Coucou tout le monde !
Sans plus attendre, le chapitre 4, et la rencontre que vous attendiez tous – tadaam !
III
Hamataroo : je suis contente que ça te plaise toujours ! :D pour Lestrange, j'imagine bien une scène de ce genre, moi aussi... Je crois que je vais reprendre ton idée dans le prochain chapitre. ^-^ Je crains que ce chapitre n'ait pas exactement la même saveur, la prochaine scène d'action ne viendra pas avant... deux chapitres, je pense. Pourvu que tu aimes quand même ! (Halen anxieuse)
Jeff : Hiii ! Merci ! je suis ravie que tu aies aimé, j'ai eu peur d'en faire un peu trop. :/ la suite est là !
Lauri54: wouuh, merci ! Je suis contente de t'avoir fait rire en tout cas ! :D Pour les brigades, je ferai un point dessus au chapitre suivant en fait, je suis contente que le système ne t'ennuie pas !:)
padme84 : merci ! :D je m'efforce toujours de mettre assez de matière dans mes chapitres, je suis contente que ça te plaise ! Pour la mise à jour, elle sera plus régulière à partir de maintenant, c'est promis !
Nalion : (Halen toute rouge) wouuyuuh, des reviews comme ça, on en mangerait ! Je vais réfléchir à ta proposition xD. Je suis contente que ça t'aies fait rire, je me suis bien amusée à écrire ce chapitre, c'est chouette que ça plaise autant. Le coup de Minerva cow-girl et de la "C'est la crise", je sais pas, un petit délire qui est passé comme ça x) Contente que Tonks te plaise, j'ai essayé d ela rendre le plu fidèlement possible par rapport à l'originale. Bien vu pour Fenrir, oeil de lynx (...en fait j'avais oublié ce détail quand j'ai écrit qu'il dirigeait des Spectrums, mais ça colle xD) Pour les brigades, oui, leur spé seront détaillées plus loin. ;) je suis...hyper heureuse que tu trouves le parallèle entre les deux camps pertinent. C'est une vision qui ne plaît pas toujours, mais je trouve ça assez réaliste. Pour la petite note, c'est réparé ! ;) Comparable aux Portes, outch, je suis...touchée. C'est OK pour l'OC, donc ! :) Et tu remportes le cookie de la loufoquerie (j'imagine trop Fred disant ça à Ron qui est à deux doigts d'exploser...)! Bonne lecture, j'espère que la suite te plaira autant !
Selminia : Wouh, merci ! :D je suis contente qu'Hermione te plaise, c'est un personnage très intéressant et qui a énormément plus de potentiel qu'on n'en trouve généralement dans les fics (si elle te plaît dans ce chapitre, je serai soulagée parce que c'est là que je commence à introduire sa relation au monde, à l'Ordre, à la justice... tiens-moi au courant ! :D) Et non, pas abandonnée, maintenant les mises à jour seront plus régulières, promis. :)
Hermione se sentait lasse. Brisée, physiquement comme mentalement. Mais au-delà de la douleur et de l'abattement habituels, c'était la honte qui la submergeait.
Les instants qui suivaient les batailles étaient toujours étranges; il y avait ceux qui exultaient, et qui, l'euphorie retombée, se couchaient satisfaits de leur travail et confiants en l'avenir. C'étaient Kingsley, Ginny, Emmeline, Cooper. C'étaient les Mangemorts, aussi - de ce qu'elle avait appris de Severus un soir où, ivre, il lui avait tout déballé, leurs orgies avaient quelque chose de bacchanal.
Il y avait les froids; ceux qui ne voyait dans la victoire que la possibilité d'une victoire plus grande. C'étaient Maugrey et Dumbledore. C'était Morag. Et c'était Voldemort.
Il y avait les pragmatiques, qui rassuraient les civils, les aidaient à reconstruire, et qui soignaient les blessés. C'étaient MacGonnagall, et Hestia et John, les amoureux idéalistes -elle, douce et attentive, lui, pacifiste convaincu malgré sa carrure de tueur.
Et il y avait les désabusés. Ron, Harry. Et elle. D'ordinaire, une longue nuit de repos suffisait à regonfler son moral.
