Bonjour à tous !
Au rendez-vous, comme promis. Merci à Manon, Nana, Marie la petite et Bula pour vos commentaire et votre soutien.
J'espère que la suite vous plaira tout autant ! A bientôt.
Chapitre 4 – Opération « SNORT »
Hermione frappa à la lourde porte et la poussa après avoir entendu Snape lui ordonner d'entrer. Elle senti un frisson la parcourir en entrant. Si les cachots étaient froids, le visage dur et amer de l'homme assis derrière son bureau l'était encore plus. Et si elle ne l'avait pas vu d'elle-même, elle n'aurait jamais cru que cet homme, à peine une demi-heure auparavant, pouvait plaisanter et être taquiné par le professeur McGonagall.
Elle espéra brièvement ne pas se faire déchiqueter par le wagon des défenseurs de Snape, dans lequel elle était si déterminée à vouloir monter.
Elle s'arrêta à quelques pas du bureau. Elle pouvait au moins commencer la soirée correctement.
- Professeur Snape, avant que ma punition ne commence, je voudrais juste que vous sachiez… Enfin… je voudrais m'excuser pour les choses que j'ai dites dans la grande salle, cet après-midi. Non seulement c'était inapproprié, mais c'était également déplacé.
Elle ne savait pas exactement comment le professeur allait réagir, mais son expression ne changea pas d'un pouce. Elle ne savait pas comment interpréter cette non-réponse.
- Vos excuses, miss Granger, ne sont ni demandées, ni acceptées. Et sachez que vos remords plats et mensongers ne vous permettront pas d'échapper à votre punition, ni de faire en sorte que celle-ci soit raccourcie.
Puisqu'elle était décidée à le voir sous un jour plus favorable, Hermione essaya furieusement de ne pas laisser paraître la colère qui était brusquement montée en elle. Si elle en croyait le rictus de son professeur, cependant, elle avait échoué. Elle compta jusqu'à dix pour reprendre le contrôle puis répondit.
- Je n'espérais pas réduire ma punition, professeur. Je suis coupable. Je voulais juste que vous sachiez que je suis désolée et que cela ne se reproduira pas. J'ai laissé ma colère me guider.
Le professeur Snape laissa échapper un grognement de totale incrédulité, sourcils levés.
Au temps pour les excuses.
- Je vais maintenant commencer le nettoyage des chaudrons, professeur.
A cet instant, l'expression de Snape changea. Il eut un regard amusé et Hermione aurait pu jurer que ce n'était pas bon signe.
- Vous n'allez pas récurer de chaudrons ce soir, miss Granger.
- Professeur ? Mais j'avais entendu que…
Hermione ne termina pas sa pensée. Elle ne voulait surtout pas qu'il croit qu'elle critiquait ses retenues.
Un coin de sa bouche se releva très légèrement. Le professeur était définitivement amusé, cette fois, mais elle sentait qu'il s'amusait à ses dépens.
- Miss Granger, essayons d'utiliser cet intellect tant vanté qui est le vôtre. Dites-moi… Avant de venir à Poudlard, que faisiez-vous chaque soir après avoir dîné avec votre charmante petite famille ?
Hermione fronça les sourcils un instant, confuse.
- Je lavais les plats et la cuisine. C'était ma corvée.
Le professeur se cala dans son fauteuil et croisa les doigts sur son torse.
- Et maintenant, miss Granger. Pensez-vous qu'un enfant ayant grandi chez les sorciers aurait eu une telle tâche à accomplir ?
Hermione secoua la tête, surprise par la connexion qu'elle venait de faire. Il y avait réellement une méthode derrière toute cette folie.
- Non, professeur. Dans une maison sorcière, on aurait utilisé soit des charmes de nettoyage, soit des elfes de maison.
