Voici enfin la fin de cette histoire, telle que je l'avais imaginée dès le début! Tout d'abord je suis désolée d'avoir mis autant de temps à publier ce dernier chapitre. Je tenais à ce qu'il soit le meilleur possible, ce qui a entrainé une réécriture! Ensuite, un grand merci à tous ceux qui lisent cette histoire, à ceux qui ont mis en alerte, en favoris, et à ceux qui ont posté un commentaire. Cela fait énormement plaisir. Egalement un grand merci à mes ami(e)s et à ma soeur pour leur précieuse relecture. Et maintement, place à l'histoire!
Chapitre 4
Un calvaire ! Il n'y avait pas d'autre mot pour décrire sa situation. Il ne savait pas ce qu'il avait bien pu faire aux puissances supérieures pour mériter ça ! Outre le fait d'avoir accepté la marque des ténèbres dans un moment de démence passagère, bien sûr. Parce que, pour cet écart, il payait déjà le prix fort : s'assurer que Potter-je-me-fourre-sans-cesse-dans-les-ennuis et compagnie resta en vie et en bonne santé. Et c'était un boulot à part entière !
Evidement, que Dumbledore s'amusât visiblement de ce qui lui arrivait, n'améliorait pas son humeur. Le vieil homme avait eut le culot de lui dire qu'il respectait la nouvelle tradition qui, depuis peu, s'attachait aux professeurs de défense contre les forces du mal. Avec Quirrell, Lockhart et Lupin, les demoiselles avaient eu des professeurs suffisamment jeunes et séduisants pour susciter des engouements de leur part. Le directeur avoua toutefois que jamais un professeur n'avait fait autant l'unanimité parmi les pensionnaires de l'école. Bien qu'il ne sache pas si elles étaient frustrées par les deux années où Maugrey et Ombrage avaient occupé le poste, ou si cela avait un rapport avec une certaine soirée dans son bureau. La voix pensive et navrée de l'éminent directeur était contredite par le pétillement de ses yeux bleus, indiquant une joie sans borne et totalement inapproprié au goût de son collègue.
Severus Rogue s'était attendu à tout, sauf à ça. Ces jeunes filles, ses élèves, s'étaient entichées de lui ! Déjà qu'il se posait des questions sur leur intelligence, à présent leur état mental était tout aussi préoccupant. Non pas qu'il s'en soucierait en temps normal, mais là…
L'ensemble des filles de la cinquième à la septième année (et quelques garçons) avaient décidé de le rendre chèvre. Et cela faisait plus de trois semaines que ce cauchemar durait. Malgré les mesures énergiques qu'il avait prises; le nombre de filles quittant sa classe en larme atteignait de nouveaux sommets; elles s'acharnaient à lui décocher des œillades qui se voulaient sensuelles, des sourires niais ou alors carrément flippants. Comment des jeunes filles pouvaient-elles avoir l'air de dangereux prédateurs rien qu'en souriant ?
Il ne pouvait plus leur adresser la parole sans les voir rougir ou rire sottement et, s'il en avait eu la possibilité, il aurait interdit à ses élèves de respirer, afin d'éviter tout ce qui pouvait s'apparenter de près ou de loin à un soupir. Les soupirs ! En tant normal il adorait les provoquer, du moins ceux exprimant la protestation, l'énervement, le découragement et autre sentiment de désespoir. Sauf que, ce qu'il entendait à présent n'avait absolument pas sa place dans une salle de classe. Alors quand, pendant un cours, l'ensemble des filles décidaient de soupirer en même temps… Ça devenait affreusement gênant. A croire qu'elles le faisaient exprès !
D'ailleurs, pourquoi étaient-elles si nombreuses à lui tourner autour ? Il avait beau évoluer dans ce haut lieu dédié aux potins qu'était Poudlard, cela aurait dû rester confiné au cercle des préfètes. Qu'est ce qui pouvait bien les mettre dans un état pareil ? Sûrement pas un simple récit, même détaillé. Elles avaient l'air un peu trop au courant de ce que cachaient ses lourdes robes noires. Ces questions tournaient et retournaient dans sa tête depuis qu'il avait pris conscience des conséquences inattendues de son éclat dans le bureau directorial, ou du moins depuis que ce cher Albus l'avait forcé à en prendre conscience.
De même, une seule réponse, toute aussi incontournable que désagréable, s'imposait sans relâche dans son esprit. Elles avaient obligatoirement vu la même chose que les préfètes ! Un souvenir partagé dans une pensine ? Non, cet objet était bien trop rare et précieux pour de simples écoliers. La legilimancie étant également exclue, il ne restait donc qu'un seul moyen permettant de partager un souvenir : un banal croquis fait de mémoire. Et Severus Rogue n'avait pas tardé à faire le rapprochement entre le supposé dessin et ce qui semblait n'être qu'un inoffensif devoir autour duquel s'étaient attroupée toute une harde composée de filles d'années et de maisons différentes. Il avait vu cette scène incongrue; des élèves examinant volontairement et attentivement une dissertation (rien que ça c'était suspect !), se répéter pendant deux-trois jours sans y prêter une réelle attention. Evidement, au moment où il avait eu besoin de mettre la main sur ce fichu devoir pour vérifier son hypothèse, l'innocent morceau de parchemin avait totalement disparu de la circulation. Ce qui contribua un peu plus à altérer sa bonne humeur, au demeurant quasi inexistante.