Cette fois, ça n'avait pas été le cas.
Hermione ne voulait pas se lever. Les yeux hagards, fixant sans le voir le plafond de crépi dont elle connaissait les aspérités par cœur, la jeune femme laissait les larmes dégouliner le long de ses tempes, détrempant la taie de son oreiller. Des larmes de quoi ? Elle-même n'aurait su le dire. De douleur, sans doute. D'impuissance. De dégoût. Pas de colère – elle n'avait plus la force de haïr.
Encore et encore, elle se projetait les scènes de la veille.
Les cliquetis perçants poussés par l'Acromentule torturée par le feu dans une agonie atroce.
Sa lame qui s'enfonçait dans des chairs, mortes comme vivantes.
Et Andy Adelton.
Hermione ne pouvait s'empêcher de se repasser en boucle la mort de la sorcière. Son visage baigné de larmes, contracté par la terreur. Sa robe jaune, détrempée de sueurs froides.
Elle lui avait parlé de cette robe le jour où elles s'étaient rencontrées chez Fleury&Botts.
Le regard vide et sans émotions de Cooper.
Elles parlaient Quidditch, sortilèges d'entretien et aérodynamisme.
Il y avait eu un reflet de soleil aveuglant sur la lame, à un moment.
-Vous êtes joueuse professionnelle ?
-On peut peut-être se tutoyer, tu sais, je déteste le vous, c'est tellement formel. Refais-moi ça ?
Hermione avait éclaté de rire.
L'épée avait éraflé sa clavicule, et une goutte de sang avait dégouliné dans son décolleté.
-D'accord. Tu es joueuse professionnelle ?
-Un peu, ouais ! Quoi, t'as jamais entendu parler de Miss Casse-gradins Adelton ? Enfin, j'étais, en fait. J'ai foncé une fois de trop dans une tribune.
Andy parlait d'une voix forte, en battant l'air des mains avec une exubérance rafraîchissante. Elle était définitivement attachante, pour une joueuse de Quidditch.
Son regard éperdu quand elle l'avait défendue.
-T'étais dans quelle équipe ?
-Les Guêpes de Manchester. Une sacrée équipe, on nous voyait arriver de loin ! Peut-être parce qu'on était habillés en jaune fluo, tu me diras...
« Sauve-moi ». Elle n'avait pas eu besoin de le dire pour qu'elle comprenne.
-En jaune ?
-Ouais, c'est ma couleur préférée !
Hermione avait regardé la robe bleu pervenche de la sorcière, ses bottes violettes et son collier écarlate.
-Ah ouais, ça se voit.
Ses cheveux défaits d'un brun chaleureux, luisants de transpirations.
Andy lui avait tapé sur le haut du crâne avec un livre dans un geste familier.
-Buse ! Évidemment, du coup j'en porte pas souvent ! A chaque fois que je suis en jaune, je me revois le Brossdur sur l'épaule, sortir du vestiaires et balancer des vannes à ces crâneurs de Frelons. Si je mettais tout le temps du jaune, tu crois que ça aurait le même effet ? J'ai une robe jaune à la maison, une seule. Et on m'enterrera avec ! Sinon je reviendrais me marier avec Peeves et leur pourrir la vie jusqu'à ce qu'ils réparent leur sacrilège !
Hermione n'aimait pas les plaisanteries sur la mort, mais celle-ci l'avait fait rire. Et elle aimait bien sa façon de penser. Elles s'étaient fait la bise en se quittant, se promettant de partager un café un de ces quatre.
Elle lui tournait le dos quand la lame avait glissé, mortelle.
Le sang coulant à flot de sa gorge béante.
Ses yeux ouverts sur une éternité qu'elle n'avait pas demandée.
Hermione se saisit la tête entre les mains. Elle ne pouvait pas descendre et les voir, tous. Affronter leurs regards, supporter leur présence, répondre à leurs paroles. Elle ne pouvait pas. L'Ordre lui suintait par tous les pores de la peau; un trop-plein d'émotions semblait remplir son ventre d'une vase froide, lui donnant la nausée.
