion, il n'était pas tout clean non plus.

C'était dans ces moments-là qu'ils avaient un peu de mal à savoir s'il racontait la vérité ou bien s'il s'amusait à leur faire gober des histoires – mais très vite cette question perdit de son importance – ceux qui choisissaient de croire y croyaient, ceux qui n'avaient envie d'entendre qu'une histoire ou un conte de fée pas très féerique l'entendait. Tant qu'il racontait quelque chose.

Peu à peu, il réveilla des souvenirs que certains firent partager. Charlie raconta son premier piratage (sa fierté), et Ash et elle s'engagèrent dans une grande discussion dont leurs amis se trouvèrent très vite largués, les sujets se diversifièrent et comme une petite brise perdue, guidée d'une personne à l'autre, l'ambiance évoluait sans cesse, s'approfondissant sur des sujets sensibles comme ceux de tous les jours, abordable par n'importe qui.

Ce soir-là, Sam s'endormit, sans même sans rendre compte, au beau milieu des conversations.


Il crut d'abord qu'il faisait un cauchemar. Des bruits de pas résonnaient dans sa tête, mais il dût se rendre à l'évidence qu'ils résonnaient plus que dans sa tête – que ce n'était pas dans sa tête. Il s'assit en tailleur ; les autres ne s'étaient pas encore couchés, donc il n'avait pas dormi très longtemps – peut-être une demi-heure, peut-être une heure, mais pas plus.

Ils étaient figés sur place, fixaient l'autre côté du tunnel.

– Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-il.

– C'est Meg, répondit Gabriel.

– Qu'est-ce qu'il se passe ? Répéta-t-il.

– On sait pas, dit Jo. Ça fait même pas une minute que ça bouge. Mais y'a un problème entre Meg et Crowley. Je crois qu'ils se battent.

Sam ne réfléchit pas et se releva de suite, tendu, et lança un indigné :

– On ne peut pas les laisser faire ça !

Ils ne répondirent pas. Peut-être qu'ils étaient paralysés par la surprise, la peur – mais il ne pensait pas que ça soit la véritable raison. Peut-être qu'ils ne se considéraient que spectateurs. Peut-être que – peut-être pensaient-ils que si l'un des deux, Meg ou Crowley, voire les deux, arrivaient à de débarrasser l'un de l'autre, peut-être alors, qu'ils pensaient que ça ne serait pas si grave, qu'il y aurait plus de nourriture pour eux, et que de toute façon, ces deux-là, personne ne les appréciait, ils ne manqueraient à personne.

C'est ce que Sam, horrifié, cru voir sur le visage de certains – et ça lui fit peur. Il avait cru que les choses allaient mieux, mais leur comportement ne montraient en rien qu'ils s'étaient améliorés.

Il se retourna vers l'endroit où il y avait des bruits – c'était comme une course poursuite silencieuses. Ils ne hurlaient pas, ils ne s'insultaient pas, ils ne disaient rien – peut-être parce qu'ils pensaient passer discrets comme ça ? Mais ils devaient savoir que dans un tunnel comme celui-ci, l'écho ne passait pas inaperçu.

Il commença à marcher rapidement, puis à trottiner et à courir. Sa tête encore un peu étourdie le fit quelque peu légèrement zigzaguer et il entendit quelqu'un courir derrière lui – c'était Gabriel. Les autres, toujours tétanisés, ne bougeaient pas.

On ne pouvait pas dire que Sam comprenait leur réaction. Même de Jo, Charlie ou Anna. Balthazar avait l'excuse de ne littéralement pas pouvoir bouger physiquement, mais les autres ?

– Sam, dit Gabriel en posant une main sur son épaule. Je crois qu'ils ont des couteaux.

… Sauf s'ils avaient compris qu'il était question d'armes blanches, dans ce cas là, c'était compréhensible. Qui voudrait perdre la vie pour deux inconnus qui s'étaient comportés comme de parfaits connards jusqu'à présent ?