Heureusement pour ses nerfs, il n'enseignait plus les potions cette année là. Il frissonnait rien qu'à la pensée du nombre d'explosion qui aurait augmenté de façon dramatique, étant donné le peu de concentration qu'affichait ses élèves pendant les leçons. Problème qu'il devait malgré tout gérer lors des travaux pratiques en défense, quand il s'approchait pour corriger un mouvement de baguette : les regards vides ou concupiscents qui le fixaient, étaient vite devenus synonyme de périls mortels. Car un cerveau, même déconnecté, restait dangereux quand les propriétaires ne regardaient pas ce qu'elles faisaient et surtout, où elles dirigeaient leur baguette. C'est fou les dégâts que pouvait faire un sort mal lancé ! La majorité des cinquièmes, sixièmes et septièmes années commençait à développer d'incroyables reflexes d'esquive, à force d'atterrir à l'infirmerie. S'aplatir par terre était une option que même les gryffondors préféraient au charme du bouclier, qui avait la mauvaise idée de faire rebondir dans n'importe quelle direction tout ce qu'il recevait. Quand il était bien exécuté évidemment.
Paradoxalement, ses leçons étaient apprises. Les chapitres consciencieusement lus avant chaque cours. Une ribambelle de filles restait après la classe pour poser des questions, et il n'y eut jamais autant de mains levées. Miss Patil et Miss Brown concurrençait même Hermione Granger dans cette activité.
Celle-ci était, par ailleurs, la seule avec Luna Lovegood qui ne semblait pas affectée. Dans le cas de la Serdaigle, il était quasiment impossible de savoir ce qui lui passait par la tête. Le professeur Rogue n'essayait même plus, il en retirait à chaque fois une migraine et les idées encore plus confuses. Elle s'était contentée entre deux discours sur les propriétés changeantes, selon les phases lunaires, du rayonnement des pierres de Lune (absolument pas radioactives, d'ailleurs) de s'attrister sur les gens incapables de voir par eux-mêmes au-delà des apparences et qui attendaient que les masques tombent pour apprécier une personne. A l'un de ses camarades qui lui signalait que l'on parlait seulement du physique du professeur et non du tréfonds de son âme, elle déclara, du ton rêveur qui était le sien mais avec une fermeté inhabituelle, que c'était exactement la même chose.
Quant à Miss Granger, son comportement était tout aussi incompréhensible. Alors que les autres préfètes s'obstinaient à regarder le sol en sa présence, elle, elle restait impassible. Non, le terme n'était pas tout à fait exact. Elle agissait normalement. Il avait été soulagé dans un premier temps, parce que son attitude dans le bureau de Dumbledore laissait présager du pire et qu'il se souvenait d'un précédent avec ce gommeux de Lockhart. Mais rien dans son attitude ne se différenciait des autres jours. Or le comportement normal en ces circonstances aurait justement dû être de ne pas agir normalement. Alors était-il normal qu'elle agisse normalement ou était-ce anormal ? Plus Rogue y réfléchissait, plus il avait mal à la tête. Mais il ne pouvait pas s'empêcher d'y penser. Parce que ce n'était pas normal qu'elle agisse normalement ? Si ?
Après plusieurs jours passés à se triturer les méninges, il avait décidé d'en avoir le cœur net. Il voulait découvrir si elle contrôlait ses émotions devant lui ou si elle était complètement indifférente à ses charmes. Ce qui serait quand même un peu vexant. D'accord, il était plus ennuyé que flatté par les marques d'attention qu'il recevait de ces horripilantes gamines. Toutefois Miss Granger était la seule fille de l'école avec la tête à peu près sur les épaules et il aurait été très satisfaisant d'arriver à la troubler un tant soit peu. Et au passage, s'il pouvait engranger une nouvelle récolte de remarques blessantes à son encontre, les semaines suivantes s'en trouveraient illuminées. Critiquer sa manière d'être en classe finissait par être lassant et par ne plus avoir autant d'effets avec le temps.
Il commença donc à la regarder plus longtemps que nécessaire, à la frôler, à avoir des gestes plus doux, presque caressants pendant qu'il prétextait modifier un faux mouvement. Rien ! Pas un frisson ! Pas une seule rougeur sur ses joues ! Il essaya donc une tactique différente et se concentra sur une autre jeune fille, suffisamment discrètement pour que celle-ci ne remarque rien (il ne manquerait plus que ça) mais directement sous les yeux de Miss Granger, afin de susciter sa jalousie. Il choisit à cette fin Miss Brown, sa rivale pour le cœur de Ron Weasley (la préfète était peut être intelligente mais ses goûts était sans aucun doute discutables !). Il alla jusqu'à accorder cinq points à la demoiselle en question pour une bonne réponse. Il le regretta immédiatement. Non seulement, Miss Je-sais-tout ne manifesta pas un signe d'indignation ou de tristesse à cette injustice déguisée (depuis le temps qu'il lui en refusait), mais en plus toutes les autres gamines redoublèrent d'effort par la suite. Jusqu'à la fin de la leçon Miss Granger posa sur lui un regard insondable, digne des siens. Puis en partant elle lui dédia un beau sourire plein de malice. Il arrêta aussitôt son expérience. Hors de question qu'elle se méprenne sur ses intentions. Elle avait prouvé à maintes reprises qu'elle était tenace, maline et prête à tout. De plus elle apprenait vite. Si elle se mettait en tête d'agir comme ses camarades et de le séduire… Il n'était pas certain de pouvoir la gérer.