- Précisément. Vous donner une punition qui ne vous demanderait pas un réel travail priverait cette même punition de son objet. Seuls les élèves ayant grandi dans le monde magique ont l'insigne honneur de nettoyer des chaudrons. J'ai pour vous une tâche qui vous demandera bien plus d'efforts.
Il se releva brusquement de toute sa hauteur, sa robe s'arrangeant autour de lui en plis précis de noirceur.
- Suivez-moi.
Il l'amena jusqu'à un plan de travail, contre le mur du fond. Puis il pointa du doigt un cageot rempli à ras bord de scarabées. Des scarabées noirs, luisants et heureusement morts.
- Vous, miss Granger, allez prélever les ailes des carapaces de tous ces scarabées et les placer dans ce récipient.
Il désigna une petite jarre à large bords teintée de bleu, puis il montra un autre pot de couleur marron foncé – une couleur qu'Hermione identifia comme un sort de protection contre la lumière du soleil – et ajouta :
- Dans celui-ci, vous placerez les yeux de scarabées. Faites attention et essayez de ne pas les endommager quand vous les retirerez de leur orbites. Remettez les restes de scarabée dans le cageot. Quand vous aurez tout terminé, vous le porterez à Hagrid. Ai-je été assez clair ou est-ce que vous avez des questions complémentaires ?
Hermione regarda la cagette de scarabées et grimaça de dégoût.
- Non, professeur. Aucune question.
- Miracle ! répondit-il en tournant les talons. Aucune question de la part de celle qui ne cesse de tout questionner. Dans ce cas, je vous suggère de commencer.
Hermione attrapa le premier scarabée. Il avait la taille d'un doigt. Elle fronça le nez en touchant la texture glissante, presque huileuse de la coque protégeant l'aile. Elle avala durement et commença sa tâche.
Au bout d'une quarantaine d'insectes, son corps avait pris le rythme. Elle attrapait un scarabée, glissait un ongle entre la tête et le thorax pour dégager les ailes de leur coque protectrice, retournait l'insecte, sélectionnait les yeux avec douceur, puis rangeait chaque élément à sa juste place. Après les premiers, elle avait même cessé de grimacer en voyant les bouts de substance qui allaient se loger sous ses ongles pourtant coupés courts.
C'était définitivement un bon moyen pour qu'elle arrête de les ronger pendant quelques semaines. C'était en tout cas bien plus efficace que le vernis dégoûtant que sa mère avait appliqué sur ses ongles quand elle était plus jeune, pour lui faire perdre sa mauvaise habitude.
Malheureusement, les mouvements répétitifs de ses doigts n'étaient pas suffisants pour empêcher son cerveau de vagabonder. Elle glissa un œil paresseux du côté du professeur Snape. Il était penché sur son bureau. Une petite ligne de concentration plissait son front. La pile de parchemins posée à côté lui laissait deviner qu'il corrigeait des copies. Elle eut une moue de sympathie lorsqu'elle vit la plume à l'encre rouge voler rapidement sur un parchemin. Un pauvre élève malchanceux avait visiblement gagné quelques remarques cinglantes, si elle en croyait la quantité d'encre utilisée et l'air fermé du professeur de potions.
S'assurant de ne pas l'observer trop longtemps, Hermione alternait entre regarder son professeur et éviscérer les scarabées. Finalement, même observer Snape ne l'empêcha plus de s'ennuyer. Et une Hermione qui s'ennuyait n'était jamais une bonne chose, d'après sa mère.
- Professeur, puis-je vous poser une question à propos de ce qui s'est passé ce matin ?
Sa question resta suspendue dans le silence de la salle de classe de longs instants.
Il n'avait pas relevé la tête, mais sa plume s'était arrêtée.
- Non, miss Granger, je ne vous expliquerai pas mes actions de ce matin. Ni à vous, ni à qui que ce soit d'autre, pour ce que ça importe.
Hermione se mordit la lèvre, hésitante. Allait-elle prendre le risque de le mettre en colère ?
- Non, professeur, ce n'était pas l'objet de ma question.