– Vous foutez quoi, là ? hurla Sam à leur attention, plus énervé qu'autre chose. Vous vous foutez de nous ou quoi ? C'est comme ça que vous réglez les problèmes ? Vous tuez ceux qui gênent ?

Gabriel grimaça. Les deux ombres se figèrent, la plus fine se mit à ricaner. L'autre en profita pour se rapprocher. L'arme se trouvait dans les mains de Meg.

– Meg, pose ce couteau.

– Dans tes rêves, mon mignon.

Il se rapprochait petit à petit, Gabriel ne le lâchait pas d'une semelle.

– Meg, pose ce putain de couteau. Et Crowley, ne t'avance pas plus !

L'homme accéléra au contraire. Meg se retourna, fulgurante et le menaça de l'arme. Il s'arrêta finalement. Il n'avait pas d'autres choix, de toute façon. Sam était assez proche maintenant pour voir les traits de leur visage. Elle, souriait, mais ce n'était pas un sourire fier, ce n'était pas un sourire joyeux, c'était un sourire de revanche. Lui, tout exprimait la haine, la méprise – s'il avait le couteau, Sam était persuadé qu'il la tuerait sur-le-champ. Il n'hésiterait pas une seconde.

Ce n'est qu'après que Sam remarqua que Meg tenait un sac dans sa main. Main qui était d'ailleurs ensanglantée. Ça n'empêchait pas sa poigne de serrer fortement le sachet comme si c'était le plus immense des trésors du monde.

– Je répéterai pas. Meg, tu poses ça.

– Hors de question, rit-elle. Ce taré va me foncer dessus dès que je le ferai.

– Il ne le fera pas, dit Sam. On est là.

– Oh, oui, c'est vrai, tu es là, donc tout va aller pour le mieux, maintenant, n'est-ce pas ? Et tu crois que l'autre gnome peut faire quelque chose ?

– Tout va bien se passer si tu fais ce qu'on te dit.

– Mais oui bien sûr. Vous avez pouvoir de vie ou de mort, aussi ? Va te faire foutre.

– Dégagez, ce sont pas vos affaires, menaça Crowley.

Sam se retourna vers lui et le fusilla du regard.

– Toi, tu commences pas, et tu t'éloignes. Maintenant.

– Ce ne sont pas de vos affaires, reprit-il.

– Vous commencez à me taper sur les nerfs, donc vous allez simplement vous éloignez l'un de l'autre comme je vous le demande bien gentiment. Vous valez mieux que ça.

– Oh, maintenant tu nous juges ? Moi je refuse de crever la dalle comme toi dans mon coin.

A peine avait-elle fini sa phrase que Crowley se jeta sur elle. Meg poussa un hurlement strident et s'écarta au dernier moment, Sam réagit au quart de tour mais Gabriel lui fit un croche-patte qui le fit trébucher et mordre la poussière. Un bruit retentit, et quelqu'un d'autre s'écroula.

Sam releva la tête en se frottant le nez – il y avait du sang. Il s'attendit à voir Meg allongée, et Crowley courir dans la direction opposée avec le sachet, mais le spectacle qui s'offrit à lui fut tout autre.

Meg se tenait toujours debout, elle avait lâché le couteau et tenait le sac bien fermement contre sa poitrine, les bras croisés dessus. Crowley était à genoux et jurait en se lamentant. Il avait la main gauche posée contre la partie gauche de son visage et avait l'air de passer un mauvais moment. Gabriel tendit la main à Sam et l'aida à se relever, sans sourire. Puis il ramassa la lame et l'agita devant Meg.

– Le gnome t'emmerde. Maintenant, tu fais voir ce qu'il y a dans ce sac, et je te jure que je ne suis pas aussi patient et tendre que Sam.