C'est pourquoi, après trois interminables semaines passées à repousser des avances indésirables, à submerger Rusard de retenues, à s'efforcer d'être encore plus imbuvable que d'habitude, à détruire systématiquement les lettres et petits cadeaux envoyés par hiboux dans la grande salle, ou bien déposés sur son bureau, ou dans la salle des professeurs et même à son appartement, à vérifier les protections anti-intrusion dudit appartement et enfin à assumer ses tâches quotidiennes, c'est pourquoi donc, le professeur Rogue avait la fâcheuse impression d'être pris dans l'œil d'un cyclone avec en prime la fameuse épée de Damoclès suspendue au dessus de sa tête. Epée qu'il crut bien tombée quand il vit, non sans une certaine résignation mêlée de fatalisme, approcher à la fin d'un cours Miss Granger de son bureau. Elle attendait que l'habituelle cohorte féminine déguerpisse de la salle de classe, tout en enjoignant à Harry Potter de partir sans elle. Ce qui déplaisait visiblement au jeune homme qui néanmoins obéit.
La seule chose amusante dans cette situation c'était l'agacement que ressentaient tous les garçons; Severus se délectait des regards noirs que lui jetaient ces jeunes coqs et des bras un rien possessifs qui étreignaient épaules et tailles dès qu'il passait dans un couloir.
S'arrachant à la béatitude que lui procurait la vue d'un Harry Potter contrarié, Rogue entreprit de chasser sans ménagement l'ensemble des filles agglutinées autour de son bureau. Le vide se fit à la vitesse de la lumière comme à chaque fois qu'il faisait preuve de ses incommensurables qualités pédagogiques et humaines. Enfin seul, ses yeux firent machinalement le tour de la salle pour s'assurer que rien n'avait été oublié et tombèrent sur la personne de Miss Granger.
OoOoOoOoOoO
Elle avait suivi les autres filles, mais au lieu de sortir elle avait refermé la porte et s'y était adossée pour patienter. Son professeur la remarqua enfin et les lignes de sa mâchoire se durcirent, faisant soudainement douter Hermione du bien fondé de sa démarche. Peut être que fermer la porte n'était pas une bonne idée, après tout. Il devait se sentir légèrement acculer.
—Miss Granger, que ne comprenez-vous pas dans les mots « je n'ai pas de temps à perdre avec vos idioties. Sortez immédiatement ». Serait-ce au-delà de votre compréhension ?
Hermione admira la capacité de son professeur à résumer, en une version censurée, les invectives prononcées à peine un instant plus tôt.
—Non Monsieur, répondit-elle d'un ton posé. J'ai besoin de votre aide.
—La sorcière la plus brillante de son âge serait-elle en mise en difficulté par un simple cours, se moqua-t-il. Quelle déception ! Apprendre par cœur vos manuels n'a donc pas suffit à maintenir l'illusion de votre intelligence ? Et vous choisissez la facilité en empoisonnant la vie de vos enseignants avec vos questions incessantes au lieu de réfléchir par vous-même.
—J'ai parfaitement compris votre leçon, Monsieur, merci de vous en inquiéter.
Le soupçon de sarcasme ne passa pas inaperçu. Hermione se fustigea intérieurement. Ce n'était pas le moment de se le mettre à dos si elle voulait qu'il l'écoute.
—Surveillez vos paroles Miss Granger.
—Je m'excuse Monsieur, fit-elle contrite. Ce n'est pas à propos du cours mais pour un projet personnel et je pensais...
—Mal, apparemment, l'interrompit-il. Tout bien considéré il vaudrait mieux vous abstenir de toute forme de réflexion si cela doit aboutir à de telles inepties. Vous n'avez quand même pas la prétention de croire que je vais vous aider dans vos passe-temps. De toutes les excuses que les autres petites gourdes m'ont servies, celle-ci est bien la plus ridicule. A présent hors de ma vue.
Mais Hermione l'ignora et continua :
—…que vous étiez le plus compétent pour m'aider à concevoir une potion de stase.
Rogue prit un instant afin d'assimiler pleinement cette déclaration avant de répondre avec une joie mauvaise:
—Constater l'étendue de votre ignorance, Miss, est toujours un enchantement. Il existe déjà un sortilège qui permet d'arrêter ou de freiner l'avancé d'une maladie, d'un poison ou les dégâts causés par un sort dans le corps, le temps d'administrer le remède ou de trouver un moyen de guérison.
—Je sais, Monsieur. Le stasis sanationem inventé par la guérisseuse grecque Panacéa au 3e siècle de notre ère lors...
—Croyez-vous que j'ai besoin que vous me fassiez un cours, Miss Granger, la coupa-t-il sèchement.
—Oh, non, je…désolé, Professeur. Euh… je…voulais juste prouver que je connais également son existence.
—Alors qu'avez-vous à m'ennuyer avec vos affabulations? N'avez-vous donc pas cours ?
—Non, j'ai une heure de libre et le sort est imparfait, déclara-t-elle d'une traite.
—Imparfait ! s'écria Rogue incrédule. Votre arrogance n'a décidément pas de borne Miss Granger. Vos petits succès auprès des autres professeurs ne vous permettent pas de dénigrer le travail de sorciers plus intelligents et plus compétents que vous.
—Non ! Je…je ne critique pas son travail, se défendit-elle avec véhémence, avant d'ajouter plus calmement, je souligne simplement que le sort présente des inconvénients. Son efficacité se dégrade rapidement. Il ne dure que quelques heures en fonction de la santé du patient et de la gravité du maléfice ou du poison. Et on ne peut pas risquer de le jeter trop souvent car il finit par entrainer des défaillances de plusieurs organes. Au final on ne conserve l'état de stase que 26 heures au maximum. Je ne nie pas que cela ait été une avancée considérable dans l'Antiquité mais il me semble que l'on peut mieux faire.
