Disclaimer : L'histoire a été écrite par les très grandes RobinRocks et Narroch. Blanche-Neige, Aurore, et autres princesses et sorcières appartiennent et à Disney, et aux Frères Grimm. Mais on suppose que vous savez déjà tout ça, pas vrai...?
Avertissement : NON-CON en fin de chapitre.
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Petit message concernant les reviews
Je m'excuse grandement auprès des personnes auxquelles je n'ai potentiellement pas répondu. J'aurais du m'y prendre au fur et à mesure, ce que je n'ai pas fait, et je me suis retrouvée perdue avec toutes ces reviews laissées sur nos traductions. Un très grand merci pour vos commentaires, en tout cas. J'espère que l'absence de réponse ne vous aura pas rebuté à nous en laisser de nouveaux. :3
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Réponses aux reviews anonymes
PtitSaumonBleu : Un grand merci pour ta review sur le chapitre précédent. :D Très contentes de voir que tu adores autant nos traductions. 8) J'espère que ce chapitre te plaira ! Bonne lecture. ;)
Eruka : Merciiiiiiii et tu n'as pas à avoir honte ! Regarde, moi j'ai honte avec le temps qu'a mis à sortir ce chapitre. :'3 Et voilà donc enfin la suite. x)
coco40 : Merci beaucoup pour ton commentaire. ;)
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Apple Note de Caela : J'ai... beaucoup de choses à dire. Trop de choses à dire, en fait. Je ne pourrais jamais assez m'excuser pour toute cette attente. L'année a été très longue et difficile, avec mes études et mon boulot. J'espère que ce hiatus ne vous aura pas découragé à lire cette histoire. Et que ce chapitre vous plaira. N'hésitez pas à donner votre avis, ça m'a quand même motivé énormément, malgré tout le temps que le chapitre m'a pris. Vous êtes géniaux. :D (Ah, et vous saviez vous, qu'un film Death Note allait sortir ? Avec aux commandes Shane Black, mesdames et messieurs ! De quoi raviver le fandom, je pense.) Très bonne lecture à tous !
Apple Note de Jilano : Bonjour/bonsoir à tous ! Non, ce n'est pas un mirage. Vous voyez bien un vrai chapitre de Poison Apple devant vous. Un élan de motivation de la part des traductrices ? Il semblerait. Enfin, bonne lecture à tous! :D N'hésitez pas à laisser un commentaire pour nous dire ce que vous en avez pensé !
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Drunk on ego;
(Ivre de moi)
Truly thought I could make it right.
(A vraiment penser que je pourrais réussir)
If I kissed you one more time to help you face the nightmare;
(Si je t'embrassais une fois de plus pour t'aider à faire face au cauchemar)
But you're far too poisoned for me,
(Mais tu es bien trop empoisonné pour moi)
Such a fool to think that I can wake you from your slumber
(Quel imbécile de penser que je pourrais te sortir de ton paisible sommeil)
That I could actually heal you…
(Que je pourrais réellement te guérir...)
Sleeping Beauty – A perfect Circle
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Cercueil de verre
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« Alors ce n'était pas si important, ce que tu voulais me dire ? »
L regarda subrepticement Light de derrière ses mèches ébènes.
« Je ne dirais pas ça », expliqua-t-il, raclant méticuleusement le dessus de son cheesecake aux myrtilles avec sa fourchette. « Des problèmes de nature différente n'ont pas la même importance pour les mêmes personnes. »
Light regarda sa montre; il était quatre heures et quart du matin. Il était trop tôt pour philosopher avec L, pour tout dire – et bien trop tôt pour manger de ce gluant cheesecake. Alors qu'il était à présent pleinement éveillé, il s'avéra qu'il avait lui aussi faim, et son regard parcourut la cuisine, se posant une nouvelle fois sur le bol de fruits.
Il tendit une main vers lui, conscient que L le surveillait avec l'attention d'un faucon, prêt à analyser la situation selon le fruit sur lequel il allait porter son dévolu. Le rubis brillant de la pomme la plus proche de lui était tentant, mais après le matin précédent et à la suite de son rêve, il décida de ne pas la prendre, et sa main dépassa une banane avant qu'il ne finisse par se décider pour une orange -
Ce fut lorsque L se pencha au-dessus de la table que Light décida de le provoquer; et son choix se reporta sur la pomme, la tirant légèrement du haut du saladier.
L se replaça dans sa position initiale, une foule d'expressions traversant son visage; avant que son pouce ne remplace la fourchette au coin de sa bouche, et que ses épaules ne s'affaissent davantage.
« Une pomme », dit-il, d'un ton légèrement déprimé.
« Quoi ? » demanda innocemment Light, le bleu de son haut de pyjama faisant ressortir le pourpre brillant du fruit.
L cilla; puis son expression s'assombrit considérablement, et Light ne put dire s'il était sur le point de grimacer ou de sourire.
« Je pense que tu te moques de moi, Light-kun. »
« Hmm ? Oh. » Light fit mine de comprendre. « Hier matin. Effectivement. Les Dieux Morts aiment les pommes. »
« Les Dieux de la Mort aiment les pommes », corrigea immédiatement L, mot pour mot. « Bien que tu sembles les aimer également, Light-kun. »
« Elles sont bonnes pour la santé. »
« Hmm. » Distraitement, L fit claquer son ongle contre ses dents. « Ou peut-être es-tu un Dieu de la Mort toi aussi ? »
« Moi ? Un Shinigami ? » Light rit avec aigreur. « Oh, allez, Ryûzaki. »
« Ce n'est pas ce que j'ai dit », répondit L platement. « J'ai parlé de Dieu de la Mort, mais pas de l'entité le représentant. "Le Dieu de la Mort" pourrait être n'importe quelle personne ayant le pouvoir de retirer la vie. Kira, par exemple. »
Light l'avait vu venir; il enfonça les dents dans la chair tendre de la pomme et en arracha un bout d'un crac significatif lorsque le mot "Kira" – le seul mot qu'était capable de répéter L, semblait-il – glissa d'entre les lèvres du détective. La faible résistance de la peau du fruit le fit se sentir étrangement bien, le libérant de sa frustration; ses dents détachèrent un morceau de la pomme, apaisant son envie d'aller envoyer L cuire dans le gaufrier.
« Ryûzaki », dit-il avec patience. « Tu crois que je me moque de toi, puisque tu penses que j'ai délibérément pris la pomme pour te contrarier, mais ton argument n'a aucune logique : je n'ai absolument pas choisi ce fruit par préférence. »
L se contenta de lui sourire bizarrement.
« Tu as l'air d'apprécier, pourtant. »
Light haussa les épaules, enfonçant une nouvelle fois ses dents blanches et aiguisées dans le fruit; amusé en voyant la façon dont L l'observait, fasciné.
« Ça a bon goût », dit-il en avalant.
L acquiesça d'un air distrait, et prit le dernier morceau de la part du cheesecake de Light.
« Il n'y a pas de quatrième message, tu sais », dit-il précautionneusement, changeant brutalement de sujet sans nulle raison apparente. « Les mystérieuses notes de suicide des victimes de Kira, je veux dire. J'ai menti quand j'ai dit qu'il y en avait quatre. »
Light hocha légèrement la tête.
« C'est ce que je pensais. »
« Oh, vraiment ? » Les yeux de L brillaient.
« Ouais. » Light pressa ses lèvres contre la peau ferme de la pomme, songeur. « Je veux dire, quand tu as ajouté la quatrième note, et réarrangé l'ordre des trois autres... "L do you know love apples? Gods of Death have red hands" n'a toujours aucun sens. En anglais, le manque d'un pronom rend la première phrase complètement incompréhensible, puisqu'il n'y a pas de sujet. De plus, il n'y a aucune corrélation entre cette phrase-ci et la suivante. »
« Mm. » L acquiesça une nouvelle fois. « C'est une observation très... juste, Light-kun. Bien que, bien sûr, je n'en attends pas moins de toi. »
Light était presque certain qu'il s'agissait davantage d'une pique que d'un compliment et répliqua :
« Tu en es encore après les pommes, tu sais. »
« Je sais. » L avala paresseusement une gorgée de son café mortellement sucré. « Il s'agit d'un fruit intéressant, tu ne penses pas ? Très ancré dans les légendes. La Bible, par exemple, l'a présenté comme le Fruit Interdit, un peu comme dans... » Il s'interrompit pensivement, silencieux pendant suffisamment de temps pour que Light puisse prévoir le frisson qui allait irrémédiablement parcourir son dos. « … Blanche-Neige. Et ce message sur les Shinigamis, bien sûr. »
Light haussa les épaules, la référence à Blanche-Neige le faisant se sentir mal à l'aise; peut-être avait-il insisté un peu trop à ce sujet. Pas à propos d'être Kira, évidemment, parce que comment pouvait-il être possible d'insister trop sur quelque chose pour laquelle on est innocent ? Mais au sujet de Blanche-Neige, et des pommes, et du rêve, et des miroirs... les connexions, et les doubles connexions, et ces achétypes qui conféraient ce sentiment de déjà vu semblaient comme un avertissement.
« Mais je me demande, Light-kun », poursuivit L. « Si tu sais ce que sont des 'Love apples' ? Traduit littéralement, des pommes d'amour ? »
Light secoua la tête.
« Je n'en ai jamais entendu parler. »
« Non plus », répondit L d'un ton absent. « Je n'en avais aucune idée non plus. »
« Il n'y a aucun jeu avec ça, c'est juste... Le réarrangement de la phrase provoque le doute quant à l'utilisation de 'love', puisqu'il peut tenir le rôle de verbe, mais aussi celui de nom. Mais ça ne signifie rien. »
« Tu penses vraiment ? » L fixait le sol de la cuisine de son regard opaque à l'air mélancolique, et ne prêtait aucune réelle attention à Light. « Dommage, alors. »
« Pourquoi ça ? »
« Une pomme d'amour. C'est probablement sucré. »
« Tu en veux une ? »
« Oui. »
Light soupira, silencieux et songeur durant un moment; il ne supporterait pas le fait que L se remette à déprimer simplement parce qu'il n'existait pas de « love apple ». Après un long moment de silence, il finit par tendre au-dessus de la table son propre fruit croqué.