Le bruit de pas résonnant dans l'escalier fut le déclic qui la fit se lever d'un bond. Elle devait sortir. Maintenant. Ouvrant son armoire à la volée, elle en sortit un jean délavé qu'elle enfila à la va-vite, puis un épais pull de laine au-dessus du T-shirt trop grand qu'elle portait pour dormir. Elle enfila ses bottes, y glissa un couteau au cas-où, saisit un manteau accroché à la patère, puis retourna le contenu de ses tiroirs pour retrouver son argent moldu. Elle s'apprêtait à partir lorsque son regard tomba sur l'écharpe de Remus. Elle l'enroula autour de son cou, hésita, puis la reposa, résolue. Elle avait besoin de se vider l'esprit.
Trois coups sourds furent frappés à sa porte. Dans une panique irrationnelle, la jeune femme transplana immédiatement. Elle apparut dans un craquement discret à quelques mètres du Chaudron Baveur. Tâchant d'ignorer les dégâts que réparaient les habitants du Chemin de Traverse, elle entra dans le pub d'un pas décidé.
Quelques secondes plus tard, dans un Londres moldu balayé par un vent glacial, une jeune femme sortait d'un bar miteux en s'emmitouflant dans son manteau, et regrettait de ne pas avoir pris une écharpe.
Hermione se balada un moment dans les rues bondées de la ville. Elle se mêla à un groupe de touristes qui écoutait un guide avec attention, puis, lassée, se contenta de longer les quais de la Tamise, appréciant l'anonymat et l'incroyable climat de normalité de la ville. Une affiche de cinéma attira son attention, et, prise d'une impulsion subite, elle entra dans le bâtiment. L'odeur de pop-corn lui rappelait des souvenirs d'enfance. Pas tous bons, mais elle aurait donné n'importe quoi pour rajeunir brusquement et être ici à tenir la main de sa mère pendant qu'elles faisaient la queue.
La jeune femme prit un billet pour le même film que le couple, visiblement amoureux, qui était juste devant elle.
Elle s'affala avec volupté dans un des sièges violets rembourrés, appréciant l'intimité de l'obscurité et la sensation de totale sécurité qui la submergeait. Le film s'avéra être une comédie romantique, juste assez niaise pour qu'elle en rie de bon cœur. Elle fut toutefois prise d'une grande lassitude en sortant. Elle ne pourrait pas toujours fuir ce qu'elle ressentait, et il n'y avait qu'en faisant le point qu'elle pourrait crever l'abcès.
Résolue, elle marcha jusqu'à une ruelle déserte, et après avoir vérifié que personne n'arrivait, elle ferma les yeux. Souvent, tout ce qu'il fallait était un endroit adéquat. Et pour le déterminer, Harry, Ron et elle avaient mis au point une méthode infaillible.
Si elle-même ne savait pas consciemment où aller, quelque chose en elle le savait certainement. (Son inconscient ? Sa magie ? Les deux ? Hermione et Ron préféraient la première théorie ; Harry, dubitatif, soutenait le contraire.)
Il suffisait de le laisser... parler.
Détermination, Destination, Décision. Seuls deux sur les trois étaient absolument nécessaires.
Elle avait besoin, urgemment besoin, d'un endroit où elle pourrait mettre fin à ses doutes.
Détermination.
Et il fallait qu'elle y aille...
« Maintenant. »
Décision.
L'esprit vidé de toute Destination, Hermione transplana vers l'inconnu.
Hermione ne s'attendait à rien de précis en déclenchant sa disparition, mais elle fut tout de même surprise pendant un instant lorsqu'elle se matérialisa. Les dernières fois, cela avait été un parc boisé et fleuri en France; celle d'avant - la toute première - une plage dorée des Caraïbes.
Ne laisser aucune borne aux possibilités d'apparition donnait souvent des destinations pour le moins exotiques - argument qui allait en faveur d'Harry, pour qui seule la magie pouvait « savoir » qu'ils cherchaient un endroit où ils n'avaient jamais mis les pieds. Leurs débats à ce sujet étaient interminables.
Quoi qu'il en fût, cette forêt brumeuse aux arbres dénudés et au tapis de feuilles pourrissantes balayé par le vent automnal n'était pas très engageante.
