Bien, bien, il était temps non ? XD

Voici le nouveau chapitre, en espérant qu'il vous plaira et que ma traduction est bonne ! Je tiens à vous prévenir : la suite n'es pas prête (mais alors pas du tout) d'arriver, désolée, sorry, gomen !! Mais, comme je l'ai déjà dit, je n'abandonne pas, c'est une promesse XD !

Bonne lecture !


Ils ne se reparlèrent plus durant près d'un mois. Pendant ce temps, Caspian et Susan jouaient les rôles que chacun s'attendaient à ce qu'ils jouent. Il était le roi que tout le monde reconnaissait et elle était la domestique qui restait dans l'ombre.

Dans la semaine qui précéda leur rencontre, ils procédèrent de manière à ne jamais occuper la même pièce en même temps. Mécaniquement, elle arrivait pour nettoyer sa chambre précisément cinq secondes après qu'il soit parti. Caspian y retournait toujours seulement à la fin de la journée, quand le reste du château était endormi et quand il était certain que personne ne ferait l'erreur de rentrer dans ses appartements. Chaque nuit, il se couchait dans son lit, respirant l'odeur qui s'en dégageait – la seule preuve qu'elle était là.

Exactement une semaine après, Susan marchait vers la cuisine pour faire un inventaire des provisions du château pour passer le temps avant d'aller dans la chambre du roi ; elle y trouva Alberta occupée à préparer un plateau de nourriture qui fut placée promptement dans ses mains pour le délivrer à l'homme qu'elle tentait désespérément d'éviter.

- Ah, Sa Majesté ne se sent pas très bien ce matin et Maître Trompillon a dit qu'il serait préférable de le laisser prendre son petit déjeuné seul dans ses quartiers au lieu de parler politique avec eux dans le salon. Très bonne idée si vous voulez mon avis. Maintenant, allez-y ma chère, assurez-vous de le servir proprement, dit Alberta.

- Le servir ? Vous voulez dire que je ne peux pas juste le lui laisser ? S'alarma Susan.

- Pourquoi êtes-vous encore effrayée par le roi ? Ne soyez pas timide mon enfant ; il est une des plus gentilles personnes de cette terre. Et puis, je ne vous demande pas de le faire manger à la petite cuillère. Assurez-vous juste que, s'il a besoin de quelque chose, vous puissiez aller le chercher pour lui, répondit Alberta.

Susan prit calmement le plateau, et marcha doucement jusqu'à la chambre de Caspian en maudissant intérieurement l'envie évidente du nain de les rapprocher. Elle frappa doucement et attendit la permission d'entrer dans la chambre. Caspian fit encore mieux et ouvrit la porte, à la grande surprise de Susan.

Evitant son regard, elle s'avança et laissa le plateau rempli de nourriture sur une petite table près d'un des murs de la chambre. Quand ce fut fait, Caspian s'assit immédiatement et mangea silencieusement tandis que Susan restait debout, incertaine de ce qu'elle devait faire. Décidant d'éviter la désapprobation d'Alberta, elle regarda autour de la chambre pour trouver quelque chose à faire autre que de rester debout. Elle devait bouger pour garder ses émotions tranquilles.

Elle s'avança vers les rideaux et les ouvrit, laissant la lumière du soleil s'infiltrer dans la chambre. Notant qu'il n'avait pas fait un geste pour la stopper, elle continua en arrangeant son lit. Elle arrangea les livres à coté de son lit, le tableau légèrement de travers qui pendait sur le mur et fit juste tout ce qu'elle pouvait pour s'empêcher de le regarder.

Caspian ne regardait pas ailleurs que sa nourriture. Il se concentrait tant sur le pain et la confiture en face de lui qu'il pouvait déjà dire comment un des morceaux de pain était différent du reste. Il savait que celui qui avait demandé cela pensait bien faire mais il se sentait toujours légèrement mal à l'aise quand cette Hélène était dans les parages.

Il n'avait jamais rien demandé franchement à son propos mais il avait entendu des bribes de conversations des autres à propos d'elle et dont il avait conclu qu'elle n'était pas juste une telmarine.

