HIII. Heu. Bonjour, de nouveau. Et vraiment tous mes remerciements pour votre passage et peut-être lecture de Snowball. C'est tellement adorable et chouette et génial et oui j'arrête là, c'est promis. (Mais, merci, encore une fois !)(Et aussi Callistontheweb pour sa review, parce que c'est terriblement cool et gentil, voilà).
Note de Chapitre (I) : Nous voilà donc au troisième chapitre, qui marque le début des chapitres « 5 000 mots » et en quelque sorte le véritable début de Snowball. J'espère, de nouveau, que cette suite ne vous décevra pas trop trop et vous souhaite sans trop radoter cette fois, une bonne lecture.
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Chapitre III : Seul. De nouveau.
(Ou Bruce Banner, Round 02.)
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Un drap blanc glissa sur le sol, et un soupir ne tarda pas à résonner dans le laboratoire. Un soupir que n'entendit absolument pas l'homme qui s'affairait un peu plus loin. Pas plus qu'il n'entendit le suivant.
Jack Frost expira lentement. Il s'ennuyait. Depuis son arrivée, ce type n'avait pas décollé une seule seconde de cet endroit. Et il n'avait pas arrêté de faire tous… ces trucs, quoi que ça puisse être. Pas un seul petit instant. Si au moins il avait fait comme Nord, se déhanchant et chantant en rythme avec une musique assourdissante, bossant bruyamment, dans un état proche du chaos. Mais non. Il était méticuleux. Et si parfois il marmonnait ou jurait, il ne s'énervait jamais vraiment. Tout au plus avait-il serré le poing, une fois. Bref, c'était rasoir. Et ça ne lui laissait comme seule alternative que celle de cogiter. Il aurait préféré éviter. Vraiment. Parce qu'il ne savait pas où il était. Il ne savait pas où se trouvait son bâton. Et sans bâton, aucun moyen de rejoindre les Gardiens, ni même de les prévenir.
Alors cogiter, c'était définitivement pas une bonne idée, parce que ça le faisait paniquer. Un peu. Très légèrement. Mais c'était pas son genre. Ouais. Absolument. Il était l'esprit du Jeu, du Fun. Il. Ne. Paniquait. Pas. C'était vraiment, vraiment, pas son style. Sauf que voilà, ses nerfs, depuis qu'il s'était réveillé dans cette pièce inconnue et immaculée, ils avaient un peu envoyé chier le style. Les raisons pour paniquer étaient juste bien trop nombreuses pour qu'il s'amuse à les lister.
Impossible d'ouvrir les portes, il était enfermé. Encore une fois, il n'avait strictement aucune idée de l'endroit où il pouvait se trouver. Ni, surtout, pourquoi. Il se souvenait vaguement d'un homme en costard du nom de Phil, qui le voyait, l'entendait, mais qui ne connaissait absolument pas son nom. Et ça, c'était juste pas possible, alors il avait repoussé le dit souvenir au loin. Il avait dû délirer. Sérieusement, délirer.
En fait, il s'était réveillé dans un tel état que ça n'aurait pas été étonnant. Encore un truc qui craignait. Jack, assis contre le mur, à même le sol, resserra un peu plus son emprise sur le drap blanc. Un long frisson remonta le long de sa colonne vertébrale, et en réponse, tout son corps trembla sans qu'il ne puisse rien y faire. Et ça, c'était certainement le truc le plus flippant de tous : il avait froid. Il n'avait jamais froid. Il n'avait pas eu froid depuis… eh bien, même s'il ne s'en souvenait pas, ça devait remonter à « avant », quand il était vivant et parfaitement humain. Ou alors, lorsqu'il s'était réveillé.
Quand il était sorti de la glace et avait posé ses yeux sur l'immense lune dans le ciel. Son réveil en tant que Jack Frost. Une éternité. L'exception. Jack Frost n'avait pas froid, c'est lui qui refroidissait les autres. Il avait même failli enrhumer la petite Quenotte, dans cette fameuse crevasse. Mais voilà, il avait froid, et si sa peau était toujours aussi pâle, elle était anormalement… chaude. Presque comme s'il était, hu… « normal ».
