Christa77: Merci pour ta review :). J'attends ton avis sur la suite ;)
Chapitre 4 :
Je me sentais mieux. Tellement mieux. Assise à la table sombre de l'auberge dans laquelle nous venions de nous restaurer, je regardais pensivement mon assiette vide. Je l'avais vidé d'un trait. Maintenant, je me laissais simplement bercer par les murmures des autres clients, et par la chaleur du feu timide crépitant dans le fond de la pièce. La nuit poussait peu à peu le jour. Il était relativement tard. La fraîcheur de l'air léchais doucement ma peau frissonnante m'obligeant à la frotter de temps à autre pour avoir chaud. En face de moi, Jecht souriait comme une bien heureux, un verre à la main, accordant des sourires plus que bienveillants à la servante de l'établissement. Cette dernière semblait d'ailleurs mal à l'aise lorsqu'elle venait à notre table. Braska mariait cela à la présence écrasante d'Auron. D'après le peu que j'avais entendu, ce n'était pas un homme que l'on approchait facilement déjà à l'époque. Autant dire que ce n'était pas allé en s'arrangeant. Pauvre de moi qui m'étais entichée de l'homme le plus glacial de l'univers. Il siégeait au côté de Jecht, son visage légèrement incliné vers le bas, son impénétrable regard insaisissable sous ses lunettes noires. Sa cape toujours remontée, il n'avait pas avalé grand chose. Il était dur de se dire que j'avais mangé plus que moi. Moi, la crevette au milieu de ces trois tas de muscles.
Plusieurs questions se bousculaient au fond de mon crâne. Questions que je n'avais pas osé poser depuis mon réveil. Ou plutôt depuis que j'avais été expédiée ici. Déjà, je ne savais pas où nous allions, ni où en étaient ces hommes dans leur pèlerinage. J'ignorais combien de temps il me restait avant leur mort, et donc, de combien d'heures je disposais pour élaborer un plan de sauvetage. Chose auquel je n'avais guère réfléchit. Je me retrouvais là, avec Jecht, Braska, et Auron, sans même savoir comment j'allais sauver ce dernier sans que les autres ne vivent. Car eux devaient mourir. Je n'avais pas le droit de les laisser vivre, pour le bon déroulement du futur. Car si Auron vivait, une seule chose changerait. Il n'aurait pas à partir à la fin de notre voyage. En revanche, je ne savais pas vraiment comment lui expliquer ma présence aux deux époques si jamais il se souvenait de moi. Yuna ne m'avait pas précisé si je m'effacerais des mémoires une fois ma mission remplie. Enfin, je verrais cela en temps voulu.
- Excusez moi, mais vous ne me l'avez pas dit, mais où allez vous?finis-je par demander.
- Tu ne nous l'as pas demandé, lâcha Auron sans relever la tête.
Merci. Mais cela ne répondais pas du tout à ma question.
- Actuellement, nous nous rendons à Porto Kilika, me dit Braska. En fait, nous t'avons trouvé au début du pèlerinage. Il nous reste beaucoup de chemin à faire.
Porto Kilika. J'en avais entendu parler, mais jamais je n'y étais allée. Yuna m'avait décris mainte fois ce lieu comme un endroit doux et agréable, malheureusement ravagé par la malédiction de Sin. Mais peut être que là, j'aurais le plaisir de voir ce village entier. Ma cousine m'avait dit y avoir exécuté une danse pour envoyer les nombreux morts dans l'Au Delà. Chose qui l'avait énormément émue. Elle n'avait jamais aimé danser pour les morts. Je l'avais vu le faire pour Auron, et je n'en gardais pas un très bon souvenir. Depuis ce jour, j'étais comme effrayée devant les danses macabres des Invokeurs. Je n'avais aucune envie de voir oncle Braska en exécuter une.
- Que se passe-t-il ?
Le regard inquiet de Jecht me fit réaliser que j'étais perdue dans mes pensées depuis au moins cinq minutes déjà.
- Oh rien, le rassurai-je en souriant. Porto Kilika, j'en ai déjà entendu parler comme étant un bel endroit.
- Tu as pourtant pâlie lorsque nous avons évoqué le nom de notre destination, me dit Braska, soucieux.
- Ah.