Caspian avait découvert qu'elle était une orpheline qui vivait sur les frontières de son royaume. Elle était seule et était venue au château pour remplacer l'un des domestiques qui avait décidé de partir dans le monde des rois et des reines de l'Ancien Temps. Elle était clairement une fille d'Eve et il y avait quelque chose à son propos qui ressortait de toutes les autres femmes telmarines qu'il connaissait.

Tout cela il pouvait l'ignorer et mettre son accès de colère sur le compte d'un manque de relations sociales pendant une période si longue. Ce que son esprit ne pouvait pas comprendre était ce qu'elle pouvait connaître d'un monde duquel elle avait été exclue aussi longtemps. C'était vrai, n'importe qui pouvait comprendre et argumenter la justification de reconstruire Cair Paravel ou se battre au nom d'Aslan, qui avait tellement de charisme qu'il évoquait tant de loyauté pour son peuple. Cependant, il ne pouvait s'empêcher de penser au fait qu'elle semblait savoir exactement ce que lui avait dit Aslan à la fin de la bataille, qu'il était prêt pour être roi, sans tenir compte de ce qu'il ressentait.

Pourtant, alors qu'il regardait fixement son plat presque vide, ce qui l'empêcha d'être un minimum civil, il se rendit compte de sa honte de l'avoir retenue elle et pas Rufian qui avait été totalement irrespectueux. Il pouvait encore ressentir sa déception envers lui tandis qu'elle se déplaçait, de même que lors de son discours passionné il n'y avait pas si longtemps. Quand, finalement, il eu engloutit le dernier morceau de son petit déjeuné, il se leva et quitta la chambre avec un petit signe de tête dans sa direction.

Susan soupira de soulagement en ramassant les restes de son repas sur son plateau et pensa à la manière dont ils en étaient arrivés là. La tension dans la chambre avait été si épaisse qu'elle avait eu l'impression de suffoquer. Jamais elle n'avait imaginé être une étrangère pour l'homme qui semblait savoir parfaitement quand être à ses cotés ou quand courir après elle pour lui sauver la vie.

Le roi ne s'améliora pas aussi rapidement qu'elle l'avait espéré et mangeait toujours son petit déjeuné silencieusement tandis que sa compagne muette allait et venait dans la chambre, nettoyant comme elle le faisait sans lui. Chaque jour était le même, une danse si bien répétée sans manquer une mesure et sans personne connaissant aussi bien la connexion qui s'établissait entre eux tandis que leur manège continuait. Dans leur silence, ils commencèrent à se comprendre sans mots pour les distraire et se guérirent des mots amers qu'ils avaient échangés.

Alors que les cernes sous les yeux de Caspian grandissaient, la nourriture plus saine qu'elle lui apportait avec quelques herbes l'aida à aller mieux. Comme elle devenait plus rapide dans le rangement de la pièce, il laissa quelques livres dont il pensait qu'ils pourraient l'intéresser pendant qu'il continuait son repas. Au fur et à mesure que les jours passèrent, il commença à lui faire un léger signe de tête en lui souriant avant de partir et lorsqu' elle découvrit Caspian, debout devant les membres de son Conseil et déclarant avec autorité qu'il allait faire reconstruire Cair Paravel, elle lui retourna ce geste avec un sourire.


Caspian soupira de frustration et de fatigue. Chaque jour, il consultait les constructeurs et les artisans puis, le soir, Trompillon et le professeur Cornelius. Cependant, d'une façon ou d'une autre, il leur manquait toujours la partie la plus importante : la salle des trônes et les chambres royales. Mais, malgré le fait qu'elles étaient les pièces les plus célèbres du château, qui désormais tombait en ruines, aucune description précise n'avait jamais était faite. Les détails firent place à des superlatifs et maintenant ils ne pouvaient pas trouver le moyen de ramener l'ancienne gloire du vieux château.

Seuls eux trois, le roi avec Trompillon et le professeur, étaient toujours à table, pourvue de plateau vides, tandis qu'ils discutaient des dernières étapes des plans.

- Quelle importance que la hauteur du plancher tant qu'il n'y en a pas ? Nous pinaillons, s'emporta Trompillon en attrapant le dernier morceau de gâteau en face de lui.

