Tony se réveilla un peu avant sept heures du matin, se sentant d'un coup complètement réveillé. Son esprit tourbillonna un moment avant qu'il se souvienne pourquoi il se sentait si agité.

La veille avait été un grand jour.

Qu'est-ce qui s'était passé exactement? Ah ouais, il s'était trouvé un nouveau colocataire, réalisé qu'il était amoureux dudit colocataire, et que son orientation sexuelle n'était pas celle qu'il avait toujours présumé être. Il avait commencé sa journée en pensant qu'une seule de ces choses allait arriver, et au final il avait obtenu plus qu'il n'en attendait. En prenant ça en compte, il ne pouvait donc avoir aucune idée de ce que cette nouvelle journée lui réservait.

Si ça se trouve je vais être adopté par un couple de vieux coréens, ou je vais découvrir que la lune est vraiment faite en fromage. On peut même plus être sûrs de ces choses-là, pensa Tony en enfilant un t-shirt, dont le tissu s'accrocha au réacteur arc avant de glisser dessus.

Une fois qu'il fut complètement habillé, il sortit en chancelant de sa chambre à la recherche de café. Il en trouva à sa place habituelle, et après en avoir bu un peu la pièce sembla considérablement moins bancale.

"Ça fait du bien," marmonna Tony dans son mug avant de s'asseoir au bar. Il prit un instant pour parcourir l'endroit silencieux du regard.

Bruce doit encore dormir, pensa-t-il. Ce n'était pas déraisonnable. Tony n'avait pas l'habitude de se lever si tôt non plus.

Il se dirigea vers le labo histoire de passer le temps jusqu'à ce qu'il ait envie de préparer le petit déjeuner. Il travaillait sur une nouvelle armure pour remplacer celle que les Chitauris avaient anéantie. Il aurait pu réparer l'ancienne facilement, mais pourquoi le faire alors qu'il y avait un meilleur modèle à créer? Il ne pensait pas arrêter un jour d'améliorer l'armure Iron Man.

Il avait déjà fait plusieurs petites modifications et ajustements majeurs lorsqu'il fut à court de café, et que la faim commença à le travailler. Il regarda sa montre; 8h43. Normalement, il serait debout à cette heure-ci, alors il remonta dans l'ascenseur, se demandant si Bruce était réveillé.

En revenant, l'appartement était aussi silencieux qu'au moment où il l'avait quitté. Il alla dans la cuisine et ouvrit le frigo, regardant son contenu de manière indécise. Il ne voulait pas faire de petit déjeuner si Bruce n'était pas debout. Comme il avait avoué être affreusement mauvais pour cuisiner, Tony avait en quelque sorte décidé de toujours le faire pour lui. Evidemment Bruce s'en était très bien sorti tout seul toutes ces années, il n'était pas émacié ou quoi, mais c'était un des quelques exutoires que Tony avait pour pallier son affection secrète.

Préparer tous ses repas. C'est comme si j'étais son épouse dévouée ou un truc du genre, pensaTony. Attends, est-ce que c'est sexiste? Et aussi, ne t'imagine pas dans un tablier à fanfreluches. Ne le fais pas. Ne le fais pas. NE-! Et merde… J'ai l'air sensationnel.

Tony se mit des claques, essayant de stopper les pensées qui lui échappaient. Il referma le frigo, qu'il avait gardé inutilement ouvert beaucoup trop longtemps. Mais il se souvint qu'il avait faim, et le rouvrit. Il attrapa une pomme juste pour avoir quelque chose. Puis il se resservit du café.

Il sirotait son café et croquait dans sa pomme aussi lentement que possible, regardant n'importe où pour éviter de fixer la porte de la chambre fermée de Bruce. Les minutes passèrent, et lorsque sa tasse fut vide à nouveau et sa pomme rongée jusqu'au trognon, il était plus de 9h30.

Bruuuuuuuuce, gémit-il silencieusement, s'effondrant la tête la première sur le bar. J'ai la dalle, pourquoi tu me laisses pas manger? Même s'il savait pertinemment qu'il était lui-même en train de s'empêcher de faire à manger. Bruce aurait été complètement embrouillé par son comportement.