« Tiens, alors », dit-il sèchement.
L baissa les yeux sur le fruit; releva les yeux vers lui, et refit la même chose plusieurs fois, perplexe.
« Je ne comprends pas, Light-kun. »
« Eh bien, si je veux bien te donner ma pomme, alors c'est certainement un geste d'amour », dit Light, prenant bien soin de garder un ton moqueur. « Ou au moins... d'amitié. Et, si tu acceptes de la manger, alors que je l'ai préalablement croquée... »
« Mais je ne peux pas prendre ta pomme, Light-kun. Tu aimes ce fruit. »
« C'est là où je veux en venir. » Son regard mordoré rencontra celui, noir et impénétrable, de L. « Prend-la. »
Le détectivie s'exécuta, s'en empoignant délicatement, le côté rond et intact du fruit pressé contre sa paume. Light l'avait seulement vu, une fois, tenir un objet aussi correctement, et cela avait été une raquette de tennis.
« Tu es sûr ? » demanda-t-il; ce qui prit Light par surprise. Le châtain était habitué à donner ce qu'il ne voulait pas finir à L – le cheesecake était un parfait exemple, et L, comme s'il s'agissait d'une évidence, n'avait jamais pris la peine de lui demander s'il était sûr de ne pas vouloir le finir.
« Bien sûr que je suis sûr. On va dire que c'est pour cela que c'est une « love apple » - parce qu'elle était à moi, et je veux que tu la prennes. »
« Tu as dit que tu ne savais – »
« Ryûzaki, j'ai tout inventé », l'interrompit Light impatient. « Les vraies « love apples » n'existent pas, alors, qui peut prétendre que celle-ci n'en est pas une ? »
« Je vois. » L porta le fruit couleur rubis jusqu'à sa bouche, le soutenant entre ses deux mains, de la même façon que...
… Blanche-Neige l'avait fait.
Et alors vint le clou du spectacle :
« Empoisonnée ? » demanda L doucement, regardant Light par-dessous sa frange, un léger sourire sarcastique flottant sur ses lèvres pâles.
Light recontra son regard avec un petit sourire; vraiment, c'était L après tout. Devrait-il seulement être surpris ?
« Peut-être » fut sa réponse.
L se sourit à lui-même et croqua dans la pomme, effaçant la forme de la bouche de Light et y imprimant la sienne. Light le regarda par-dessus son café; se demandant ce qu'il pourrait bien faire si L périssait soudainement, succombant au poison enchanté, jusqu'à ce que soudain lui vienne le désir impulsif de...
… l'embrasser encore...
Non sans arrière-pensée cette fois-ci; et non, il ne savait pas pourquoi il voulait ça. Peut-être à cause du rêve, ou à cause des miroirs, ou à cause de cette étrange fixation orale qu'avait L (enfin, c'était obligé, le détective semblait toujours avoir quelque chose dans la bouche), ou encore s'agissait-il simplement de la couleur rubis de la pomme, tranchant parfaitement la peau blanche comme la neige et la chevelure noire ébène...
Il ne le toucha pas, cependant; il y avait une table entre eux, et il était trop fatigué pour se pencher au-dessus, et encore plus pour s'expliquer si jamais il était venu à le faire.
Par ailleurs... Light secoua doucement la tête, comme s'il essayait de se sortir d'un songe. C'était L. Il venait de passer près d'une heure à argumenter avec lui sur l'amour, et à quel point il en ressentait comme un manque.
L'embrasser sans raison apparente, sans aucun désir d'analyse, ni aucune aucune logique pouvant le motiver... C'était hors de question, sérieusement. L'amour ressenti envers un petit frère et l'amour couplé à un désir sexuel étaient totalement différent, et même si L lui-même avait déclaré ne pouvoir faire la différence entre amitié et désir sexuel (ce qui, soit dit en passant, inquiétait Light), ni même n'avait jamais expérimenté ni l'un ni l'autre jusqu'à présent... Light était toujours persuadé qu'il ne pouvait pas être aussi naïf que ça.
Il était à lui seul les trois meilleurs détectives du monde, pour l'amour de Dieu.
Et même s'il ne l'était pas... Eh bien, il ne fallait pas être un génie (ce qu'ils étaient tous les deux, ironiquement) pour savoir qu'ils n'en étaient plus simplement à se combattre l'un l'autre à des jeux d'intellect ou de pouvoir; ils étaient en train de combattre les débuts d'une attirance, de celle qui venait du plus profond d'eux-mêmes – un lent poison sucré qui menaçait d'abolir les limites de leurs statuts de policier et suspect, de rivaux, et même simplement d'amis.
Aussi rouge que du sang frais sur de la neige; toute attraction entre Kira et L ne pourrait que provoquer de la douleur. C'était bien plus logique que toutes les théories de L, que toutes les répliques de Light; c'était un fait cruel et tranchant de logique et d'évidence.
La question était de savoir s'ils allaient ignorer ça; ignorer le fait qu'il y avait une barrière à ne pas franchir, un territoire plus interdit que n'importe quelle pomme sacrée, qu'elle soit recouverte de poison ou non.
Il fallait dire que cela paraissait ironique; regardant L, sachant qu'il ne pouvait pas, parce qu'il était L et L pensait qu'il était Kira, et voyant ce fruit interdit dans sa main, tel un symbole lui rappelant de ne pas s'approcher, de peur de briser la seule chose – peut-être un miroir enchanté – qui les séparait l'un de l'autre...
C'était ce qui faisait que Light ne le désirait que davantage.
« Ryûzaki », lança-t-il. « Maintenant, tu me dois quelque chose. »
« Pour la pomme ? » L croqua un morceau, le mâchonnant avec un petit bruit ressemblant à un croustillement; l'amenant entre ses deux lèvres, jouant avec lui de ses dents.
Bouche talentueuse.
Light serra le poing, rejettant sa pensée, et décida alors qu'il ne pourrait pas supporter si L venait à nouveau à lui dire qu'il l'aimait; parce que Light ne le croyait pas, il ne le croyait toujours pas, et peut-être commençait-il à espérer qu'il y arriverait...
« Je n'avais pas réalisé qu'une « love apple » avait un prix », déclara L entre deux bouchées de pomme.
« Pas vraiment, mais... qu'apprêtais-tu à me dire... ? »
« Ah. » L eut un sourire narquois, et avala. « Je vois. Light-kun n'aime pas être laissé dans l'ignorance... »
Light aurait pu jurer que L s'était figé, juste durant une milliseconde, avant de prononcer "ignorance"; mais il n'en était pas certain. Même avec la pomme dans sa main, et la peau blanche et les cheveux noirs, Light songea soudain que peut-être, comparer L à Blanche-Neige s'avérait être totalement insensé; est-ce que ce manipulateur, face à lui, n'était pas la Reine-sorcière, prête à détruire l'innocente personne qu'elle/il jugeait coupable de péché ? Pour Blanche-Neige, il s'agissait du péché d'être bien plus belle; pour Light, il s'agissait du péché d'être Kira, ou du moins était-ce ce que croyait L, de toute façon.
Et comme la Reine-sorcière, il semblait que L ne connaitrait aucun repos tant que le pêcheur ne serait pas puni. Peut-être était-ce L qui, obsessivement, ne cessait de demander qui avait beauté parfaite et pure, ne cessait de demander qui était la Justice, et lorsque la réponse qu'il avait obtenu ne lui avait pas plu, il s'était juré de détruire Kira, Celui Qui Avait Une Bien Plus Belle Justice, juste pour retrouver son titre. Peut-être était-ce pour ça... tous les miroirs...
« Très bien. » Il croqua une nouvelle fois dans la pomme; il semblait énormément apprécier, mais Light n'était pas sûr que c'était parce qu'il aimait simplement les pommes, ou parce qu'il lui en avait fait cadeau. « Je vais te le dire, Light-kun. »
Il se pencha au-dessus de la table, et baissa légèrement la voix, comme s'il s'apprêtait à lui confier un très grand secret.
« Ce baiser que tu m'as donné aujourd'hui », commença-t-il, le regard rivé sur la pomme plutôt que sur Light. « C'était mon premier. »
« Vraiment ? » Light fut tout d'abord surpris; mais après quelques instants, le choc s'estompa. Non, ce n'était pas si incroyable, en fait. L était si... froid, asocial, introverti, excentrique, désintéressé...
Oui, c'était ça. Aussi bizarre que L puisse être, Ligtht ne pensait pas que c'était parce que personne n'avait jamais été attiré par lui d'une quelconque façon; c'était parce qu'il était énormément désintéressé. Il n'avait pas répondu au baiser de Light aujourd'hui, et Light ne s'y était de toute façon pas attendu. Il l'avait embrassé dans un élan de méchanceté, pas parce qu'il le voulait vraiment ni ne voulait qu'il ne lui retourne le baiser... En réalité, Light avait su qu'il pouvait sans problème le faire parce que L ne lui aurait jamais répondu.
Et si tu connaissais assez bien L pour vouloir avoir une relation intime avec lui, alors tu le connaissais aussi pour savoir que jamais il ne répondrait à tes avances.
« Cependant, continua L d'un ton léger, fixant intensément la pomme, je sais que cela ne signifiait rien pour toi. C'était juste une forme de vengeance. »
« Je... Je suis désolé. » Light ne sut pas quoi rajouter d'autre à ça, parce qu'il ne pouvait pas le nier.
« Oh, ne le sois pas. » Nouvelle bouchée; il ne restait à présent que peu de pomme sur le trognon. « C'était une contre-attaque très intéressante. Je ne sais pas encore vraiment ce que je dois en déduire. Je pense que ça augmente ma suspicion, mais... »
L redevint songeur.
« Non, je veux dire... Je suis désolé que ton premier baiser soit aussi... insignifiant...»
L lâcha soudain un petit rire; mais il était froid, totalement dépourvu d'humour.
« Light-kun, premier baiser...? Cette simple notion est insignifiante pour moi. Savoir ce qu'un baiser signifie, être capable de le catégoriser, en se basant sur les sentiments ressentis envers la personne avec laquelle on l'a partagé, tout ça semble ridicule, tu ne crois pas ? »
Light haussa les épaules.