- D'après ce que j'ai lu, la hauteur de la plateforme était si précise que l'on pouvait observer le plus parfait des couchers de soleil depuis l'autre côté de celle-ci comme elle donnait vue sur la bouche de la grand mer. Il serait dommage de ne pas préserver ce détail, dit le professeur Cornelius.

Il était plutôt tard et Alberta dut prendre sur elle-même pour demander la permission de nettoyer la table même si le roi était toujours là. Il ne fallait pas laisser pourrir les restes sur la table royale. Suivie par trois autres, incluant une Susan assez récitante, la responsable entra dans la pièce.

- Je suis désolé votre majesté, commença Alberta, mais peut-on vous débarrasser ?

- Oh, bien sur. S'il vous plait, ne faites pas attention à nous. Je m'excuse de vous avoir empêché de vous retirer plus tôt ce soir, répondit calmement Caspian en faisant signe aux servantes de s'approcher.

- Trois ou quatre centimètres n'ont pas grande importance Professeur. Je pense que ce qui doit nous inquiéter le plus sont les chambres royales. Ils n'y a aucunes indications, pour autant que nous sachions, et nous ne pouvons commencer à reconstruire le palais si nous ne savons pas ou les situer, continua Trompillon en jetant un regard à Susan pour voir si elle prêtait attention à ce qu'ils disaient.

En effet, elle écoutait la conversation. Elle était curieuse de voir à quel point ils étaient proches de reproduire son ancienne demeure. Elle savait exactement ou ils en étaient pour avoir vu ses plans dans la chambre du roi. Cependant, elle mit un point d'honneur à faire comme si rassembler les plateaux était un effort impressionnant et ne parut pas concernée par leur débat.

- Pourquoi n'avons-nous aucuns détails ? S'enquit Caspian.

- J'imagine que les rois et reines ne les ont utilisés que pour se reposer. Ils étaient souvent au dehors avec leur peuple et n'étaient que rarement hors du royaume. La plus importante caractéristique du château était la salle des trônes car c'est là qu'ils étaient toujours vus, précisa le professeur en nettoyant ses lunettes, négligeant de remarquer le sourire sur le visage de la jeune femme blonde en face de lui.

D'une certaine manière, il avait raison. Susan laissa son esprit s'égarer dans ses souvenirs de l'âge d'or et se rappela qu'ils étaient toujours impliqués et jamais cachés. Mais ces chambres signifiaient plus pour elle que n'importe quelle autre partie du château et cela la peinait qu'ils ne puisent pas être fidèles à leur conception originale. Elle avait grandi dans ces couloirs, échangeant des secrets avec sa sœur, jouant aux échecs avec Edmund ou simplement discutant avec Peter. Derrière ces portes, ils étaient simplement les enfants Pevensie et c'était un monde à l'intérieur du leur.

- Nous allons donc juste construire quatre simples chambres séparées et les laisser telles quelles ? C'est ce que vous voulez réellement de sorte que nous puissions passer plus de temps à mesurer la hauteur de l'estrade ? dit Trompillon en perdant patience. Il lançait de plus en plus de regard à Susan dans l'intention de la faire réagir après avoir remarqué le changement d'expression sur son visage ; il comprit que c'est important pour la reine. C'était sa maison et son dernier lien avec le reste de sa famille. Voir ce château dans sa gloire d'autrefois serait le lien qui la rattacherait au temps ou elle régnait aux cotés de Peter, Edmund et Lucy.

- Et bien, Maître Nain, comme vous l'avez dit vous-même, nous ne savons même pas ou étaient situées les chambres. Nous pouvons supposer qu'elles étaient proches de la salle du trésor puisque seuls leur Majestés en connaissaient l'emplacement, dit le professeur Cornelius.

- Bien, c'est décidé, nous ferons juste quatre chambres. Ce n'est pas comme si leurs propriétaires allaient revenir juste pour ça, dit Caspian, frustré qu'ils n'arrivent à rien.

- Les chambres étaient situées dans le couloir circulaire autour du grand hall, dit calmement Susan en réalisant soudain qu'elle était la seule servante restante dans la pièce et qu'elle était en train de nettoyer une partie de la table déjà immaculée. Malgré elle, elle n'avait pas pu s'empêcher de les observer sans bruit tandis qu'ils recréaient une structure si semblable à l'originale mais pas encore parfaite. Elle avait l'impression que chaque détail était, pour Caspian, un pas vers la vérité.