Elle faillit rétorquer quelque chose, mais un seul haussement de sourcils de la part de Gabriel l'en dissuada. Elle lâcha le sac et s'éloigna lentement. Derrière, Crowley se lamentait encore.

– Gabe, qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Gabriel ramassa le sachet il était lourd. Quelqu'un toucha l'épaule de Sam par derrière et il sursauta de surprise. C'était Anna. Elle avait l'air désolé, mais arborait un petit sourire de bienveillance.

– Anna ?

– Salope, lâcha Crowley.

– T'en veux une autre, peut-être ? cracha la rousse.

Elle tendit un bandeau entre ses deux mains, qui pouvait parfaitement bien servir de fronde. Ce n'est qu'à ce moment là que Sam réalisa ce qu'il s'était passé. Il ne fallait pas être surdoué pour comprendre. En jetant un coup d'œil à Crowley, il vit un gros cailloux coloré de sang à côté, qui confirma son hypothèse.

– Tu as visé de si loin ?

– Je n'étais pas si loin.

– Tu nous as suivi ?

– Plus ou moins. Charlie et Jo ont confectionné ce petit truc, dit-elle en désignant le ''bandeau'' pendant que je cherchais un projectile efficace.

– On aurait pu s'en passer.

Elle le fixa comme s'il plaisantait. Il se demanda lui-même s'il était sérieux ou non. Il entendit Gabriel soupirer, puis s'occuper de relever Crowley sans ménagement.

– J'crois pas, non. On est jamais assez prudent.

– Je peux simplement savoir pourquoi je me retrouve le nez cassé, Gabriel ?

Cette fois, il lui sourit.

– Cette partie-là était drôle. Un géant qui se casse la gueule, ça mérite un reportage, et une caméra au ralenti.

– Arrête de te moquer de moi.

– Mais Sam, je passe mon temps à me moquer de toi.

– Arrête de faire ça.

– S'il n'avait pas fait ça, je n'aurai pas pu intervenir puisque tu étais en plein dans mon champ de vision, Sam, expliqua Anna. J'ai beau savoir viser, je ne peux pas éliminer les obstacles. Et Gabriel avait capté le plan.

Il plissa les yeux.

– Tu crois pas que tu aurais pu simplement me dire quelque chose ?

– Pour que les deux autres comprennent ? Et puis ça aurait pris trop de temps.

Sam ne répondit pas. Il savait qu'ils avaient raison – et qu'ils avaient fait le bon choix. Même si son nez en avait pas mal pâti.

– Où est Meg ?

– Pouffiasse, marmonna Crowley.

– Toi, ta gueule.

– Vous m'avez presque éborgné !

– Dommage qu'on t'aie loupé.

Ils le laissèrent s'offusquer dans son coin, pendant que Ash et Garth, qui les avaient rejoins entre temps, s'affairaient à l'immobiliser, et que Kevin auscultait sa blessure – qui n'était que superficielle, d'après lui – Anna et Sam s'intéressèrent au sac que Gabriel avait ramassé.

– De la bouffe, souffla Sam.

Il n'en croyait pas ses yeux. Pourtant, c'était logique. Tout prenait sens. Meg savait depuis un moment que Crowley cachait quelque chose, et elle savait, d'une façon ou d'une autre, que c'était de la nourriture. La connaissant, elle avait dû l'entendre ou le voir pendant que les autres dormaient. Ce type était un putain d'égoïste. Il y avait là de quoi nourrir tout le monde avec des rations convenables, en plus de ce qu'ils avaient, pour un ou deux jours de plus. Ce n'était pas rien. Vraiment pas.

Meg avait voulu le lui voler, c'était humain. Ce qui était moins pardonnable, c'était que deux personnes avaient en leur possession – en leur savoir – de quoi sauver un groupe d'un total de douze personnes, eux inclus.