« C'est ce que les gens pensent, Ryûzaki. »
« Hmm, je sais. Une intéressante observation du comportement humain. »
« De quoi ? Embrasser quelqu'un ? »
« Le désir sexuel. » L finit enfin par regarder Light, droit dans les yeux. « Les traditions que les gens y attachent, le comportement de personnes entretenant une relation, s'ils en discutent, comment ils le vivent... Certains pensent que le sexe est un cadeau, d'autres qu'il s'agit d'un péché; chaque religion a ses propres règles à ce sujet; il existe même des codes moraux à ce sujet... C'est l'un des besoins les plus primaires de l'Homme, Light-kun. Il a un grand pouvoir sur la psychologie et la sociologie chez l'être humain. »
Light acquiesça silencieusement; essayant d'ignorer à quel point il était étrange qu'un être aussi distant que L parle de sexe comme ça.
« Ça rend les gens incontrôlables », continua L avec insouciance. « Même quand tu regardes le nombre de criminels que Kira a jugé; beaucoup sont des violeurs, des pédophiles, avaient un lien avec la pornographie illégale... Si tu parles du sujet devant une Cour, il ne serait pas insensé pour la Défense de plaider la clémence en justifiant l'acte par un besoin aussi élémentaire que la faim, qui elle, pourrait t'obliger à voler de la nourriture; ou peut-être même demander clémence pour folie mentale. Désirer ça fait partie de l'être humain, et de cela découle l'expansion des espèces; par ailleurs, il s'agit d'une partie très important de la vie de l'Homme. Il est compréhensible que celui-ci y rattache quelque importance, en mettant en place un âge légal, ou en proposant des lois liées au mariage ou à une religion, ou à quoi qu'il puisse y avoir d'autre, mais... toutes ces choses finissent par revenir à un point, qui lui, permet de contrôler les gens. »
« Je... Je ne pense pas comprendre exactement où tu veux en venir, Ryûzaki. »
« Très bien. » L évita son regard pendant un moment, penseur. « Considère un homme, qui trompe sa femme; lui, en tant qu'adulte et homme, et plus grand et fort qu'elle, et ne verra aucun problème à la dominer, ce qui pourrait être un des désirs de cette femme. Cependant... s'il se trouve une autre femme, il garda secrètement l'information sans en parler à sa femme, en prenant bien soin à ce qu'elle ne découvre pas son infidélité. Pourquoi fait-il cela, alors qu'il pourrait très bien la menacer pour ne pas qu'elle proteste ? C'est parce qu'il s'agit d'une loi maritale; une fois marié, tu dois fidélité à ton mari ou à ta femme. C'est la loi qui l'oblige à faire ça, mais ses désirs sexuels l'obligent à chercher ailleurs. Il finira par conclure qu'il préfére davantage être libre avec une autre femme et de se cacher dans le dos de sa femme. Mais la société ne lui autorise pas ça; et donc, de par ses incontrôlables désirs, l'homme sera forcé à mener une double-vie basée sur le secret et la malhonnêteté, qui causera du mal à sa femme, mais aussi, dans une certaine mesure, à l'autre femme et à lui-même. »
« Ryûzaki... » Light secouait la tête, perplexe. « Tout ça est bien juste, mais... qu'essaies-tu de dire ? »
« Les relations sexuelles asservissent l'Homme », répondit simplement L, fixant Light d'un regard dur, froid, et sans pitié. « Et je n'ai aucun désir d'être asservi, Light-kun. »
Light cilla, surpris par la façon dont L voyait les choses. Un asservissement ? Oui, c'était un besoin, mais... qualifier ça d'asservissement était plutôt extrême, non... ?
Mais... Vif d'esprit même à cette heure si matinale, Light réalisa que L venait juste de sous-entendre autre chose;
« Tu es vierge. »
L le regarda, ennuyé.
« Évidemment. »
Light poussa un soupir intérieur – voilà qui s'ajoutait à la liste des étrangetés qui consituaient L. Il ne pouvait pas s'imaginer qu'un autre homme de vingt ans quelque chose, que ce soit n'importe où dans le monde, puisse admettre être vierge; sans parler de l'annoncer comme si son interlocuteur aurait dû le réaliser instantanément, avec un ton qui déclarait qu'il était totalement hors de question pour lui qu'il ne soit pas vierge.
Et certainement pensait-il, si on suivait sa façon de penser, que tout le monde devrait être vierge aussi.
« Tu as l'air surpris », remarqua L d'une voix faible.
« Je sais. » Light le regarda. « Je suppose que je ne devrais pas l'être, pourtant. S'il s'agit de ton premier baiser aujourd'hui, je crois qu'il est logique que tu sois vierge... »
L lui offrit un lent hochement de tête.
« Ce n'est pas comme si quelque chose m'intéressait. »
« Mais... » Light était confus à présent. « Tu as dit... tu es celui qui n'arrête pas de dire que tu m'aimes... »
L le regarda droit dans les yeux.
« Ce qui ne signifie pas que je souhaite avoir une relation sexuelle avec toi, Light-kun. »
Non, je ne pense pas que je crois ça non plus.
Bien que Light ne savait plus vraiment quoi penser. Si L tentait simplement de l'embrouiller, alors il y réussissait très bien, même si Light ne voyait pas en quoi cela pouvait le rapprocher de Kira. C'était un jeu, encore un des jeux tordus de L, c'était toujours ça... Tout était un cercle sans fin – les rêves érotiques, les déclarations d'amour, puis, dénier que l'amour équivalait à un appétit sexuel...
Non.
Light le vit. Oui, c'était ça... Il faillit sourire. Light avait éveillé en L des sentiments que le détective avait refoulé durant toute sa vie, à cause de son désir de demeurer "libre" des besoins humains, et, ne sachant pas comment se comporter, L avait décider de tout nier. Il ne l'admettrait jamais, Light le savait. Oui, L, aussi dur et froid qu'il était, le voulait de tout son coeur, mais ne le dirait jamais; sa fierté et son arrogante philosophie ne le lui permettraient pas.
Il pouvait confesser son amour, mais son désir ? Non, le désir était trop primaire, trop charnel, bien trop dépourvu d'intelligence pour L. Un grand nombre de ceux qu'avait jugé Kira avait éprouvé un trop grand désir sexuel - c'était après tout pour cela qu'ils avaient été punis.
« Tu dois être d'accord, Light-kun » , lança gentiment L. « Les hommes deviennent vite fous quand ça concerne ce genre de choses; ils pinaillent à propos de rendez-vous et de baisers et de ce que perdre sa virginité signifie. Les animaux sont de bien loin moins compliqués à ce sujet. »
« Eh bien... Tu as peut-être raison, ces notions sont ancrées chez l'homme », acquiesça Light avec gêne. « Mais c'est vraiment important pour certaines personnes, Ryûzaki. »
« Je sais. C'est mon problème. »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Eh bien, comme tu l'as dit, il est très important pour certaines personnes de donner une signification à la perte de leur virginité; la façon dont ils étaient habillés, le lieu où ils se trouvaient, la personne avec qui ils étaient. Et bien sûr, cela a un lien avec l'attachement ressenti envers cette personne. C'est quelque chose que j'ai observé, Light-kun : les hommes se sentent souvent redevables envers cette personne, un peu comme s'ils leur devaient quelque chose pour avoir été leur premier. Ça marche aussi dans l'autre sens, mais...»
« Qu'est-ce que tu essaies de dire ? »
« La virginité est la liberté. » L sirota son café. « Tu n'es attaché à personne, tu ne dois rien à personne... Je ne pourrais pas être redevable à à quelqu'un pour ça, Light-kun. Devoir quelque chose aux gens est dangereux - ils peuvent te blesser. »
« Rûzaki, ce que tu dis est...» Light secoua la tête, incrédule. « ... Totalement insensé. »
L hocha les épaules.
« J'ai toujours vu ça de cette façon. Ce que tu pourras dire ne changera pas mon point de vue. »
« Mais... que cette personne te... elle te ferait du mal ? »
« Elle en aurait le pouvoir, sans nul doute. » L fit cliqueter les maillons de la chaîne entre eux. « Tes ennemis sont souvent ceux qui sont le plus proche de ton coeur. »
« Ryûzaki, c'est complètement stupide. »
L le regarda avec froideur.
« Eh bien, je n'ai pas demandé à ce que tu adhères à ma philosophie. »
Light laissa échapper un profond soupir.
« Non, je suppose que non... » Mais l'adolescent commençait à s'énerver; oui, c'était L, qui clamait si haut et fort que ce qui concernait le sexe - le passe-temps du petit peuple - était bien en-dessous de lui, et à quel point la virginité représentait la liberté de ce poison qu'était l'humanité, sans oublier qu'il était libre et avait prévu de le rester, et pourtant...
Il avait pris la liberté de Light - sa liberté physique, qui avait certainement bien plus de valeur que ce que disait L au sujet d'une quelconque satisfaction sexuelle, sans hésitation.
Double standards, en réalité; ça ressemblait bien à L. Il était très hypocrite et exaspérant la plupart du temps - Light se demandait souvent s'il serait surpris si, après tout ça, L s'avérait être Kira.
Agissant en tant que Kira et L; cela lui permettrait sans nul doute d'obtenir tout le pouvoir qu'il souhaitait, c'était sûr...
Mais pour en revenir à ce qui importait, Light ne pouvait pas imaginer L exprimer son plaisir autrement qu'avec ce petit sourire satisfait qui barrait son visage lorsqu'il mangeait un gâteau, ou encore ce sourire narquois et indulgent qu'il portait lorsqu'il ne cessait de l'accuser d'être Kira.
Un abandon sauvage?
Il regarda L fixer sans bouger son reflet dans la tasse de café, les yeux ronds comme des billes et vitreux, indiquant que ses pensées l'avaient emmené ailleurs.
Sans espoir, semblait-il. Peu réactif, trop désintéressé, trop sur la défensive. Non, il n'y avait pas moyen.
Il ne se donnerait jamais à personne.