Sa réponse attira son attention et il leva les yeux vers elle, vaguement curieux.
- Une question, dans ce cas, miss Granger.
Il leva la main, l'interrompant efficacement alors qu'elle allait sauter sur l'occasion.
- Une seule question. Je vous suggère de bien y réfléchir. Si vous m'ennuyez avec une bêtise ou une ineptie, j'ai un autre cageot de scarabées dans mon cellier.
Elle savait que la menace d'un autre cageot n'était pas une menace en l'air, mais des centaines de questions se bousculèrent dans son esprit en quelques secondes. Toutes nécessitaient une réponse. Qu'est-ce qui l'avait détourné de Voldemort ? Pourquoi aidait-il Dumbledore ? Pourquoi semblait-il tant haïr Harry, Ron et elle-même ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?
Elle se força à reprendre le contrôle. Une seule question. Elle pouvait le faire.
Que voulait-elle réellement demander qui méritait le risque d'une heure de punition supplémentaire ?
Soudain, elle sut.
- Quand vous avez utilisé ma baguette ce matin, ma magie vous a répondu. Je ne comprends pas pourquoi ni comment.
Le professeur Snape la regarda si longtemps qu'elle pensa qu'il ne lui répondrait jamais. Elle venait de se résigner à disséquer une nouvelle fournée de scarabées quand il la surprit.
- Vu que vous êtes née de Moldus, ce n'est pas étonnant que vous ne sachiez pas.
Au terme « Moldu », elle se raidit, se préparant à la flopée de sarcasmes qui allait suivre. Mais si elle avait été surprise qu'il réponde, elle le fut encore plus quand il poursuivit.
- Ne montez pas sur vos grands chevaux avec moi, miss Granger. Ce n'était pas une critique de votre condition, mais un simple fait. Comme vous n'avez pas été élevée chez les sorciers, il vous manque tout la culture sous-jacente à notre société. Peu importe la force avec laquelle vous apprenez nos règles, avec laquelle vous vous pliez à nos coutumes, il y aura toujours des références culturelles, une histoire, des légendes, des codes que vous ne pourrez pas comprendre tant que quelqu'un ne vous les explique pas.
Hermione se calma légèrement. Elle avait déjà eu des pensées similaires au fil des années, alors qu'elle tentait par tous les moyens de trouver sa place chez les sorciers.
- Peu importe à quel point je désire faire partie de ce monde, je ne serai jamais… de souche, en quelque sorte.
Elle fut satisfaite de le voir hausser un sourcil sombre. Elle avait réussi à le surprendre. Peut-être même à l'impressionner. Saisissant cette opportunité, elle formula une autre pensée avec laquelle elle avait joué pendant un an, sans être capable d'en parler avec Ron ou Harry.
- C'est ce qui fait de moi – et de tous les autres nés de Moldus – une telle menace pour le monde sorcier et un tel point de rassemblement pour tous les Sangs-Purs et Voldemort. Si on s'en tient à une interprétation stricte, je SUIS une menace pour la façon de vivre des sorciers. Je vois les choses différemment. L'idéologie sang-pur est une aberration, mais je peux comprendre la peur derrière. Le changement est difficile pour toutes les sociétés, mais plus particulièrement pour une société aussi insulaire et stagnante que celle des sorciers. Je pense que c'est en partie dû à la longévité des sorciers. C'est…
- Cinq points de moins pour vos divagations, miss Granger, claqua le professeur Snape.
Elle s'interrompit en plein milieu de sa phrase et sentit ses joues brûler de honte.
- Pardon, professeur, murmura-t-elle rapidement.
- Oui, bon. Avant que vous ne vous engagiez si loin du sujet…
Hermione rougit une fois de plus au ton cinglant, mais elle garda sagement la bouche fermée. D'autant plus que le professeur Snape s'était levé et s'était installé devant son bureau comme pour donner un cours. Elle allait avoir une réponse précise et il était hors de question qu'elle l'en dissuade de quelque façon que ce soit.
