Chapitre 4 :
Après ces deux premiers jours d'école mouvementés, le weekend arriva enfin. Callie émergea de son sommeil le samedi matin en repensant à la veille et plus particulièrement aux heures qu'elle avait passé à la bibliothèque de l'école.
Arizona était restée avec elle et l'avait aidée – son père étant Colonel, elle avait des connaissances assez complètes sur la guerre de Sécession – et Callie n'avait pas souvenir d'avoir pris un jour autant de plaisir à rédiger un devoir d'Histoire. Elles avaient passé ensuite des heures à discuter, de tout et de rien, sans aborder de sujets sérieux, jusqu'à ce que la bibliothèque ferme.
Elle, qui voulait rester loin de cette fille, réalisa que la tache allait s'annoncer vraiment difficile. Arizona était une fille marrante, pleine de répartie, qui ne mâchait pas ses mots et qui lui donnait envie d'apprendre à la connaitre plus. Elle était fascinante. Tout simplement…
Callie jeta un coup d'œil à son réveil et vit que l'heure n'avoisinait que les 9h30. N'ayant plus sommeil, elle se leva tout de même et décida d'aller prendre son petit déjeuner dehors.
Quelques minutes plus tard, elle gara sa Jeep sur le parking d'un café-restaurant de Poundtown, mais pas n'importe lequel aux yeux de Callie, il s'agissait d'un de ses rares endroits favoris de la ville: le Chand's coffee.
Elle rentra à l'intérieur de l'établissement et alla s'installer au bar derrière lequel la serveuse qui s'y trouvait lui offrit un sourire chaleureux.
- Tiens, tiens, tiens une revenante! s'exclama cette dernière.
- Bonjour Miranda, salua Callie, le sourire aux lèvres. Comment vas-tu?
- Oh tu sais, la routine… Gérer un café, ce n'est plus ce que c'était… répondit Miranda Bailey en posant une tasse de café devant elle. Et toi, comment vas-tu ma belle ?
- Ça roule…
- Oh Callie, tu sais très bien que tu n'as jamais réussi à me mentir, s'exaspéra la gérante du café.
Miranda Bailey était la propriétaire du Chand's coffee où la majorité des étudiants passait leurs temps libres après le lycée, surtout une en particulier: la fille du Maire Torres. Callie considérait cette femme comme une deuxième mère. Elle était son oreille attentive, toujours de bon conseil et n'hésitait pas à recadrer la jeune fille lorsqu'elle trouvait qu'elle allait loin.
- Comment ça va avec ton père ? questionna Bailey.
Callie bu une gorgée de son café pour éviter de la regarder et de craquer.
- RAS, répondit-elle. Les choses n'ont pas évolué…
Miranda soupira puis fit le tour du bar et vint s'asseoir à côté de sa petite protégée.
- Avec le temps, les choses vont s'arranger tu verras, essaya-t-elle de la rassurer. Il est fou de toi, tu es sa plus grande fierté. Il lui faut juste du temps pour… digérer.
- Ca va faire plus de deux mois maintenant.
- Laisse-lui plus de temps Callie…
Cette dernière resta silencieuse, ne sachant pas réellement quoi répondre. Miranda hésita puis se décida à poursuivre:
- Tu as eu des nouvelles d'Erica? demanda-t-elle doucement.
Callie détourna le regard et observa le fond de sa tasse de café.
- Non, répondit-elle d'une voix à peine audible. Pas depuis qu'elle est partie... Je l'ai appelée plusieurs fois mais elle n'a jamais répondu.
Miranda garda le silence. Elle connaissait Callie et savait qu'elle devait rester silencieuse pour qu'elle continue de se confier. Elle obtint rapidement gain de cause lorsqu'elle vit Callie lever enfin les yeux vers elle, une expression triste au visage.
- Je ne peux pas m'empêcher de me sentir coupable, déclara-t-elle. Mark me dit que je suis bête de croire ça, mais je n'y arrive pas…
Bailey lui prit la main.