Jack se secoua vivement. Impossible. C'était impossible. Mais son corps était lourd. Il n'était plus léger. Même sans aucune brise, même à l'intérieur, il avait toujours eu une certaine facilité à bouger, à sauter, voire à léviter. Ça faisait partie de « ses trucs », de ce qu'il pouvait faire, de ses pouvoirs. Le jeune Gardien se pelotonna sur place. Il n'avait pas son bâton, il ne savait pas où il était. Il ne pouvait rien faire. Juste… suivre cet homme. Il ouvrait les portes, et parlait à une personne que l'adolescent ne voyait pas. Mais qui, eh bien, devait bien voir l'adulte, puisqu'elle répondait, et actionnait visiblement des bidules à distance. L'esprit ne comprenait pas totalement la situation (et c'était loin de le dire), mais il avait bien intégré que s'il voulait sortir de là, il allait devoir suivre le type en blouse. Quand il l'avait aperçu la première fois, il s'était tendu, mais l'inconnu, et ce, même s'il regardait droit dans sa direction, ne le voyait pas. Pas une seule seconde.
Jack avait eu un sourire désabusé. Il avait l'habitude. Et qu'un adulte ne le voie pas était parfaitement normal. Les adultes ne croyaient plus en eux. Alors que l'un d'eux le voit, lui, Jack Frost, était du domaine de l'impossible. Mais quand même, il se demandait ce qu'il faisait sur ce lit. Pourquoi s'était-il réveillé là, précisément, dans cette pièce remplie de machines à l'allure futuriste ? Est-ce que c'était... un genre d'infirmerie ? La blouse blanche pouvait appuyer cette idée, mais non, c'était juste pas possible. On ne le voyait pas, alors pourquoi chercherait-on à le soigner ? Cela n'avait pas de sens. Et puis, de quoi, exactement… Aux dernières nouvelles, les esprits ne s'enrhumaient pas.
L'adolescent fronça les sourcils, la tête douloureuse. Phil. Phil lui avait dit de ne pas s'endormir. Comme une mère l'aurait fait à un enfant particulièrement malade. Mais Phil était une hallucination, n'est-ce pas ? Bon sang, Phil était, aux dernières nouvelles, un Yéti. Pas un humain version adulte et en costard. Jack poussa un long geignement plaintif à cette réflexion, et excédé, en profita pour se trainer jusqu'à un impressionnant tableau sur trépied. Et recouvert d'équations bleues. L'esprit plissa pensivement les yeux, mais abandonna rapidement. Il n'y comprendrait jamais rien. Il baissa la tête. Ce feutre, par contre… c'était prometteur.
Avec un petit sourire de garnement, Jack se saisit du chiffon pour effacer le tout, avant de se mettre à tracer quelque chose avec de grands gestes, très concentré.
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Bruce, en pleine analyse, manqua de faire un bond prodigieux quand il entendit un feutre déraper, juste derrière son dos. Tendu, il pivota d'un bloc, une fiole à la main, l'autre tendue vers un scalpel, paré à toute éventualité.
— « Les fioles c'est cool, mais prendre une pause, c'est mieux ! » ? lit-il, effaré. Qu'est-ce que…
Quelqu'un avait effacé ses recherches et gribouillé sur son tableau. Le marqueur et le chiffon avaient disparu. L'Avengers songea un instant que Tony était rentré, mais non, ce n'était pas logique, JARVIS l'en aurait certainement averti. Si son hôte n'avait aucun scrupule à faire irruption en plein milieu d'une manipulation qui pouvait se révéler (très potentiellement) dangereuse, et ce, sans prévenir un seul instant (après tout, « il était chez lui ! »), son IA était plus précautionneuse. Ce n'était pas non plus le genre de l'agent Coulson. Et même chose, il aurait été prévenu. Depuis New York, personne ne circulait dans la Tour Stark sans que JARVIS ne soit au courant, et par extension son créateur, ou lui-même, Tony lui ayant donné « les pleins pouvoirs » quand il n'était pas là, et même quand il était là, d'ailleurs. Il n'avait visiblement pas précisé, ou l'avait fait dans ce sens en réalité, mais le niait farouchement (et la quantité d'alcool présent dans son organisme à ce moment précis avait bien dû y aider). Bref, en un mot, la tour obéissait à Bruce Banner comme à Tony Stark.