- Nous, les utilisateurs de la magie, n'avons pas toujours eu besoin d'une baguette pour augmenter la force de nos sorts, commença-t-il. Nos ancêtres utilisaient ce qu'on nomme de nos jours « l'ancienne magie ». C'était une magie basée sur les émotions, le pouvoir brut, les rituels, plutôt que sur les sorts et les incantations. Mais l'ancienne magie était très fatigante pour les sorciers, parce qu'elle utilisait leur énergie vitale comme fondation pour frayer avec les éléments. Les baguettes concentrent et augmentent notre magie, nous permettant de meilleures performances pour moins d'efforts, mais nous ne touchons plus aux éléments.
Les doigts d'Hermione se crispèrent autour du scarabée qu'elle tenait entre les mains, faisant craquer la carapace sous la pression. Elle désirait avoir une plume et des parchemins pour prendre des notes. Quoi qu'on dise des cours de Snape, elle avait toujours été fascinée par son savoir et les informations qu'il distillait.
Cependant, le professeur Snape interpréta son agitation comme une forme de censure.
- J'en arrive à votre question, miss Granger, lui dit-il sèchement. Patience, miss Granger. Vous devez d'abord comprendre le passé pour comprendre le présent.
Elle rougit une nouvelle fois.
Son inconfort l'apaisa et il poursuivit sa leçon interrompue.
- Sans baguette, nos ancêtres devaient combiner leurs efforts et se rassembler pour produire une magie plus puissante. On découvrit alors que la magie de certains sorciers s'accordait mieux avec les uns qu'avec les autres. C'est ce qu'on appelle l'Affinité. Bien qu'il soit moins commun aujourd'hui de découvrir des sorciers qui partagent une Affinité, ce n'est pas non plus si rare. La raison pour laquelle on n'en parle plus aujourd'hui est que nous utilisons presque exclusivement des baguettes. Il n'est plus nécessaire de s'unir pour accomplir des prouesses, sinon tout le monde saurait avec qui il existe une Affinité.
Il lui jeta un regard rapide.
- Et avant que vous n'imaginiez je ne sais quelle sottise à propos de l'Affinité, sachez que nous ne partageons aucun lien magique d'aucune sorte. Et mes sentiments à votre égard ne sont pas prêts de changer. Nous n'allons pas devenir les meilleurs amis du monde. Compris ?
- Oui, professeur, répondit Hermione docilement.
La haine avec laquelle il avait prononcé le mot "amis" ne laissait aucun doute quant à ses sentiments à ce sujet.
- Bien. L'Affinité signifie seulement que votre magie et la mienne peuvent travailler ensemble au lieu de se combattre l'une l'autre. C'est pour cette raison que votre magie m'a répondu quand j'ai lancé un sort en utilisant votre baguette.
- Est-ce que cela signifie que…
Il leva une main pour l'interrompre.
- Je me souviens parfaitement de ne vous avoir autorisé qu'une seule question. Et je pense que vous avez encore à traiter plusieurs centaines de scarabées, dit-il en coulant un regard vers le cageot qu'elle traitait.
Hermione suivit son regard. La cagette. Pleine d'insectes. En effet.
- Oui, professeur.
Bientôt, le silence retomba sur la salle de classe.
Plus tard, cette nuit-là, Hermione se retrouva une fois de plus à contempler son ciel de lit. Elle allait vraiment devoir faire un choix. Décider si oui ou non elle allait s'engager pour la cause de Snape. Elle grimaça légèrement à cette pensée. S'engager avec Snape. Ça sonnait bizarrement.
Finalement, elle admit qu'elle ne pourrait pas dormir tant qu'elle n'aurait pas pris une décision ferme. Elle s'assit, sorti sa baguette de sous son oreiller et alluma le bout de sa baguette d'un Lumos murmuré. Un rapide coup d'œil autour d'elle la rassura : elle avait bien soigneusement tiré les rideaux autour de son lit. Ca n'aurait pas été correct de réveiller Lavande et Parvati en plein milieu de la nuit.
