J'eus le plaisir d'avoir une nuit de sommeil entière, sans aucun désagrément : quel bonheur! Je saisis mon téléphone et regardai l'heure : 18h24. Nous partions de la maison pour les cours aux alentours de 20h30, alors ça me laissait du temps.
Je me redressai et m'étirai tranquillement, puis me levai et m'habillai en prenant mon temps, sans pour autant trop traîner : une paire de sous-vêtements simple, un T-shirt noir ample - qui était deux tailles au-dessus de la mienne - à manches longues et s'arrêtant en dessous de mes fesses, un jean noir cintré et une paire de baskets unie sous laquelle j'avais bien évidemment enfilé des chaussettes. Je passai par la case salle de bain, en profitant pour me rincer le visage et coiffer mes cheveux noirs, et attrapai un livre dans ma valise avant de sortir de ma chambre, direction la salle à manger pour me prendre quelque chose à mettre sous la dent.
À peine je mis un pied hors de ma chambre que je rentrai dans quelque chose de dur, manquant de m'étaler par terre, réussissant miraculeusement à m'agripper à la poignée de la porte de ma chambre. Je levai les yeux afin de trouver la cause de ma quasi-chute : Shuu se trouvait juste devant moi.
"Euh... Qu'est-ce que tu fais là..?" demandai-je, en haussant un sourcil.
"Mh, je passai juste..."me répondit-il d'une voix désintéressée.
"OK... Euh, dis-moi, tu ne saurais pas où-"
C'est à ce moment précis que mon estomac gargouilla, semblable à
une baleine qui hurle. Je rougis, embarassée, et Shuu me devança, prenant la parole avant moi :
"Si tu cherches la cuisine, c'est en bas sur ta droite."
"A-ah, merci..." le remerciai-je d'une voix gênée.
"Mhh..." me répondit-il, si on pouvait appeler ça une réponse.
Je m'empressai alors de reprendre ma route vers la cuisine d'un pas, afin de me trouver quelque chose à me mettre sous la dent. Je dévalai les marches des escaliers quatre à quatre et continuai mon trajet jusqu'à ce qu'une voix réprobatrice m'interrompe :
《Tes manières sont vraiment déplorables.》
Je soupirai intérieurement. Parce que le fait que je ne descende pas les escaliers comme une demoiselle bien élevée, ça allait changer quelque chose à ta vie?
《Tu m'en verras désolée.》rétorquai-je avec ironie tout en faisant une révérence moqueuse.
Il renifla avec mépris avant de remonter ses lunettes, très probablement agacé par mon "insolence" (je suis prête à parier que c'est comme ça qu'il appelle mon excédent de répondant) avant de reprendre d'une voix froide :
"Enfin, je vois que tu es levée et habillée. Tant mieux, je n'ai donc pas à venir te chercher pour t'annoncer que nous allions petit-déjeuner."
Ah, bien sûr. Vu que je vivais désormais chez des vampires, je devais donc m'habituer à leur style de vie, ce qui incluait donc apparemment prendre le premier repas de la journée à 19 heures.
"Et on mange où?"
"À ton avis?" soupira-t-il d'un air agacé.
Ça, c'était mérité. A moi et mes questions idiotes...
"Tu ferais mieux de te dépêcher, hors de question que nous attendions une humaine aussi insignifiante que toi pour commencer à manger. "
"Gneugneu, humaine insignifante" mimai-je hautainement en mon fort intérieur.
"J'arrive... " soufflai-je d'une voix contrariée.
Le repas fut très... peu commode, si je puis dire. Il s'était déroulé dans un silence complet et des plus pesants, à l'exception de quelques tentatives de Laito cherchant à se rapprocher de moi de manière perverse qui avaient été interrompues par Reiji, pour changer, mais je n'allais certainement pas m'en plaindre. Ma nouvelle vie au sein de ce nouveau lycée (et également au sein de cette nouvelle maison) fut très répétitive durant la semaine qui suivit ce fameux repas (à savoir me lever, m'habiller, manger, aller en cours, revenir et esquiver les six frères, me doucher puis dormir), et nous y sommes maintenant : le début de ma deuxième semaine depuis que j'habite chez les frères Sakamaki.