- Mark a raison, Callie. Erica a fait un choix, tu n'y es pour rien…
Voyant que ses paroles n'avaient pas de réels effets sur la jeune fille. Miranda ajouta :
- Peut-être que vous n'étiez pas faites l'une pour l'autre… Peut-être que la personne qui a été faite pour toi t'attend quelque part. Au coin de la rue, au super marché, à la fac… Peut-être même que tu vas la croiser là, tout de suite, en sortant de mon merveilleux café! ajouta-t-elle sur le ton de la plaisanterie.
Elle fut heureuse de voir Callie retrouver un semblant de sourire, ce qui l'encouragea à poursuivre.
- Il suffit d'être patiente et tu verras, dit-elle en se levant pour retourner derrière le bar. La vie te réservera de belles surprises, Callie… Et crois-moi, c'est cette Erica qui s'en mordra les doigts!
Elle lui fit un clin d'œil et s'éclipsa à l'arrière-boutique. Callie finit son café d'humeur plus légère et descendit de son tabouret pour rentrer.
Elle lança un « Merci Bailey! » à l'adresse de Miranda qui était occupée avec d'autres clients puis se dirigea vers la sortie du café.
Lorsqu'elle ouvrit la porte, elle tomba nez à nez sur Arizona qui refermait la portière d'une vieille Mercury.
- Calliope! s'exclama la blonde avec un ravissant sourire lorsqu'elle remarqua sa présence.
Callie sentit son estomac se crisper face au magnifique sourire qu'elle lui adressait.
- Hey ! salua-t-elle.
Elles se regardèrent quelques secondes sans parler, complètement obnubilées l'une par l'autre. Sentant son rythme cardiaque s'emballer de plus en plus vite, Callie rompit le contact visuel et fit un signe en direction de la voiture de laquelle Arizona venait de descendre.
- Jolie voiture, dit-elle avec un sourire. Il faut croire que je ne suis pas la seule à conduire une voiture «cool» ici.
- Je sens que cette fameuse soirée va me poursuivre pendant encore longtemps n'est-ce-pas? demanda Arizona avec un air faussement inquiet.
- Minimum 20 ans, confirma Callie avec plusieurs hochements de tête.
Elles rigolèrent toutes les deux, jusqu'à ce que leurs rires s'évanouissent peu à peu, les amenant à partager un nouveau regard silencieux.
- Tu visites les environs ? demanda Callie en s'éclaircissant la gorge, mal-à-l'aise.
Mais bon sang, que lui arrivait-il? Cette fille la rendait nerveuse. Il suffisait qu'elle la regarde ou qu'elle lui sourit pour que ses mains deviennent moites et que son cœur lui donne l'impression de vouloir quitter sa poitrine.
- Oui, répondit Arizona, j'avais aperçu ce salon la dernière fois en allant au lycée. Tu es une habituée?
- Depuis toujours, dit Callie avec un grand sourire. Il sert le meilleur café au monde!
- Je devrais être comblée alors…
- Oui, ça devrait le faire, répondit Callie. Sinon, c'est que tes goûts laissent à désirer…
Elle pencha la tête sur le côté en conservant un sourire en coin pour lui montrer qu'elle plaisantait.
- Merci pour la pression, déclara Arizona avec un éclat de rire.
Callie se délecta du son et ne put s'empêcher de sourire plus franchement.
- Bon et bien, commença Arizona à contre cœur. Je n'ai plus qu'à te souhaiter un bon weekend…
- Merci, à toi aussi.
- À lundi!
- À lundi, répéta Callie.
Elle la regarda passer devant elle pour entrer dans le café et batailla longuement dans sa tête avant de se tourner de nouveau vers elle.
- Arizona! héla-t-elle alors qu'elle s'apprêtait à franchir la porte.
L'interpellée, une main sur la poignet, se tourna vers elle et Callie sentit de nouveau son estomac se crisper lorsqu'elle se plongea de nouveau dans son regard.
- Tu as prévu quelque chose en particulier ce soir? se décida-t-elle à demander.
Elle vit Arizona fronça les sourcils et comprit que sa question pouvait être mal interprétée. Elle s'empressa donc d'ajouter:
- Il y a Addison qui fait une fête ce soir si ça te dit… Pour fêter le début de la dernière année. Et vu que tu es nouvelle ici, ça pourrait te permettre de rencontrer du monde…
- Je ne sais pas trop, répondit Arizona en glissant une main dans ses cheveux, mal à l'aise. Je ne connais même pas Addison…
- Raison de plus, insista Callie. Tu vas l'adorer!