Elle glissa une main entre deux rideaux pour fouiller discrètement dans le tiroir de sa table de nuit. Elle en retira un petit carnet et un stylo moldu. La préférence des sorciers pour les plumes et les parchemins avait quelque chose d'élégant, mais elle préférait utiliser un bon vieux stylo et son carnet quand elle était assise dans son lit.
Elle s'installa confortablement, posa le carnet sur ses genoux et fixa la page blanche quelques instants. Puis, d'une main assurée, elle commença à écrire.
« SNORT – Snape Nécessite Objectivement notre Respect Tenace »(*)
Elle sourit en se relisant, consciente que si Snape lisait ça un jour, elle serait bonne pour disséquer des scarabées jusqu'à ce qu'elle soit au moins aussi vieille que Dumbledore. Mais ça lui faisait du bien de pouvoir lire ces mots, tangibles, réels. En fait, elle ressentait la même excitation qu'à chaque début d'année, quand elle devait créer son planning de révisions. C'était le sentiment qu'elle allait encore accomplir quelque chose de bien.
La seule question, c'était par où commencer. Elle allait devoir être subtile, comme une Serpentard. Or, c'était une attitude bien éloignée de la nature des Gryffondors. Ecrire des articles et vendre des boutons comme elle l'avait fait pour la S.A.L.E. n'aurait aucune chance d'aboutir cette fois. Elle allait devoir commencer petit et être très prudente.
Mais après tout, ne disait-on pas qu'un simple geste pouvait montrer à quelqu'un qu'on l'estimait et le respectait ?
C'était ce qui l'avait conduite à corriger systématiquement Harry et Ron quand ils manquaient de respect au professeur Snape. Cependant… En y repensant, elle se demandait si elle avait vraiment tenu à leur faire changer leur attitude lorsqu'elle les corrigeait par automatisme. Est-ce qu'elle l'avait réellement pensé, voulu, ou est-ce qu'elle s'était laissé aller à ses habitudes passées ? Il lui faudrait y réfléchir un peu plus, mais elle pensait que lui offrir le respect dû à un professeur pouvait déjà être un bon début.
Elle ajouta un tiret sous son titre :
- Respect.
Elle ne se faisait pas d'illusion : Snape n'allait pas devenir brusquement le Professeur de l'année. Mais elle espérait qu'en continuant de l'appeler poliment « professeur », il intégrerait inconsciemment qu'elle le respectait sur ce point. Ce serait certainement le point le plus facile à respecter pour elle, mais elle espérait que ça pourrait rendre la vie du professeur Snape un peu plus simple.
Harry avait tort. Tout le monde avait le droit d'être défendu. Snape y compris. Elle voulait lui montrer que quelqu'un se souciait de lui, que quelqu'un voulait le protéger pour changer. Enfin... Lui montrer, d'accord, mais d'une manière totalement anonyme-s'il vous plaît-ne-me-tuez-pas-si-un-jour-vous-découvrez-ce-que-je-suis-en-train-de-faire…
Ensuite, du peu qu'elle savait de cet homme privé et taciturne, de quoi fallait-il le protéger ?
Avec un petit sourire contrit, elle ajouta un deuxième tiret avec la première chose qui lui était immédiatement venue à l'esprit.
- Neville.
Puis, entre parenthèses, elle compléta sa pensée.
- Neville (et les idiots en général).
Ça semblait déjà pas mal et elle se retint d'ajouter d'autres points pour le moment. Elle voulait faire un travail de qualité, pas faire de la quantité.
Maintenant, elle savait qu'elle allait commencer par elle-même, puis Ron et Harry, SI elle arrivait à le faire sans les mettre en colère ou éveiller leur méfiance.