Ce fut tout ce que je pus répondre. Ma frayeur de cet endroit, ou plutôt de ce qui s'y était passé s'était vu sur mon visage. Pourtant je ne voulais pas qu'ils sachent. Je ne voulais pas être dépouillée de mes peurs. Je ne voulais pas leur paraître faible. Surtout que cette peur là n'était pas explicable. Ils ne pourraient pas comprendre. Trop de choses me liaient à mon époque pour que je puisse leur confier ce genre de chose.
- Tu as peur de quelque chose là bas ?insista Jecht en se grattant la barbe.
- Non, non absolument pas, m'empressai-je de répondre. Je suis juste un peu fatiguée.
Mettre cela sur le compte de la fatigue était facile. Accepter des relations basées sur des mensonges était autrement plus difficile. Sur mes mensonges. Je n'aimais pas cela. Mais c'était mieux d'être étrangère à moi même plutôt que de leur révéler le pourquoi j'étais ici. Ils m'auraient pris pour une folle. Enfin, si ce n'était pas déjà le cas.
- Alors tu devrais allé te reposer, me lança Auron en tournant enfin le visage vers moi. Nous partons tôt demain matin, et je te jure que tu ne nous retarderas pas.
- Demandé si gentiment, grognai-je en le fusillant du regard.
Sans prêter attention aux regards étonnés de Jecht et Braska, et à l'expression agacée d'Auron, je me levai pour me diriger vers l'étage des chambres. Là, je claquai nerveusement la porte de la mienne, et me jetai sur le minuscule lit. La tête enfouie dans mon oreiller, je ne pus retenir une larme. Je n'aimais pas la manière dont cet homme me parlait. J'avais pourtant tout envoyer valser pour lui. Juste pour le retrouver, j'avais laissé ma vie de côté. J'avais laissé ma vie dix ans dans le futur. Tout cela pour qu'il me parle toujours de la même manière. Il n'y avait aucune méchanceté dans ses propos. Juste un ton indifférent atrocement douloureux. J'aurais préféré de la méchanceté. Cela aurait au moins eu le mérite de me faire sourire. Parce que la haine reste de l'intérêt. Là, il n'y avait rien. J'étais aussi importante qu'un objet à ses yeux. Et encore, un objet sans valeur. Je n'aimais pas son caractère dénué d'émotions. Je n'aimais pas cette façon discrète de regarder les gens sans que l'on s'en rende compte. Je n'aimais pas son comportement. Mais je l'aimais lui. Je l'aimais à un tel point que cela faisait mal. Plus mal que n'importe quelle blessure. Plus mal que tout. J'aurais pu simplement mourir. J'aurais pu trancher ma vie d'un coup de griffe, lorsque je pleurais dans ma chambre. Mais au lieu de cela, j'avais préféré le rejoindre. Et lui offrir le souffle qu'il méritait. Peut être que je n'avais pas le courage de mourir. Ou peut être que j'avais juste le courage de ne pas le faire. Je savais juste que mon geste insensé et inconscient de retour dans le passé n'était dû qu'à mon amour dévorant pour cet homme. Qui n'en avait que faire de ma petite tête blonde.
- Ma pauvre Rikku, tu touches le fond, maugréai-je pour moi même.
Relevant la tête, je séchai mes quelques larmes d'un revers de la main. Je m'interdisais de pleurer une autre fois. Fronçant les sourcils, je commençai à peser le pour et le contre de ma situation. Certes, l'homme que j'aimais ne faisait pas attention à ma présence. Mais au moins, il m'avait été permis de le revoir, lui pourtant mort. Et j'étais bien décidée à changer cela. Oui, il ne posait les yeux sur moi que pour me blesser. Pour lui, je n'étais qu'une petite chose fragile. Alors qu'en réalité j'étais Rikku ! La Rikku qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. La Rikku rebelle qui passe sa vie à vadrouiller et à n'en faire qu'à sa tête. La Rikku qui répond ouvertement aux pics qu'on lui lance. La Rikku qui sait ce qu'elle veut. Et ce que je voulais était juste le sauver. Et l'aimer. Alors si je ne pouvais pas l'attirer avec de simples regards ou éventuels charmes féminins qui chez moi n'étaient pas vraiment les mêmes que les autres jeune filles de mon âge, je lui répondrais. Je lui exposerais clairement ma façon de penser. Et l'enverrais valser, lui et ses remarques vexantes.