Haussant les épaules avec scepticisme, Hermione s'apprêtait à transplaner de nouveau lorsque la sensation d'une voix impérieuse lui traversa l'esprit.
« C'est ici que tu trouveras des réponses. »
La jeune femme s'immobilisa. La pensée était claire, résolue. Et elle sentait qu'elle était vraie.
-Après tout, ma grande, marmonna t-elle pour elle-même, c'est quelque chose dans ta tête qui t'a conduite là. Aie donc confiance en ce vieux Sigmund.
Balayant ses appréhensions, elle s'enfonça dans la forêt.
Le vent sifflait entre les arbres tordus, conférant une atmosphère étrange à l'endroit. Pénétrée de sa solitude, Hermione marcha sans direction entre les racines et les branches centenaires. Le trouble s'insinuait dans son ventre, comme si elle était venue ici pour attendre quelque chose, et que ce quelque chose, quel qu'il fût, tardait à se présenter. Une impatience sans motif (ou, songea t-elle, dont elle ne se souvenait pas du motif) grandissait en elle tandis qu'elle errait entre les buissons d'épineux.
-Allez, murmura t-elle entre ses dents, je suis là, maintenant. Qu'est-ce que je dois faire ?
Comme pour répondre à sa question, une brume laiteuse se répandit dans la forêt, si épaisse qu'elle l'aveuglait presque. Quelque chose était en train de se produire. Quelque chose d'anormal. Hermione tâcha de comprendre quoi, puis une révélation la frappa brusquement.
Le bruit avait disparu.
Le vent ne sifflait plus. Les feuilles ne craquaient plus. Les rares oiseaux qu'elle entendait s'étaient tus.
Un étrange silence ouaté emplissait l'air entre les frondaisons, uniquement troublé par le bruit de ses pas sur la terre humide. Se sentant importune, la jeune femme s'arrêta, le pied en l'air.
Ses sens ne lui étaient plus d'aucune utilité; elle ne voyait rien, n'entendait rien, et même son nez s'engourdissait, dissipant l'odeur humide des feuilles et de la boue. Une panique diffuse s'empara d'elle à cette perte de contrôle. Elle était en danger, son instinct le lui hurlait. Hermione ne se posa pas davantage de questions; elle ferma les yeux, visualisa le Chaudron Baveur, et transplana.
Ou du moins, elle essaya.
Lorsqu'elle rouvrit les yeux, la forêt était toujours là, et la brume tourbillonnait en spirales menaçantes. Toute Gryffondor qu'elle était, Hermione paniqua pour de bon. « Fuir. Vite. »
Elle fit volte-face, et se mit à courir; se souvenant brusquement qu'elle était incapable de dire par où elle était arrivée, elle eut un juron rageur, mais continua droit devant elle. Toute forêt avait ses limites, et en allant tout droit, elle finirait bien par en sortir.
Si elle en avait le temps.
La brume dessinait à présent des formes complexes, qui changeaient aussitôt qu'elle les regardait. Sa course résonnait étrangement dans le silence poisseux.
Elle sentait que quelque chose approchait. Derrière elle.
S'arrêtant brusquement, elle se retourna, balayant la forêt du regard.
Sous ses yeux ébahis, la brume se dissipa aussi vite qu'elle était apparue, et le silence se dissipa dans un claquement sec. Elle eut à peine le temps de voir une masse de plumes noires et d'entendre un cri de rage perçant, puis la chose fut sur elle. Hermione roula sur le côté et dégaina sa baguette.
Une corneille.
Rectification, songea t-elle. Une GROSSE corneille.
La bête mesurait presque la taille de Buck; et si la taille de ses ailes la rendait maladroite, ses serres tranchantes et son bec luisant n'en étaient pas moins dangereux.
-Incarcerem !
Rien ne se produisit. Sa baguette eût été une simple brindille, elle aurait eu autant d'efficacité. Hermione blêmit. L'oiseau fondit sur elle, serres en avant.
Dans un réflexe, la jeune femme se laissa choir en arrière et sortit d'un geste le couteau de sa botte, se félicitant de sa prudence. Enragé, le volatile fit péniblement demi-tour, puis attaqua de nouveau.
