Mais qu'est-ce qu'elle foutait là…
Son fils lui manquait, elle détestait être à Paris, elle n'avait pas dormi une nuit entière depuis… depuis des siècles. Et surtout elle savait que ça allait se compliquer… Forcément…
Elle était assise contre l'immense moto qu'elle avait garé rue de Harlay, face à l'entrée de la cours d'assisse, avait pris un café place Dauphine et elle attendait. Elle attendait que son ami Alice arrive, elle attendait de replonger les deux pieds en avant dans son passé, elle attendait que la foudre lui tombe dessus, elle s'attendait au pire, et elle n'avait rien pour tromper ses angoisses, la panique la gagnait et ce n'était vraiment pas le moment.
Elle prit son téléphone et appela Chloé. Il était quelque chose comme 2 heures du matin à New York, elle ne devait pas dormir.
« Tu sais quelle heure il est ?
« Tu dors ?
« Non… Mais heu… Je pourrais…
« Red, ça va pas… C'est une connerie d'être là…
« Il fallait à un moment ou à un autre que cela arrive, non ?
« Oui mais ça va trop vite. Je n'ai pas de prise. Je me jette dans le vide là ! Et avec la responsabilité de tes amis en plus de mon propre merdier. Je ne peux pas gérer les deux de front
« Bien sur que tu peux. C'est d'ailleurs la seule manière, et tu le sais. Le travail te donne cette structure qui te manque quand tout se complique. Tu as réussi par le passé, tu as survécu, tu as changé, pour ton fils. Aujourd'hui, tu dois le faire encore pour lui. Il a besoin de sa famille cet enfant. Tu as assez reculé Max. Ca va faire 2 ans. Ils ont le droit de savoir. Elle a le droit de savoir.
Maxine expire profondément. Elle sait que Chloé a raison, qu'il n'y a pas de hasard et qu'elle doit affronter tout ça.
Elle voit au loin arriver Alice et son « c'est compliqué », esquisse un sourire en lui faisant signe.
« Je dois raccrocher Chloé. Merci, ma belle.
« Rappelle-moi
« Oui, je te tiens au courant
Elle raccroche et se relève, prenant dans ses bras la femme qui court vers elle.
« Laisse-moi te regarder. Mon Dieu comme tu m'as manqué. Elle la serre encore une fois, à l'étouffer
« Chérie, Outre que j'aimerai saluer Fred, j'ai toujours besoin de respirer pour vivre
« Oui excuse-moi… C'est juste que depuis ton appel de l'autre jour, je n'arrive pas à croire que tu sois là.
« Je vous confirme, elle ne parle que de vous depuis 24 heures
« Je suis aussi très heureuse de vous revoir.
« Viens entrons, nous seront plus tranquilles dans mon bureau, et Victor est allé chercher les croissants
« Oui, je suis désolée de venir si tôt mais…
« Pas de soucis. Comment va ton fils ?
« Bien ! Bien, il est magnifique, il ne tient pas en place et il épuise ses grands-parents à Aix. Je le leur avait laissé avant de monter pour Europol. Et toi ? Petit Paul ? Et ton adoption ?
Ils échangent un regard et c'est Fred qui répond :
« On a trouvé une solution
Max s'arrête au milieu des marches, les forçant à stopper et se retourner
« Non ! Mais félicitations vous deux ! J'adore ! Il était temps !
Elle les serre dans ses bras, et ils s'engouffrent à l'intérieur en discutant joyeusement.
Max a baissé sa grade un instant, se lassant submerger par la bonne nouvelle, et lorsqu'elle se retrouve face à Pauline au détour d'un couloir, elle manque presque de tomber, tant la surprise est grande. Elle s'est rattrapé au bras de Frédéric, et s'y accroche comme à une bouée salvatrice, tant elle a peur de sombrer.
La jeune femme s'est arrêtée elle aussi, et l'éclat de colère dans ses yeux bleu, les rendent encore plus identiques à ceux de son père si cela était Dieu possible.
« Je vois que la rumeur était fondée. J'imagine que tu n'as pas eu le temps d'appeler.
« Pauline, je… Si bien entendu j'allais appeler, mais c'est compliqué.
« Visiblement. Mes respects Madame le juge.
« Bonjour Maître. Que diriez-vous de nous accompagner, je…
« Je suis désolée, mon client m'attend. Il compte sur moi. Plus tard peut être
Et elle part, furieuse et peinée, les laissant là.
Maxine a l'air sonnée, elle prend une grande inspiration et se retourne vers ses amis.
« Une chose à la fois, n'est-ce pas.
Ils sont tous installés dans le bureau, et une fois la première gorgée de café avalée, Max semble avoir retrouvé une respiration normale.
« Ca va aller ?
« Oui. Pas le choix.
Donc, comme tu le sais, à peine arrivée, je me suis mise sur une affaire avec la 3ème DPJ. Adèle Delettre, leur criminologue avait été enlevée, 2 fois, on l'a retrouvé, l'enquête suit son cours.
Sauf que, j'ai acquis l'intime conviction que ce deuxième enlèvement est lié au scandale de la juge Marceau. C'est l'équipe du Commandant Rocher qui a soulevé le lièvre, et c'est lui qui l'a abattue. Et là, on s'attaque directement à lui.
« D'autres membre de son équipe ont été touché ?