— Alors soit tu deviens sénile mon petit Bruce, soit… hum, un fantôme ?
L'homme se pinça sèchement l'arête du nez. Non, ça devenait ridicule. Il devenait ridicule. Mais il avait un patient invisible dans l'infirmerie. Il pouvait s'accorder un peu de relâchement. Lorsqu'il releva les yeux, il eut la surprise de voir le texte s'effacer de lui-même, et un nouveau message se dessiner rapidement à la place.
— « Pas un fantôme. JACK FROST ! » ? Et qui est…
Non, Bruce, ne te mets pas à parler tout seul. Ou à parler à un tableau. Tu n'es pas assez fatigué pour ça. Et tu as eu ta dose de café. Non, vraiment, tu n'en es pas à ce point-là, se maugréa-t-il, en louchant sur sa tasse presque vide. La main sur le visage, le scientifique contempla entre ses doigts un « MOI » impérieux, en lettres capitales, apparaître sur la surface blanche. Un léger sourire étira le coin de ses lèvres. Il pouvait presque sentir à travers les lettres tracées l'indignation de celui qui écrivait. Et ça sonnait tellement « Tony », en un sens, qu'il se sentit tout de suite comme… adouci.
— Bien, c'est toi. Et qui es-tu, exactement ?
Puis, pris d'une intuition subite, il fit un pas en avant.
— Serais-tu mon petit patient invisible ?
Cette fois, la réaction se fit un peu plus attendre, puis de nouveau, le texte s'effaça et la réponse le remplaça.
— « Je crois. » ? Tu… ne t'en souviens pas ?
Le docteur Banner put rapidement lire un « Pas vraiment. Mal à la tête. » sur le tableau, et cela renforça son intuition. Même si le pire était derrière lui, si son mystérieux patient s'était bel et bien réveillé, il ne devait pas être au mieux de sa forme. En fait, il n'aurait même pas dû pouvoir se lever, à l'heure actuelle.
— Humm… songea Bruce à haute voix. La situation n'est pas vraiment des plus pratiques. Et je n'ai toujours aucune preuve réelle quant au fait que je ne sois tout simplement pas en plein délire. Ce laboratoire est rempli de substances à risques, et même si cela serait assez surprenant, il ne faut présumer de rien, j'aurais pu respirer quelque chose de…
Le feutre, toujours invisible, ripa douloureusement sur le tableau, et un énorme « NON » se traça à toute vitesse sur sa surface lisse. L'écriture avait presque l'air désespérée.
— D'accord, d'accord, tempéra Bruce. Admettons que je ne délire pas. Que tout ça soit bel et bien réel. Comment… Y a-t-il un moyen pour que je puisse te voir ? Discuter par « tableau interposé » n'est pas vraiment idéal.
Un long silence sans aucun crissement de feutre s'étira. Tant et si bien que l'Avengers pensa qu'il était effectivement en pleine hallucination, et qu'il devrait peut-être changer de marque de café. Mais des lettres se tracèrent finalement les unes après les autres sur le tableau, dans une lenteur presque irréelle.
— « Il faut juste y croire. », releva-t-il à voix haute.
Poc. Le feutre retomba soudainement, et le scientifique put très nettement voir ce dernier juste réapparaître à sa place comme si de rien était. De même que le chiffon, quelques secondes plus tard. Le dénommé Jack semblait s'être, eh bien, résigné. Bruce s'approcha du tableau et retraça distraitement le contour du message du bout des doigts, pensif. Croire ? Mais croire en quoi ? Que c'était réel ? Difficile. Bien que Coulson semblait voir le dénommé « Jack » sans aucun problème. Et même si l'agent n'avait pas eu le loisir de lui révéler le nom de son nouveau patient, il était plus que probable que cela soit bel et bien la même personne.
Jack... Jack Frost.
Le « Frost » l'intriguait un peu, à vrai dire.
— JARVIS ? Pourrais-tu me lancer une recherche sur les termes Jack Frost ?
— Bien sûr, monsieur. Souhaitez-vous les résultats sur votre tablette ou sur l'écran du salon ? Ou par hologrammes, dans le laboratoire ?