Il y avait des snacks, deux bouteilles d'eau en plastique, du pain séché, quelques conserves. Peu importe la raison pour laquelle Crowley se baladait avec ça dans le train, c'était une bénédiction. Et cette bénédiction avait failli – leur passait déjà sous le nez depuis trois longs jours exténuants.

Il y avait de quoi en pleurer.

– Putain, c'est pas possible, c'est pas vrai.

– Au moins, on l'a trouvé, fit remarquer Anna. Ça aurait pu ne jamais être le cas.

Il se sentit tellement, tellement fatigué. Sa tête cognait toujours. Le sang battait dans ses tempes.

– Il mériterait qu'on le tabasse.

– La question n'est pas là. On devrait plutôt s'intéresser à des choses plus graves comment est-ce que ce couteau est arrivé en possession de Meg ? Et qui était chargé de rassembler les réserves de nourriture ?

– Ces questions ne sont d'aucune utilité, fit remarquer Ash. On a un train de plusieurs wagons dans un tunnel dont on ne peut pas sortir, et des rochers étalés un peu partout. C'est pas difficile de planquer quelque chose, malgré les apparences.

– C'est toi qui a frappé Meg ? questionna Sam en s'adressant à Crowley.

– C'est tout ce que cette pute mérite, cracha l'homme.

Sam se retint de lui envoyer un coup de pied en pleine mâchoire. Il y avait du monde.

– Quand ?

– Quand elle a essayé de me voler pour la première fois. Mais elle m'a pas raté non plus, j'ai une jolie cicatrice à l'avant-bras aussi.

– Laisse-moi examiner ça... dit aussitôt Kevin.

– Fous le camps, gamin, j'ai pas besoin de toi.

Kevin ne se fit pas prier et s'écarta. Il n'aimait pas ce type, de toute manière.

– Je vais voir Meg, déclara-t-il. J'ai cru comprendre qu'elle était blessée à la main.

– On vient avec toi, se proposèrent Garth et Jo.

Il ne refusa pas. Ils avaient presque l'impression d'aller examiner une bête sauvage.

– Que fait Chuck ? demanda Sam en faisant le compte de ceux qui étaient là.

– Il est resté avec Balthazar.

Ça lui semblait être une sage décision.

Ils passèrent le reste de la soirée – si c'était bien une soirée – à redistribuer et reconsidérer les rations des prochains jours. Il y avait un certain soulagement général. On n'accepta plus que Meg et Crowley restent dans leur coin, ils étaient dorénavant obligés de participer à la vie de groupe et n'avait plus le droit de se déplacer sans que quelqu'un ne les surveille, voire ne les suive. Pour quelque raison que se soit. Même pour aller faire ses besoins. Ils n'accepteraient plus aucun dérapage.

Sam eut droit à une ration supplémentaire d'eau, à l'approbation générale des autres rescapés, étant donné qu'il s'était privé à cause de Meg. Il partagea en secret avec Gabriel qui s'était aussi privé indirectement en l'obligeant à boire dans ce qu'il avait eu.

La situation fut calmement expliquée à Chuck et Balthazar qui n'avaient absolument rien suivi. On mit également au point des tours de garde, la confiance ayant définitivement été brisée. Deux personnes minimum devaient la passer ensemble. Sam se porta volontaire il avait récupéré un peu de sommeil juste avant, et il pouvait toujours sentir l'adrénaline le parcourir de haut en bas. Il n'allait certainement pas s'endormir de si tôt. Jo se proposa volontaire pour le passer avec lui elle ne reçut pas d'objections. Ils seraient ensuite relayés par Chuck et Anna, puis Charlie et Gabriel, et ainsi de suite.

Quand ils furent tous couchés, Sam ramassa une morceau de roche par terre et traça des lignes pour tester son efficacité elles étaient bien visibles. Il dessina trois traits distincts sur la paroi, puis reposa la pierre.

– Qu'est-ce que tu fais ? chuchota Jo.

Il répondit, sans la regarder :

– J'espère.