Il imaginait que Bruce lui dirait un truc du genre "Tu n'avais pas à m'attendre".

"J'en avais envie," grogna Tony à voix haute. Il se rendit compte qu'il pourrait au moins commencer son petit déjeuner en attendant. Si Bruce n'était toujours pas levé lorsqu'il aurait terminé eh bien... Tony n'aurait pas d'autre choix que d'y aller et de le réveiller.

Et effectivement, quand Tony eut terminé de préparer à manger, la porte de Bruce n'avait toujours pas bougé.

Ok, Tony prit son courage à deux mains. Allez, j'y vais. Il tourna la poignée et ouvrit tout doucement la porte, sans être sûr de pourquoi il était si silencieux alors que le but était de le réveiller.

Une fois la porte complètement ouverte, la lumière du reste de l'appartement afflua derrière lui et éclaira la chambre, lui donnant une bonne vue de l'homme qui était endormi devant lui.

Bruce était étalé en travers du lit, ses jambes étaient étendues et ses bras déployés de chaque côté de sa tête. C'était comme s'il essayait de prendre autant d'espace que possible. Il avait découvert le haut de son corps, du coup Tony pouvait voir qu'il avait décidé de porter un des pyjamas qu'il lui avait achetés, et qu'avec ça, soit il avait choisi de ne pas le fermer du tout, soit il s'était débrouillé pour défaire tous les boutons en dormant. La peau exposée attirait son regard.

Est-ce que je suis sérieusement là en train de réagir à la vue de son torse nu? Se demanda Tony. Yeeeessssss, lui répondit son esprit. Il ne pouvait pas s'en empêcher. Bruce était juste tellement en forme, et les poils de son torse avaient la même couleur poivre et sel que ses cheveux, et Tony adorait les cheveux de Bruce.

Huh. C'est la première fois que je suis excité par des poils de torse, pensa-t-il. C'était un peu étrange, mais c'était logique que sa bisexualité récemment découverte et sa vie longuement vécue en tant qu'homme hétéro n'allaient pas se résoudre tout de suite. Il y avait toujours un coin de son cerveau lui disant que c'était bizarre d'être attiré par des choses masculines, en dépit du fait qu'il l'était.

La ferme le cerveau, je prends du bon temps-là, dit-il à son énervant programme social. Une alarme retentit en lui lorsqu'il réalisa qu'il se tenait dans la chambre de Bruce, à le mater pendant qu'il dormait.

Mais qu'est-ce que je fais? Se secoua-t-il, horrifié par son comportement. J'ai atteint le statut de chelou en chef! Je suis juste venu là pour le réveiller! Mais maintenant qu'il était là il n'était plus sûr de la méthode à adopter. Il se rapprocha du lit de façon hésitante, et gela sur place en voyant le visage endormi de Bruce.

Son visage était tourné dans l'oreiller, montrant à Tony son profil encadré par ses boucles, en bataille à cause du sommeil. Ses lèvres étaient légèrement entrouvertes et ses cils avaient l'air plus longs que quand il était éveillé. Il était tellement... mignon.

Oh mon Dieu, c'est trop pour moi, pensa Tony. Il y avait aussi quelque chose de triste à voir Bruce aussi détendu, à voir comment les rides d'inquiétude avaient disparu de son visage.

J'aimerais qu'il ait ce visage lorsqu'il est réveillé… se dit-il. À le voir ainsi, il réalisa ce qui devait peser sur ses épaules chaque jour. Il dût étouffer un soupir en songeant au triste et beau visage de Bruce.

Je vais le laisser dormir, décida-t-il finalement. Il le nourrirait dès qu'il se lèverait, comme il voudrait. Tony venait juste de rebrousser chemin quand une voix endormie l'arrêta.

"Tony… qu'est-c'que tu fais là?" marmonna Bruce, d'une voix qui sonnait étrangement joyeuse.

