Point de vue d'Aro:

Une ancienne connaissance ? Je commençais à réfléchir… Il y en avait tellement. Mais jamais d'humains… Qui cela pouvait-il bien être ? J'entendis un gloussement. Ce n'était pas méchant. Cela se percevait rien qu'au son de la voix. C'était doux. Je regardais une silhouette ayant un manteau vert foncé. Le rire provenait de cette personne. Le capuchon était profond. De telle sorte que je ne pouvais pas voir son visage mais étrangement je me sentais attiré par elle.

« _ Qui êtes-vous ? S'exclama Caïus en se levant de son trône, méprisant. »

Décidément, mon frère ne savait pas comment s'y prendre pour obtenir des informations. Je secouais négativement de la tête... Vraiment son éducation était à revoir...

« _ Pour avoir une réponse correcte à votre question, qui s'avère, légitime, il faudrait que vous revoyiez votre ton, répliqua sèchement la première voix que j'avais entendu. »

Inconsciemment, j'eus un sourire. Amusé. Il fallait être fou pour provoquer Caïus. Surtout lorsqu'il était de très mauvaise humeur. Mais la jeune femme avait raison. Pour avoir des informations, il fallait qu'il change de ton.

« _ Comment osez-vous, misérable humaine ?

_ Misérable humaine ? Répéta une voix féminine, indignée. Pff… Un parfait misanthrope que nous avons là. Heureusement que votre amie nous a prévenu de vos caractères autrement nous vous aurions corrigé dès le premier mot que vous avez prononcé. »

Je sentis Caïus se raidir. Avait-il trouvé plus fort que lui ? Mon sourire s'étira encore plus. Vraiment, elles étaient intéressantes… Bon, je dois bien l'admettre… Elles étaient irrespectueuses dans leur façon de discourir cependant… Dans leur voix, je percevais une note de respect. Après tout elles réagissaient à nos insultes. Enfin... Aux insultes de Caïus...

« _ Je me demande comment ce misanthrope va réagir quand il apprendra que ce sera une misérable humaine qui les protégera de l'Ombre, dit une autre voix à moitié amusée.

_ Que dites-vous ? M'étonnais-je, intéressé. »

Que voulait-elle dire par cette phrase ? Je regardais avec intérêt ce groupe étrange. Ma soif était toujours là mais j'essayais de faire distraction. Je jetais un coup d'œil à Marcus, il en faisait autant. Il s'était levé de son siège lui aussi. Et son regard, qui se voulait pénétrant, était fixé sur l'inconnu en cape verte. Par contre pour ce qui est de Caïus, je sentais qu'il allait bientôt craqué.

« _ Une humaine nous sauvant ? Et puis quoi encore ! S'écria-t-il. Les humains sont de faibles créatures…

_ Mon frère, je t'en prie…, commença Marcus.

_ Et depuis quand tu essayes de temporiser l'atmosphère, Marcus, s'emporta notre plus jeune frère.

_ Calmez-vous, jeune homme. Même avec trois milles ans d'âge, vous ne savez pas encore contrôler votre impulsivité. Peut-être devrions-nous y remédier d'une autre façon ? Répliqua la première voix, autoritaire. »

Je vis Jane s'avancer vers le groupe d'humain. Elle était prête à leur envoyer une attaque mentale. Mais sans mon accord, elle ne pouvait rien faire. Je la voyais jubiler face à la torture qu'elle allait bientôt donné. Cependant son regard sadique ne fit pas l'effet voulu sur ces faibles créatures. Leurs cœurs étaient toujours aussi calmes. A leur odeur, je savais que c'était quatre femmes. Et la cinquième personne ? Était-elle une femme ou un homme ? J'avais tellement envie qu'elles enlèvent ses capuches… A moins que je les force à le faire… Un autre sourire naquit sur mes lèvres…

« _ Attendons, mon frère, décrétais-je. Elles m'intéressent. Tu vois bien qu'elles sont différentes des humains que nous voyons aujourd'hui.

_ Certes, acquiesça Marcus de sa voix gutturale. Je pense qu'il serait intéressant de les laisser en vie. Pour l'instant… Mais ne devrions-nous pas attendre pour les questionner ? Ce serait regrettable de les tuer avant qu'on entende ce qu'elles aient à nous dire. »

Caïus et moi étions étonnés par l'intervention de Marcus. A vrai dire, c'était la première fois, depuis la mort de Didyme, qu'il avait prononcé autant de mots dans ses phrases. Je devais prendre en compte ses dires. De plus, nos pensées se rejoignaient d'une certaine manière. Il n'aimait pas la violence. Moi non plus. Il fallait l'utiliser qu'à bon escient.

« _ Je suis parfaitement d'accord avec toi, mon frère, admis-je en inclinant la tête.

_ Quoi ? S'indigna mon frère. Ce sont des humaines ! Elles doivent mourir ! Elles affirment qu'elles sachent ce que nous sommes !