— L'écran du salon, ce sera très bien, merci JARVIS. Je crois que j'ai assez travaillé pour aujourd'hui.
Et s'il avait pu entendre Jack Frost, nul doute que le docteur Banner aurait été amusé face au cri de joie qui résonna dans toute la pièce à l'entente de cette simple phrase.
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Emmitouflé dans son drap fraîchement dérobé, Jack observait Bruce tandis que ce dernier lisait. Pendant le trajet jusqu'au salon, l'adulte s'était présenté. Bruce Banner. Il avait même failli lui tendre la main, avant de se rappeler qu'il ne le voyait pas. Un bref rire sans joie lui avait échappé, et l'esprit avait eu un petit sourire torve en retour. Il n'y avait jamais vraiment songé, mais c'est vrai que ne pas le voir devait avoir quelque chose de troublant. Enfin, d'habitude, quand on ne le voyait pas, on n'était même pas au courant de son existence. C'était un peu une situation inédite. Comme de persuader un adulte de croire en lui. Il avait presque passé trois-cents ans sans que personne ne le voie. Sans qu'aucun enfant ne le voie. Et Dieu sait que les enfants avaient le pouvoir de croire. La bataille finale contre Pitch l'avait bien prouvé.
Mais voilà, ce n'était pas un enfant, c'était un adulte. Un adulte vachement sérieux, en plus. Quoiqu'il semblait… comment dire… plus ouvert que la plupart. Après tout, il ne s'était pas enfui en courant en le voyant écrire et acceptait presque d'admettre qu'il était réel. En fait, il prenait plutôt bien la chose. Jack parcourut distraitement la silhouette qui lui tournait le dos, et s'arrêta quelques instants sur les cheveux bruns. Emmêlés. Pour ne pas dire en désordre total et absolu. L'adolescent esquissa un petit sourire. Il aimait bien ce détail. Ça lui donnait un air plus jeune, moins « boulot-boulot ». Comme ses lunettes qui avaient tendance à pencher dangereusement sur le bout de son nez. Les énormes cernes et l'expression soucieuse, par contre, il n'aimait pas. Les adultes avaient toujours trop de soucis, mais celui-ci semblait en avoir vraiment... beaucoup.
L'esprit agita machinalement ses doigts dans le vide. Ha ! Si seulement il ne se sentait pas aussi à l'Ouest. Là, tout de suite, Bruce aurait bien besoin d'une petite boule de neige « Spéciale Esprit du Fun ». Quoique. Pour une fois, il se serait peut-être un peu retenu. L'adulte était en train de faire des recherches sur lui, après tout. Pour lui, même. Jack ne voulait pas rester invisible. Il ne voulait pas se retrouver complètement seul, encore une fois. Et merde. Voilà qu'il recommençait à paniquer.
Respire Jack, respire ! C'est pas la mort, quoi. En plus, Bruce est encore là, donc, il est prêt à te croire. Relaaaax, tout va bien mon pote. T'as foutu une fessée mémorable au Croquemitaine, alors c'est pas de devoir faire croire un adulte en toi qui va te retourner les glaçons !
Jack inspira et expira lourdement, plusieurs fois, avant de se calmer et de se pelotonner un peu plus contre le dossier du canapé.
Même s'il ne le voyait pas, et qu'il n'avait donc aucune idée de l'endroit où il s'était affalé ces dernières heures (c'est-à-dire un mur), Bruce avait insisté pour qu'il s'installe sur le canapé. Et avec une persévérance assez incroyable, étant donné qu'il n'avait aucun moyen de savoir si son ordre était oui ou non exécuté. Puis, c'est presque comme s'il avait su que l'esprit ne le ferait pas immédiatement. Vraiment pas incroyable. Jack laissa un sourire un peu plus franc s'épanouir sur ses lèvres. Il aimait bien Bruce.