Je serrai les poings. Oui, je pouvais au moins faire ça.
ooo
Je me réveillai le lendemain matin, les cheveux pire qu'en pétard, la tête collée contre mon coussin, couette retournée et à moitié par terre. Le soleil se levait à peine, m'agressant de ses rayons timides. Maugréant quelques jurons à la lumière, je remuais péniblement les mains, dans l'espoir de trouver un coin de la couette pour me couvrir le visage. Jusqu'à ce que je sente quelque chose me tirer violemment vers le sol. Agitant bras et jambes dans l'espoir de me rattraper, je terminai ma course écrasée au sol, la joue contre le parquet, dans une position des plus ridicules.
- Mais qu'est ce que...grognai-je en levant les yeux.
- Debout gamine !
Je reconnus la voix de Jecht. Avant même que je ne réponde, ce dernier me jeta l'oreiller au visage pour achever mon réveil forcé.
- Mais qu'est ce que vous faites là ?grommelai-je en repoussant le coussin.
- Et bien j'ai dormi là gamine, me répondit l'homme en rassemblant des affaires qui semblaient être les siennes.
- Pardon ? Devant mes yeux étonnés, le grand brun éclata de rire.
- T'as pas dû m'entendre arriver, tu dormais déjà, m'expliqua-t-il en se calmant. Mais ne t'inquiète pas, j'ai dormi par terre.
- Ou sont les autres ?lui demandai-je en me levant.
- Dans une autre chambre.
Je hochai la tête, puis me rendis compte de la situation, devant l'oeil amusé de mon colocataire. J'étais tout simplement ridicule. Mes cheveux dans un état pas possible, mes vêtements tout froissés, et mon visage mal réveillé. Sans un mot, je me ruai vers la salle de bain. Aussi vite que je le pus, je tentai de me redonner un air à peu près présentable.
- En tout cas, t'es bavarde quand tu dors gamine, me lança Jecht depuis la chambre.
Si j'avais parlé pendant mon sommeil, je priais tous les seins de ne pas avoir inconsciemment évoqué le sujet d'Auron. Prudemment, je sortis de la salle de bain, sourcils froncés.
- Et j'ai dit quoi ?lui demandai-je, inquiète.
- Oh j'ai pas tout compris, mais t'avais l'air de t'énerver après quelqu'un, me répondit l'homme en souriant. J'aurais pas aimé être à la place de cette personne. Je crois que t'as essayé de le nommé mais j'ai rien compris.
Dieu, soyez béni. Si je m'étais énervée, cela ne pouvait être qu'après une seule personne. Et heureusement que j'avais été incapable de prononcer son nom alors que je dormais. Sinon, ma vie était finie. Même plus finie que finie.
Trois coups contre la porte me firent relever la tête. Elle s'ouvrit sur le visage souriant de Braska, ce dernier suivit d'un Auron impassible. Comme toujours, vous me direz. Cet homme semblait incapable de sourire réellement. Ou de rire. Auron, rire, mais quelle idée. Ça ferait une tâche sur son CV.
- Tout le monde est prêt ?nous demanda Braska.
- Prêts ou non, nous partons, marmonna Auron en s'éloignant.
Il méritait le prix Nobel de la gentillesse. Sérieusement.
- Ouais ouais, on arrive, grogna Jecht en attrapant son sac.
J'adressai un sourire à mon oncle, et passai la porte, suivis de près par Jecht. En fait, je n'avais pas d'affaires à prendre. J'étais arrivée sans rien. Peut être que j'aurais dû au moins prévoir mon voyage. Enfin.
Nous descendîmes dans la grande salle de l'auberge, et après avoir avalé quelques morceaux de pain, nous nous approchâmes du comptoir pour régler notre nuit. Chose qui ne me plaisait pas vraiment. En effet, je ne devais avoir que dix pauvres gils dans ma bourse, si ce n'est pas moins. Je n'avais en tout cas pas de quoi payer un repas ou une nuit. Braska sembla percevoir mon désarroi, car il m'adressa un sourire rassurant et ne me demanda absolument rien. Mais Auron me gratifia d'un de ses légendaires regards blessants dont il a le secret. Le plus discrètement possible, je lui tirai la langue pour seul réponse. Mon geste puéril sembla d'ailleurs le surprendre, car il ne put s'empêcher de me regarder avec des yeux surpris. Ce qui m'aurait fait rire si je n'étais pas occupée à me faire toute petite. Et oui mon ami, ce n'est pas parce que je t'aime que je vais t'épargner.