_ Encore faudrait-il que vous nous tuiez, susurra une autre voix féminine. Cela n'est pas sûr que vous y arriviez… »

Ces humaines avaient l'air bien sûr d'elles. Elles avaient beaucoup trop d'assurance à mon goût. Et trop d'assurance pouvait facilement mener à une regrettable descente en enfer. Mais je remarquais qu'elles dégageaient quelque chose de mystérieux. Plus fascinant que les vampires possédant des Talents. Je me pinçais les lèvres. Frétillants déjà d'avance de toucher leur main. Je me levais de mon siège et m'avançais vers elles. Leur parfum enivrait mes narines. Ce serait vraiment dommage qu'on les tue alors qu'elles veulent nous dire quelque chose…

« _ Vous avez l'air assez sûr de vous pour une humaine, lui fis-je doucement remarqué.

_ Ne l'êtes-vous pas, Seigneur Aro? Dit la voix qui me semblait être celle du leader du groupe.

_ Sans aucun doute. Mais… Je crains que votre voix ne me fasse pas écho. J'en suis profondément navré. Est-ce que nous nous sommes déjà rencontrés?

_ Regardez comment il vous regarde, Elayne… Si le Dragon Réincarnée savait… »

Le Dragon Réincarné ? Qu'est-ce que cela ? Était-ce un dragon ou… Une personne ayant le titre de Dragon ? Je plissais les yeux comme pour avoir la réponse à mes questionnements. La jeune femme ignora totalement mon regard. Cela provoqua quelques gloussements de la part de ses compagnons. Cela me piqua un peu au vif. C'était bien la première fois qu'une humaine détournait son regard de moi. Normalement, les femmes étaient complétement subjuguées par notre beauté. Par ma beauté… Et elles étaient en proie par une irrésistible envie de toucher ma peau.

« _ Rand n'est pas là et je fais ce que je veux…, rétorqua la dénommée Elayne en frottant les plis imaginaires de sa robe sous sa longue cape. »

Elayne… Pas une de mes connaissances… En trois mille ans d'existence, je n'avais jamais entendu ce nom… Ni rencontré une personne portant ce nom. Je me retournais vers mes frères pour voir s'ils avaient déjà entendu ce nom quelque part. Ils me firent un signe négatif de la tête. Qui les avait mises au courant de ce que nous étions ? Une de nos connaissances avait dit Elayne… Et c'était une femme…

« _ Je ne pense pas que vous nous connaissez personnellement. A part, peut-être, une, reprit Elayne en enlevant sa capuche. Mais c'est elle qui jugera si elle veut se montrer ou pas…»

Ses cheveux or étaient bouclés. Son visage anguleux et ses traits étaient si fins… Si doux… Elle avait un beau cou. Elégant. Cela me faisait saliver… Je me demandais qu'elle serait le goût de son sang… Sa posture était digne d'une reine de l'ancien temps. Elle avait de beaux yeux bleus. Comme la couleur du ciel. Remarquant que je la détaillais, elle recula. Son cœur s'accéléra quelque peu mais son visage ne montra pas d'angoisse. Je n'avais jamais vu des femmes aussi courageuses qu'elles. Venir ici pour nous rencontrer tout en sachant ce que nous étions. Je devais l'admettre dangereux mais courageuses. Je fis un pas de plus. Son odeur était vraiment tentante. Je levais le bras pour saisir une des mains d'Elayne. Je voulais tellement goûter à son sang… L'inconnu sembla comprendre ce que j'allais faire et se mit entre elle et moi. Comme si elle allait me faire quelque chose. Cela m'arracha un ricanement. C'était si amusant ! Et moi qui pensais que ma journée serait ennuyante comme les autres auparavant ! Je frétillais devant ce cadeau… Ce présent inattendu…

« _ Je ne pensais pas que tu serais aussi impatiente de le retrouver…, dit une voix taquine. Mais je peux comprendre ton ressentie.»

J'entendis un long sifflement. De protestation. Puis, une autre femme éclata de rire. Celle qui avait traité Caïus de misanthrope. Ah ? Tiens, l'inconnue me connaissait ? Une femme, en plus ? Je passais ma langue sur mes lèvres. Pourquoi n'enlevait-elle pas sa capuche ? Mon corps se rapprocha automatiquement vers celle qui s'était interposée entre Elayne et moi. Pourquoi tenait-elle tant à garder son identité secrète ? J'essayais tant bien que mal de percer l'obscurité que lui procurait le capuchon. En vain... Elle dissimulait bien son identité... J'avais envie de voir son visage… Ma curiosité était plus forte que jamais.

« _ Qui a-t-il, Aviendha ?

_ Il se trouve que notre cher Seigneur Aro ne sache pas comment se comporter fasse à sa vieille connaissance, Min, ricana la dénommée Aviendha en imitant le geste d'Elayne. »