Titre : L'amant des quatre temps
Rating : PG
Personnages : Neville et son amant, Augusta
Nombre de mots : 1057
Bêta : felisoph
L'amant des quatre temps.
Etre l'amant de Neville Longdubat implique d'accepter le reste avec. Le reste étant le Domaine, ses feuillages, ses secrets, ses grands bois et ses ruisseaux, ses futaies et ses brassées de fleurs, ses pelouses semées d'arbustes…
Etre l'amant de Neville Longdubat c'est le partager avec les buissons de rose thé, les tulipiers et les hêtres pourpres, c'est admettre qu'il puisse être bouleversé par la grêle et qu'il revienne se mettre au lit tout humide de rosée, c'est apprendre qu'il peut oublier l'existence toute entière du monde extérieur quand on lui donne un sécateur. Ceci même si le monde extérieur comprend un amant qui l'attend et qui finit par jouer sa montre contre la pendule du salon au poker avec Augusta Longdubat.
Le printemps qui vient réveille la nature et avec elle le jeune botaniste. La sève grimpe le long des canaux, dans les troncs et les tiges, et son bruissement que les hommes ne perçoivent pas enivre Neville. Il va le long des allées, s'allonge au pied des massifs de rosiers, surveille les bourgeons avec des soins de mère. Il disparait pendant toute la journée, revient tâché de verdure et de terre, sourire aux lèvres et pétillement heureux dans le regard.
Son amant se sent un peu jaloux, d'une bande de salades en plus, mais ne l'avouera jamais. Quand il se rend finalement compte qu'il l'a abandonné des heures durant, Neville lui adresse des moues contrites et noue ses bras autour de ses épaules. Les sarcasmes se trouvent bus à même les lèvres qui tentent de les proférer, tandis que le Gryffondor entraine son compagnon le long des chemins couverts. Ils pique-niquent à l'orée d'un bosquet de merisiers, au sud du Manoir, et le botaniste observe avec ravissement le ballet d'un bouvreuil qui décortique les bourgeons et les fleurs. Allongé sur la couverture, son amant lit, souverainement imperméable au cirque de l'oiseau, jusqu'à l'instant où il estime avoir droit à plus d'attention que l'emplumé et abandonne son ouvrage pour s'intéresser au coin de clavicule que dévoile le col d'une chemise légère.
L'été vient et le Domaine porte du fruit. L'amant de Neville le suit dans les vergers, à l'est du Manoir, et ils s'installent au pied des arbres, protégés du soleil qui oublie un instant qu'il éclaire ici l'Angleterre. Neville lui tend des mirabelles, lui fait picorer des groseilles rouges, s'égratigne les bras sur les épines des framboisiers pour lui ramener des baies gorgées de parfum. L'autre homme râle et peste que c'est encore un complot Longdubat pour le forcer à une alimentation équilibrée.
Le professeur de botanique rit et lui glisse entre les lèvres un autre fruit, juste avant d'en partager le jus à même sa bouche. Ils chiffonnent l'herbe tendre et verte, libèrent le parfum des petites fleurs sauvages qui y poussent quand ils les froissent en s'allongeant. La lumière passant à travers les frondaisons les pare d'étincelles changeantes et les rires montent haut, loin du monde.
C'est un jour d'été qu'un sorcier imprudent vient proposer d'acheter une part du Domaine, la plus éloignée du Manoir, à proximité du village. Il veut y faire bâtir un lotissement moderne, merveille du monde moldu chez les sorciers. Neville pâlit et se lève, un orage d'août dans les yeux. Son amant se dira toujours qu'il a sauvé la vie de cet apprenti promoteur en attrapant la main qui cherchait déjà la baguette et l'étranger se fera seulement jeter dehors avec fracas pour avoir songé à déraciner les bouleaux et assécher les mares…
En automne le Domaine change de couleurs. Neville et les elfes jardiniers passent de longues heures à empêcher la marée de feuilles violement colorées de trop envahir les allées et à pailler les jeunes plants pour les protéger. Il revient ensuite, un peu mélancolique de la saison qui s'achève, épuisé des longues heures de jardinage pour préparer le parc à l'endormissement. Il s'assoupit, la tête sur les genoux de son amant qui regarde sans le voir le feu qui crépite dans la cheminée, la main dans les cheveux bruns. Le verger le plus à l'ouest donne des pommes un peu trop acides au palais, dont on fait du cidre dans les communs. Neville chipe de la pulpe, surveille les pressoirs et retourne ensuite à l'homme qu'il aime, sentant la terre, les fruits, faisant entrer dans le pli de ses robes la Nature dans la bibliothèque où son amant aime à s'installer.
Il entraîne l'autre homme le long des haies de sureau, dérangeant les merles picorant les dernières baies, l'embrasse avec douceur et lui murmure des folies à mi-voix. Quand le travail appelle son amant au loin, il reçoit du dernier des Longdubat des bouquets de feuilles d'un rouge profond, qui le font tout à la fois lever les yeux au ciel et sourire, tandis que l'image d'un jeune fou aimant se calfeutrer avec lui au pied d'un charmille pour s'embrasser envahit le bureau.
En hiver, Neville va surveiller que la glace n'envahit pas totalement les étangs au nord du Domaine. Il nourrit les oiseaux et se promène dans la neige, notant au passage les branches qu'elle a fait casser sous son poids. Il reviendra avec les elfes appliquer un emplâtre sur le bois à vif des arbres, empêchant les maladies de s'y frayer un chemin. Lorsqu'il rentre, les lèvres froides et les joues rougies, son compagnon le traite d'inconscient et décrète de longues siestes au creux des draps, des siestes où il souffle sur le corps alangui la chaleur qui semble l'avoir fui.
L'hiver ce sont les châtaignes dans la cheminée, le craquement des braises et les escarbilles voltigeant, et le vin chaud et Neville qui insiste pour grimper dans un chêne chercher lui-même le gui dont les elfes décorent le Manoir. Son compagnon s'agace un peu d'une telle idée de la part d'un maladroit congénital avant de penser, observant le recueillement du jeune homme, aux légendes courant sur les origines celtes du Domaine et des Longdubat. Les houx se parent de baies rouges et les feuilles encore au sol s'ornent de franges de givre. Bien à l'abri dans les salons, les deux hommes laissent la bise souffler frimas et gel, enlacés dans un canapé.
Que l'hiver s'emballe tant qu'il veut : sous la couche de neige, le Domaine dort, patient, et la tête sur les genoux de l'homme qu'il aime, son jardinier fait de même.
***F….
Ps: oui, il n'y a pas le nom de l'amant. mais c'est fait exprès. Si vraiment cela vous titille, je vous conseille un détour par mon profil pour y trouver le lien vers un bijou nommé papotus_sempra