« Non Fred... C'est plus compliqué que ça… Disons qu'Adèle et lui sont très… Proches ?
« Ah oui ! Oui, je vois, oui ?
« Bref, toutes les personnes impliquées dans cette affaire à la DPJ, et leurs proches ont été mis en sécurité. Sauf que j'ai besoin de bras.
J'ai déjà contacté la fille du juge, qui bosse avec Derco, le gars en charge de la cellule, mais je n'ai pas envie de l'impliquer lui, je ne le connais pas.
« Oui je comprends, tu as besoin de TON équipe. Et du coup, tu as besoin de moi pour que j'ouvre une information et que je fasse passer au procureur et au divisionnaire que tu as besoin d'une force qui regrouperait plusieurs compétences et donc plusieurs juridictions, dans le cadre d'une collaboration inter forces pour attraper ce gars.
« Oui, à un détail près. Le profil laisse entendre que le disciple est quelqu'un de la maison. Je n'ai donc que deux solutions, en plus d'être paranoïaque et de cultiver le secret, soit je me sers de Rocher comme d'une chèvre, soit je lui donne une meilleure raison de venger son gourou.
« Et vous avez choisi la seconde option, et vous comptez vous attacher à un piquet
Elle sourit.
« C'est ça. Et je crois que l'on devrait commencer à se tutoyer, du moins si on part du principe que je vais venir à votre mariage.
Plus sérieusement Alice. J'ai besoin de toi sur ce coup. De vous.
« Tu veux qui en plus de la 3ème et de nous ?
« Juste nous et la 2ème, on pourra toujours faire intervenir les autres si ça se complique.
« Ok, attends-moi là, je vais voir ce que je peux faire. Victor, avec moi. Vous deux, travaillez à une stratégie qui te garde en vie.
« Alice ? Attend. Ne pousse pas. Si tu vois que ça bloque, laisse tomber je ferai autrement.
« Nous te devons tous un immense retour d'ascenseur, rien que pour la dernière fois où tu as été dans ce bureau… Je pense que j'ai des arguments, dit-elle en sortant suivie de Victor.
Fred se lève et lui ressert un café.
« Elle ne change pas n'est-ce pas ?
« Pas d'un iota ! Vous non plus visiblement. Pardon, toi.
« Tu sais ce que l'on dit, chasse le naturel…
« Oui, je vois ça…
L'étape d'après, c'est quoi ?
« Allez voir mes anciens collègues, me faire insulter… Aller voir Pauline, ou sa mère, voire les deux et risquer de m'en manger une… Et après tout ça, retourner expliquer à Rocher que je le vire de sa propre enquête… Une bonne journée en perspective…
« Vous ne perdez pas votre sens de l'humour, c'est déjà ça !
« Tu..
« On va y arriver…
Donc, la stratégie ?
« A part le piquet tu veux dire ? Oh et bien simplissime… Je vais passer à la télé et casser du sucre sur cette bonne Nicole. Assez pour que le fiston ait bien mal au cœur, et avec la bénédiction de la fille de la juge, en personne. Je vais le pousser à me haïr avec tout ce qu'il a. Après tout, j'ai une réputation à tenir moi aussi…
« Ok… Ouai… Et nous ? Les autres ?
« La team Alice, en coordination d'équipe, et après mon petit show, en visite chez Derco
« Tu l'aimes pas celui là
« Du tout. Et je ne l'ai pas rencontré… Ca promet…
Pour les autres, 2 équipes : recherche et protection
« Et tu compte empêcher ton Commandant de s'en mêler ?
« Oui… Ca j'avoue, c'est pas gagné…
« C'est un début de plan…
« Déjà ? Bravo !
« Vu ton sourire, on peut dire pareil ?
« Oui, mais c'est sous MA responsabilité, même si je te laisse mener la dance. Je veux une réunion ce soir au plus tard.
« Pas de soucis. Fred va te raconter. On ne fait rien avant de s'être vus.
Je file à la 2
« Pour votre information Madame, j'ai eu le Commissaire Perriggi, ils sont en intervention. A deux pas du quai de la Tournelle, dans le jardin d'enfants du square Henri Galli
« Merci Victor
Il lui avait fallut à peine plus de 5 minutes en moto, et lorsqu'elle arrêta l'engin contre la grille, côté quai des Célestins, le temps sembla s'arrêter.
Elle ne pu s'empêcher de le chercher du regard, et s'arrêta sur le blouson que portait Romain, venant à sa rencontre. Cécile et Eva restaient immobiles, ne sachant pas vraiment comment tout cela allait se passer.
« J'imagine que Pauline t'a appelé ?
Elle s'attendait à une gueulante, avait coupé l'empathie, et fut surprise que le jeune homme la prenne dans ses bras. Elle lui rendit son étreinte, pris le temps de sentir le cuir contre sa joue, et se reculant, lui sourit.
« J'arrive pas à croire que tu sois là !
« J'arrive pas à croire que je sois là, pour tout te dire…
« Tu vas rester un peu ?
« Oui. Il le faut. J'ai assez trainé les pieds. C'est comme si je venais moi aussi de sortir du coma, et que je doive raccrocher les wagons.
Mais là pour l'heure, je suis sur une affaire, et j'ai besoin de vous.
« Ca tombe bien, on s'embêtait justement dit-il en lui désignant un sac noir au milieu du square.