Il resterait dans son cercueil de verre, observant de derrière sa prison transparente ce qui l'entourait; mais croyant que son confinement était sa liberté, puisque tout ce qui était à l'extérieur ne pouvait ni le toucher ni l'atteindre.
Et il semblait que, contrairement aux autres vraies princesses, envoûtées par quelques sortilèges malfaisants, même un baiser - un premier vrai baiser d'amour - ne l'avait pas désensorcelé; ne l'avait pas réveillé de son sommeil empoisonné.
La différence était que L ne voulait pas être réveillé.
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Peut-être était-ce la faute de Matsuda. Oui, c'était facile de tout mettre sur le dos de Matsuda, parce que ce type semblait être fait pour ça, mais, après tout, c'était Matsuda qui avait proposé qu'ils sortent tous et aillent manger une pizza dans le quartier.
Une pizza. Une Chicago-style. Matsuda en avait parlé comme s'il s'agissait du nec plus ultra; la plus merveilleuse des choses qui existait. Pourquoi prendre de l'okonomiyaki ou du doriyaki quand tu pouvais avoir cinq centimètres de pain huileux, recouvert d'une bonne quantité de fromage et de purée de tomate sans parler de toutes les autres calories qui parsemaient le tout ? De quoi provoquer une crise cardiaque, ce qui était ironique, quand on pensait à Kira et à sa façon de tuer...
Matsuda l'avait proposé à tout le monde, cela semblait une bonne chose à faire pour leur dîner. Vingt minutes, apparemment, c'était tout ce que cela leur prendrait. Il l'avait calculé au préalable, bien sûr, une fois, alors qu'il rentrait chez lui. Cinq minutes pour aller là-bas, quinze minutes pour commander et repartir avec la pizza. Sans oublier les cinq minutes nécessaires pour rentrer au QG.
Aizawa l'avait corrigé et dit que cela faisait un total de vingt-cinq minutes, avant de demander à Matsuda s'ils n'avaient pas un numéro de téléphone. Mais ils ne livraient pas à domicile, selon lui. Aizawa répliqua qu'il y avait un très bon restaurant de nouilles, de l'autre côté de la rue, mais Matsuda gémit et lança qu'ils mangeaient toujours les nouilles de ce restaurant, et que cette pizza était vraiment, vraiment bonne. Alors qu'il semblait que Matsuda allait perdre la manche - puisque personne d'autre n'avait daigné interrompre son travail, le laissant argumenter seul - Mogi annonça qu'il voudrait bien manger lui aussi une pizza. A cette déclaration, Matsuda sauta sur l'occasion et s'allia avec lui contre Aizawa. Vaincu, Aizawa demanda au Chef Yagami son opinion; occupé, celui-ci ne fit que secouer la main avec irritation, avant de lui dire de laisser Matsuda et Mogi avoir ce qu'ils désiraient.
Matsuda tapa dans la paume d'un Mogi habituellement impassible; Aizawa soupira; Yagami froissa quelques feuilles; et Light leva les yeux de ses recherches juste à temps pour voir L mettre en pièces un morceau de sucre entre ses doigts pâles. Une grande partie se retrouva sur le bureau, mais il lécha ce qu'il restait sur ses doigts, son expression horriblement indéchiffrable. Il ne semblait pas se rendre compte que Light l'observait, aussi celui-ci se remit au travail.
Ils furent surpris, cependant, lorsqu'à midi quinze, Yagami rassembla ses feuilles et se leva pour enfiler sa veste, rejoignant Matsuda, Aizawa et Mogi à la porte.
« Vous venez aussi, Chef ? » demanda Matsuda, surpris.
Le Chef Yagami haussa les épaules.
« J'avais pensé qu'on irait tous ensemble. » Il se retourna et fixa son regard à l'autre bout de la salle. Light pianotait toujours sur son clavier et L...
Mangeait toujours ses morceaux de sucre le regard perdu dans le vide.
« Hey, vous deux ! » appela-t-il. « Allons-y ! »
Light regarda par-dessus son épaule pour voir son père lui faire signe. Il acquiesça et sauvegarda son avancée. Il se releva, et, ayant totalement oublié la chaîne, commença à s'éloigner.
L n'avait pas entendu Yagami, ou l'avait ignoré, et était resté assis, insouciant; bien que cela n'eut guère d'importance quand il perdit soudainement son équilibre, la seule chose lui évitant la chute étant l'accoudoir de sa chaise. Light, quant à lui, siffla et se massa le poignet, essayant de soulager la douleur qui avait résulté de son oubli.
« Ryûzaki ! » cingla Light, tirant sur la chaîne. « Allons-y ! »
L secoua la tête, se redressant sur sa chaise.
« Non, Light-kun. Je n'y vais pas. »
Light cilla.
« Qu'est-ce que tu veux dire par 'je n'y vais pas' ? »
« Je veux dire que je reste ici, Light-kun. »
Exaspéré, Light secoua son poignet enchaîné.
« Et qu'en est-il de moi ? »
L le regarda sans ciller.
« Je suis désolé, je suppose que tu dois rester ici aussi. »
« Mais j'ai faim ! » protesta Light. « Arrête d'être si égoïste ! »
« Je suis occupé. » L détourna le regard.
« Tu n'as pas l'air occupé », enragea Light, pointant du doigt l'ordinateur de L, et soulignant le fait qu'il était en veille.
« Eh bien si, je le suis. Attraper Kira est plus important qu'une pizza, Light-kun. »
« Mais pas plus important que du sucre en morceaux, visiblement », jeta Light froidement; L ne prit même pas la peine de lui répondre, et tira sur la chaîne, semblant vouloir le ramener à sa chaise. « Allez, viens ! Tu as entendu Matsuda; ça ne prendra que vingt minutes ! »
« Vingt-cinq », rappela Aizawa depuis la porte.
« J'ai dit que je n'irais pas, Light-kun. » L fixa l'adolescent le regard dur, aussi dur que si l'enfer avait gelé dans ses yeux.
« Alors laisse-moi y aller ! » Light releva son poignet enchaîné, faisant balancer la chaîne entre eux. « Écoute... retire la menotte, juste le temps... »
Il finit par se taire par désespoir sous le regard de L, qui s'était soudainement embrasé. L'enfer lui-même se dégelait, apparemment, et était revenu à son habituel éclat brûlant.
« Ryûzaki, que penses-tu de ça », intervint Yagami en s'avançant vers eux, avant de retrousser une de ses manches. « Light sera enchaîné à mon poignet quand nous sortirons. »
Matsuda cilla.
« Chef, votre propre fils ? Ce n'est pas un peu - aïe ! »
Aizawa venait de lui enfoncer le coude dans l'estomac, et, le souffle coupé, Matsuda se tut.
« C'est une offre très généreuse de votre part, Yagami-san », répondit L, d'une voix ennuyée. « Mais je ne peux pas autoriser ceci. »
« Pourquoi pas ? » siffla Light. « C'est parce que c'est mon père ? Je sais que c'est un peu étrange, mais ce n'est pas non plus normal d'être enchaîné à toi ! »
« Je le sais. Mais ce n'est pas mon problème. C'est juste que... » Le regard de L se porta de Light à son père, avant de revenir sur le premier. « ... Tu as raison. Il est ton père, et je pense que même lui doit admettre... qu'il ne te suspecte pas. »
« Et alors, que cherches-tu à dire ? » explosa Light. « Je peux seulement être enchaîné à quelqu'un qui pense que je suis un meurtrier de masse ? »
« Eh bien, ce n'est pas de cette façon que je l'aurais dit, mais... »
« Non, je suppose que Ryûzaki a raison. » Yagami soupira, remettant sa manche à l'endroit. « Si je ne te suspecte pas, Light, je ne surveillerais pas les actes qui pourraient suggérer que tu es Kira. »
« Oh ! » Matsuda leva subitement la main, avant de la secouer dans tous les sens. « Je suis d'accord pour dire que certains des arguments accusant Light qu'a émis Ryûzaki ont du sens. Et si Light était enchaîné à moi ? Je le surveillerai avec un regard de faucon, Ryûzaki, je te le promets. »
« Que penses-tu de ça ? » approuva Light, pas vraiment enthousiaste à l'idée d'être enchaîné à cet excité de Matsuda, mais désireux de pouvoir sortir.
« Définitivement non », répondit froidement L. Il laissa son regard glisser sur son écran de veille. « Light-kun reste avec moi ici. Fin de la discussion. »
Light lâcha un soupir frustré, et s'affala dans sa chaise; son père secoua la tête, tandis que Matsuda et Aizawa échangeaient des regards perplexes.
« Très bien, de toute façon, c'était prévu qu'on en ramène », finit par dire Matsuda. « On devra juste choisir pour vous. C'est bon pour toi, Light ? »
Light, abattu, fit un vague mouvement de la main.
« D'accord, on sera là dans vingt minutes ! » lança Matsuda en quittant la pièce avec les trois autres hommes.
« Vingt-cinq, Matsuda », le corrigea Aizawa avec un ton désespéré alors que la porte se refermait.
Un lourd silence régna alors entre Light et L, durant lequel L attrapa de sa façon délicate un stylo, et se saisit d'un bout de papier, pour commencer à dessiner une série de boîtes dessus.
« Alors », finit par dire Light, semblant plus s'adresser à la pièce qu'à L lui-même. « J'espère que tu es content. »
« Pourquoi devrais-je être content de ne pas t'avoir autorisé à sortir ? »
« Quoi, alors pourquoi l'as-tu fait ? » demanda Light, incrédule, se redressant immédiatement.