—Et vous êtes évidemment celle qui peut mieux faire, déclara-t-il narquois.
—Qui d'autre ? s'emporta-t-elle. Tous les articles ou ouvrages, des plus anciens aux plus récents, que j'ai pu lire sur le procédé de stase se rapporte au Stasis de Panacéa. Ils étudient son fonctionnement et ses effets sur le corps, admettent les faiblesses du sort mais aucun n'avance de solution pour y remédier. Tout le monde prend pour acquis qu'il ne peut pas être amélioré.
«Là, il faut reconnaître qu'elle n'a pas vraiment tort », pensa Severus.
—Parce que peut être cela est impossible. Avez-vous considéré cette option ?
—Oui. Mais jusqu'à présent aucune lecture que j'ai pu faire sur le sujet ne m'a convaincu du contraire.
—Et si je vous disais que vous n'avez pas dû pousser vos recherches bien loin puisque vous n'avez pas trouvez les articles que plusieurs sorciers, qui ont essayé d'améliorer le sort sans succès, ont publiés. Ce serait un tel manque de travail de votre part, miss, vous qui nous avez habitués à mieux !
—Je vous répondrais que si, je les ai trouvés et que j'avais déjà tiré les mêmes conclusions. Et je rajouterais que ce n'est pas le sort que je cherche à améliorer mais le procédé de stase. D'où la potion.
—Les guérisseurs utilisent le sort d'une manière très efficace. Pourquoi perdre son temps à inventer une potion.
Hermione commença à s'impatienter aux objections que lui opposait son professeur. Et elle laissa son énervement transparaitre.
—Combien d'aurors sont morts ou invalides à la suite d'un sort, d'un poison qui n'a pas été détecté ou soigné à temps. Et les membres de l'ordre. Combien de maléfices inconnu, issu de la magie noire nous…vous faudra-t-il affronter ? Mr Weasley a faillit mourir l'année dernière à cause de ce maudit serpent. S'il avait été trouvé ne serait-ce qu'un instant plus tard…
Elle s'interrompit, ne voulant pas exprimer tout haut ce qui aurait pu se passer.
—Dans ces circonstances une potion n'aurait pas d'avantage pu l'aider, répliqua son professeur. Le sort lui-même n'aurait pas réellement retardé l'inévitable. Or une potion, je vous le rappelle, met du temps avant d'agir.
—Sauf si elle peut être prise en prévention et ne s'activer que si quelque chose altère l'intégrité du corps.
Rogue la regarda fixement. Elle avait, de toute évidence, réfléchie au sujet. Si c'était un prétexte pour attirer son attention, elle était plus inventive que les autres filles qui n'avaient rien trouvé de mieux que les retenues (du moins avant que Rusard ne s'en occupe) ou, à la rigueur, demander des conseils de lecture.
—C'est ambitieux.
—Mais pas impossible. Je suis sûre qu'une potion peut permettre de maintenir une stase bien plus longue sans les effets pernicieux du sort. Mais je veux surtout qu'elle fonctionne efficacement contre les maléfices les plus dangereux de magie noire.
L'image d'une main noircie et desséchée apparut instantanément dans l'esprit de Severus. Mais il étouffa impitoyablement le timide soupçon d'espoir qui avait envahi son âme.
—Miss Granger, élaborer une telle potion, si cela s'avère possible, ne se fera pas du jour au lendemain. Elle ne sera pas prête pour sauver les irresponsables qui vous tiennent lieu d'amis des conséquences de leur prochaine escapade. Car c'est bien pour Potter que vous vous êtes mis cette folie en tête.
« Il écoute ce que je lui dis ou quoi ? C'est pour l'ordre ! …Bon ok, et pour nous aussi ! Et puis, depuis quand mes motivations l'intéressent-elles ?...Quoique, avec les greluches qui sont à ces trousses, peut être plus que d'habitude. Il doit espérer que se soit la vrai raison. Non mais il ne pense tout de même pas sérieusement que je vais lui répondre que c'est pour compter fleurette ! … Ohh !... »
—Non monsieur, c'est le moyen que j'ai trouvé pour flirter avec vous !, lâcha-t-elle pince-sans-rire et avec une pointe d'insolence. Elle dut se retenir de sourire à la lueur horrifiée qui apparut fugacement dans les yeux de son professeur. Puis elle continua en laissant échapper un soupir exaspéré :
—Bien sûr que je veux le protéger, avec le détraqué à face de serpent qui lui court après. Je ne vois pas ce qu'il y a de mal à ça.
« La petite garce ! Elle l'a fait exprès.»
—Miss Granger, dit-il d'un ton cinglant, je n'ai pas le temps de vous apprendre à mener une recherche. Cela implique rigueur, patience, perspicacité et des compétences intellectuelles que l'on appelle esprit critique et remise en question. Il n'y a pas de place pour l'hyper-sentimentalité douceâtre qu'affectionnent les gryffondors et encore moins pour leur arrogance et leur aplomb frisant l'impertinence.
—Arrogance et impertinence ne sont pas l'apanage de ma maison, Monsieur, je connais des serpentards qui sont des maîtres en ce domaine, rétorqua-t-elle. Et vous n'avez pas à m'apprendre quoi que se soit.
Rogue se planta devant l'effrontée, la dominant de toute sa hauteur. D'une voix vibrante de colère rentrée, il cracha :
—Alors vous n'avez rien à faire ici Miss.
