Sur les traces de ses racines

Raziel était emporté dans le tourbillon de fumée colorée, comme s'il tombait à l'horizontale. Il lui sembla s'écouler des années, des siècles, des millénaires alors que sa conscience lui disait que seul des secondes s'écoulaient. La sorte de tunnel qu'il traversait semblait commencer à toucher à sa fin. La fumée colorée s'estompait et les ténèbres s'installaient autour de Raziel. Puis, soudain, un flash de lumière aveuglante le força à fermer les yeux. Il fut éjecté en avant et atterrit sur les genoux.

Lorsqu'il rouvrit les yeux, un paysage tout à fait nouveau s'étalait devant son regard. Le ciel était bleu éclatant, dépourvu de tous les nuages qui étaient présent à l'époque d'où il venait. C'était pour cette raison que le soleil présent le mettait mal à l'aise. Quant au sol, il n'était pas poussiéreux et desséché, mais fertile et recouvert d'herbes en tout genres. A l'horizon se dressaient des dizaines de forêts. Raziel était de retour à la case départ, dans un monde inconnu et à la recherche de rien.

Il commençait à se demander pourquoi il avait fait confiance à Kain. Il était champion incontesté pour embobiner ses ennemis dans des combines toutes plus complexes les unes que les autres. Sans doute parce que l'honnêteté et la sincérité étaient perceptibles dans sa voix et son regard. Enfin, quoi qu'il en fut, Raziel devait bien se faire une idée de la situation. Kain lui avait parlé de «Forges de la Reaver». Encore une énigme à élucider. Raziel jeta un regard alentours. Derrière lui se dressait juste un portail éteint avec les boutons pour l'utiliser. Devant lui, des forêts à perte de vue. Il se décida à les explorer en commençant par celle à sa droite, celle à l'ouest.

Il pénétra dans la forêt et s'enfonça dans la végétation de plus en plus dense. Aucun sentier précis n'était tracé mais Raziel se taillait un chemin à coups de griffes dans les buissons. En continuant sur son itinéraire, il déboucha sur un ravin. Il voulu alors rebrousser chemin, mais lorsqu'il se retourna, il se rendit compte qu'on l'avait suivi. Deux chasseurs de Vampires se tenaient sur le sentier qu'il avait créé armes à la main, en garde, prêts au combat inéluctable.

On te tient, créature bleue, clama le chasseur à l'épée.

Un bon bout de temps que ça fait, qu'on te piste, renchérit celui à la hache.

Vous êtes qui, vous, leur demanda Raziel.

A quoi ça te servira dans l'autre monde de savoir qui on est ?

On va te buter, sale Vampire ! Comme ça, on aura un beau trophée !

Que vous en vouliez aux Vampires m'est complètement égal, répondit Raziel. Mais si c'est après moi que vous en avez, sachez que je vends très cher ma peau. Bien trop cher pour vous !

Visiblement irrités, les deux chasseur se jetèrent sur lui. C'était des amateurs face à Raziel, ex-lieutenant des légions de Kain. Il n'eut qu'a se saisir du manche de la hache d'un des deux chasseurs pour le faire basculer ensuite à terre et se servir de son arme pour tuer simplement et efficacement ses deux adversaires.

Le combat achevé, Raziel se décida à être désormais plus discret et de passer par la cime des arbres en planant d'une branche à l'autre. Il grimpa en haut du plus proche et se mit en route vers le plus profond dans la forêt. En observant le sol, il se rendit rapidement compte que de nombreux Humains, chasseurs de Vampires ou Séraphéens, patrouillaient dans les bois. Kain semblait de plus en plus avoir raison. Raziel n'aimait pas ça. Il ne supportait pas l'idée d'être aidé par les conseils de celui qui l'avait presque détruit et dont il voulait se venger. De toute façon, là où il était, on ne pouvait pas le repérer facilement et il pouvait avancer très vite vers un point qu'il venait de remarquer. Une sorte d'alcôve dans une falaise.