Pendant ce temps, Bruce classait, compulsait, et lisait les données qui défilaient devant ses yeux. Des contes, essentiellement. Et des légendes. Quelques poèmes sur l'hiver, également. Ainsi qu'une poignée de films pour enfants. Lors des premiers résultats, il était d'ailleurs tombé sur Pirates des Caraïbes, et le coin de ses lèvres s'était relevé un peu nerveusement. Ce qui ne s'était pas arrangé, quand il avait été ensuite assailli de pubs pour systèmes de refroidissement dernière génération ou réfrigérateurs high-tech. Il avait alors demandé à JARVIS de faire des recherches avec les deux termes liés, et non séparés. Immédiatement, les résultats avaient été bien plus fluides, et pertinents. Quoiqu'il était difficile de juger de la pertinence de quelque chose, quand on ne savait même pas si ce qu'on lisait se rapprochait un tant soit peu de la vérité. Mais une chose était sûre : le nom de Jack Frost existait bel et bien, et ce n'était pas quelqu'un d'ordinaire. Ni même d'humain.
C'était une Légende, un être qui transportait l'hiver dans son sillage. Difficile de croire qu'il était peut-être assis sur le canapé du salon en ce moment même. Ni qu'il était aussi jeune. Si, et seulement « si », le dénommé Jack Frost existait… il devrait être bien plus âgé. Même dans ce film familial sur Noël, c'était un adulte, pas un adolescent d'environ la quinzaine. Plus le docteur Banner retournait la chose dans son esprit, plus il admettait pouvoir y croire. Éventuellement. Après tout, il s'était battu aux côtés du Dieu de la Foudre en personne contre une horde d'envahisseurs... venue tout droit de l'espace. C'était le genre de choses qui avaient tendance à bousculer quelque peu vos certitudes sur le monde. Et le Tesseract était clairement un artefact magique, même si ce dernier possédait une signature gamma. Ce qu'avait fait Loki avec son aide… c'était bien plus qu'une simple hypnose. D'ailleurs, il était difficile de réfuter encore l'existence de la magie, après avoir vu les enregistrements du dit Loki se dédoublant un peu partout sur une place d'Allemagne.
Donc oui, il pouvait admettre prudemment que l'existence de Jack Frost puisse être possible. Que c'était quasiment un enfant et qu'il était actuellement installé dans le canapé juste derrière son dos, un peu moins. Oh, il savait mieux que quiconque qu'il ne fallait pas se fier aux apparences. Mais quand même, un enfant.
Bruce poussa un long soupir et se pinça l'arête du nez, éteignant d'un geste l'écran devant lui. Il se tourna légèrement vers l'endroit où était supposé se trouver le fameux Jack Frost.
— Je pense que je commence à cerner ce que tu pourrais être, et… à admettre que cela puisse être possible. Mais cela fait pas mal de choses à prendre en compte, et je crois que j'ai besoin d'une pause. Prolongée. Plusieurs heures de sommeil, en fait. Ça… fait un peu trop longtemps que je m'y dérobe, et j'ai besoin d'avoir l'esprit clair.
Le médecin fit un vague geste de la main, qui semblait signifier « pour gérer tout ça ». Le comprendre. L'intégrer. L'assimiler.
— Et bien que je n'ai aucun moyen de le vérifier, tu m'as « dit » tout à l'heure ne pas te sentir très en forme. C'est normal. Tu as eu une sacrée fièvre. Tu ne devrais même pas être debout, en vérité.
Bruce marqua une courte pause.
— Et même si ton réveil a été une bonne chose, puisqu'on a pu commencer à se pencher sur… tout ça, maintenant, il est temps de retourner au lit. Ton corps a besoin de repos. Et pas de « mais ». Ordre du médecin, asséna l'Avengers, légèrement amusé, comme s'il avait pu entendre la protestation qui venait de fuser d'un coin du canapé. Sauf si tu comptes passer les prochains jours alité dans l'infirmerie, sans pouvoir en sortir ne serait-ce qu'un seul instant.
Nul besoin de voir son interlocuteur ni d'être grand clerc pour deviner qu'il venait de taper juste. Cela pouvait paraître un peu présomptueux, de prétendre avoir cerné en une heure à peine quelqu'un qu'on venait de rencontrer. Et qui de plus, était invisible et n'avait fait que transmettre ses pensées par écrit. Mais si Jack s'était levé malgré son état pour le suivre, c'est qu'il ne devait pas apprécier de rester coincer quelque part. Immobile, qui plus est. Et sa première prise de contact semblait confirmer cette théorie.