Je descendis de la limousine et suivis Reiji direction notre salle de classe avec notre premier cours de la journée, à savoir maths. Je me déconcentrai bien vite, trop occupée à gribouiller des dessins dans la marge de ma feuille pour prêter attention aux paroles de notre professeur. De toute façon, j'ai déjà vu ce sur quoi porte le cours, alors je n'hésiterai aucunement à m'épargner la peine d'écouter si je peux le faire. Les cours qui suivirent furent aussi ennuyants que le premier, à part pour les sciences - probablement une des seules matières qui retient mon intérêt.
Je pris mon temps pour prendre mes affaires et sortir de la salle lorsque la sonnerie annonçant la pause du "midi" retentit au sein de l'établissement et me dirigeai vers les toilettes, histoire de me passer de l'eau sur le visage. Je marchais tranquillement dans les couloirs, arrivant à destination, et c'est lorsque je me retournai afin de m'en aller que quelque chose - ou plutôt quelqu'un - me percuta de plein fouet, me faisant reculer de quelques pas.
"Ouch!" lâchai-je d'une voix étouffée.
"C'est toi, n'est-ce pas?" siffla mon interlocutrice à mon égard.
Une fille aux cheveux bruns, mi-longs, attachés en une queue de cheval haute et aux yeux de même couleur que ses cheveux me faisait face. Elle doit sans doute avoir un an de moins que moi, vu le physique qu'elle a.
"Hein?"
Elle renifla d'un air méprisant avant de reprendre, en pointant son index vers moi :
"Ne fais pas l'innocente! C'est toi qui vit chez les Sakamaki et qui a rejoint le lycée la semaine dernière, non? Je t'ai vue arriver avec eux!"
"Euh, oui, c'est bien moi..." fis-je en haussant un sourcil, me demandant ce qu'elle me voulait sans pour autant comprendre là où elle voulait en venir.
"Huh! Franchement, je ne vois pas ce qu'ils trouvent à une fille aussi pathétique que toi!" siffla-t-elle avec dédain.
Deux minutes qu'elle me parle, pourtant je crève déjà d'envie de lui en coller une.
"Dans tous les cas, qu'est ce que ça peut te faire que je sois arrivée avec eux?" soupirai-je d'une voix passablement énervée.
"Qu'est-ce que ça peut me faire, hein..? Eh bien, c'est très simple, tu vois: Reiji est à moi, et tu tournes beaucoup trop autour de lui à mon goût, alors si tu ne veux pas d'ennuis avec moi, tu vas arrêter de le côtoyer, hm?"
Le "Reiji est à moi" fut de trop pour moi, si bien que j'avalai ma salive de travers et m'étouffai dessus, ce qui masqua au passage l'éclat de rire qui avait tout juste menacé de m'échapper.
"P-pardon?!" parvins-je à lâcher avant de tousser, m'étouffant toujours.
"Tu as très bien entendu!" me répondit-elle.
"T'as une case en moins, non? T'es sûre que tu vas bien?" lui demandai-je incrédule.
Son air hautain se tordit en un rictus haineux qui laissait transparaître tout le mépris qu'elle éprouvait à mon égard.
"Je ne permettrai pas à qui que ce soit de me parler comme ça, et surtout pas à un monstre comme toi!" cracha-t-elle.
Cette sale petite...
"Je ne pense pas avoir besoin de l'autorisation d'une idiote au QI négatif qui croit que le monde tourne autour d'elle pour exprimer mon avis, en particulier lorsqu'il est fondé." rétorquai-je d'une voix glaciale.
Elle ricana d'une voix moqueuse avant de reprendre :
"Ne t'inquiète pas pour ça. Ce serait dommage que les Sakamaki te voient d'un œil suffisemment mauvais pour t'éviter, non?"