Elle saisi une épaisse liasse de feuilles dans son sac et, avec un regard provocant, les jeta sur le bureau.
—J'ai commencé à rassembler les informations nécessaires et à émettre des hypothèses. C'est bien la méthode à employer lors d'une recherche, non ? Donc je ne pense pas avoir besoin de vos conseils sur ce point.
Rogue, curieux, musela sa colère et regarda les notes étalées devant lui. Chaque parchemin était couvert de la même écriture fine et serrée qu'elle utilisait dans ses devoirs. Mais l'espace entre les lignes était plus large, et recevait les remarques personnelles de la jeune fille, écrites à l'encre verte. Juste quelques mots, parfois une phrase, un point d'interrogation et ce qui semblait être un système de renvoi. Elle avait décortiqué l'effet de stase pour en comprendre le fonctionnement sur chaque organe; elle avait établi des correspondances avec d'autres potions, dont les effets plus ou moins similaires pouvaient permettre de trouver les premiers ingrédients. Il voyait bien que plusieurs choses pouvaient être améliorées, des impasses évitées. La lecture de quelques livres de la réserve pourrait corriger certaines aberrations, fruits d'un manque d'information. Oui, maintenant qu'il se penchait sur le problème il apercevait plusieurs manières de…
Il s'arrêta brusquement, choqué par la voie qu'empruntaient ses pensées. Il ne voyait pas comment la situation avait pu, encore une fois, lui échapper à ce point. Voilà qu'il envisageait sérieusement d'aider son élève. C'était inconcevable ! Il ne pouvait pas faire ça. Ce n'était pas le sujet le problème, mais elle. Une élève. Or plus il limitait les contactes avec cette espèce ennuyeuse qui formait la majorité de la faune de Poudlard, mieux il se portait. Ce n'était pas comme s'ils étaient capables de pensées autonomes et de conversations intelligentes. Même elle ne devait pas être bien différente.
Malheureusement, un nouveau coup d'œil à ses notes réduit à néant cette illusion. Certaines annotations montraient, sans aucun doute possible, que loin d'être un perroquet qui recrachait sans comprendre ce quelle apprenait, la jeune fille devant lui possédait une solide capacité de réflexion et une bonne dose d'esprit critique. Son travail reflétait la complexité du sujet et possédait les qualités requises pour une thèse universitaire. C'était brillant. Et c'était énervant.
Il hésita. Il était tenté, séduit par la perspective d'une telle recherche, mais il ne voulait pas, mais alors absolument pas l'aider. Surtout qu'elle n'était pas n'importe laquelle de ses élèves, mais la Miss je-sais-tout la plus insupportable de toute sa carrière d'enseignant. Une élève qui, cette fois ci, n'agissait pas comme d'habitude. Envolée la jeune fille intimidée et respectueuse. Elle défendait son projet avec passion et pour cela, lui tenait tête et s'amusait allégrement à ses dépens. Déjà qu'il ne pouvait pas la souffrir en temps normal, mais s'il ne parvenait plus à la remettre à sa place, cela deviendrait vite invivable. Cependant, d'après ce qu'il voyait, elle menait ses recherches depuis plusieurs semaines et avait formulé un grand nombre de remarques pertinentes. Cela en valait peut être la peine.
« Et si… rien ne peux le sauver…mais ralentir encore un peu plus… »
D'une voix calme, il rompit le silence qui s'était installé pendant qu'il parcourait les notes.
—Pourquoi sollicitez-vous mon aide ?
—Contrairement à ce que vous pensez, je suis consciente de ne pas tout connaitre. Je n'y arriverais pas sans un guide…
—Non, pourquoi moi en particulier ?
—Oh ! Ça m'a semblé évident ! Vous êtes un chercheur d'excellente réputation, membre de l'ordre et le seul qui réunisse les savoirs et les compétences en potions et en magie noire… Et je préférerais éviter de …quémander l'aide du professeur Slughorn.
—Ne faites vous donc pas partie de son club ?
—Si, mais ce n'est pas pour cela que j'apprécie de devoir lui être redevable. Parce qu'il va le prendre comme une faveur.
—Et pas moi ? Vous avez une haute opinion de mon altruisme Miss, déclara-t-il d'un air sardonique.
—Pas vraiment non ! Je pensais plus que vous le prendriez comme un défi, répliqua-t-elle en souriant d'un air innocent et en faisant totale abstraction de son regard soudainement glacial. Evidement si vous refusez je serais obligée d'aller le voir… Et je crois que Remus pourra également m'aider.
Cette dernière phrase, murmurée sur un ton pensif, semblait s'adressait plus à elle-même qu'à Rogue. Néanmoins elle eu pour effet de vaincre ses dernières réticences.
« Ah c'est pas vrai! Elle ne peut donc pas se contenter de rester une encyclopédie ambulante ! Mais non, Mademoiselle veut se servir de ses neurones et il faut en plus qu'elle essaie de révolutionner le domaine médical. »
Il jura intérieurement. Elle n'abandonnerait pas et il ne pouvait décemment pas la laisser entre les mains de Lupin ... et de Slughorn. Lupin était Lupin. Et le professeur de potion avait une attitude trop dilettante pour s'impliquer réellement avec sérieux dans un tel projet.
Le silence régna de longues minutes.
—Très bien, je suis d'accord pour superviser vos recherches, finit-il par lâcher. Vous me ferais parvenir vos notes régulièrement et je vous les rendrais avec mes corrections et des suggestions de pistes à explorer. Pas de rencontre en tête à tête, si vous avez des questions, posez les par écrit et pas un mot à quiconque. Est-ce clair ?