« Parce que je ne voulais pas y aller. » L commença à dessiner des flèches entre les boîtes, les reliant toutes grâce à différentes combinaisons. « Je suis occupé, comme je l'ai dit. » Il marqua une pause, faisant semblant d'être pensif. « Et tu sais que je déteste porter des chaussures. »
« Ugh. » Light laissa échapper un grognement dégoûté. « Tu es si égoïste... »
« Peut-être, mais... » L mâchouilla le bout de son stylo. « Le plus vite j'attrape Kira, le plus tôt ces menottes seront retirées. Ça ne peut qu'être bénéfique pour nous deux. Et, si tu n'es pas Kira, Light-kun, alors tu seras libre de sortir et d'aller t'acheter autant de pizzas que tu le désireras. »
« Ça ne change pas le fait », commença Light. « Que tu ne voulais pas me laisser sortir aujourd'hui parce que tu ne voulais pas mettre de chaussures. »
« Je travaille aussi. »
« Dessiner une série de boîtes n'est pas ce que j'appellerais "travailler" », se plaignit Light; il avait faim, avait comme l'impression que son estomac était entièrement vide, et le fait que L lui avait refusé de sortir avec le reste de l'équipe d'enquête pour aller acheter à manger n'avait fait que l'affamer davantage. Et parce qu'il avait faim, son humeur n'était pas au beau fixe; et puisque c'était la faute de L, il était très facile d'être énervé contre le détective.
« J'illustre une de mes théories », répondit L d'un ton absent, se penchant sur sa feuille pour commencer à gribouiller dans les boîtes. « Light-kun, cesse de te plaindre je te prie. J'essaie de me concentrer. »
Irrité, Light se balança sur sa chaise, ne ressentant aucune motivation pour travailler. Il laissa ses doigts pianoter sur l'accoudoir de sa chaise, et après quelques secondes, remarqua que les maillons de la chaîne tintaient légèrement entre eux. Il suivit du regard la longueur de la chaîne jusqu'à parvenir à L, qui faisait inconsciemment tourner quelques maillons autour des doigts de sa main qui n'écrivait pas.
Comme pour se rassurer lui-même qu'il était encore là.
Light cilla; était-ce possible...? La réplique de L quant à la possibilité que Light puisse être enchaîné à Matsuda avait été un "Non" immédiat, semblant presque prémédité. Et malgré le fait que Matsuda aurait certainement été trop occupé à parler d'à quel point sa pizza allait être merveilleuse pour surveiller Light de son regard de faucon - ce que L avait sans nul doute prévu sachant qu'il s'agissait de Matsuda, après tout -, au vu du poste qu'occupait Matsuda au sein de la police japonaise, il n'y avait en réalité aucune raison de lui refuser la garde à vue d'un suspect. Il était évidemment capable de le faire, cela se prouvait par le grade qu'il avait acquis en travaillant - enfin, cela se prouvait seulement quand son esprit n'était pas obnubilé par de la pizza.
Alors... se pouvait-il que le refus de L ne se borne pas aux capacités limitées de Matsuda ? Se pouvait-il que L ne veuille simplement pas le voir enchaîné à quelqu'un d'autre ? Se pouvait-il que ce soit simplement parce que L était...
... jaloux ?
Irrité, Light rejeta une mèche acajou en arrière. L ne pouvait pas sérieusement penser qu'il voulait être enchaîné à Matsuda...?! Enfin, Matsuda était mieux que son propre père, mais...
Pas... Pas qu'il désirait non plus être enchaîné à L, pour l'amour de Dieu... Il ne voulait être enchaîné à personne. Light lança un regard répugné au bracelet métallique qui enserrait son poignet, le maintenant fermement prisonnier. Un symbole de la liberté que lui avait retiré L.
Et pourtant, malgré le fait que L soit celui qui lui avait retiré sa liberté, il préférait de loin être enchaîné à lui qu'à Matsuda. Matsuda était vraiment gentil, et aimait bien Light, mais...
Non, il préférait de loin rester coincé avec l'excentrique, suspicieux, cruel et insomniaque détective. Matsuda insisterait probablement pour qu'ils portent des pyjamas assortis et qu'ils se racontent des histoires d'horreur la nuit; au moins, L s'asseyait à côté avec son ordinateur, et le laissait relativement tranquille.
« Ryûzaki ? »
« Oui, Light-kun ? »
« Si Aizawa s'était proposé pour que je sois enchaîné à lui, ou même Mogi...? » Light se pencha plus près de L. « Est-ce que tu m'aurais laissé y aller alors ? »
« Non. » Une nouvelle fois, la réponse fut immédiate, et le ton particulièrement sec.
Light se pencha en arrière, sentant la satisfaction monter. Ça se confirmait, donc. Aizawa et Mogi l'auraient regardé avec plus d'attention que Matsuda, et n'auraient pas été influencés comme le père de Light; c'était juste que L ne voulait pas le voir enchaîné à quelqu'un d'autre.
C'était un enfoiré possessif, semblait-il.
« Pourquoi ? » demanda joyeusement Light, levant le regard au plafond. Bien qu'il sache, bien sûr.
« Parce qu'ils n'ont pas le même niveau de suspicion que moi. » L attrapa un autre morceau de sucre, reposant son stylo. « Cela réduirait à néant le but de ton emprisonnement. »
Light cilla à l'entente du vocabulaire choisi par L : "emprisonnement" ? L'avait-il lui même qualifié de la sorte ?
« C'est comme ça que tu l'appelles ? » lui demanda Light doucement, faisant tinter la chaîne. « Un emprisonnement ? Suis-je ton prisonnier, Ryûzaki ? »
Où en est-on maintenant, à la Belle et la putain de Bête ?!
« Eh bien... » L leva les yeux, semblant comme demander l'avis du plafond. « Peut-être que le choix de mon lexique était un peu dur, mais... Je suppose que, quand tu n'as d'autres choix que de faire ce que je t'autorise à faire, tu es, en effet, mon prisonnier Light-kun. »
Oui. Et L était la saloperie de bête ici, il n'en avait aucun doute. Oubliés les grands yeux noirs, la peau de porcelaine pâle et (quand ça lui plaisait), son innocente expression; en dessous de tout cela, cette créature était laide, si focalisée sur sa propre et bienheureuse liberté que prendre celle d'un autre n'avait aucune importance.
« Et c'est tout ce que tu veux ? » ragea Light. « Tu penses que je suis Kira, donc tu essaies de me dire que tu veux que Kira soit enchaîné à toi ?! »
« Oh, non. Ceci, Light-kun, permettra plutôt de mettre un terme aux suspicions que je nourris à ton égard. Il est cependant malheureux que rien n'ait évolué jusque là qui pourrait me permettre de te relâcher. »
« Ha-han », répondit Light froidement. « J'ai plutôt l'impression que ça te convient bien, Ryûzaki. »
« Je ne suis pas sûr de suivre. »
« Eh bien, peut-être qu'Erald Coyle, ou Deneuve, ou Ryûga, ou n'importe quel autre de tes alter egos si intelligents peut suivre, alors ! » s'énerva Light, en se levant. « Ça devrait être évident maintenant que je ne suis pas Kira ! C'est juste que tu ne veux pas y croire, parce que tu n'aurais plus personne à suspecter et que ça te ferait revenir au point mort, sans parler du fait que tu passerais pour un idiot aux yeux de tout le monde si on arrive à prouver que tu as tort. »
« Eh bien, ce que tu dis est vrai, mais ça ne veut pas dire que je ne te suspecte plus, Light-kun. »
« Et moi je pense que ça n'a rien avoir avec tout ça ! » cingla Light, faisant claquer ses mains sur les accoudoirs de la chaise de L et se penchant vers lui. « Je m'excuse d'avance si je manque de politesse envers le tout-puissant L, mais je pense qu'une partie de toi se réjouit de toute cette histoire de chaîne. Je pense, Ryûzaki, que tu aimes le fait que je sois ton prisonnier; je pense que tu aimes avoir autant de contrôle sur moi, pouvoir être celui qui décide ce que je peux faire et où je peux aller et quand j'y suis autorisé. Je pense, Ryûzaki, que tu as fini par accepter que je suis innocent, mais que tu ne veux simplement pas me laisser partir. Tu aimes m'avoir comme prisonnier, pas vrai ? Pas vrai, L ? »
« Light-kun, c'est faux. » L s'était tassé autant qu'il le pouvait contre le dossier de sa chaise, s'éloignant de Light qui venait grandement d'envahir son espace vital. « Cette situation est vraiment étrange et inconfortable pour nous deux. Si j'étais à cent pour cent certain que tu n'es pas Kira, bien sûr que je te relâcherai. »
« Je ne te crois pas. »
« Alors, ne me crois pas. Mais c'est la vérité. »
« Pourquoi devrais-je croire ce qui sort de ta bouche ? », demanda Light exaspéré. « Ta simple existence est construite autour d'alter égos - Ryûga, Ryûzaki, L... Pour l'amour de Dieu, je ne sais même pas quel est ton vrai putain de nom ! »
« Et pourquoi voudrais-tu connaître mon vrai nom ? » demanda L doucement, en se penchant en avant.
Light empoigna le col du t-shirt de L, et le froissa dans son poing.
« Je sais ce que tu veux que je dise », siffla-t-il. « Tu veux que je dise que c'est parce que je suis Kira, et que grâce à ton nom je pourrais te tuer. Mais ce n'est pas ça, Ryûga. » Il s'était délibérément servi du faux nom, porté en réalité par cette insupportable star, et l'avait prononcé avec aigreur. « Tu es toi-même un mensonge. Je ne peux pas te croire, je ne peux pas croire tout ce qui peut sortir de ta bouche... Peut-être que tu es Kira. Je ne le sais pas. Personne ne le sait. »
L haussa les sourcils suite à l'horrible accusation.
« Je suis Kira ? Tu penses que je t'utilise donc comme bouc émissaire, Light-kun ? »
« Alors, qu'est-ce que je suis pour toi ? » cingla Light. « Ton petit jouet ? Si tu ne peux pas avoir Kira, suis-je la meilleure chose à avoir après lui ? Suis-je ce que tu penses que Kira est ? Ou suis-je... ce que tu veux que Kira soit ? »
L renifla.