Trois paires d'yeux se tournèrent vers elle tandis qu'elle prit une longue inspiration et continua :

- Les chambres des rois et reines étaient toutes connectées, telles que l'étaient souvent leurs vies. Celle du grand roi Peter le Magnifique avait des fenêtres donnant sur le ciel septentrional, le roi Edmund le Juste regardait vers la foret occidentale, la reine Lucy la Vaillante se levait chaque jour en voyant l'océan oriental et la reine Susan la Douce contemplait chaque soir le magnifique soleil méridional se coucher. Bien qu'elles pointassent dans des directions différentes, chaque chambre était liée par un cercle, tels les rois et reines eux-mêmes.

- Il est certain que cela semble plutôt idyllique ma chère dame mais comment pouvons-nous savoir si cela est vrai ? Ce n'est pas un simple détail et cela ne va pas du tout avec nos plans, dit le professeur Cornelius en jetant un regard suspicieux à la jeune femme. Il ne pensait pas qu'elle avait de mauvaises intentions mais il se demandait, si ce qu'elle disait était vrai, comment avait-elle pu obtenir toute cette connaissance. Un savant, comme n'importe quel autre, devait faire valider ses sources après tout.

Trompillon avait déjà ouvert la bouche pour défendre Susan mais Caspian le devança.

- Les notations que nous avons aperçues sur ces portes étranges qui se succédaient pourraient très bien faire partie de ce cercle. Réfléchissez Professeur, peut-être avons-nous supposé un peu trop vite que c'était un passage secret menant quelque part alors qu'en réalité, il tournait en rond autour des chambres de la façon dont elle l'a décrit. Et si vous regardez vers l'extérieur, elles pointent exactement dans les directions qu'Helen à mentionné, dit finalement Caspian, de plus en plus excité.

Susan sursauta de surprise qu'il accepte si facilement ce qu'elle avait énoncé. Même si c'était plus anormal pour elle de l'entendre, cela lui plaisait qu'il n'y ait ni mépris ni honte dans sa voix mais plutôt qu'il parle d'elle en tant qu'amie.

- Comment savez-vous tout cela ? demanda Caspian en regardant directement Susan, la curiosité brillant dans ses yeux.

Prise au dépourvu, elle était sur le point de répondre qu'elle y avait habité mais se retint à temps.

- Mon jeune frère était un artisan lorsqu'il était en vie. Il avait étudié ces ruines une fois et discuté avec un vieux blaireau qui lui raconta de vieilles histoires sur Cair Paravel. Il accrochait ses croquis dans toute la maison et tout le monde s'émerveillait dessus. Les détails, en outre, étaient impeccable, répondit Susan en se souvenant d'Edmund qui dessinait encore et encore les couloirs de leur château tellement Narnia lui manquait.

- Tellement précis que vous aviez l'impression d'y avoir vécu ? dit Trompillon d'un ton sarcastique, ce qui passa inaperçu pour les deux autres hommes présents.

- Oui, répondit Susan en lançant brièvement un regard d'avertissement au nain qui haussa simplement les épaules.

- Ma dame, auriez-vous le temps de les dessiner pour moi ? demanda Caspian comme s'il n'était pas un roi qui avait le pouvoir de le lui ordonner.

- Sire, j'ai bien peur de ne pas avoir ce talent. Je peux cependant offrir de décrire ce dont je me souviens mais rien d'autre, dit Susan en s'inclinant devant Caspian.

- Le roi sait dessiner, peindre, sculpter et faire bien d'autres choses artistiques, suggéra Trompillon, sachant parfaitement que cela leur permettrait de passer plus de quelques heures ensembles. Cair Paravel était un très grand château et il ne faudrait pas moins d'une semaine pour obtenir tous les détails nécessaires à sa reconstruction.

- Bien sur, bien sur. Je peux l'illustrer pour vous. Je vais devoir vous excuser auprès d'Alberta mais je suis sur qu'elle ne s'en formalisera pas. Encore quelques heures ici et cela n'aura plus d'importance si en fin de compte nous le faisons bien ? Dit Caspian en la regardant plein d'espoir, comme un enfant demandant des bonbons.