Lorsqu'elle vit qu'Arizona continuait d'hésiter, elle décida d'insister.
- Tu seras mon invité d'honneur, déclara-t-elle avec un grand sourire. Et – et Karev est la bienvenue aussi…
- Si c'est une invitation d'honneur, je ne peux pas refuser, finit par répondre Arizona.
Callie se mordit la lèvre inférieure pour ne pas sauter en l'air de joie… Elle ne savait même pas pourquoi elle était aussi heureuse de la voir accepter. C'était une simple invitation. Et ce n'était même pas à sa fête
- Cool, conclue Callie en essayant d'adopter une attitude des plus désinvoltes. Je te dis à ce soir alors…
Elle tourna les talons avec un grand sourire avant de revenir de nouveau sur ses pas sous les yeux d'une Arizona amusée.
- C'est vrai que tu ne vas pas aller bien loin sans l'adresse, dit-elle en fouillant frénétiquement dans son sac pour sortir un bout de papier et un stylo.
Elle lui gribouilla l'adresse et pris congés, sans perdre son sourire béat. L'effet Arizona Robbins avait encore frappé.
- Tu me rappel ce qu'on fou là s'il te plait?!
- Arrête de jouer les rabat-joie Karev, s'exaspéra Arizona.
Ils étaient en face de la maison des Montgomery, d'où s'échapper de la musique et des échos de voix.
- Il faut qu'on se sociabilise…
- Tu dis ça juste parce que c'est Torres qui t'as invité, répondit Alex d'un ton moqueur. Tu as un truc avec elle!
- Je n'ai aucun «truc» avec qui que ce soit, éluda Arizona en s'avançant en direction de la porte d'entrée. Maintenant, si tu voulais bien arrêter de ronchonner et faire un grand sourire ce serait cool.
Ils franchirent la grande porte d'entrée et furent immédiatement accueilli par une Addison euphorique sous les effets de l'alcool. Elle les étreignit tous les deux et leur souhaita la bienvenue avant de disparaitre dans la foule qui s'amassait dans le hall.
La maison était pleine à craquer, l'alcool coulait à flot et la fête battait déjà son plein. Arizona chercha Callie des yeux et la trouva en compagnie de Mark avec qui elle était en pleine conversation. Elle se tourna vers Alex, mais celui-ci avait disparu en direction du bar improvisé qui avait été aménagé au milieu du grand salon des Montgomery.
Après un moment d'hésitation, elle prit une profonde inspiration et se décida à se diriger vers Callie.
- Hey! salua cette dernière lorsqu'elle la vit. Tu es venue!
- Oui, répondit timidement Arizona. Je suis venue…
Callie lui adressa un grand sourire avant de se tourner vers Mark.
- Mark, je te présente Arizona. Arizona, voici Mark, c'est un de mes meilleurs amis.
- Enchantée, répondit la jolie blonde.
Mais elle ne reçu aucune réponse de Mark qui se contenta de la fixer avec un sourire en coin plein de sous-entendus. Callie leva les yeux au ciel avant de lui mettre un coup de coup dans les côtes pour le sortir de sa transe.
- Hey! s'offusqua-t-il.
- Et si tu allais voir si Ade n'a pas besoin d'aide? conseilla Callie avec un sourire hypocrite.
Il se massa l'endroit douloureux où elle venait de lui mettre un coup puis s'éloigna en direction de la cuisine, où se trouvait Addison.
- Désolé, déclara Callie à l'adresse d'Arizona lorsque le jeune homme fut parti. Il est assez abrupt aux premiers abords mais c'est quelqu'un en or.
- Ce n'est pas grave, rassura Arizona.
Elles échangèrent quelques civilités jusqu'à ce que deux filles viennent les aborder. Arizona fit ainsi la connaissance de Meredith Grey et Christina Yang. Deux amis à Callie qu'elle avait appris à connaitre via le basket. En effet, les deux jeunes filles faisaient partie de l'équipe. D'après ce qu'elle comprit, elles avaient été toutes les deux d'un soutien de taille pour la fille du Maire lorsqu'elle avait voulu créer l'équipe, ce qui les avait énormément rapprochées.