"Oh… j'étais…" Tony ne s'attendait pas à ce qu'il se réveille, et c'était plutôt dur de construire une phrase alors que Bruce le regardait avec ce petit sourire endormi.

"J'étais venu voir si tu étais réveillé. J'ai préparé le petit déjeuner," réussit-il à articuler.

"Oh, m'rci…" dit Bruce, bougeant sur le côté pour se blottir contre son oreiller.

Ça devrait être interdit, pensaTony.

"Alors… Tu en veux?" demanda-t-il, un peu confus. Bruce venait de refermer les yeux. Déjà il avait l'air à peine conscient.

"Noui," offrit-il en guise d'affirmation. "T'm'as préparé quoi?" demanda Bruce, les yeux toujours fermés.

Je pense pas qu'il sache ce qu'il est en train de dire, réalisaTony. Bruce avait tendance à être polit sans arrêt, et même ce léger sous-entendu dans sa question, comme si tout cela lui était dû, ne ressemblait pas à quelque-chose qu'il dirait. La dernière fois que Tony l'avait vu baisser sa garde, c'était le Hulk qu'il regardait. Autant il appréciait le Hulk, autant il aimait ça deux fois plus.

"Viens dans la cuisine et tu verras," dit-il, incapable de retenir un sourire.

"…nooon…" gémit Bruce dans son oreiller.

"Allez, debout!"

"Uhhgh, j'ai pas envie Tony," fit-il, ayant l'air un poil plus réveillé.

"Il est dix heures passées," lui répondit Tony.

"Quoi!" il se propulsa en avant. Il regarda autour de lui comme s'il était surpris d'être là, attrapa la couette qui le recouvrait, et après un moment il se souvint qu'il était dans la Tour, et qu'il était censé être là. Une fois calmé, il s'observa.

"Qu'est-ce qui est arrivé à mon t-shirt?" demanda-t-il d'un air perplexe.

Alors il l'a bien déboutonné en dormant, conclut Tony.

"J'en sais rien, mais tu devrais t'habiller. Lorsque tu auras fini ton petit déj' il sera déjà temps de déjeuner."

Bruce lui sourit honteusement. "Désolé," dit-il avant de sortir du lit. Tony en profita pour quitter la pièce et laisser Bruce se changer.

Quand Bruce sortit de sa chambre il rejoignit Tony dans la cuisine, il portait la même chemise mauve que le jour où ils s'étaient rencontrés et un pantalon que Tony lui avait acheté. Il avait réapprivoisé ses cheveux, ce qui provoqua aussi bien une légère déception qu'un soulagement chez Tony. Il avait adoré voir ses cheveux bouclés en vrac et déchainés, mais ça rendait les choses plus difficiles pour éviter d'y passer sa main. C'était mieux ainsi.

"Tu comptes continuer de me faire la cuisine?" demanda Bruce quand il s'assit au bar.

"Oui," fit Tony, content que ce soit un fait établi. "Et si tu oses ne serait-ce que prononcer les mots 'tu n'as pas à le faire' je t'enferme dans la pièce Hulk."

Bruce le prit avec flegme. "Hé, je n'ai toujours pas vu la pièce Hulk," dit-il.

"C'est vrai," réalisa Tony en y réfléchissant. "Je t'ai pas vraiment fait faire le tour hier. On visitera aujourd'hui."

"Ça me va," Bruce sourit avant de prendre une bouchée de l'omelette que Tony lui avait préparée. Après sa première bouchée, il fixa le plat, puis Tony, il semblait sur le point de pleurer de gratitude. "Sérieusement. Comment tu fais ça?"

Tony rit. "Je pense que tes années de curry cramé et autres merdes t'ont rendu facilement impressionnable."

"Ça se pourrait très bien. Mais merci quand même," répondit Bruce, avant de s'attaquer au reste de son assiette.

Une fois l'assiette terminée et posée dans l'évier, ils entrèrent dans l'ascenseur où Tony appuya sur le bouton pour se rendre dans la pièce Hulk.