« Tu suggères que je pourrais aimer Kira, et par conséquent, que je manifeste mon désir à travers toi ? »
« Je ne sais pas ce que je pense ! » éclata Light. « Tout ce que je sais, Ryûzaki... tout ce que je sais est que cette chaîne était ton idée, et je ne sais pas si... si jamais un jour tu me relâcheras. »
« Prouve que tu es innocent, et je le ferai, tu as ma parole. » L posa l'un de ses pieds nus contre l'abdomen de Light, tentant de l'éloigner. « Maintenant, pousse-toi, Light-kun. Tu me mets mal à l'aise, et j'essaie de travailler. »
« Alors, ce que tu essaies de dire, c'est que... pour l'instant, ma liberté t'appartient ? »
« Jusqu'à ce que je sois sûr que tu n'es pas Kira, oui. » L lui donna un coup de pied. « Enlève-toi. »
« Comment est-ce que je peux m'enlever ? » grogna Light. « Je suis enchaîné à toi ! »
« Retourne sur ta chaise », ordonna L, irrité; commençant à s'acharner sur la main avec laquelle Light avait empoigné son haut. « J'ai du travail à faire. »
Light le haïssait actuellement. Mais c'était quelque chose de plus que de la simple haine; c'était un désir noir de le faire chuter, de le jeter au sol, de lui faire manger la poussière. Dieu, il était si arrogant...
Et à travers sa rage bouillonnante – et peut-être son désir, aussi – Light ne voyait qu'une seule façon de le surpasser, de le contrôler, de l'emprisonner.
De lui retirer sa liberté; juste comme il avait pris la sienne.
« Light-kun ! » cingla L, le repoussant à présent.
« Non, Ryûzaki. » Un calme soudain s'étant saisi de lui, Light relâcha le haut de L, et à la place, avec rapidité et précision, agrippa ses épaules, les enserrant avec force. « Je ne supporte plus d'encaisser tes sautes d'humeur. »
Il tira L vers lui, et avant de pouvoir résister, força ses lèvres contre les siennes; le baiser était chaud, sauvage et haineux, et Light glissa ses mains sous les coudes de L, le coinçant entre ses bras pour qu'il ne puisse plus le repousser.
Le détective ne réagit tout d'abord pas, devenu totalement rigide d'une façon qui ne pouvait arriver que lorsqu'on était en état d'extrême choc. Puis, il sembla se reprendre, incapable de se déchaîner contre Light, enserré comme il l'était; mais au lieu de cela, il commença à se tortiller dans son étreinte, et, étant si petit et mince, s'était presque échappé au moment où Light brisa le baiser, hors d'haleine.
« Light-kun... ! » haleta L, glapissant autant à cause du baiser que par fureur. « Fais encore... ça, et je vais – »
Light l'interrompit en l'embrassant de nouveau; ses mains glissant une nouvelle fois, s'emparant de ses épaules, et le repoussant contre sa chaise, le forçant à glisser jusqu'à ce qu'il soit presque par terre. Les bras libérés de L se mirent immédiatement en action, tentant de repousser Light – mais celui-ci se pressait lui-même contre la chaise, plaçant un genou entre les jambes de L, utilisant son poids pour stopper sa lutte.
Ce qui, au final, s'avéra être une horrible idée lorsque la chaise bascula vers l'arrière, percutant le sol avec un bruit retentissant, qu'ils ressentirent tous les deux; Light étalé au-dessus de L, la tête de ce dernier frappant contre le sol, sans que jamais leurs lèvres ne soient séparées.
L'arrière de son crâne l'élançant, L tenta de s'extraire de la poigne de l'adolescent, alors que Light s'agrippait à lui comme si sa vie en dépendait, enserrant trop fortement les épaules du détective. Ce fut seulement quand L parvint d'une quelconque façon à glisser sa jambe contre Light et à donner un puissant coup de genou dans son abdomen que le garçon le relâcha, roulant de côté avec un grognement étouffé. L s'assit, frottant d'une main l'arrière de sa tête endolorie, et ramena ses genoux contre lui pour tenter visiblement de se relever.
La main de Light fusa, agrippa son poignet et le ramena au sol; L se redressa, se tordit pour le regarder, le regard froid.
« Tentative de dominance sexuelle », siffla-t-il avec un ton dangereux. « Pourcentage de suspicion très haut, Light-kun. »
« Va te faire foutre, Ryûzaki. » Light agrippa l'arrière de la tête de L, lui arrachant un petit glapissement de douleur alors qu'il tirait sans ménagement la chevelure ébène, et l'attira à lui pour un troisième baiser; son bras libre s'enroulant autour de la taille de L, écrasant aussi fort qu'il le put le corps svelte du détective contre le sien.
La tête bloquée, L ne put rien faire d'autre que de supporter l'intrusion; et doucement, sous les caresses de la langue douce et douée de Light, se sentit répondre au baiser, se pressant en avant, s'emmitouflant dans la chaleur du baiser. Il ne remarqua pas que Light glissait la chaîne contre sa nuque; aussi, lorsque Light se recula enfin, il fut surpris par la fraicheur sur son cou, et frissonna.
« Tu es mon prisonnier maintenant », murmura Light, tirant soudainement sur la boucle de la chaîne qu'il tenait, rapprochant le visage de L du sien une nouvelle fois; ses yeux noirs étaient écarquillés, le regard indéchiffrable. Peut-être y avait-il de la surprise, peut-être de la peur, peut-être de la colère – Light ne pouvait le dire.
Un quatrième baiser en tête, Light rapprocha L, notant avec satisfaction qu'il semblait avoir arrêté de lutter; oui, que L se soumette à lui, c'était bon... Il nota sans plus les mains de L se poser sur ses épaules, ses paumes tâtant leur courbe –
Jusqu'à ce que le détective le repousse soudainement de toutes ses forces, le renversant sur le dos. La chute n'était pas suffisante pour entraîner le mètre quatre-vingt deux de chaîne, aussi L ne bascula pas avec lui; il se contenta de s'agenouiller, le souffle court, avant de fouiller l'une de ses poches.
La clé; il avait besoin de la clé, il ne voulait pas libérer Light, mais si cela pouvait permettre au garçon de bien se comporter, alors peut-être, jusqu'à ce qu'il soit calmé, devrait-il –
Light agrippa la chaîne au moment où L sortit la clé de sa poche, puis tir a dessus, attirant L sur lui; et avant que celui-ci ne puisse se reprendre, Light lui arracha la clé et l'envoya à l'autre bout de la pièce, où elle finit par rebondir sur le sol.
« Light-kun ! » Le ton qu'avait employé L était un mélange de fureur, de choc, et d'horreur. « Que penses-tu - ?! »
« Non ! » l'interrompit Light avec fureur, se penchant au-dessus du détective. « J'en ai assez ! J'en ai assez de tes tentatives de contrôle sur moi, assez que tu m'accuses, je... je n'en peux plus d'être ton prisonnier ! Tu es si arrogant; tu me rends dingue, Ryûzaki...! Mais je... je vais te montrer, je vais te...» Il agrippa une nouvelle fois le col de L, l'attirant sur lui, et leurs yeux se rencontrèrent; le regard de Light chargé de colère et de frustration et d'un étrange désir de luxure - celui de L, écarquillé, attentif, renvoyant à Light cette image de lui-même qu'il haïssait tant. « Tu vois, Ryûzaki ? Tu m'as pris ma liberté, alors je vais prendre la tienne. Ce n'est que justice... »
« Tu ne me prendras rien », siffla L, agrippant les cheveux auburn de Light. « Mais le fait que tu le souhaites, le fait que tu désires dominer L... me semble être quelque chose que voudrait Kira, Light-kun. »
« Non. » Light passa un genou entre les jambes de L, bien qu'il n'obtint aucune réaction excepté l'agrandissement prononcé des yeux noirs du détective. « C'est humain, Ryûzaki? Enfin, ce n'est pas comme si tu pouvais comprendre ça. »
L ne répondit pas, et se contenta d'attraper le poignet de Light pour lui tordre violemment, l'obligeant à relâcher son t-shirt. Light siffla et se recula alors que L s'éloignait lentement, la satisfaction à présent visible dans ses yeux.
« Le jeu est terminé, Light-kun », dit-il froidement. « Relève-toi s'il-te-plaît. Nous n'en reparlerons pas si tu m'obéis rapidement. »
Light leva les yeux sur lui, sa colère diminuant pour être remplacée par des vagues de dégoût. Pensait-il vraiment que Light-kun allait...? Non, il n'était pas Kira, il s'avait qu'il n'était pas tout ce dont L l'accusait; mais que L aille se faire foutre s'il pensait qu'il pouvait ignorer Light Yagami et s'en tirer sans problème. Il pouvait être les trois meilleurs détectives - lesquels avaient été capables de résoudre toutes les affaires qui leur avaient été données - Light s'en foutait. Ils avaient obtenu les mêmes résultats aux examens d'entrée, Light l'avait battu au tennis... Ils étaient égaux. L n'était pas meilleur que lui, rien ne pouvait lui permettre de déclarer ça, et Light ne supportait pas qu'il agisse comme si tel était le cas. Et si le seul moyen pour prouver à L que ce n'était pas le cas, si le seul moyen pour abaisser ses défenses - si le seul moyen de lui montrer tout ça était de le baiser et de lui faire aimer ça, de le forcer à lui être redevable, alors...
... Qu'il en soit ainsi.
De plus, la simple idée que L le supplie pour quelque chose - bien sûr qu'il le ferait supplier, il l'avait décidé - fit se répandre une douce chaleur dans son bas-ventre.
« Tu sais, Ryûzaki », dit-il doucement, jetant un coup d'oeil par terre, « Au début... j'étais juste intéressé. Je voulais savoir quelle allait être ta réaction. Si tu allais te soumettre ou riposter. Ce premier baiser n'était pas seulement sur un coup de tête – il est aussi dû à ma curiosité. Tu n'as pas réagi; mais maintenant... tu répliques. » Il porta son regard sur le détective, ses yeux dorés se faisant froids et perçants. « Je pense que... tu as peur. »
« Ce n'est pas à toi de décider », lâcha L d'une voix morne; il se baissa, offrant une main à Light pour l'aider à se relever. « Rien de tout cela ne te regarde, Light-kun. »
Light se demanda à quel point L était capable de se comporter comme un idiot alors qu'il tendait sa main pour attraper celle que le détective lui offrait – et , bien sûr, l'attira vers lui, jusqu'à ce qu'il se retrouve à genoux.