Hermione était prête. Fonçant à la rencontre de la bête, elle se fendit brusquement. L'oiseau s'effondra dans un sursaut.
La jeune femme récupéra son arme, haletante.
-Mais c'est quoi, cette forêt ?
Énervée, elle vérifia de nouveau que sa baguette ne lui était d'aucune utilité, puis elle se remit en marche sans regarder devant elle.
Et manqua percuter un homme qui se tenait près d'un chêne tordu.
Relevant la tête, elle le fixa un moment, incrédule. Lui non plus ne semblait pas y croire.
-Toi, fit-il.
Hermione ouvrit la bouche pour répondre, mais sa loquacité avait pris congé. Ils se fixèrent en chiens de faïence pendant quelques instants, silencieux. L'homme fut le premier à trouver les mots exprimant sa pensée.
-Je peux savoir ce que tu fous ici ?
La jeune femme secoua lentement la tête, incapable de détacher son regard des yeux de son interlocuteur.
Comment l'aurait-elle pu ? Un mois qu'elle rêvait de ces yeux toutes les nuits.
-Euh, sincèrement ?
L'homme acquiesça, une lueur dangereuse grandissant dans le regard.
-J'en sais rien.
Immobiles, Hermione Granger et Fenrir Greyback se faisaient face.
Une fois de plus.
III
-Attends, fit le loup-garou interdit. Attends. Tu as transplané au quoi ?
Hermione sentit rosir, un peu honteuse. Sentant venir le danger, elle avait proposé une trêve au Mangemort avant qu'il n'ait le temps de réagir. Visiblement plus intrigué qu'en colère, celui-ci avait accepté, et ils marchaient côte-à-côte depuis quelques minutes.
-Au « p'tit bonheur la chance ». C'est comme ça qu'on appelle ça, avec les autres.
L'expression lui avait échappée tandis qu'elle essayait d'expliquer au lycanthrope comment elle avait atterri dans sa forêt, et si elle l'avait trouvée drôle quand Harry l'avait proposée, elle était nettement moins convaincue maintenant.
-Ça consiste à transplaner sans Destination, continua Hermione. On part du principe qu'il y a toujours un endroit où... où on a profondément besoin d'être, et que ça permet de s'y rendre.
Espérant avoir été plus convaincante qu'elle n'avait l'impression de l'être, elle se tourna vers l'homme qui marchait à son côté. Il semblait perdu dans ses pensées.
-C'est ingénieux, reconnut-il; et Hermione comprit au son de sa voix qu'il essaierait avant peu.
Elle retint un sourire fugace.
-Et donc, fit Greyback d'une voix sardonique, parmi tous les endroits possibles sur cette terre, c'est chez moi que tu atterris. J'te manquais à ce point ?
Un peu piquée au vif par sa remarque, Hermione répliqua:
-Hé, c'est peut-être une coïncidence. C'est vrai, c'est un coin vachement animé, par ici.
Le loup-garou sourit brièvement.
-Ça l'est. Les corneilles sont d'une compagnie attachante, notamment.
La jeune femme grommela.
-Comment ça se fait qu'elles soient aussi énormes, d'ailleurs ? Et que je n'ai pas pu me servir de la magie ?
Le loup-garou haussa les épaules.
-Il y a des endroits comme ça.
-Où on ne peut pas se servir de la magie ? fit Hermione, dubitative.
-Tu as bien vu, non ? répliqua Greyback. C'est comme ça, c'est tout.
Peu convaincue, la jeune femme se tut néanmoins. Le loup-garou ne semblait pas d'humeur meurtrière; inutile de le braquer contre elle.
-Sérieusement, reprit-il, qu'est-ce qui a pu te pousser à atterrir ici ?
Soupirant, la jeune femme réfléchit un moment, les yeux fixés sur le sol. Elle ne savait que répondre, ni comment le formuler. Prise d'une impulsion, elle se décida : inutile d'essayer de lui mentir ou d'enrober les faits dans de la rhétorique; autant jouer la carte de la simplicité.
-Je crois que je vous cherchais, reconnut-elle en plongeant ses yeux dans les siens.
Surpris par sa franchise, Greyback cilla.
-Et... pourquoi ?