- Je t'abandonne quelques minutes, lui chuchota à l'oreille Callie. Je vais voir si Ade a besoin de moi…
Arizona acquiesça en essayant d'ignorer le frisson qui venait de traverser sa colonne vertébrale.
Elle la regarda disparaitre à la suite de Mark et se tourna de nouveau vers les deux autres filles.
Callie trouva rapidement ses deux meilleurs amis. Mark n'avait pas perdu son sourire en coin et la regardait d'un air avide.
- Alors tu t'es enfin décidé à sauter le pas avec la Nouvelle? lui demanda-t-il.
- Il n'y a aucun pas à sauter, rétorqua Callie.
- À d'autre Torres!
- Tu sais Mark, ce n'est pas parce que je suis attirée par les filles que je ne peux pas avoir d'amies sans arrières pensées derrière, répondit-elle. Regarde Addison, c'est bien ma meilleure amie et pourtant il n'y a JAMAIS rien eu d'ambiguë dans les sentiments que je lui portais…
- Oui c'est vrai, admit Addison. Mais malgré mon charme fou et ma beauté renversante, tu ne m'as jamais trouvé attirante, contrairement à la jolie et sexy blonde à qui tu fais du gringue…
Callie secoua vivement la tête.
- Vous vous faites des idées! s'exclama-t-elle avant de les quitter pour se mettre à la recherche de l'objet de leur conversation.
Elle jeta un coup d'œil à l'endroit où elle avait laissé Arizona un peu plus tôt mais n'y vit que Meredith et Christina entrain de danser. Après quelques minutes, elle la trouva assise sur les marches d'escalier de la terrasse extérieure. Elle s'approcha doucement et vint s'asseoir à côté d'elle.
- Désolée de t'avoir abandonné, s'excusa-t-elle.
- Ce n'est pas grave, répondit simplement Arizona.
Callie la scruta du regard et réalisa qu'elle semblait triste.
- Tout va bien? demanda-t-elle stupidement.
- Oui, assura Arizona avec un faible sourire, je voulais juste prendre l'air…
Mais Callie ne fut pas dupée par son sourire faux et insista. Arizona finit par céder et lui répondit qu'elle était en compagnie de son frère lors de la dernière fête où elle s'était rendue. Et être ici, à cette soirée, lui rappelait simplement qu'il n'était plus là. Callie ne sut quoi répondre, elle posa une main réconfortante sur le bras de la jeune fille.
- Je suis désolée, s'excusa Arizona après quelques secondes, je plombe l'ambiance…
- Hé, tu n'as pas à t'excuser de penser à ton frère, déclara Callie en tournant sa tête pour pouvoir fixer Arizona dans les yeux. Tu as le droit de ressentir le manque, tu as le droit d'y penser et tu as le droit d'être triste…
- J'aimerais juste que la douleur disparaisse, confia Arizona.
Callie resta silencieuse de longues secondes, cherchant les mots qui pourraient réconforter la blonde. Mais elle savait qu'il n'y en avait pas.
- Je ne sais pas ce que c'est de perdre un proche, déclara-t-elle et on ne se connait que depuis peu donc je ne risque pas de t'être d'une grande utilité, mais si tu as besoin d'en parler, je suis là… Je ne serais jamais lassée c'est promis…
Arizona tourna la tête vers elle et la fixa d'un regard brillant.
- Merci, souffla-t-elle doucement.
- Quand tu veux, répondit Callie avec un sourire réconfortant.
Elles se tournèrent toute les deux vers le ciel étoilé et restèrent silencieuse pendant quelques minutes à observer les astres. Callie n'avait pas retiré sa main du bras d'Arizona. Celle-ci avait même posé son autre main dessus.
Le silence qui s'installa entre les deux filles n'avait rien de gênant ou d'embarrassant. Au contraire, il amenait une certaine quiétude dans l'esprit des deux personnes, savourant ainsi cette paisible pause en compagnie l'une de l'autre.