Il était plus ou moins rassuré sur le sérieux d'Hermione, cependant certaines précautions s'imposaient. Surtout que les yeux de la jeune fille se mirent à briller de joie et qu'un sourire digne d'un matin de noël étirait ses lèvres.
—Oui monsieur, cela me convient tout à fait. Je vous remercie.
—Parfait, puisque nous nous sommes mis d'accord, pouvez-vous enfin me débarrassez de votre présence?
Hochant la tête, elle lui abandonna ses notes et se dirigea vers la porte. Au moment de passer le seuil elle se retourna et lança :
—Oh, Monsieur ! Les autres filles elles vont finir par se calmer. Enfin peut être pas toutes, mais la grande majorité.
Rogue n'eut pas le temps de répondre qu'elle était déjà partie. D'ailleurs il n'aurait pas su quoi dire, prit de court par cette dernière réplique. Et puis, un détail le frappa : est-ce qu'elle n'avait pas dit « les autres filles » ?
OoOoOoOoOoO
Hermione parcourait les couloirs d'un pas tranquille. Rien dans son attitude n'indiquait quoique ce soit d'extraordinaire. Seul son sourire trahissait la douce euphorie qui l'habitait. Après tout elle venait d'accomplir pas moins de deux exploits dignes d'un héros de légende. D'abord, s'assurer pour cette recherche qui lui tenait tant à cœur, le concours de Severus Rogue, spécialiste réputé (au sein de la sphère restreinte des chercheurs) à la fois pour son immense compétence, son extrême mauvais caractère et la sélection plus que rigoureuse qu'il opérait dans le choix des projets auxquels il participait. Ensuite, ce qui n'était pas des moindres, réussir là où toutes les autres filles de l'école avaient échoué : engager avec lui une relation durable autre que celle qui existait traditionnellement entre maître et élève.
Il est vrai que cette relation serait ténue, puisqu'elle aurait lieu uniquement par écrit, mais c'était bien plus que ce dont pouvait se vanter les pimbêches qui poursuivaient le professeur de leur assiduités. Hermione avait décroché une chance unique de lui prouver qu'elle n'était pas seulement une gamine insolente et sans cervelle, et ainsi, essayer de surmonter les inconvénients qu'elle avait le malheur de cumuler avec lui, tel que : être son élève, appartenir à la maison gryffondor, et compter Harry Potter parmi ses meilleurs amis. A la réflexion, l'échange de lettres était préférable. De plus elle risquait moins de paraître idiote, de perdre ses moyens ou son calme, que si elle se retrouvait en sa présence et devenait complètement paralysée par ses yeux noirs et la peur de perdre des points.
Oh, elle était bien capable de lui tenir tête lors d'une discussion, elle venait juste de le prouver, mais en oubliant momentanément, au prix d'une concentration intense, à quel point il était intimidant. Et c'était trop éprouvant nerveusement pour qu'elle réessaye à chaque rencontre. Surtout que cette fois-ci, elle n'avait réussi à maîtriser la conversation qu'en se préparant à contrer les possibles arguments qu'il aurait pu émettre. Il n'était pas certain qu'elle puisse le faire pour chaque tête à tête. Non, décidemment, les lettres étaient bien plus confortables. Elle resterait elle-même et ses tentatives de répondre, dans la même veine, aux commentaires ironiques qu'il ne manquerait pas de lui faire seraient bien plus probantes. Or Hermione était convaincue que la capacité à répondre (ou à tenter de répondre) à ses piques et traits d'esprits était le meilleur moyen de gagner son estime et de le séduire.
Enfin, séduire; autant se mettre à croire aux créatures imaginaires de Luna, elle avait plus de chance de les apercevoir ! Dans l'immédiat il était plus sensé d'obtenir du professeur une collaboration cordiale, ou au moins un cessez le feu dans le domaine des remarques blessantes et méprisantes. Hermione ne se faisait pas d'illusion, seules quelques années supplémentaires lui permettraient de gagner suffisamment d'aisance, de sophistication pour abattre les résistances de Severus Rogue ainsi que lui faire oublier qu'il était pour l'instant l'objet d'une chasse à l'homme de la part de l'ensemble des femelles de plus de 15 ans qu'abritait le château (et de quelques garçons également). Certes, elle ne pouvait savoir avec certitude si le professeur Rogue avait cru à la blancheur immaculée de ses intentions. Mais cela lui importait peu. L'ambiguïté pouvait se révéler très amusante. Et les rumeurs qui courraient sur elle l'aideraient grandement à maintenir cette incertitude.
De l'avis général, Hermione Granger ne remarquerait pas le sexe opposé même s'il lui frappait la tête avec un livre. Son comportement de jeune fille sage et studieuse, toujours respectueuse des règlements (sauf quand Harry avait des problèmes, évidemment) confirmait cette impression. Personne ne pourrait s'imaginer qu'elle avait eu le…, eh bien « coup de foudre » était peut être le terme approprié, pour son professeur et qu'elle projetait de le conquérir en s'insinuant petit à petit dans sa tête puis dans son cœur; surtout qu'elle agissait à l'inverse de ses camarades, qui étaient tout sauf discrètes, et plusieurs semaines après l'incident. De quoi égarer les soupçons, y compris ceux de sa proie.