La jeune femme se tut un moment.
-La bataille d'hier, finit-elle par dire.
-Ah, fit le loup-garou. A ce propos, tu passeras le bonjour à cette vieille McGonnagall. Tu sais qu'on avait oublié Wilkes le tabouret, en partant ? Il a passé l'après-midi sur la terrasse d'un restaurant. J'en connais qui vont le charrier pendant un moment.
Greyback ricana.
-Cette femme a vraiment un humour tordu. Elle est géniale.
Hermione ne put retenir un sourire.
-C'est vrai.
-Mais ce n'est pas de ça dont tu voulais parler.
-Non.
Haussant un sourcil, le loup-garou l'encouragea d'un geste à continuer.
-Vous... savez ce qui s'est passé ?
-Je suis peu les nouvelles, rétorqua Greyback. Avant, on recevait la Gazette, mais les hiboux ne viennent plus, ils finissaient toujours dans l'estomac des corneilles.
Hermione le dévisagea.
-Vous vous moquez de moi ?
-Oui, répliqua tranquillement le loup-garou. Qu'est-ce qui s'est passé ?
-Il y a eu des morts, souffla t-elle.
-C'est le but des batailles, il faut croire.
-Civils.
-Dommage collatéral, ça arrive tout le temps.
-Non, fit Hermione en secouant la tête. (« Comment lui dire ? » songea t-elle.)
-Ah, si.
-Non, je me suis mal exprimée. Ce n'était pas...
-Pas un accident ? demanda Greyback d'une voix étrangement paisible.
Hermione releva la tête.
-C'était une exécution.
-Oh, fit lentement le loup-garou. Et pas par nous, autrement tu serais en train de cracher sur notre compte, pas paumée dans cette forêt brumeuse à essayer de tirer le sens de la vie d'un vieux loup-garou.
Hermione secoua la tête en signe de dénégation.
-Non, murmura t-elle, pas par vous...
-Et ta conception de la justice en a pris un coup. Et arrête-moi si je me trompe, mais c'est chez moi, chez un Mangemort de mon genre, que tu avais... comment, déjà ? Profondément besoin de venir, pour régler tes drames existentiels ?
La voix du loup-garou était railleuse, et Hermione, piquée au vif, se mordit l'intérieur des joues pour s'empêcher de rougir.
-Oui, je me disais qu'il faudrait que je consulte.
-Ça devient urgent, ouais.
-Mais vous en pensez quoi, vous, qu'on se retrouve à exécuter des civils pour des raisons aussi fumeuses que les Mangemorts ? Pas de... sarcasme, de réflexion sur le vrai côté de la justice ?
Le lycanthrope passa une main dans ses cheveux gris, l'air ennuyé, et s'arrêta de marcher pour faire face à la jeune femme.
-Qu'est-ce que tu veux que je te dise, Granger ? T'es bien mignonne, mais franchement tu me fais de la peine, avec ta sacro-sainte justice. T'es née moldue, pas vrai ? Tu sais comment tes moldus représentent ta belle justice ? Une nana aux yeux bandés avec une épée. Alors ouais, forcément, tiens, elle fait des accidents au passage, dis donc. A partir du moment où tu justifies tout ce que tu fais par un supra-truc dont t'affirmes que t'es l'émissaire, c'est pas étonnant qu'il y ait des fausses notes dans ta symphonie du grand bien général.
Hermione s'assit sur une souche moisie, abattue.
-Je ne sais pas... Je ne comprends plus rien. Je ne comprends pas... pourquoi.
-Pourquoi quoi ?
-Pourquoi je fais ce que je fais. Pourquoi vous faites ce que vous faites. Pourquoi les choses... sont comme elles sont. J'ai l'impression qu'elles devraient être autrement, plus... plus simples, et j'ai l'impression que je suis en train de me planter sur toute la ligne, et je ne comprends pas... pourquoi.
Greyback s'adossa à un arbre.
-Moi, je sais, fit-il. Enfin, pas pourquoi les choses sont ce qu'elles sont, j'aurais pas cette prétention. Mais je sais pourquoi tu te poses autant de questions.
-Dites toujours ? fit Hermione, étonnée.