Susan acquiesça sans un mot et quitta la pièce avant qu'il ne change d'avis. C'était sa chance et elle ne laisserait personne la lui enlever - Caspian lui-même ne pourrait pas lui voler le temps qu'elle avait maintenant avec lui.

- Mon cher roi, vous lui faites confiance ? demanda doucement le professeur, pas seulement pour les plans du château.

- Sans l'ombre d'un doute, répondit Caspian en se levant. Même si mon esprit me dit autre chose, je dois suivre ce que me dit mon cœur ou ce château ne reverra jamais la lumière.

- Cela ne la ramènera pas, mon cher Caspian, peu importe qu'il soit parfait ou non, dit doucement Cornelius en parlant de Cair Paravel.

- Je sais mais je ne peux pas m'empêcher d'espérer qu'un jour elle siège à nouveau sur ce trône. Je veux être sur que, si elle revient, même pour une seule seconde, j'aurais au moins fait quelque chose qui la fera sourire quand elle vera ce que j'ai fait, dit Caspian avant de les laisser et de se retirer pour la journée.

Cette nuit, dans ses rêves, il se vit lui-même au beau milieu du grand hall de Cair Paravel marchant vers Susan dont le visage était obscurcit par la lumière brillant derrière elle. Il devint de plus en plus excité tandis qu'il s'approchait. Chaque pas faisait battre son cœur de plus en plus vite. Quand, finalement, il l'atteint, le nom qui quitta ses lèvres n'était pas celui qu'il cherchait : « Helen ».

Au moment ou sa tête quitta l'oreiller, il avait oublié tout ce dont il avait rêvé, et même le prénom qu'il avait donné à sa reine.


Susan frappa à la porte comme elle l'avait déjà fait mainte fois ces dernières semaines, seulement cette fois, elle était plus anxieuse que d'habitude sachant qu'ils allaient parler de leur projet.

Caspian ouvrit la porte et lui fit signe d'entrer. Il lui prit le plateau des mains et le posa sur une table couverte de feuille de parchemins vierges et d'instruments à dessin.

- Je pensais que nous pourrions manger pendant que vous me décrirez ce dont nous avons parlé, dit Caspian en retirant une chaise pour elle.

Susan fut choquée de voir cet homme pale et crispé devenir si animé du jour au lendemain.

- S'il vous plait, ma dame, asseyez-vous. Ne me regardez pas comme un roi mais comme un ami qui a grand besoin de votre aide, lui dit Caspian.

Elle s'assit à contrecœur mais ne put se forcer à manger, peu lui importait que Caspian poussât toute la nourriture de son coté.

- Par ou voulez-vous commencer ? lui demanda-t-elle.

- Comment sont les chambres ? demanda Caspian en tenant près à dessiner.

Et ils passèrent le premier jour à parler de la chambre de Peter, des dessins du plafond jusqu'aux sculptures des colonnes du lit. Le second jour, ils s'occupèrent de la chambre d'Edmund, suivie par celle de Lucy, le troisième. Au quatrième jour, Caspian lui demanda inopinément de lui décrire le grand hall. Cela leur prit une semaine pour finir les dessins de celui-ci, passant beaucoup de temps sur les trônes des rois et des reines de jadis.

Chaque jour qu'ils passaient ensemble, ils réussissaient à se parler plus librement et même de choses qui ne concernaient pas leur projet.

- Qu'est-ce que cela fait d'avoir des frères et sœurs ? demanda Caspian tandis qu'il dessinait les détails des sculptures des trônes.

- C'est un fardeau et un cadeau. C'est dur parce que vous ne les avez pas choisis, à la différence des amis. Ils peuvent être irritants et ils peuvent facilement vous énerver car ils savent comment vous pousser à bout. Mais c'est parce qu'ils vous connaissent si bien. Vous ne pouvez pas vous empêcher de les aimer et c'est pour cela que vous pouvez leur pardonner n'importe quoi, même le fait d'être extraordinairement ennuyant, répondit Susan en souriant au souvenir de ses propres frères et sœurs.

- Est-ce dur de ne plus les avoir autour de soi ? demanda à nouveau Caspian.

Susan soupira avant de répondre alors qu'elle réalisait à quel point ses mensonges et la vérité étaient maintenant liés. Dans un sens, elle était restée honnête en disant qu'elle avait une famille mais elle avait du changer en disant qu'ils étaient tous morts.

