5.

Bob lui ayant indiqué que son ami se trouvait dans l'une des sphères des jardins suspendus de la station MBS Phantom, Warius s'y était rendu, emportant une bouteille et deux verres.

Les jardins suspendus composaient une sorte de grappe géante, chaque sphère abritant son propre petit microcosme, ce qui permettait à chacun de choisir son ambiance et de la savourer tranquillement dans la confortable tonnelle aménagée.

- Allons bon, sur quoi tu rumines aujourd'hui, Albator ?

- Ca faisait longtemps qu'on ne s'était vus, Warius. J'apprécie, mais je ne peux pas m'attarder !

- Sylvarande ? Je comprends bien évidemment.

- Non, Aldéran !

- Je sais que le gosse est passé par d'atroces épreuves tout récemment, mais il m'a semblé avoir retrouvé son allant et un moral plus que positif, remarqua l'ancien Colonel de la Flotte Indépendante. C'est vrai que quand j'ai appris ce qu'il projetait de faire au procès, les accusions qu'il portait, je n'y ai pas cru… Ce n'était pas mon Président, mais depuis l'Académie Militaire, on m'a appris à respecter les dirigeants quels qu'ils soient – ce à quoi je me suis toujours efforcé bien que j'aie le plus grand mal à encadrer les politiques !

- Wolpar a surtout très bien trompé tout son monde, et ce depuis effectivement ses premiers pas en politique ! Mais bon, contrairement à toi, je savais depuis quelques années de quoi il était capable… Je n'aurais cependant pas imaginé le pire.

- Voir la diffusion de ces enregistrements nous a sciés, Marina et moi… Ce n'est que le fait qu'il soit trop tard qui m'a retenu d'accourir.

- En effet, c'était inutile, fit sombrement le pirate à la chevelure de neige.

Warius remplit à nouveau les verres.

- Qu'est-ce qui te tracasse concernant Aldie ? reprit-il. Qu'il ne retrouve pas Sylvarande ?

- Ca c'est une option que nous gardons en tête, nous y sommes préparés. Non, c'est le fait qu'il fonce droit dans un piège, qu'il ne l'ignore pas et qu'il ne peut pas non plus faire autrement !

- Synomarielle n'est effectivement pas tombée de la dernière pluie et elle est retorse, commenta Warius.

Albator s'était rapproché de la rambarde de la terrasse où se trouvait la tonnelle et d'où il avait une vue plongeante sur le jardin lacustre de la sphère.

- « retorse », le mot est faible. Bien que ça ait été un hasard, ce fut pourtant bien la graine qui portait son nom qui me fut implantée ! Et la Synomarielle d'aujourd'hui a largement prouvé sa détermination obsessionnelle.

Le capitaine de l'Arcadia capta dans le reflet d'un vase en argent la grimace de son ami.

- Quoi ? ! glapit-il.

- Et si sa revendication était légitime ? avança Warius, non sans une hésitation.

- J'y ai pensé, forcément, reconnut Albator. Son histoire est d'ailleurs parfaitement plausible, et elle est de quelques années l'aînée de Sylvarande. Mais comme sa méthode laisse singulièrement à désirer, il est hors de question de la reconnaître comme souveraine légitime… Elle s'est débarrassée, d'une façon ou d'une autre, de ma fille, et vu qu'Aldéran vole à son secours, il est également dans son collimateur. Je ne la laisserai pas s'en prendre à un autre de mes enfants !

- Quand partons-nous ? questionna alors simplement Warius.


Lhéonna Groum, la seconde du Devilfish et Khon Usghen étaient venus à bord du Lightshadow.

- On doit s'organiser, décréta d'entrée Aldéran. Synomarielle s'apprête, alors nous aussi !

- Ryhas nous a dit de suivre vos directives, rappela l'Illumidas.

- Que décidez-vous ? questionna la seconde.

- Synomarielle ne peut que deviner que nous avons retrouvé l'épave du Dolvidras et que nous nous dirigeons donc vers Terra IV, qui est également son propre objectif. Elle nous attendra, sous bouclier occulter, en cours de route, elle enverra même une ou plusieurs balises espionnes sur les différents trajets que nous pourrions prendre pour arriver à destination. Et dès qu'une balise nous aura localisés, elle captera nos communications… Mais d'ici là, elle ignore que vous, vous serez à mon tribord !

- Je suppose que nous passons dès à présent sous bouclier d'invisibilité, comprit la seconde du Devilfish. Nous projetons l'onde glaciale sur nos différentes sources de chaleur et nous demeurons en embuscade.

- Vous allez même dès à présent opérer une courbe pour vous diriger vers Terra IV via l'autre couloir de navigation, précisa encore Aldéran. Toshiro, à ton tour pour les explications techniques, s'il te plaît.

- Des quatre chemins de vol que nous pouvions emprunter, depuis que nous avons quitté la Zone des Cimetières, en plus de celui que nous suivons actuellement, un seul le recoupe d'ici à Terra IV, fit le clone mémoriel de l'Ame de l'Arcadia en prenant le relais. C'est là, indubitablement que Synomarielle nous attendra avec son Deathfalcon et les vaisseaux des colonies alliées.

- A vous d'être là en même temps que nous pour que nous leur fassions face, compléta Aldéran.

- Votre Synomarielle aura anticipé autant que vous, Colonel, remarqua Khon.