Malgré la banalité qu'un vulgaire humain pourrait lui trouver et que d'autre nommeraient «grotte», Raziel sentait que quelque chose de mystérieux et de révélateur s'y trouvait. Il s'était souvent fié auparavant à son instinct et jamais il ne l'avait trompé. Pourquoi pas cette fois-ci ?

Il entendit soudain une voix et eut juste le temps de se cacher dans le feuillage. Plus bas, une patrouille d'Humains s'était arrêtée. Celui qui semblait être leur chef portait des habits rouges et or et un heaume cachait la totalité de son visage. A son flanc gauche, il portait une épée ornée du blason des prêtres guerriers Séraphéens. Il s'adressa à un de ses dix compagnons :

Qu'est-ce qu'il y a ?

J'ai entendu un bruit dans les branches au dessus, répondit-il d'un ton de méfiance.

Ne t'inquiète pas. C'est sûrement Lui. Il se plaît énormément à effrayer ses troupes pour s'amuser. Continuons nos recherches. Je veux un détachement de quatre hommes vers le Nord-Ouest et un autre de trois vers le Sud-Ouest. Deux hommes viendront avec moi vers le plein Ouest. En cas de problème, utilisez le sifflet d'urgence. En avant !

Et ainsi, le groupe de dix hommes se scinda en trois parties qui se séparèrent sans discuter. Sur ces mots, Raziel détala vite fait et continua son itinéraire vers la falaise. Prenant soin d'être le plus discret possible et de semer le détachement du Gradé Séraphéen, il arriva plus vite que prévu à destination. C'était bel et bien un trou dans la falaise, mais aménagé au pied de celle-ci qui se trouvait en haut d'une colline. Un grand manoir se dressait fièrement dans l'érosion de la roche, entouré de haut murs épais hérissés de pointes pour empêcher toute intrusion. L'entrée était une lourde herse rouillée par le temps. C'est là que Raziel entra. Dans la sphère spectrale, il traversa la herse et utilisa un portail qui, par chance, se trouvait quelques mètres plus loin. Puis, Il se lança dans l'exploration des lieux.

Il poussa la grande porte d'entrée et se retrouva dans un long couloir au bout duquel se trouvait une autre grande porte. Le long des murs du couloir se trouvaient quelques autres portes. Raziel ouvrit la première qui était sur sa droite. A l'intérieur, il y avait une table maculée de sang avec des ustensiles qui indiquaient qu'il s'agissait de la cuisine. Il referma la porte et se dirigea vers la seconde à droite. Dans cette pièce là, un escalier en colimaçon montait vers une tour panoramique. Raziel ne s'autorisa pas de temps à cet amusement et continua l'exploration. Il ouvrit alors la suivante qui se trouvait cette fois à gauche. Il faisait très sombre, un escalier descendait vers une autre porte entrouverte. Dans la pénombre, Raziel parvenait à distinguer des tonneaux. Il semblait que cette pièce était une cave où le propriétaire stockait ses provisions.

Soudain, au moment où il s'y attendait le moins, Raziel entendit une voix crier :

Qui va là ?

Il ne répondit rien. Il n'osa pas.

Je sais qu'il y a quelqu'un ! Je vous ai entendu ! Faites vous connaître ou je deviendrai hostile !

Je…je suis ici, balbutia Raziel, encore intimidé par son mystérieux destinataire et irrité par son indiscrétion.

Aucun mouvement compromettant et je ne vous ferais rien ! Restez où vous êtes !

C'est alors que Raziel aperçut une silhouette se mouvoir dans l'ombre. Elle se tourna vers lui et commença à gravir les escalier. A son approche, il leva les mains en signe de non hostilité. Il laissa ses bras retomber à la vue de son interlocuteur.

Sortant de l'ombre petit à petit, la silhouette ébahit Raziel de plus en plus. Il était habillé de vêtements riches et propres aux Vampires. Sa peau verte et ses grandes oreilles ne laissaient aucun doute, Raziel se trouvait face à un des plus prestigieux ancêtres de sa race. Vorador le Vampire solitaire.