Bruce fit un petit signe vers le canapé, invitant son jeune patient à le suivre, avant de patienter quelques secondes puis de s'engouffrer dans l'ascenseur.
— Je t'aurais bien installé dans une des chambres… La tour en possède un nombre ridicule – et cas échant, beaucoup de pièces pouvant faire l'affaire –, mais je doute que tu apprécierais de te retrouver de nouveau enfermé. Alors je te propose la mienne. Je ne suis pas le meilleur colocataire qui soit, mais j'ai un immense canapé très confortable, et, eh bien, j'ouvre les portes, conclut-il avec un très fin sourire, en appuyant sur le bouton désiré.
Les portes se refermèrent avec un chuintement discret, et l'habitacle se propulsa droit vers l'étage réservé à Bruce Banner.
Tony Stark adorait faire les choses en grand.
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Deux heures trente. Du matin. Ses yeux bleus fixèrent encore quelques instants les chiffres rouge vif du radio réveil, avant de se détourner. Son corps roula sur le côté et un petit soupir lui échappa. Il s'ennuyait. Encore. Il n'arrivait pas à dormir. C'était comme avoir froid, il ne se souvenait pas de la dernière fois où ça lui était réellement arrivé. Bien sûr, il avait eu quelques « absences » au cours de ces trois derniers siècles, voire de longues périodes floues et obscures qu'on aurait presque pu qualifier de grosses siestes. Le temps était long, quand personne ne vous voyait, et l'inconscience semblait alors être un concept relativement cool.
Mais le Sommeil, avec la majuscule, comme il voyait les enfants le faire, les humains, il ne pouvait pas. Et rien ne prouvait qu'il pourrait le faire cette fois-ci. Pourtant, il avait mal partout, sa tête était lourde… et il aurait bien fermé les yeux, et juste lâché prise, vraiment. Si seulement Sable avait été là, il n'aurait eu qu'à lui jeter une petite boule dorée et pouf, ça aurait été réglé. Mais le Marchand de Sable n'était pas là. Aucun des Gardiens n'était là.
Il était seul. De nouveau.
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Ses yeux ne s'étaient pas fermés depuis dix minutes, qu'un gémissement déchira le silence. Jack sursauta vivement, s'empêtra dans son drap, et tomba avec fracas du canapé. L'esprit laissa échapper un petit grognement de douleur suite à la chute, avant de commencer à se débattre furieusement pour se sortir de cette espèce de prison blanche sadique. Quand il y parvint enfin, de longs instants plus tard, il se glissa prudemment jusqu'à l'immense lit au centre de la pièce. Bruce avait à moitié repoussé ses couvertures, et remuait lentement, une expression douloureuse tordant les traits de son visage.
Cauchemar.
Le mot résonna avec force dans l'esprit du jeune Gardien, qui s'accroupit, le regard triste. Si l'adulte ne lui avait pas proposé un coin de son, pourtant, « immense lit », c'était visiblement pas pour rien. Il savait que ça arriverait. Donc c'était tout sauf la première fois qu'il avait un sommeil aussi peu réparateur. Pas étonnant qu'il repousse ce moment au maximum, songea Jack, le regard voilé. Il détestait voir un enfant livré à ses cauchemars. Il détestait voir quiconque souffrir de ses cauchemars.
Ses paupières se fermèrent douloureusement, l'espace d'un instant. Si seulement Sable avait été dans le coin. Il n'aurait eu qu'à poser sa main sur l'endormi, et tout aurait pu être de nouveau paisible. Bruce aurait pu se reposer. Mais Sable n'était pas là. Pas plus que son sable doré, si chaud et protecteur. Jack tendit sa main vers le front du dormeur, inconsciemment, souhaitant juste pouvoir l'apaiser, même un peu.
Mais dès que ses doigts touchèrent la peau moite de sueur, un flash vrilla son esprit, et il dut fermer les yeux face au tourbillon d'émotions qui y déferla. Inquiétude. Tristesse. Douleur. Peur. Douleur. Colère. Peur. Douleur ...Colère. DOULEUR. COLÈRE.
RAGE.
Jack brisa soudainement le contact, incapable d'en supporter plus. Et emporté par son élan, s'écrasa sur le sol pour la deuxième fois de la nuit.
Il avait mal.
Mal. Si mal.