- Oui, elle saura que nous sommes prêts, mais elle ne s'attend pas au Devilfish ! Et puis…

- Oui ? firent les deux membres d'équipage du vaisseau Illumidas.

- Mon père et Warius ne résisteront pas au plaisir de se mêler de la partie ! gloussa-t-il. Toshiro leur a déjà transmis notre séparation et les deux coordonnées de vol sous lesquelles nous atteindre le point de baston !

6.

Grysmaline revint s'asseoir auprès de celle qui était sa seule Reine légitime.

- Y a-t-il quelque chose que je puisse faire, Majesté ?

- Avec la trentaine de survivantes du Docrass, je ne vois vraiment pas ce que vous pourriez tenter contre le millier de membres d'équipage du Deathfalcon et les deux cents mille Sylvidres de la base astéroïdes !

- Je ne sais pas… Mais on ne peut pas non plus laisser Synomarielle se servir de vous contre notre Colonie. Talvérya la livrera pour qu'il ne vous soit fait aucun mal.

- Je sais. Et juste après, Synomarielle m'exécutera… Elle m'a enfin rapporté son passé, et il semble que Sylvidra l'ait bien désignée selon les règles, sauf qu'avec le départ de l'Armada, l'information n'a pas été rendue officielle car ce fut assez la confusion à l'époque.

- Vous voulez dire que vous accepteriez de la reconnaître, de vous incliner devant elle ? s'étrangla la Générale des Armées.

- Je devrais sans doute le faire, pour épargner les prisonnières et éviter que Talvérya ne lance ce qui reste de nos forces contre le Deathfalcon.

Sylvarande bougea légèrement dans son lit, tentant de soulager son corps que de nombreuses compresses recouvraient encore, les brûlures les plus légères la démangeant cependant cruellement. Mais si des larmes roulèrent sur ses joues, ce ne fut pas de douleur physique.

- Pourquoi Aldéran nous a-t-il abandonnées ? gémit-elle. Rien que la puissance de feu du Lightshadow aurait été un atout important lors des combats ! Qu'est-ce qui a bien pu l'empêcher de nous rejoindre ?

- Il a dû avoir ses raisons… Pourquoi ne tentez-vous pas encore de réclamer sa présence ?

- Je crois que c'est parce que j'étais sur Terra IV que le Sanctuaire a réagi à ma prière intense et l'a fait instantanément venir…

- Vous cherchez malgré tout des excuses à sa défection, glissa Grysmaline. Vous savez parfaitement que vous êtes connectés, avec ou sans Arbre de Vie à proximité. Il aurait dû se manifester. Son Lightshadow ne pouvait que capter l'ultime écho du Dolvidras, à défaut qu'il soit localisable… Et votre père non plus n'est pas venu.

- Je les comprends, fit encore doucement Sylvarande. Ceci est une question uniquement Sylvidre, c'est donc à moi seule de la régler. C'est une querelle entre le sang de Synomarielle et le mien.

- L'assistance de leurs deux vaisseaux aurait pu faire toute la différence, insista Grysmaline, amère. Cela fut le cas à tant de reprises par le passé !

- Je n'ai pas pu assurer, nous avons été battues, je dois accepter cette défaite et rapidement apprendre à mettre mon orgueil de côté pour vous sauver ainsi que Terra IV.

- Nous sommes prêtes à nous sacrifier, rappela la Générale. Qu'importe si Synomarielle peut prouver sa légitimité, c'est vous notre Reine depuis toujours. Où était-elle lors de toutes vos épreuves passées ? Où était-elle quand vous avez produit toutes ces graines à vitesse accélérée ? Il est hors de question qu'elle vienne récolter les fruits de tout ce que vous avez créé, bâti, protégé. Comment pourriez-vous l'accepter ?

- Parce que je suis Reine, justement, et ce n'est pas à moi que je dois penser en priorité

Grysmaline se leva en soupirant.

- Et maintenant, que va-t-il se passer, ma Reine ?

- J'ai demandé une semaine de réflexion à Synomarielle. Je lui ai promis ma réponse à ce terme.

- Elle a accepté ce délai de réflexion ? s'étonna la Générale.

- Oui, j'avoue en être la première surprise !

- En ce cas, c'est qu'elle attend un ou plusieurs événements d'ici la fin de la semaine, gronda Grysmaline.

- Je le pense aussi, mais je ne vois vraiment pas quoi !

- Qu'importe, nous verrons le moment venu.

- Grysmaline, quelle que soit mon jugement, l'accepteras-tu ?

- Bien sûr, Majesté. Nous mourrons avec vous ou nous nous agenouillerons devant Synomarielle… Prenez la bonne décision et n'oubliez pas : nous sommes des guerrières !


La voiture de location s'était arrêtée devant le chalet en ruines perdu au milieu des bois.

Trois hommes blonds, en longue veste noire par-dessus des pantalons et de hautes bottes brunes en descendirent. L'un deux tenait une sorte de fibule au creux de la main.

- C'est ici que le Guérisseur s'était installé…

- Mais il est évident que cela fait des années que cet endroit est à l'abandon…

- Qu'importe que l'âme de ce Guérisseur se soit éteinte, le Localisateur va nous amener à celui ou celle à qui il a transmis son don !

Et le trio repartit, vers RadCity.