Hermione dépassa la bibliothèque et se pressa le long des couloirs déserts afin de gagner une salle inutilisée, dans laquelle elle aimait se réfugier ces derniers temps pour réfléchir tout à son aise, sans être dérangé par les demandes d'aide de ses camarades ou la sollicitude de ses amis. Elle en avait eu bien besoin pour éclaircir le trouble qui l'avait envahie depuis ces trois dernières semaines. Car elle n'avait pas reconnu tout de suite éprouver un quelconque sentiment amoureux. En fait, pendant plusieurs jours, elle n'avait pu admettre que Rogue avait provoqué en elle plus qu'un émoi passager. Après tout elle n'était pas fille à s'amouracher pour un physique, si fascinant soit-il. Le souvenir du professeur Lockhart, qui avait fâcheusement et inopinément refait surface, fut fermement refoulé au fin fond de sa mémoire. Elle n'avait que 13 ans à l'époque ! Elle était plus mature à présent. Elle avait besoin, de la part d'un homme, davantage qu'un corps d'athlète. Elle aspirait à quelqu'un d'intelligent, de brave, de loyal, de tendre, de respectueux. Mais il fallait bien avouer que son professeur présentait ces qualités. Du moins la plupart. A part le côté relationnel où il avait de sérieux manques, il était quasiment parfait.
Ce qui l'avait contraint à reconnaître la réalité de ses sentiments (ou de ses désirs), fut les accélérations subite de son cœur quand il apparaissait au détour d'un couloir et les nombreux fantasmes qui envahissaient spontanément ses pensées quand son esprit dérivait loin des préoccupations scolaires et qu'elle contemplait, bien à l'abri derrière les rideaux de son lit à baldaquin, le portrait dessiné par Hannah. Comme la plupart de ses camarades, elle l'avait précieusement déposé dans sa malle, ne le sortant plus du dortoir. Inutile de tenter le diable. Si la rumeur d'un tel dessin parvenait aux oreilles du maitre des potions, même les sorts de dissimulations, appris l'année précédente pour cacher aux yeux d'Ombrage l'entretien d'Harry dans le Chicaneur, ne résisteraient pas aux tentatives du professeur pour passer outre. Et il était hors de question de l'affronter sur ce sujet. Les préfètes n'y survivraient pas. De plus Ron et Harry, avaient mal accepté qu'elle fasse, selon eux, les yeux doux à un stupide morceau de parchemin. Elle se contentait donc fort bien de l'admirer en cachette et de rêver des choses les plus innocentes (comme un sourire ou un compliment) aux plus sensuelles.
Arrivée à la classe qui lui servait de refuge, elle s'installa confortablement sur le rebord d'une fenêtre et consulta sa montre. Il lui restait une demi-heure avant la prochaine leçon. Suffisamment pour rependre le fil de ses pensées, retrouver son calme et essayer encore une fois de démêler l'écheveau compliqué de ses sentiments.
Rêver, et uniquement rêver, c'était ce qu'elle s'était décidée à faire, dans un premier temps, puisqu'elle était résolue à oublier cette lubie d'adolescente; sauf que le comportement de son professeur ne lui avait pas facilité les choses. Elle n'avait pu en être sûre au premier abord, mais il semblait lui accorder plus d'attention. Elle n'était pas naïve au point de croire qu'il nourrissait un intérêt romantique à son égard. C'était complètement ridicule. Néanmoins c'était hautement intriguant. L'attribution des cinq points confirma son impression. Il l'avait fixée d'un regard perçant et il avait paru irrité par son absence de réaction. Elle avait aussitôt compris qu'il était vexé par son indifférence apparente, alors même qu'il détestait être l'objet de ces marques d'affection « exaspérantes et ridicules» que les autres élèves lui déversaient en abondance. Cela l'amusa beaucoup sur le coup, et après aussi d'ailleurs.
Surtout que son indifférence supposée était artificielle.
Elle sourit de nouveau à ce souvenir et remercia mentalement encore une fois celui qui avait eut la bonne idée d'inventer le sort de sinerubescere qui permettait de maîtriser les réactions physiques dues à de fortes émotions. Très pratique pour éviter de rougir ou de balbutier comme une idiote devant un professeur qui prenait un malin plaisir à mettre mal à l'aise et à humilier à la moindre occasion. Après un premier cours très inconfortable, elle n'avait eu aucuns scrupules à utiliser ce sortilège, trouvé par hasard pendant sa cinquième année, en faisant des recherches sur les moyens de tenir certaines informations secrète. Elle l'avait cependant conservé dans un coin de sa tête, toute connaissance étant bonne à prendre.
Ce fameux cours des cinq points l'avait amené à revenir sur sa position précédente. D'une manière ou d'une autre son professeur se préoccupait de ce qu'elle pensait. Hermione se détachait donc de la masse indistincte des élèves dont il se désintéressait complètement en temps normal (sauf pour les remarques au vitriol qu'il distribuait généreusement), bien qu'elle se doutât que son opinion sur elle soit, au mieux, mauvaise, au pire, irrémédiablement catastrophique. Toutefois, puisqu'il souhaitait apparemment que la préfète des gryffondors cherchât à l'attirer dans ses filets et se conduise comme les autres idiotes, ne devait-elle pas lui donner satisfaction? Ce n'était pas un homme qu'il fallait contrarier ! Mais elle le séduirait à sa manière, en évitant de se ridiculiser autant que possible. Elle espérait simplement ne pas se briser le cœur dans le processus. Voir ses sentiments ignorés et rejetés était déjà suffisamment douloureux, mais Rogue ne se contenterait certainement pas de cela si la Miss Je-sais-tout faisait la bêtise de lui avouer ses tendres penchants. Il lui piétinerait allégrement le cœur et l'humilierait à chaque fois qu'il lui en prendrait l'envie. Pour préserver sa tranquillité, il n'hésiterait pas à se montrer cruel. Hermione ne pouvait qu'espérer être assez habile pour entrer dans la vie de Severus Rogue sans se trahir et bénéficier d'assez de temps afin d'éclaircir le tumulte intérieur qui lui servait momentanément de cœur.