- Oui. C'est comme haleter à la rechercher d'air lorsqu'on se noie et qu'il n'y a que de l'eau à respirer. C'est dur pour les poumons mais vous continuez d'essayer parce que c'est la seule manière de rester en vie, répondit Susan en détournant son regard de lui.

Caspian s'arrêta quelques instants et posa sa main sur la sienne :

- Je comprends ce que vous voulez dire. Je ressens la même chose à chaque minute depuis qu'elle est partie.

« C'est ce que je ressens à chaque fois que vous me parlez comme si je n'étais pas vraiment là parce que ça me rappelle que, peu importe à quel point nous sommes proches, vous êtes toujours loin de moi. » pensa Susan. C'était la première fois qu'il reconnaissait ses sentiments pour la reine et la subtilité dont il avait fait preuve pour en parler lui fait encore plus mal que s'il l'avait crié devant elle.

- Que diriez-vous de finir aujourd'hui ? Avez-vous beaucoup de choses à faire pour Alberta ? demanda finalement Caspian, rompant la tension accumulée dans la pièce.

- Non, nous pouvons continuer. Donc, c'est la chambre de la reine Susan maintenant ? Est-ce exact ? dit-elle en réalisant qu'elle devait être celle qui le dirait.

- La chambre fut peinte de toutes les nuances de bleu imaginables. Les murs avaient les mêmes boiseries que ceux qui encadraient le balcon faisant face aux montagnes. C'est sur cet horizon que le soleil se couchait chaque jour, jetant dans la chambre une légère brume rose et bleue, commença Susan. Elle continua de décrire la reste de la chambre sans qu'ils ne se lancent un seul regard.

Susan avait peur de le regarder, de peur de voir quelque chose qui lui ferait oublier qu'elle avait un secret à garder. Caspian n'osait pas lâcher du regard ce qui allait rapidement devenir un chef-d'œuvre. C'était la dernière pièce de son puzzle et il la voulait parfaite.

Après un dernier détail, elle prit une inspiration et débuta un nouveau sujet, tout aussi sensible mais qui nécessitait une réponse.

- Je crois qu'il est tant que sa majesté réponde à une question, elle aussi, dit Susan en le regardant prudemment.

- C'est le moins que je puisse faire en échange de votre aide, répondit-il.

- Pourquoi est-ce si important pour vous ? Je ne vous le demande pas en tant que roi, mais en tant qu'homme qui a passé des heures avec moi pour faire en sorte que rien ne soit oublié, dit-elle en le regardant droit dans les yeux.

- J'oublie son visage. Cela fait seulement quelques mois et il y a déjà des jours ou son image s'évanouit dans mon esprit. J'ai besoin de me souvenir d'elle et quand je vois ces dessins de l'endroit ou elle vivait et respirait, il est juste plus facile de croire qu'elle n'est pas réellement partie. Je peux l'imaginer en train de marcher dans ces halls, dit-il en montrant un dessin, puis un autre, ou je peux faire comme si elle était dans cette chambre lisant un livre ou discutant avec Lucy. C'est un morceau de sa vie, même si elle vit dans un autre monde.

- De qui parlez-vous votre majesté ? demanda Susan d'une voix creuse. Elle avait besoin de l'entendre pour être sure qu'elle n'était en train d'imaginer l'espoir qui montait en elle.

- Susan, murmura Caspian.

Ils restèrent silencieux pendant ce qui leur semble être des heures. Ils étaient devenus amis sans même s'en rendre compte, passant de la colère à la confiance à travers un long et douloureux processus de découverte. Ils avaient appris à s'écouter et découvert que, même dans le silence, ils se comprenaient.

Caspian se leva, prit sa main et la baisa gentiment :

- Merci Helen, merci pour tout, murmura-t-il avant de la laisser seule.

A ce moment, la réalité revint s'effondrer sur Susan. Il n'avait encore pas vu à quel point sa peau s'était mise à bruler au contact de ses lèvres. Il l'avait encore appelée par le mauvais nom et cela fit finalement tomber les larmes de ses yeux.


En esperant que ça vous a plu !

Bisoux, Hell.