C'était un grand espace vide. Le même matériau avait été utilisé pour construire les murs, le sol et le plafond, bien que Tony les ait peints d'une couleur différente. Autrement ça aurait fait trop inquiétant. Maintenant c'était coloré avec plusieurs nuances de bleu. Il avait envisagé du vert, mais il s'était douté que Bruce n'apprécierait pas la blague...

Bruce marcha lentement à l'intérieur, ses yeux s'assombrirent alors qu'il analysait la pièce. Il y avait de nouveau ce poids sur ses épaules. Il fit courir ses doigts le long du mur, regarda le plafond, et inspecta bien les coins. Tony n'était pas sûr de ce qu'il était en train de déterminer.

"C'est parfait," dit Bruce, n'essayant même pas d'en avoir l'air heureux. "Merci."

"C'est la moindre des choses," répondit Tony, bien que la construction lui ai coûté des millions. Il n'allait pas en parler à Bruce. "J'ai aussi installé des caméras… J'ai pensé que ça pourrait être nécessaire pour voir à l'intérieur sans avoir à rentrer. Tu peux aussi t'enregistrer et regarder plus tard…"

"Merci, ça pourrait être utile."

À peine quelques minutes plus tôt il avait été tellement enjoué. Et maintenant il était si triste. Ça lui brisait son cœur mécanique.

"Alors hum… tu veux voir le reste de la tour?" demanda-t-il, il voulait quitter cette pièce.

Bruce lui sourit faiblement, comme s'il réalisait que son humeur affectait celle de Tony. "Bien sûr," fit-il.

Tony l'emmena dans tous les différents laboratoires et lui montra toutes leurs spécialités; le labo de méthode et développement, le labo des énergies vertes, et un des préférés de Tony : le labo du laser (pas utilisé pour des armes, bien entendu, mais cool tout de même). Il y en avait encore d'autres, mais Bruce avait surtout envie de voir le labo personnel de Tony.

Le regard de Bruce lorsqu'il entra dans le labo de Tony compensa de beaucoup sa tristesse dans la pièce Hulk.

"C'est incroyable," murmura-t-il, observant la pièce avec admiration. Il s'approcha de la dernière amure Iron Man, le travail en cours de Tony.

"Tu en fabriques une autre," dit-il.

"Exact," répondit Tony. "Celle-là pourra fonctionner dans l'espace."

Bruce sourit. "Pour que je n'ai plus à te rattraper?"

"Je pensais que le Hulk l'avait fait," rétorqua Tony. Bruce avait énormément insisté sur le fait que ce qui s'était passé pendant la bataille n'était pas de lui mais du Hulk, et que Tony devait arrêter de lui en parler parce qu'il ne se souvenait de rien.

Bruce fronça les sourcils. "Il l'a fait. Et je ne sais toujours pas pourquoi. Je savais qu'il allait défoncer ce qui devait l'être, et j'espérais qu'il éviterait de faire la même chose avec vous, mais je n'aurais jamais cru qu'il t'aiderait délibérément comme ça."

"Tu vois. Je t'avais dit qu'il était pas si mauvais."

"Peut-être. Mais une bonne action ne compense pas une existence entière de destruction."

"C'est toi qui le dis," Tony fronça les sourcils. "En parlant du destinataire de cette bonne action, je pense que ma vie compte beaucoup."

"Je n'ai pas voulu dire que ça ne… bien sûr que ta vie compte," fit Bruce d'un air renfrogné.

"Et le Hulk l'a vu," continua Tony.

"Pour ce qu'on sait le Hulk t'as simplement attrapé parce que ton armure brillait," contesta Bruce avec dédain.

"Je l'ai vu quand je me suis réveillé," insista Tony. "Tu avais l'air- Je veux dire, il avait l'air..." Il n'avait pas voulu se planter comme ça.

Bruce se retourna et lui lança un regard noir. "Nous ne sommes pas la même personne, Tony."