« Je suis désolé, Ryûzaki, mais... » Light lâcha un petit soupir, enserrant le poignet de L dans sa paume; et sa réponse suffit à répondre à une centaine d'autres questions. « … Tu as tort. »
Il poussa L à s'abaisser; le poussa aussi fort qu'il le put, et lorsque celui-ci fut sur le sol, il le maintint fermement sur le dos, avant de le fixer. Et en le fixant réellement, peut-être pour la première fois lui semblait-il, il fut capable de voir par-delà l'immonde réflexion que lui renvoyait les yeux-miroirs de L, et vit...
Qu'importait l'identité de celui qui se trouvait sous L et Hideki Ryûga et Ryûzaki et Erald Coyle et Deneuve; il y avait quelque chose d'humain sous ce cocon de glace. De la colère, certainement; de la peur, et...
La belle de la bête.
« Tout va bien », murmura Light doucement, enlevant une mèche ébène qui barrait les yeux de L. « Si tu ne te débats, je ne te blesserai pas. Je veux dire... je ne te blesserai pas autant, tu sais, si tu... »
L cilla silencieusement; son corps complètement immobile mais son esprit encore sur le qui-vive. S'il se débattait, il pouvait être capable de se débarrasser de Light; il l'avait déjà fait auparavant - il était plus fort que ce qu'il en avait l'air, même si Light ne s'y était pas attendu. Ceci dit, même s'il parvenait à se dégager de l'emprise de Light, il ne pourrait pas s'éloigner de lui, puisque le garçon avait jeté la clé à l'autre bout de la pièce; et rétrospectivement, il avait déjà repoussé Light auparavant, et pourtant ils en étaient là, L au-dessous de l'adolescent. Oui, L était fort, mais Light, avec une physionomie plus robuste, et malgré le fait qu'il soit plus jeune que lui, était plus lourd. Et, plus important, Light était follement déterminé, axé sur son objectif, et L pouvait bien le repousser autant de fois qu'il le voulait, il n'aurait certainement pas lâché.
L s'allongea, et reconsidéra ce que Light avait dit; il avait clamé l'avoir embrassé par curiosité, pour voir la façon dont il allait réagir. Était-ce un jeu pour l'enfant Yagami ? Un jeu d'action-vérité - qui irait le plus loin ? L avait avoué être attiré - Light l'avait embrassé. A présent, Light semblait davantage pousser le jeu, jusqu'au point de non-retour, et L refusait de jouer. Cela signifiait-il...
... qu'il avait perdu ?
Il ne le voulait pas; tout ça était complètement tordu et ne le rendait que davantage confus. Light avait parlé de liberté, parce que L lui en avait offert la possibilité un peu plus tôt, en admettant être vierge, en admettant que c'était ce qui le laissait libre, et à présent, Light ne désirait plus que de la lui retirer... Mais si c'était un jeu, et si c'était leurs règles...
Devait-il abandonner sa liberté s'il voulait gagner ?
Cette conclusion semblait ironique, puisque parfois, il semblait à L que c'était également le plan de Light Yagami; bien sûr, l'enfermer, puis le menotter au plus grand détective au monde, il aurait été prouvé innocent, et après ça...
Très bien. Il allait jouer. Il ne voulait pas jouer, mais il le ferait. Le gosse espérait le voir supplier et plaider, se débattre et le frapper, mais il ne lui en donnerait pas satisfaction.
... Est-ce que L devait permettre à Kira de lui faire ça ?
Ça n'avait pas d'importance; Light était au-dessus de lui à présent, et peut-être était-il Kira, peut-être ne l'était-il pas, mais ses baisers n'étaient que du poison de toute façon.
« Mmm, bien », souffla Light, la voix rauque, contre son oreille. « Je suis heureux que tu aies décidé de ne pas combattre, Ryûzaki. Ça aurait juste été pire pour nous deux... »
L détourna le regard, totalement désintéressé.
« Je te suggère de te dépêcher, Light-kun », lança-t-il sur un ton plat. « Que cela leur prenne vingt ou vingt-cinq minutes... »
Light lui sourit.
« Pragmatique comme d'habitude, Ryuzaki. Tu as raison, comme toujours. »
Il déboutonna et dézippa le jean baggy de L, et le descendit jusqu'à ses genoux; alors qu'il semblait avoir accepté que L se soumette à lui, Light, il suspectait que le détective cachait quelque chose, ne pouvant imaginer qu'il se contente de rester couché là, pour laisser Light faire ce qu'il voulait; mais il choisit de l'ignorer, parce que L n'allait pas gagner cette fois-ci.
L l'avait totalement sous-estimé cette fois.
Vraiment, L lui avait offert un petit bijou à utiliser contre lui, le matin même; avait-il seulement imaginé qu'admettre qu'il était vierge, et que discuter de la philosophie qu'il attachait à cela avec Light avait la possibilité d'être retourné contre lui ?
L pensait que le sexe ne faisait qu'asservir l'Homme; et pourtant, malgré toute son arrogance, L était humain, pas vrai ? Pensait-il vraiment qu'il allait simplement rester allongé ici en souriant pendant que Light essaierait puis échouerait à utiliser son propre corps pour le vaincre ? Enfin... Peut-être que l'ignorance, combinée à l'arrogance du détective, permettrait à la victoire de paraître bien plus douce.
Light était certain de ne pas être Kira, mais continuer de se laisser battre par L ?
Pas moyen.
Light tira le short de L, le faisant rejoindre son jean; il voulait juste en finir à présent - que Ryûzaki aille se faire foutre et qu'il voie qui était le boss - mais il avait besoin de se lubrifier sans quoi rien n'allait pouvoir se produire. Cela leur ferait mal plus que nécessaire, et L se comporterait en vrai pute pendant une bonne semaine s'il le blessait trop profondément. Par ailleurs, Light se souvenait de l'approche intellectualiste vis à vis de la masturbation que L avait prise au sujet de la masturbation, et ne voyait aucune raison à ce qu'il n'aime pas ça; ce n'était pas exclusivement parce qu'il voulait que ce bâtard atteigne l'orgasme, mais parce qu'il souhaitait voir son visage au moment de l'apogée.
« Là, ne te vautre pas comme ça », marmonna Light, passant son bras dans le dos de L et le redressant. « Ce sera plus confortable si tu t'assois... »
« Bien sûr, Light-kun. »
L le fixait de ses horribles yeux noirs, et Light détourna le regard, avant de faire glisser lentement ses doigts le long du torse, du ventre, du nombril de L, et continuant sa course plus bas. Il prit L en main sans détour, et serra son poing pour attirer la chaleur et le sang dans le membre du détective; il sourit au petit gémissement qu'il arracha à L, parce qu'il lui semblait que celui-ci avait essayé de le retenir mais n'y était pas parvenu. Il commença à le caresser gentiment, le sentant se durcir dans sa paume, et un sourire narquois déforma ses traits lorsque l'une des pâles mains de L vint enserrer son t-shirt.
Oh, c'était tellement simple... Les échanges philosophiques, le tennis, et quelques plaisanteries entre eux; L était capable de se retenir, mais pas dans cette conditions, comme Light l'avait suspecté.
Ce qui n'était visiblement pas le cas de L
Light pressa ses lèvres contre les cheveux de L et souffla doucement dans la chevelure d'ébène :
« C'est bon, pas vrai ? C'est ce que tu t'es refusé à toi-même, pour tes propres stupides raisons... »
« Elles ne sont pas... stupides ! » répliqua L après un gros effort, essayant de garder ses jambes immobiles. Puis : « C'est... comme ça que tu le fais... Light-kun ? »
« Ouais. » Light sourit sombrement. « Pervers. »
« C'est... inutile », siffla L, pressant son front contre l'épaule de Light, haletant; sa verge était maintenant érigée dans la poigne la confinant.
« Ferme la. » Les mouvements de Light étaient devenus durs, secs, et il aimait à quel point L se montrait à la fois fervent et écrasé par des sensations qu'il n'avait jamais ressenti jusque là. « Tu ne veux juste pas admettre que tu aimes ça. Même si je savais que ce serait le cas, Ryûzaki; et je pense que tu le savais aussi. Et c'est pour ça que tu avais peur de ça. »
« Light-kun, je veux... » L glapit, le souffle court, sa voix lui faisant défaut. « Je – Je veux... que tu t'arrêtes... »
« Non, je ne peux pas arrêter. Tu y es presque, maintenant. »
L releva la tête, ses yeux-miroirs brillaient, mais pas de la même façon terne qu'habituellement – il s'y reflétait une vraie émotion humaine, une chose que Light n'avait jamais vue dans ce regard, et... son visage était coloré – du rose s'étalait sur ses joues et à la pointe de son nez, et s'assombrissait progressivement. Il ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sorti; pas de glapissement, ni un cri, ni un gémissement, ou une demande, ou une accusation, ou...
« Tu vois ? » chuchota Light, effleurant sa joue gauche d'un doigt, et voyant la rougeur se répandre sur sa peau d'ordinaire blanche comme neige. « Tu es humain, Ryûzaki...»
Il l'embrassa, sentant son souffle tremblant contre ses lèvres; et passa une dernière fois ses doigts sur lui, avant de le sentir se raidir, puis se libérer dans sa main avec un petit glapissement surpris. Light mit fin au baiser, un filet de salive reliant leurs lèvres durant quelques secondes, rappelant la chaîne à leurs poignets, et finit par observer L poser sa tête contre le mur, le regard vague alors qu'il tentait de se remettre de l'apogée qui faisait encore trembler son corps; cette sensation si puissante à laquelle rien ne l'avait préparé.
Excité par le fait que L se dévoilait enfin tel que tout être humain, Light sourit. Il aimait voir son tourmenteur aussi affaibli, aussi soumis face à lui; c'était sa vengeance pour toutes ces nuits sans sommeil, toutes ces accusations et ces théories si invraisemblables sur le fait que Light était Kira, mais aussi pour sa liberté. Surtout pour sa liberté...
L n'avait pas tenu longtemps - pas que Light aurait pensé le contraire - surtout que, comme cela semblait être le cas, la main de L ne s'était jamais portée entre ses jambes; enfin c'était une bonne chose, puisque L avait raison - ils n'avaient que peu de temps et cette petite masturbation était faite pour se terminer rapidement.