Elle était plus dubitative, cependant, concernant le point « Neville ». En mâchonnant son bouchon d'un air absent, elle pensa à quel point Neville parvenait à irriter et frustrer le professeur de potions. Ses résultats aux B.U.S.E.S avaient prouvé qu'il était compétent, mais Neville était tellement terrifié par le professeur de Potions qu'il en perdait tous ses moyens, quand il était dans les parages. Elle était certaine qu'elle pourrait imaginer quelque chose pour réduire les maux de tête que Neville causait au professeur Snape.
Soudain, un bâillement lui échappa.
Le sommeil se rappelait à elle. Elle allait devoir sérieusement réfléchir au meilleur moyen d'accomplir ses missions du S.N.O.R.T, mais pas ce soir. Ce soir, elle en avait fait suffisamment. Le reste viendrait plus tard. Maintenant, elle avait besoin de dormir.
Elle ferma son carnet, le rangea dans la table de chevet, avec son stylo. Elle se glissa sous les draps et allait remettre sa baguette sous son oreiller quand une pensée l'interrompit brusquement. Elle se rassit rapidement, attrapa de nouveau son carnet et, d'un geste de baguette assuré, elle jeta un sort sur les pages pour que personne ne soit en mesure de les lire. N'importe qui d'autre qu'elle ne verrait que des pages blanches. Et ce sort avait l'avantage de ne pas être très compliqué ni gourmand.
A moins de savoir quel charme elle avait utilisé et de précisément le chercher, aucun sorcier n'y ferait attention.
Ce choix était un peu plus subtil et plus Serpentard que l'habituelle méthode des Gryffondor, qui consistait à jeter des sorts protecteurs massifs. Pour les sorciers, ce genre de sorts disproportionnés était l'équivalent d'un énorme néon moldu fléché qui dirait « Je cache quelque chose ».
Se sentant rassurée, elle murmura Nox et se blottit de nouveau sous sa couette. Cette fois, elle n'eut aucun mal à s'endormir.
- Neville, je peux te parler une minute ?
Neville, les mains profondément enfouies dans un pot de terre, dans les serres, releva la tête avec un sourire.
- Bien sûr, Hermione.
Les mains occupées, il désigna une chaise à côté de lui d'un coup d'épaule.
- Assieds-toi. Ça ne t'embête pas si je rempote d'abord ces semis d'Astrogalus ? J'ai besoin de les séparer dans plusieurs pots avant que leurs racines ne se dessèchent.
Hermione s'installa sur l'un des hauts tabourets qui étaient alignés près de la table, observant les mains habiles de Neville alors qu'il séparait avec adresse les racines des jeunes plantes. Son toucher était sûr et précis, malgré les nœuds incompréhensibles des racines. Si seulement elle pouvait amener ce Neville sûr de lui en classe de Potions, au lieu de sa version nerveuse et maladroite…
Alors qu'Hermione l'observait, Neville eut un soupir résigné.
- Tu vas m'annoncer une mauvaise nouvelle, n'est-ce pas ?
Hermione tenta de masquer sa surprise, mais Neville fronça les sourcils : elle supposa qu'elle n'y était pas totalement parvenue. Elle avait sans doute déjà bousillé ses chances de faire les choses subtilement. Elle se redressa, glissa un doigt dans la poussière terreuse sur la table en essayant d'imaginer la meilleur façon d'amener ce qu'elle avait à dire.
- Ce n'est pas une mauvaise nouvelle, Neville, commença-t-elle. Ou en tout cas, pas forcément. C'est juste que je ne peux plus t'aider en cours de Potions comme avant.
Elle essaya d'interpréter la réaction de Neville, qui avait baissé la tête et semblait étudier intensément ses mains salies de terre.
- C'est parce que toi aussi, tu as peur que je te tue ?
- Neville ! Je n'ai jamais pensé une chose pareille ! Jamais je…
Elle s'interrompit soudain, alors que les mots de Neville faisaient leur chemin dans son esprit.