Mais était-ce la vérité? Tony n'en était pas sûr. Comment aurait-ce pu être une coïncidence que Tony, la seule personne à s'être montrée chaleureuse avec Bruce depuis son accident, soit aussi le seul auquel le Hulk ait jamais montré de l'intérêt? C'était un des moyens utilisés par Tony pour se réconcilier avec l'idée de "guérir" Bruce. Si le Hulk était parti, il ne serait pas vraiment détruit, il vivrait en Bruce. Mais… Tony n'était pas sûr que Bruce pouvait être guéri aussi longtemps qu'il alimenterait sa guerre intérieure avec l'Autre.

Bruce voyait sa condition comme un problème médicale. Tony la voyait plus d'ordre psychologique. Malheureusement, ce n'était pas une science dans laquelle il était doué. Et parler thérapie n'avait pas l'air de marcher, à en juger par le regard fâché du docteur.

"Je croyais qu'on gardait cette conversation pour plus tard," dit Bruce.

"Je n'essaie pas de te dissuader pour le remède. J'établis juste des théories sur la vraie nature du Hulk"

"Je connais sa nature," interrompit Bruce, la voix sombre. Ça ne se passait pas comme Tony aurait souhaité que ça se passe.

"Je-… ok, désolé. J'abandonne," fit-il, ne voulant pas l'énerver plus qu'il ne l'était déjà.

Les yeux de Bruce s'écarquillèrent, sa colère remplacée par la surprise.

"Vraiment? Tu… laisse tomber? Et tu t'excuses?" demanda-t-il.

"Oui," lui répondit Tony.

"Mais… mais tu ne fais jamais ça," fit Bruce avec une grande pertinence.

Tony haussa les épaules. "Exact. Mais qui sait, si je continue de discuter tu pourrais devenir grand et vert, et puisqu'apparemment tu aurais zéro considération pour ma sécurité, tu pourrais me tuer."

Il souhait ne pas avoir dit ça. Les mots étaient sortis beaucoup plus sévères qu'ils auraient dû. Il donnerait n'importe quoi pour les retirer, mais il ne pouvait pas, et il ne pouvait pas enlever la souffrance dans le regard de Bruce.

"Je ne ferais pas ça," insista Bruce, l'air blessé. "J'ai plus de contrôle que ça, je…" il détourna honteusement le regard.

Oh mon Dieu. Il voulut se jeter à ses pieds et le supplier de le pardonner. Il ne s'attendait pas à ce qu'il réagisse de cette manière. Il ne pensait pas vraiment ce qu'il avait dit, mais d'habitude lorsqu'il disait des choses si blessantes les gens s'énervaient simplement sur lui. Il était habitué à ce que les gens s'énervent sur lui. Il pouvait comprendre ça, mais pas la réaction de Bruce.

"Bruce, je suis tellement désolée. Je n'aurais pas dû dire ça. J'étais juste... méchant. Et con. Ne laisse pas ma connerie te faire sentir coupable." Là. Il s'était débrouillé pour s'excuser sans complètement flipper.

Mais Bruce le regarda simplement avec ses grands yeux de chien battu, et soudain les pensées de Tony s'échappèrent ailleurs. Il voulait empêcher les lèvres de Bruce de trembler…

Ne pense pas à l'embrasser maintenant! T'es un connard, tu ne mérites pas de l'embrasser! Se hurla-t-il à lui-même. Heureusement pour lui Bruce détourna le regard, les yeux vers le sol.

"C'est bon… Je suis content que tu ne le pense pas," répondit-il.

"Évidemment que je ne le pensais pas." Tony ne put s'en empêcher, il posa sa main sur le bras de Bruce. Il se crispa dès qu'il le fit, se disant qu'il n'aurait pas dû, mais Bruce eut l'air d'apprécier parce qu'il leva les yeux vers lui avec un petit sourire.

"D'accord… c'est oublié," fit-il.

"Merci," accentua Tony, laissant apparaitre le soulagement dans sa voix pour que Bruce sache à quel point il était désolé.

"On devrait aller dans ton labo maintenant," dit-il. "Ce remède va pas se développer tout seul," proposa-t-il pour se racheter.

