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Chapitre 4 : Et du fils

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La route défilait, les kilomètres s'enchaînaient, et Wilson savait que chacun d'entre eux le rapprochait de House. Un nombre impressionnant de CD s'étalait sur le siège passager, mais pourtant un silence de mort régnait dans la voiture. Il les avait tous essayés, l'un après l'autre, et à chaque fois la musique s'arrêtait après quelques secondes. Ces disques venaient pour la plupart de House. Une grande partie de sa vie était reliée à House. Il était relié à House.

***

L'hôpital était glacial. Ou peut-être était-ce Wilson qui était glacial. Son esprit était comme embué, il ne parvenait plus à réfléchir correctement. Il marcha machinalement vers le service que lui avait indiqué la jeune femme à l'accueil. Elle n'avait pas reconnu le nom de House. C'était étrange, presque irréel, de se dire qu'ici personne ne le connaissait. Personne ne le détestait, personne ne l'aimait. Un monde indifférent qui aurait pu plaire au diagnosticien si… Wilson préféra suspendre sa pensée avant la fin pour ne pas avoir cette image de son ami mourant, faible, et pour ne pas se sentir si impuissant.

- Monsieur Wilson ! Je vous attendais…

- Vous êtes ?

- Docteur Simmons, je m'occupe de Gregory.

Wilson passa furtivement une main sur son visage fatigué.

- Vous semblez épuisé.

- Ma nuit a été un peu perturbée… Est-ce qu'on peut en venir aux faits s'il vous plaît ? J'aimerais voir House le plus vite possible.

- Oui, je comprends tout à fait. Si vous voulez bien me suivre dans mon bureau…

***

- Comme mon confrère a dû vous le dire au téléphone, même si les secours sont arrivés à temps, l'état de Gregory reste critique. Il a perdu énormément de sang. Bien sûr, nous lui avons fait plusieurs transfusions mais il est toujours très faible.

Assis en face du médecin, Wilson avait le teint livide à la fois de fatigue et d'inquiétude. Il avait beau se concentrer, il ne voyait pas où le docteur Simmons voulait exactement en venir.

- Entre collègues, on ne pourrait pas se parler… explicitement ?

Son interlocuteur baissa la tête un instant.

- Gregory est dans le coma. En tant que médecin, je ne peux plus rien faire pour lui. Il est le seul à pouvoir influer sur son avenir. Son activité cérébrale est également préoccupante. Il a fait trois arrêts cardiaques entre l'asile et l'hôpital, et la possibilité de lésions irréversibles est à envisager.

- Très bien…

Le docteur Simmons ne répondit pas. Il savait que ces deux mots n'étaient destinés qu'à rassurer la personne qui les prononçait.

- Pardonnez-moi de vous poser la question, mais les parents de Gregory sont-ils au courant de la situation de leur fils ?

- En fait, il n'a plus que sa mère. Et… Non, elle ne sait pas.

- Vous comprenez qu'avec les récents évènements, je me dois de la prévenir.

- Je préfèrerais m'en occuper. Elle ne…

Les yeux humides de Wilson menaçaient à chaque instant de déverser un flot de larmes sur ses joues blafardes.

- Monsieur ?

- Elle ignore que House a été interné.

Le médecin s'immobilisa sous le coup de la surprise.

- Pardon ?

- C'est lui qui a voulu qu'on la laisse en dehors de tout ça. Elle ne se doute de rien. De toute manière House ne l'appelait plus que le jour de Noël. Il a coupé le contact avec sa famille il y a des années…

- Mais les choses ont changé. Vous ne croyez pas qu'il voudrait avoir sa mère auprès de lui ?

Wilson se concentra sur sa main qui tremblait de plus en plus fort.

- Je ne crois pas, non. Par contre je pense qu'elle voudrait être auprès de lui. Je vais l'appeler, mais avant j'aimerais… le voir.

- Je vais vous amener à sa chambre tout de suite.

Wilson acquiesça simplement d'un léger mouvement de la tête.

***

Etre de ce côté de la médecine était étrange pour l'oncologue. Il était maintenant habitué à être celui qui annonçait les mauvaises nouvelles, qui s'occupait de son mieux des patients, celui qui pouvait faire quelque chose. Mais à ce moment précis, il était impuissant. Face à son ami dans ce lit d'hôpital, il n'était plus le médecin. Il était un « proche », une de ces personnes qu'il fallait épargner et que l'on regardait avec pitié dans les couloirs.

Une fois le docteur Simmons parti, il se décida enfin à entrer.

- Mon Dieu…

Toutes ses machines semblaient tellement moins impressionnantes lorsqu'elles étaient reliées à un inconnu. Wilson n'avait jamais vu House aussi fragile. Ou peut-être une fois, une seule ; lorsqu'il lui avait parlé de ses hallucinations.

Il prit une chaise et la rapprocha du lit avant de s'y asseoir. Il tendit une main vers celle de son ami à de nombreuses reprises sans jamais la prendre. Il avait presque peur du contact physique.

Le temps passa. Une infirmière venait régulièrement contrôler les constantes de House. Lorsqu'il estima que l'heure était raisonnable, Wilson sortit de la sinistre chambre et appela la mère de House.

***

- Allô ?

- Allô ?

- Madame House ?

- James ! Je suis heureuse de t'entendre ! Tu vas bien ?

- Madame House, je dois vous parler. C'est au sujet de Greg.

Le silence qui suivit confirma ses craintes ; il avait réussi à l'affoler avant même de lui expliquer la situation désastreuse dans laquelle se trouvait son fils.

- Avant toute chose, je tiens à m'excuser de ne pas vous avoir contactée plus tôt.

- James, est-ce que mon petit garçon va bien ?

Après tous ces mensonges et ces non-dits, il ne put se résoudre à lui cacher la vérité une fois de plus. Il devait se lancer.

- Non.

Il entendit un sanglot étouffé à l'autre bout du fil.

- Je suis à l'hôpital, avec lui. Il a été amené ici en urgence hier.

- Doux Jésus…

- Madame House, Greg s'est ouvert les veines.

Cette fois, les pleurs qui parvinrent à ses oreilles éclataient sans retenue.

- La situation est terriblement complexe madame…

- Je veux venir le voir.

- Je comprends tout à fait. Je…

Sans trop réfléchir, probablement guidé par le sentiment de culpabilité qui grandissait en lui, il répondit immédiatement.

- Je vais venir vous chercher.

- Non ! Il a besoin que quelqu'un reste avec lui. Je vais trouver une solution pour venir seule. Où est-il ?

Wilson soupira de soulagement. Inconsciemment, il craignait de quitter le chevet de son ami.

- Vous avez de quoi écrire ?

***