-Tu vois le monde en noir et blanc.
-Bien sûr que non ! s'insurgea la jeune femme. Ca va, ça, à force, j'ai fini par m'y faire, que personne n'est totalement bon ou mauvais et que le monde est fait de nuances de gris...
L'air agacé, Greyback balaya cette remarque d'un revers de main.
-Épargne-moi ce cliché, pitié. Le monde en nuances de gris ! C'est aussi ridicule qu'un monde fait uniquement en noir et blanc. C'est bien ce que je dis, Granger, il est là ton problème. T'es une gamine débordant de bons sentiments et de morale de conte de fée qui se retrouve brusquement dans le monde réel. Alors vas-y, épate moi. Comment est-ce que tu peux faire une échelle du Mal, tu m'expliques ?
Hermione se tut, incapable de répondre.
-T'as l'air d'une môme intelligente, Granger, continua le loup-garou. Comment est-ce que tu peux croire que tout soit aussi simple ? Tu crois franchement qu'on peut placer tous les hommes sur une même échelle de jugement, à une certaine distance entre le Bien et le Mal, avec quoi, un système de notes ? Entre un type qui agit par conviction et un qui fait exactement la même chose par lâcheté, tu en distingues un meilleur que l'autre ? Il y a un A et un A+ ? Tes actes, tes paroles, tout ce que tu fais, ça n'a de sens que parce que tu as certaines motivations. Et de temps en temps, elles coïncident en partie avec ceux d'autres types, et alors tu formes un Ordre du Phénix, ou une bande de types tatoués, ou un orchestre. Tiens, la fin justifie les moyens, pour toi ?
-Non, répondit Hermione, avant d'hésiter. Enfin...
-Ça dépend. Oui. Tout le monde veut le plus grand bien, on n'en a juste pas la même définition. Alors dans quels cas est-ce que tout vaut la peine d'être sacrifié pour ça ? Avec quelles limites ? Tu crois qu'il y a deux personnes dans le monde qui auront exactement les mêmes ?
La jeune femme sentait ses certitudes s'écrouler une à une.
-Alors qu'est-ce qu'il reste ? répliqua t-elle. Comment on juge ce qui est... bien de faire ou pas ?
Le loup-garou sourit.
-On ne se pollue pas la tête avec ce genre de dilemmes. Y a pas une seule échelle de comparaison pour juger ce que tu dois faire. Ouais, il y a du noir, et du blanc, si ça peut te faire plaisir. Ouais, il y a des saintes-nitouches adorables, même si selon moi c'est une foutue engeance de crétins trop lâches pour se mettre les mains dans la crasse. Et il y a des pervers à l'âme plus noire que tout ce que tu peux imaginer – et ça, mon chou, je suis bien placé pour en parler, pas vrai ? Mais entre les deux, c'est pas du gris. Le monde a autant de couleurs différentes qu'il y a d'hommes. Si tu comprends ça, si tu comprends qu'essayer de juger chacun en fonction de ta moralité, c'est juste infantile, alors tu comprends les hommes. Un monde fait de nuances de gris, hein, Granger ? Essaye de le voir en couleur, tant qu'à faire.
Hermione resta coite un moment, sentant un nombre infini de portes s'ouvrir devant elle.
Bizarrement, elle se sentait apaisée. Elle songea à Cooper, à son abnégation, à la foi qu'il avait en Dumbledore et en Harry. A la violence avec laquelle il défendait ceux à qui il tenait. Elle soupira, et la colère qu'elle ressentait fondit comme neige au soleil pour devenir un étrange pincement au cœur.
Relevant la tête, elle vit Greyback l'observer. Elle ne savait quoi lui dire; une remarque futile lui vint à l'esprit et la fit sourire.
-Je croyais que les loup-garous voyaient en noir et blanc.
-Tu me cherches ? s'exclama Greyback.
La jeune femme éclata de rire, incroyablement rassérénée.
-Entre nous, c'était le cas, avant, mais depuis, on a inventé des sortilèges qui règlent le problème.
-Vraiment ?
-Il faut bien qu'être meilleur que le reste de l'humanité réunie ait ses inconvénients.
-Vous n'êtes pas croyable.
-Je sais.