De sa main sèche, Light se hâta de déboucler sa ceinture et de descendre son propre pantalon; cette "soumission" de L avait été suffisante pour l'exciter, puisque le mélange de plaisir, de confusion et de l'expression de défaite sur le visage pâle du détective était un doux nectar pour l'ego meurtri de Light. Il se lubrifia lui-même, tout en remarquant que L suivait le moindre de ses mouvements, haletant.
Ce n'était pas suffisant, cependant. Si L était vierge, alors...
Light le rapprocha de lui et le souleva, avant de presser le dos du détective contre le mur pour l'aider à le porter; l'adolescent nota distraitement la façon dont les orteils nus du détective se contractèrent, indiquant clairement que L n'était absolument pas confortablement installé, mais Light s'en fichait. La rougeur pomme colorait toujours le visage de L, le faisant paraître soudainement plus vivant, et cela lui parut alors avoir plus d'importance que leur petit jeu, plus d'importance que de ne pas perdre, plus d'importance que cette histoire de liberté et de soumission...
Oui, c'était un peu tout ça, mixé ensemble, qui avait créé le poison qui s'était répandu entre eux deux, mais... Light voulait le prendre maintenant, le garder pour lui. Peut-être pas parce qu'il l'aimait, mais certainement parce qu'il aimait le voir comme ça.
Émerger de son cercueil de verre.
Les doigts encore humides, Light pressa davantage L contre le mur, et enfonça prestement un doigt en lui.
L réagit de la façon dont il l'avait imaginé; avec un glapissement court, les yeux écarquillés, le corps se tordant, les dents serrées.
« Light... kun », haleta-t-il, un gémissement d'agonie perçant d'entre ses lèvres. « Qu'est-ce que... tu...? »
« J'ai besoin de le faire. »
Light maintint l'épaule de L pour l'immobiliser; le visage du détective se crispant, dévoilant ainsi son inconfort.
« Non... ar – arrête... »
« Je dois le faire », répéta Light, le souffle court alors qu'il commençait à bouger ses doigts. « C'est le seul moyen... Je peux...»
« Pas plus », grogna L. « Je ne peux... Je ne peux pas... »
Et c'était sadique, mais Light aima l'entendre dire ça; que L admette qu'il ne pouvait pas faire quelque chose, que c'était au-dessus de lui... Il joua de ses doigts, en partie pour le préparer, et en partie pour le faire répliquer.
« Light-kun ! »
Light mordit sa lèvre; le ton de L était dépourvu de plaisir à présent. Il était chargé de douleur et de détresse; et alors que Light venait de rajouter un nouveau doigt en L, celui-ci ne fit que lâcher un râle de douleur.
« Sors... sors ! » Il glapit, agrippa le col de Light et tira dessus.
Light obéit, priant pour que cela suffise; il se mit à genoux et attira L sur ses cuisses, le dos toujours appuyé contre le mur. L fléchissait déjà d'anticipation, et son souffle était erratique; il siffla lorsque Light se positionna lui-même contre ses fesses.
« Non », dit-il alors qu'il réalisait enfin avec horreur ce qui allait lui arriver, et oubliant soudainement tous ses serments concernant le fait de ne pas se soumettre, qu'il jouerait leur petit jeu, qu'il ne supplierait pas... « Light-kun, je... Je ne peux pas... J'ai changé d'avis...»
Light baissa son regard sur lui; il était tremblant et avait les jambes écartées, juste devant lui, complètement vulnérable; il regarda dans ces si grands yeux noirs, et se vit lui-même. Il était sur le point d'acquiescer et de se retirer, lorsqu'il se rappela que tout était une question de liberté, et s'il laissait L partir maintenant, L aurait à nouveau gagné, parce qu'il aurait réussi à conserver ce que Light s'était juré de lui retirer.
Et de plus... il avait changé d'avis ? Light ne se souvenait pas de lui avoir demandé son avis, et ne désirait pas le faire...
« Mais je ne t'ai pas demandé ta permission », rappela-t-il froidement, alors que sa résolution se muait à présent en un désir impérieux.
L cilla; il n'avait pas imaginé que le garçon ne lui obéirait pas...
Light l'avait attrapé, l'avait coincé contre un mur, et il n'avait aucune échappatoire; tout ce qu'il pouvait faire était le regarder et lui renvoyer son reflet grâce à ses grands yeux.
« Quatre-vingt douze pour cent, Light-kun », fut tout ce qu'il put souffler. « Et ça augmente. »
« Ferme ta gueule, Ryûzaki. »
Light lui offrit un violent coup de reins, agrippant les épaules de L, l'attirant contre lui. Les ongles de L crissèrent sur le mur lorsque Light l'envahit, et son corps trembla longuement; le cri qu'il lâcha était étouffé, ce le son, guttural, ressemblait à celui d'un animal pris au piège, laissant des parties sanglantes de lui sur son passage; et la douleur, un éclat flamboyant d'agonie, qui était pire que tout, pire que tout ce qu'il avait jamais...
Light siffla; malgré sa préparation, cela restait très inconfortable. Bien sûr, il savait que L était vierge, mais il était bien plus étroit que ce qu'il avait imaginé, et il l'emplissait tellement qu'il lui fut presque impossible de bouger.
Il avait chaud, cependant. Qui aurait cru que cet enfoiré sans émotions le ferait se sentir aussi bien ? Il donnait à Light l'envie de rester en lui, mais bon sang, si cela pouvait être moins douloureux...
« Light-kun... », grogna L, se soulevant légèrement. « Je... sors... s'il-te-plaît, sors...»
« Non », haleta Light. « Je n'ai pas... pas terminé... »
Il commença à bouger; mais eut du mal à installer un rythme. La friction était insupportable, et L put seulement siffler de douleur, refusant de bouger avec lui.
L'acte était fait sans passion; même Light avait à présent perdu son enthousiasme, submergé par l'inconfort que l'action causait. C'était infiniment pire que ce qu'il avait pensé, et il ne surpassait pas L ainsi – il lui faisait seulement mal.
Oui, il avait gagné – mais la victoire était aussi amère que du...
… poison...
L ne lui devrait rien pour la douleur qu'il lui causait. Light jura intérieurement, se pressant un peu plus profondément; L grogna, mais il agonisait, ne ressentant aucun plaisir.
Non, tout cela avait mal tourné. Très mal tourné. Ou peut-être que L était réellement incapable de ressentir du plaisir; mais cela semblait peu probable à ce moment, puisque Light lui-même n'en retirait aucun plaisir. Il accentua ses coups de butoir, et, finalement, parvint au point de non-retour, plus par volonté qu'autre chose.
Relâchant un lourd soupir, il brisa le lien entre L et lui, laissant le détective glisser contre le mur, le souffle court. Le corps de L n'avait même pas réagi à l'acte, et Light se retrouva furieux et mortifié lorsqu'il se rendit compte d'à quel point cela s'était mal passé.
À part avoir volé la virginité de L, qu'avait-il prouvé ?
Il s'essuya sur sa manche et se fit présentable, balayant ses cheveux châtains de côté; L n'avait pas encore bougé.
« Ryûzaki ? Tu devrais... »
Il s'interrompit lorsque L leva ses yeux, et ce n'était pas parce qu'un regard empli de haine le fixait.
Non, c'était plutôt à cause de son visage dépourvu d'émotions; comme si tout le plaisir, toute la douleur, et toutes les couleurs avaient été drainés hors de lui, le laissant froid et blanc comme la mort comme jamais.
« Es-tu... satisfait, Light-kun ? » demanda-t-il, la voix vacillante, le ton presque inhumain; comme s'il n'avait même plus la force de grogner, de plaider, ou même d'haleter.
Ce qui était le cas, et Light le savait.
Il ne pouvait pas répondre, se retrouvant d'une certaine façon plus dévasté que L par ce qu'il s'était passé. Le détective finit par se redresser et remonter son boxer et son jean, le reboutonnant de ses longs doigts, qui malgré son air impassible, tremblotaient légèrement.
« Je dois dire », lança-t-il d'un ton plat, « que c'était bien pire que ce que j'avais prévu. »
Light ne sut pas quoi lui répondre; il n'était pas sûr de se sentir frustré, ou honteux, ou en colère, ou...
« Ryûzaki », intervint-il enfin. « Je... »
Mais il ne put pas finir; car ce fut exactement à ce moment-ci que Watari déboula dans la pièce.
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OoOoO
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Sleeping Beauty; poisoned and hopeless
(La Belle au Bois Dormant, empoisonnée et désespérée)
You're far beyond a visible sign of your awakening.
(Tu es bien loin d'un signe visible de ton réveil)
Failing miserably to find a way to comfort you;
(Échouant misérablement à trouver un moyen de te réconforter)
Hiding from some poisoned memory
(Cachant quelque souvenir empoisonné)
Poisoned and hopeless—
(Empoisonnée et désespérée)
Sleeping Beauty…
Sleeping Beauty – A perfect Circle
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OoOoO
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xXxXx
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Note sur le chapitre : Ce chapitre a été très délicat à traduire. Parce que là où notre « Le sais-tu, L, mange des pommes que le Dieu de la Mort et qu'il a les mains rouges », dans le désordre bien sûr (se référer au manga) n'a aucun double-sens (ni même aucun sens, disons-le franchement), chez nos amis anglophones, les messages de suicides s'assemblent ainsi dans leur désordre : « L do you know love apples? Gods of Death have red hands », et prennent tout de suite bien plus de sens. D'où le jeu de mot avec les pommes d'amour (love apples) auxquelles L fait référence. À savoir de plus que nos amis anglophones n'ont pas de « Love apples »/pommes d'amour chez eux. D'où le fait que ni L ni Light ne semblent savoir que ces délicieuses sucreries existent réellement.
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xXxXx
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Apple Note de Caela : Light est en mauvaise posture, pas vrai ? Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? De quel côté vous positionnez-vous ? Je vous donne rendez-vous au prochain chapitre. Je n'annonce pour l'instant aucune date de sortie, mais j'espère le publier avant la fin des vacances d'été. En parlant de cela, bonnes vacances à tous ! :)