Bruce sourit et Tony se sentit déjà un peu moins comme un bon à rien.

Quand ils se remirent au travail dans le laboratoire de Bruce, Tony prit la résolution de travailler assidûment. Finies les pauses on-mate-Bruce. Il allait bosser dur, longtemps, et inlassablement jusqu'à ce qu-

"Tony, tout va bien, vraiment."

Tony leva le nez de la trentième lame de microscope qu'il avait cataloguée. Bruce le fixait avec un regard inquiet.

"De quoi tu p-"

"Tu n'as pas à travailler comme un dingue juste à cause d'une remarque en l'air. Sérieusement."

Tony regarda son microscope en fronçant les sourcils. "Mais je me sens vraiment-"

"Je ne suis pas délicat, Tony," l'interrompit-il d'une voix ferme pour la deuxième fois. "Tu es désolé, je te crois, je suis passé à autre chose. Détend-toi et arrête d'agir comme si tu avais même peur de me regarder."

Merde il a tapé dans le mille, pensaTony. Il ne réalise même pas à quel point. Il se sentit idiot d'avoir traité Bruce comme s'il était fait de verre. Bien sûr qu'il ne l'était pas. Il était la personne la plus forte qu'il ait jamais rencontrée, dans plusieurs sens du terme.

"Ok. Tu as raison," répondit-il. Bruce sourit.

"Bien," approuva-il.

Ils passèrent les minutes qui suivirent à travailler en silence, jusqu'à ce que Tony se sente obligé de dire quelque chose, tendre une main amicale, juste pour se prouver qu'ils étaient de retour en terrain stable.

"Hé… Il y a une salle de sport quelques étages plus bas. Tu veux y jeter un œil après?" Il doutait que Bruce soit quelqu'un de très superficiel, mais de toute évidence il gardait la forme. Et ça semblait plus être son genre de trucs que la salle de jeux, ou les autres divertissements disponibles de la Tour. Il avait compris que Bruce ne voudrait pas s'aventurer dehors, vu son caractère solitaire.

Bruce sourit, apparemment content de la proposition.

"Bonne idée. Faire de l'exercice me calme. Je suis heureux d'apprendre que je pourrai faire du sport pendant que je suis là."

Tony eut un grand sourire intérieur. Gagné!pensa-t-il. Et il passa le reste de leur temps de travail à essayer de ne pas imaginer Bruce à s'exercer en sueur.

Ugh, pensaTony. Tu peux vraiment pas rester convenable très longtemps, hein?

Mais il était juste comme ça. Il était inconvenant et effronté, et parfois à force de ne pas être capable de la fermer il faisait des faux pas et se ramassait sur le coin de la gueule. Mais apparemment Bruce pouvait supporter ça. Il ne s'était pas mis en colère, ne s'était pas moqué, ne l'avait pas ignoré, il l'avait juste... pardonné. Et s'était ensuite assuré que Tony se pardonne lui-même. Ce qui lui restait de cœur se gonfla d'émotion.

Il ne se souvenait pas que quelqu'un ait déjà fait ça pour lui.

Il ne blesserait jamais les sentiments de Bruce de nouveau. Aussi longtemps qu'il vivrait.

En face de Tony, Bruce le regarda depuis la table de travail, heureux qu'ils se soient réconciliés. L'idée de le blesser à cause d'un simple désaccord l'avait contrarié, mais il s'était rapidement rendu compte que c'était là où Tony voulait en venir, à sa manière. Tony ne s'attendait pas à ce que Bruce garde le contrôle, mais à ce qu'il ne le blesse pas même transformé. Il lui faisait confiance à ce point-là.

Bruce savait qu'il était supposé s'en inquiéter, que c'était mal de sa part de laisser Tony se promener aveuglément dans l'antre du lion, qu'il devrait lui dire clairement qu'il n'était pas en sécurité avec lui quoi qu'il arrive, mais…

Il ne ferait jamais de mal à Tony. Il le sentait tout au fond de lui-même.

Profondément jusque dans le Hulk lui-même.