- Attend une minute. Qu'est-ce que tu veux dire par « aussi » ?
Neville baissa un peu plus la tête et sa voix était douce.
- C'est juste ce que pensent Malefoy et quelques autres Serpentards qui étaient dans la classe, quand… tu sais…
- Ho, Neville… D'abord, tu ne devrais jamais croire ce que raconte un Malefoy. Ensuite, j'ai dit que je n'allais plus t'aider pendant les cours, mais je veux t'aider en dehors. Et enfin, je n'ai absolument pas peur que tu me tues pendant les Potions. Je pense que s'il a bien une personne qui serait heureux de nous voir exploser ou être empoisonnés, c'est Snape et pas toi ! En fait, je pense même qu'il paierait pour le faire, si on lui en laissait l'occasion.
Sa dernière phrase eut l'effet escompté : Neville releva la tête et lui adressa un sourire timide.
- Il m'a semblé qu'il avait passé un bon moment, en effet. Je crois même qu'il a souri.
- Exactement ! s'exclama Hermione joyeusement.
- Alors, pourquoi est-ce que tu ne peux plus m'aider pendant les cours ?
Compte tenu que c'était justement Snape qui effrayait Neville plus que de raison, Hermione ne pensa pas judicieux de lui avouer ses réelles motivations à propos du professeur de Potions. A la place, elle inventa une demi-vérité plus générale que Neville pourrait accepter plus facilement.
- J'y ai beaucoup réfléchi et je pense que je te fais plus de mal que de bien, dit-elle. Tu as prouvé pendant les B.U.S.E.S. que tu n'avais pas besoin de moi pour y arriver. C'est juste le professeur Snape qui te fait perdre tous tes moyens. Te donner les réponses ou t'aider à brasser ta potion ne pourra rien faire contre cette peur qu'il t'inspire. Et pour tout dire, je pense même que le professeur Snape nous en veut encore plus, à toi et à moi, à chaque fois que je t'aide.
Neville écrasa une motte de terre dans sa main puis ouvrit le poing, laissant la terre s'écouler entre ses doigts.
- Ce n'est pas les Potions que tu dois maîtriser, Neville. C'est ta peur du professeur Snape.
Neville répondit finalement, d'une voix exaspérée.
- Qu'est-ce que tu crois, Hermione ? J'ai essayé de dépasser ma peur. Vraiment essayé. J'ai tellement besoin de continuer les Potions. Je sais que tout le monde pense que c'est parce que je veux devenir Auror, mais pas du tout. Je veux travailler avec les plantes. Je suis vraiment bon là-dedans. Mais les meilleurs herboristes sorciers doivent tester leurs plantes, leur efficacité. Et pour ça, je dois savoir brasser, tester et contrôler des potions.
- Sans empoisonner personne, compléta Hermione.
Neville laissa échapper un rire amusé.
- Tout à fait. Sans empoisonner mes clients. Le truc, c'est que je connaissais les effets des feuilles de Sisymbre. C'est l'une des propriétés les plus connues de cette plante et je connais mes plantes. Mais Snape…
- Le professeur Snape, corrigea Hermione.
Neville poursuivit sans relever sa remarque.
- … il me perturbe tellement que je suis incapable de réfléchir correctement. Toute mon attention est focalisée sur sa présence, qui peut surgir à tout moment.
- Parfait ! Alors on a une solution.
Neville cligna des yeux, les sourcils froncés de confusion. C'est un air qu'Hermione avait plutôt l'habitude de voir chez Ron ou Harry, au fil des ans.
- Nous avons une… une solution ? bégaya-t-il.
- Oui, parfaitement, répondit-elle d'un ton que seuls les généraux d'armée ou les Gryffondors autoritaires étaient capable de sortir.
Elle se frotta les mains pour en faire tomber la terre.