Parce que, pour être honnête avec elle-même, elle n'arrivait pas à savoir si ce qu'elle ressentait était un simple béguin, le désir d'une aventure sans lendemain ou un sentiment plus profond. Car, en même temps, elle ne pouvait ignorer ceux que provoquait en elle un autre garçon : Ron, l'ami qui pouvait devenir plus, tellement plus. Il rayonnait de chaleur, d'humour, de tendresse; il incarnait le cocon confortable et rassurant dans lequel elle aimerait se lover. Enfin, une fois qu'il aura fini de faire le crétin et qu'il se sera décollé de Lavande Brown ! Rogue quant à lui, était un mystère, un abîme insondable, à l'image de ses yeux noirs. Une force irrésistible et une aura de danger émanaient de sa personne et constituaient un charme troublant. La violence de ses inimitiés prouvait qu'il était capable de passion : brûlante, ardente, excessive, éternelle. A l'opposé de son attitude froide. Il était stimulant, exigeant, intellectuellement parlant bien sûr.
Au final, deux hommes complètement différents, mais avec une capacité identique à aimer, à pousser à bout les nerfs de leur entourage et à donner des migraines. Seulement impossible, pour l'heure, de faire un choix. De toute façon, même si elle avait une préférence, il faudrait quand même réussir à décrocher l'attention de l'heureux élu. Ce qui n'était pas une mince affaire entre une tête de mule bornée, insensible et sans tact d'un côté, et une tête de mule acariâtre, sarcastique et sadique de l'autre. Mais pourquoi fallait-il qu'elle se complique la vie en tombant amoureuse, en même temps, de deux hommes absolument rétifs à toute campagne de séduction normale? Il fallait tout asséner à coup de marteau à Ron pour qu'il se rende compte de quelque chose, et il était hors de question d'aborder Severus Rogue comme n'importe quel mâle banal, sous peine de le voir refuser toute interaction sociale autre que les échanges d'injures et de regards meurtriers. C'en était désespérant.
Une légère sonnerie retentie, brisant le silence apaisant de la pièce. Il était temps de quitter son havre de paix et de retourner à sa vie effrénée d'élève modèle. Elle se leva et soupira. Elle n'y voyait pas plus claire qu'auparavant. Elle avait l'impression de ne plus rien maitriser et elle détestait ça. Mais bon, les sentiments, c'était compliqué, encore plus quand l'adolescence et son cortège d'émotions en montagne russe s'en mêlaient. Et puis, elle n'avait pas la capacité d'Harry à se tirer de situation impossible en trois coups de cuillère à pot. Bien qu'elle douta que lui-même pu réussir à résoudre un tel casse-tête. Il n'était pas spécialement doué quand les émotions entraient en jeu.
Hermione repoussa l'idée tordue de lui demander; conseil à défaut de lui apporter une réponse (celle ci était évidente) la réaction de son ami serait sans aucun doute très divertissante. A la place elle prit une grande inspiration et focalisa son esprit sur son problème le plus immédiat : son cours d'arithmancie. Les hommes, et la foule d'ennuis qu'ils provoquaient, pouvaient bien attendre qu'elle ait fini de débattre avec ses camarades de la pertinence de l'utilisation du nombre d'or dans le système d'équation morganien. Au moins, avec la logique, elle était sûre d'avoir le dernier mot.
Fin…
Et les autres professeurs dans tout ça ?
Poudlard étant Poudlard, rien ne reste secret bien longtemps.
Severus fut persuadé qu'Albus avait vendu la mèche jusqu'à ce qu'il aperçoive une scène un peu trop familière, incluant représentantes du sexe féminin et parchemin, en entrant dans la salle des profs. La détentrice de l'objet suspect, le professeur Sinistra, s'empressa de le ranger et de filer sous prétexte de copie à corriger, tandis que les professeurs Chourave et Bibine, qui regardaient par-dessus l'épaule de leur collègue, entamaient une conversation animée sur la probabilité infime d'une victoire des Canons de Chudley.
D'après les professeurs McGonagall et Vector, qui faisaient tout leur possible pour rester sérieuses, Poppy Pomfresh demandait avec insistance au directeur que Rogue remplace le professeur Binns. En Histoire de la magie elle était sûre de ne plus recevoir un flux continu d'élèves plus ou moins amochés, juste des jeunes filles hystériques.
Sybille Trelawney décida soudainement de prendre ses repas avec les autres professeurs.
Et si Rogue s'attendait à recevoir des marques de soutien ou de sympathie de ses collègues masculin, il en fut pour ses frais. Hagrid compatit mais ne prit pas l'affaire au sérieux. Filius Flitwick se remémora avec bonheur ses jeunes années en tant qu'enseignant. Slugohrn plaisanta en affirmant que ce n'était pas un club mais un harem que son collègue pouvait former. Ce qui ne manqua pas de déclencher des paris sur qui serait sa favorite ; paris qu'un certain directeur se fit un plaisir de prendre.
FIN
Voilà, c'est fini! Ou presque! Mon imagination galope toujours autant et me montre une suite possible. Et j'ai bien envi de voir comment je peux réellement réunir nos deux héros. Alors, à bientôt j'espère.