Ses pensées confuses s'entrechoquaient, et ne ressemblaient plus à rien.
L'esprit souffla lentement, péniblement, et se recroquevilla. Qu'est-ce que… qu'est-ce que c'était que ça ? Le… les rêves de Bruce ? C'était… c'était juste trop douloureux. Jack ferma les yeux et enfourna ses doigts tremblants dans sa chevelure immaculée. Bon sang, ce que sa tête pouvait lui faire mal. Il agrippa une poignée de mèches, tira dessus. Douloureusement.
Et quelque chose tomba alors sur son nez.
Surpris par une sensation aussi incongrue que celle d'un chatouillis en pareille situation, Jack sursauta violemment. Il passa lentement une main sur son visage, avant de ramper vers la petite lumière que Bruce avait laissée à son intention. Tout son corps se figea lorsque son regard s'échoua sur ce qui était maintenant rassemblé au creux de sa main, et qui l'avait chatouillé si innocemment.
Du sable noir.
Pitch.
oOo
Non. Non, non, non.
Pas maintenant.
PAS. MAINTENANT.
Si le Croquemitaine en personne était là, il était fichu. Tout simplement fichu. Il n'avait pas son bâton, et sa tête pulsait encore en rythme avec cette foutue douleur. Si Pitch attaquait, il se ferait laminer. Totalement laminer. Le cœur battant à toute vitesse, Jack fixa chaque centimètre carré d'ombre que la pièce pouvait bien contenir. Trop. Il y en avait bien trop. Tendu à son maximum, il observa frénétiquement chaque recoin plusieurs fois, s'attendant à voir surgir son ennemi d'une seconde à l'autre. Les secondes, puis les minutes s'égrenèrent péniblement, puis, finalement… rien. Juste la quiétude nocturne habituelle. Ainsi que le souffle entrecoupé et agité de Bruce.
L'adolescent se focalisa dessus, et progressivement, se calma. Il n'était vraiment pas dans son état normal. Rien n'était normal, depuis qu'il était là. Mais, quand même. Bâton ou pas, il n'aurait pas dû se monter la tête comme ça. Pitch avait mis des siècles à lancer son offensive contre les Gardiens, et il avait été totalement défait. Il ne pourrait pas lancer une nouvelle attaque de sitôt, même légère. En fait, à l'heure actuelle, il ne devait pas être en grande forme. Jack se souvenait encore de la façon dont les cauchemars s'étaient emparés de lui et l'avaient trainé au cœur de son propre repaire.
Oh. Son repaire.
L'esprit baissa les yeux sur le sable noir qu'il tenait toujours fermement dans sa main. Il ne venait pas du cauchemar de Bruce. C'était tombé de ses cheveux. Il s'en souvenait, maintenant. Il s'ennuyait vraiment, ce jour-là, et perché sur le toit de l'usine de Nord, s'était remémoré la bataille. Et Pitch. Et Pitch laissant des sillons dans le sol avec ses ongles, terrorisé. Pitch. Terrorisé. C'était une vision dérangeante. Sur le moment, il n'y avait pas fait attention, l'adrénaline du combat plombant encore ses veines, la colère aussi, mais maintenant qu'il y repensait, oui, c'était dérangeant.
Avant même d'y faire vraiment attention, il s'était retrouvé à l'ancien emplacement du repaire de Pitch, tournicotant sur place, cherchant on ne sait quoi. Et alors qu'il inspectait un arbre pour une raison obscure, un truc non identifié avait percuté son dos et l'avait envoyé voler à travers la clairière. Pendant l'espace de quelques secondes, il avait entrouvert les yeux, et avait aperçu des grains de sable. Puis, un battement de cils plus tard, il percutait de nouveau quelque chose. Cette fois, tout ce qu'il put voir fut un bref éclat métallique. Et après, pouf, trou noir.
— Et ce que j'ai vu après… des éclats de glace et… Phil, murmura-t-il tout bas, tout en fixant les grains dans ses mains.
Entre la clairière et cette rencontre imprévue, c'était le néant. Il avait dû se recevoir un sacré coup sur la tête, pour rester inconscient aussi longtemps. S'il avait vraiment été conscient lors de la dite rencontre. Il doutait toujours un peu qu'un Phil-non-poilu-en-costard puisse exister. Ensuite, c'était son réveil dans l'infirmerie, et Bruce. Encore un foutu trou.
