4) Hespéries

Alors que "l'abri des méfiant" était né des rocailles boisées de l'une des montagnes, le jardin des délices, lui se trouvait sur l'un des hauts plateaux du Sanctuaire, comme lui avait dit Milo ce jour-là, lors d'une course échouée.
Ce verger perdu au bout du rocher jouissait d'un doux climat et d'une terre généreuse, d'où jaillissait les plus belles fleurs parfumées du monde des vivants.

Devenue l'Ophiuchus d'Athéna, elle y fut conviée, comme tel fut le cas de Ladon dans la mythologie grecque. Érythie, l'une des nymphes couchantes lui fit savoir qu'elle était l'unique saint d'Argent à y avoir accès, ce qui était un honneur puisque seuls les chevaliers de la Vierge, de la Balance et du Scorpion avaient le privilège d'être de leurs compagnons.
Elle lui montra également le jardin botanique du chevalier du Poisson qui était juxtaposé au leur. Depuis des siècles, plantes et fleurs avaient été cultivées harmonieusement par les propriétaires de la douzième maison du zodiaque. La roseraie était par contre interdite sans invitation du maître du lieu, vu le danger de certaines roses.

Elle aimait se relaxer, nageant parmi les Couchantes et les Potamides des eaux divines.
Sortant dans sa plus simple tenue, elle prit la serviette qui lui était destinée et se sécha. Elle ne portait qu'un péplos de lin ample d'où à travers on pouvait voir ses seins bien formés, se balançant aux mouvements de ses pas.
C'est là qu'elle y rencontra le Scorpion.
– Que fais-tu ici, chevalier ?
– J'aurais aimé fumer...
– Tu t'éloignes bien loin de ton temple pour t'empoisonner.
– Tu ne ressembles pas à ma mère, n'essaies donc pas de l'être !
– Que dirait-elle si elle savait que tu nous regardes nager nues alors que tu ne le devrais pas ?
– Que je suis un homme comme un autre, Ophiuchus ! Suis-moi, j'ai à te parler.

Tout en parlant, il choisit un endroit où l'herbe était courte. A l'ombre des arbres, il lui proposa de s'asseoir et commença.
– On m'a dit qu'Algol était mort et que tu avais été blessée par Pegase. Est-ce vrai ? Enfin, tu vas bien ?
– Algol n'est plus. Quant à ma blessure qu'est-ce que ça peut bien te faire !
– Jadis, je t'en avais soignée une. Lui fit-il remarquer.
– Jadis ? Répéta t-elle.
Une rougeur soudaine envahit son visage, se souvenant de ce jour-là où il lui fit un garrot.

Il sourit.
– Tu sembles passer plus de temps ici qu'au camp des femmes.
– Si on ne m'envoie pas en mission, je préfère être ici qu'en bas.
– Je comprend la beauté du lieu est idyllique mais y être tous les jours n'est peut-être pas aussi sain que tu ne le penses... Ce jardin n'a pas été créé comme asile pour s'y cacher.
– Je me sens seule là-bas, ici je le suis... c'est toute la différence n'est-ce pas ?
– Ne t'es-tu jamais fait d'amies ?
– Mon amie est morte, quand aux amis, on ne peut pas en avoir et espérer les commander... Cassios, mon disciple, est comme un frère pour moi. Lui par contre, pense être mon garde du corps, comme si j'en avais besoin d'un.

Contemplant les reflets lumineux de l'eau dont les rayons du soleil faisaient briller à travers le feuillage des arbres.
– J'ai vécu n'espérant rien de personne, Milo ! La déception est moindre comme cela. Peu savent qui je suis réellement, tu connais un peu de moi... Je suis née de jeunes parents infidèles qui ne voulaient pas de moi, élevée dans un orphelinat italien... Je ne me souvenait plus très bien de ces années-là.

Elle s'arrêta et se toucha la main.
– Je peux toujours la sentir, cette morsure du serpent venimeux. Je jouais dans le jardin des enfants perdus lorsqu'il me mordit, l'on cru d'abord à ma mort... l'obscurité m'avait emportée, mais une lumière en décida autrement en me fit revenir à moi à la vie.

Elle renversa sa tête en riant, ce rire d'un syndrome de clown qui ne veut pas qu'on voie la peine dans son regard.

– Tu sais, cette "affaire" fit du bruit dans mon petit village religieux. Ce miracle me rendit fascinante aux yeux de certains mais aussi encombrante et pire, de mauvaise augure pour d'autres.
L'institut des abandonnés reçut une lettre, une proposition à mon éducation, un enseignement fondamental et un entraînement sportif de haut niveau ici, en Grèce, tous frais payés. Comment et pourquoi auraient-ils pu refuser cette offre de se débarrasser de moi ?
Sans m'en rendre compte, je quittais mon Italie natale pour le Sanctuaire grec des Chevaliers d'Athéna, avec une dame dans une toge démodée, que je trouvais argentée comme peuvent être les anges du ciel venant en aide à leurs fidèles... pensais-je étant enfant. C'était la première et la dernière fois que je la vis.

Ses yeux s'étaient embrumés par les souvenirs.

– L'histoire de mon attaque par le "malin" avait traversé avec moi l'Adriatique, pour les filles du camp, j'étais l'un des enfants de la maison du maléfique Serpentaire que je n'ai jamais eu l'occasion de rencontrer.

Elle se retourna vers lui et poursuivit.
– Certains de mes cours m'ont été donné par l'audacieux Milo du Scorpion qui m'apprit la dévotion à mon rang. Honnêtement Milo, il vaut mieux être accompagnée de soi que d'être seule aux côtés de quelqu'un d'autre !

Il la regarda et lui dit:
– Ton récit est comparable au mien. Finalement, toi et moi, nous sommes semblables, suspicieux, venimeux et orgueilleux. Mais, ceux qui pensent que nous n'avons pas notre place parmi les créatures terrestres se trompent car nous avons également été créés par les dieux. Sèche donc tes larmes, ils n'en valent pas la peine.
Il la prit dans ses bras pour la consoler et déposa un baiser sur ses lèvres, tel le couple des enfers d'Hadès et sa Perséphone, enlacés sur le sol des Bienheureux.