- Nous avons deux heures de Potions tous les mardis et une heure les jeudis. Toi et moi, nous allons nous rencontrer tous les lundis et mercredis après le dîner. Ce qui veut dire qu'on se voit ce soir.
Elle sauta du haut de son tabouret et se dirigea vers la porte.
- Rendez-vous dans la Salle sur Demande à 18h45 ce soir. Et assieds-toi à ta place habituelle.
La confusion de Neville s'intensifia.
- Ma place habituelle ? Je ne comprends pas.
Hermione se contenta de lui sourire.
- Tu comprendras en arrivant, Neville. Tu prendras ta place et tu m'attendras, tout simplement.
Quand Neville arriva au 4e étage, ce soir-là, les portes de la Salle sur Demande l'attendaient déjà. Ce n'étaient pas les mêmes que lorsqu'ils se réunissaient pour l'AD. Celles-ci étaient en chêne massif, sombres, tâchées et griffées. Elles étaient retenues par des gonds en fonte, noirs et épais.
Neville connaissait bien ces portes.
Il s'était tenu devant elles au moins deux fois par semaine depuis six ans. C'était les portes de son Enfer personnel. Et même en sachant très bien qu'il s'agissait de la Salle sur Demande, Neville fut incapable de lutter contre des années de conditionnement : ses paumes devinrent moites et son cœur accéléra dans sa poitrine.
Il comprenait, maintenant, pourquoi Hermione lui avait demandé de prendre sa place habituelle.
Que Merlin ait pitié de lui. A l'instant, il était incapable de savoir s'il avait besoin d'être sauvé de Snape ou d'une amie qui prétendait vouloir l'aider. Il inspira profondément pour reprendre ses esprits et rassembler son courage, comme à chaque fois qu'il faisait face à ces portes. Puis, il expira et entra dans la salle de Potions. C'était exactement la même que dans les cachots, jusqu'à cette odeur persistante de fumée et d'herbes.
Il espérait qu'Hermione savait ce qu'elle faisait et il alla s'installer à sa table habituelle. Dessus, les ingrédients de la potion qu'il avait justement ratée ce mardi étaient alignés nettement. Il saisit quelques feuilles de Sisymbre. Dire que de si petites choses avaient pu causer un tel émoi. Il les reposa soigneusement sur le bureau et saisit la petite fiole à côté. Elle avait une étiquette d'un blanc crémeux, pour y noter le nom et la date d'une potion parfaitement exécutée.
Même s'il s'y attendait, Neville sursauta quand la porte derrière lui s'ouvrit en claquant contre le mur de pierres. Il aperçut les robes noires du professeur de Potions virevolter du coin de l'œil et paniqua : la fiole délicate glissa de ses doigts nerveux et éclata sur le sol.
Neville se recroquevilla légèrement, les yeux fermés, attendant l'habituelle perte de points qui suivait ses maladresses.
Il fut cependant choqué quand, au lieu de la froideur et l'habituel dédain, il fut accueilli par la voix exaspérée d'Hermione Granger, derrière lui.
- Oh, Neville…
* Une petite note de traduction ici. J'ai souhaité garder l'acronyme SNORT car je n'ai pas trouvé d'équivalent assez satisfaisant en français. En effet, "snort" est un mot réel en anglais qui signifie "grognement", "ronchonnement", "grimace" (ce qui correspond à la personnalité de Severus, il faut bien l'avouer). Et en même temps, l'auteur a associé à cet acronyme la phrase "Snape Needs Our Respect Too", c'est à dire "Snape aussi mérite notre respect". Si vous avez des idées de projet qui associent un nom type "G.R.O.G.N.O.N." ou "A.M.E.R" ou autre, avec une phrase de projet cohérente, toutes vos propositions sont les bienvenues !
Sinon, je ne sais pas vous, mais ce chapitre m'a énormément plu et amusée, la première fois que je l'ai lu ! Merci de votre lecture et à la semaine prochaine.
Lena.