"Que..."
Elle me saisit par le cou et me plaqua violemment contre un des miroirs qui se trouvaient à ma droite.
Je retins un gémissement de douleur en sentant les éclats de verre me transpercer le haut de mon dos, et lui jetai un regard assassin.
"Tu crois vraiment pouvoir t'en sortir ainsi en me provoquant aussi ouvertement?" ria-t-elle.
J'aggripai son poignet et l'enserrai aussi fort que je le pouvais afin de lui faire lâcher prise, avant de le lui tordre, ce qui la fit crier.
"Ahhh! Espèce de..."
Malheureusement pour elle, je n'entendis jamais la fin de cette phrase. Je vous épargnerai la suite, mais ça ne s'est pas bien finin ni pour elle, ni pour moi, ce qui était probablement la raison de mon retour à la limousine avec un bon quart d'heure -que dis-je, une bonne demi-heure- de retard, la tête baissée, suivant un Reiji furieux d'un pas traînant. Nous nous installâmes dans la voiture sous les regards curieux des autres vampires, dans un éternel silence qui fut bien vite interrompu par la voix chargée de reproches de Reiji :
"Ce n'est pas croyable, cela ne fait même pas un mois que tu as intégré le lycée, et tu n'es toujours pas capable de te tenir correctement. Quel conduite lamentable..."
Je dérivai complètement lorsqu'il commença à énoncer ce que j'avais fait subir à la brune insupportable qui était venue m'emmerder quelques heures plus tôt -et qui avait pris largement plus cher que moi niveau blessures, je peux vous l'assurer-, tamponnant ma tempe droite avec la compresse imbibée de désinfectant que l'infirmière avait eu la gentillesse de me passer histoire que j'aie pu tenter arrêter quelque peu le saignement avant de m'être faite oralement assassiner par le directeur.
Je marmonnai un "ça va, je l'ai à peine frôlée" approximatif qui me valut un regard noir de Reiji et un énième avertissement de sa part, auquel je répondis par un haussement d'épaules indifférent qui me garantit ma mort prochaine par empoisonnement.
Je me dirigeai directement vers ma chambre lorsque je fus sortie de la limousine après une série de reproches et menaces interminable, direction la salle de bain. Je me déshabillai et me douchai puis enfilai un "pyjama" (un vieux jogging et un sweatshirt à manches longues beaucoup trop grand) et attachai mes cheveux en un chignon haut afin d'observer les blessures que m'avaient causé les éclats de verre.
Malheureusement pour moi, je n'eus pas l'occasion d'observer mes blessures vu qu'à l'instant où j'eus fini d'attacher mes cheveux, deux mains froides se posèrent sur mes épaules, les tenant fermement. Je relevai la tête vers le miroir et eus un mouvement de recul lorsque j'y apreçus le reflet de Shuu.
"Qu'est-ce que..-uh!"
Je grimaçai de douleur lorsque l'emprise de Shuu se resserra brusquement et qu'il fit glisser son bras droit afin d'enserrer ma taille, approchant dangereusement son visage de la plus grande des blessures, qui se trouvait quasiment sur le dessus de mon épaule droite et qui s'était remise à saigner.
"H-hey, si tu me mords, tentai-je en saisissant ses avant-bras, je-nhhhhh!"
"Quelle femme bruyante..." marmonna-t-il, ses crocs plongés dans ma blessure, avalant mon sang à grandes gorgées tandis que je resserrai mes mains, m'appuyant de plus en plus sur lui au fur et à mesure que ma vision s'assombrissait.
"S-si tu continues, essayai-je de l'avertir d'une voix tremblante, je v-vais finir par..."
Ce furent les derniers mots qui m'échappèrent avant que je sombre dans les ténèbres, mes jambes cédant sous moi, sentant l'emprise de Shuu se resserrer autour de ma taille afin de m'empêcher de m'écrouler à terre.