Jack jura entre ses dents. Si ça continuait, sa mémoire allait devenir un vrai gruyère ! Bon sang, il était trop jeune pour avoir des blancs comme ça. Remonté, le faux adolescent serra les poings et boxa un adversaire invisible, avant de laisser un léger sourire flotter sur ses lèvres lorsqu'il réalisa. Bizarre, vu la frousse qu'il s'était collée tout seul, et surtout la personne à qui il avait pensé, mais il se sentait mieux. Pas en pleine forme, mais il avait de nouveau l'esprit. Il mettrait la main sur son bâton, où qu'il soit, retrouverait ses pouvoirs, et rejoindrait les Gardiens. Il arriverait à se sortir de là. Il était un Gardien aussi, maintenant. Ce n'est pas un truc comme ça qui l'arrêterait. Nop, Monsieur. Jack Frost ne se laisserait pas faire aussi facilement.
— Mais d'abord…
La tête toujours un peu lourde malgré sa motivation remontée à bloc, Jack regagna le lit et s'y hissa laborieusement. Il s'assit un peu maladroitement sur ses genoux, encore sonné, mais fit face le plus sérieusement du monde au visage endormi.
— Moi, Jack Frost, Gardien de l'Innocence, je déclare solennellement que…
Il fit soudainement une pause et se pencha en avant pour dégager délicatement le front du dormeur, repoussant quelques mèches entremêlées. Voilà. C'était mieux. Il reprit.
— Que toi, Bruce Banner, a bien le droit à une petite pause. Alors pour une fois… dit juste aux mauvais rêves d'aller se faire foutre, conclut-il avec un grand sourire insolent.
L'esprit laissa planer un petit silence de circonstance, puis en rajouta une couche.
— Et si un cauchemar se pointe, je lui botterai personnellement le cul.
Sous une impulsion inexpliquée, Jack se pencha alors encore plus, murmurant tout près de l'oreille de l'endormi.
— Ton innocence n'a pas entièrement disparu. Il en reste un peu, tout au fond. Et on veillera sur elle. C'est une promesse.
Avant même que la portée réelle de ses mots ne l'atteigne, ses paupières papillonnèrent, puis tombèrent, et son projet de retourner sur le canapé fut avorté.
Terrassé par la fatigue et l'ascenseur émotionnel qu'il venait de vivre, Jack se roula en boule aux côtés de Bruce, et s'endormit profondément.
oOo
— Jack… C'est toi ?
— Hm ? Bah, ouais… Dors Bruce, dors, il est juste… trop tôt.
— Jack.
— Quoiiii ? J'veux dormir… encore un peu…
— C'est vraiment toi ?
— Mais oui, c'est vraiment moi. Dodo, maintenant.
— Je te vois.
— Hm.
— Et je t'entends.
— Hm-Hm.
Jack renfonça sa tête dans l'oreiller avec un soupir, marmonnant un « Cool » pas très crédible. Il voulait encore dormir un p…
Attendez.
Comment ça, Bruce le voyait ?!
Note de Chapitre (II) : Hi, encore une fois. Comme nous sommes maintenant dans les chapitres « 5 000 mots », il est possible que la suite n'arrive que dans deux semaines au lieu d'une. Il faut encore que je regarde comment goupiller ça. Entre ma connexion, le fait que l'on soit encore en plein NaNoWriMo et que je doive continuer SB – parce que j'ai de l'avance, certes, mais ce petit n'est pas encore terminé – et (re)passer plusieurs fois sur un chapitre pour obtenir un résultat corrigé un minimum lisible, eh bien... c'est délicat. Sans parler du fait que je ne sais pas trop quel est le « délai idéal/quantité » pour vous et donc heu. Je cogite, je cogite. Et je vais aussi tenter de faire au mieux. Promis.
PS. Je vous jure qu'un des Yétis de Nord s'appelle bien Phil. Jack l'interpelle brièvement lors de sa première visite « officielle » et le dit Yéti signe un livre dans une des scènes du générique... avec son nom, haha. (Et c'était juste trop beau pour passer à côté).
