Chapitre 3 : Le Calme avant la Tempête


Hermione Granger était allongée sur le lit qu'elle occupait dans la chambre de Ginny mais bien qu'elle ait tenu un livre entre ses mains, elle n'était pas parvenue à lire une seule page depuis qu'elle l'avait ouvert. En fait, cela faisait près de trois semaines que les cours s'étaient terminés mais elle n'avait réussi à s'intéresser à aucun des livres qu'elle avait spécialement acheté quelques mois auparavant en prévision de cet été.

Bien sûr, elle en connaissait la raison mais il lui avait déjà été difficile de se l'avouer à elle-même, aussi n'en avait-elle jamais parlé à qui que ce soit…

Harry.

Harry avait été acquitté du meurtre de Cho Chang et des tortures pratiquées sur les frères Crivey. Des preuves irréfutables attestaient que tout cela n'avait été rien d'autre qu'une mise en scène de Peter Pettigrow, qui avait une fois de plus envoyé un innocent à Azkaban.

Et elle l'y avait aidé, en témoignant contre son meilleur ami.

Lorsqu'elle avait lu pour la première fois l'article de la Gazette concernant l'innocence du Survivant, elle avait été prise d'une irrésistible envie de vomir, et avait d'ailleurs régurgité son déjeuner dans les toilettes. Après sa prise de conscience, elle avait éprouvé un tel dégoût vis-à-vis d'elle-même et de ses actions qu'elle avait éprouvé du mal à s'alimenter les jours suivants, et pire encore, à dormir.

Ses nuits étaient peuplées de cauchemars qui n'étaient au final que les variantes d'un seul songe : Harry enfermé dans une cellule sombre et humide, hurlant de terreur et de douleur alors que les Détraqueurs se nourrissaient de la moindre pensée joyeuse de son esprit.

Elle l'entendait l'appeler à l'aide, crier son nom avec l'énergie du désespoir, entre deux sanglots, avec toujours la même question qui revenait : pourquoi ? Pourquoi l'avait-elle trahi ? Pourquoi ne l'avait-elle pas cru ?

Hermione avait cherché dans sa mémoire les réponses à ces questions. Pourquoi n'avait-elle pas cru son meilleur ami, après tout ce qu'il avait fait pour elle ? Combien de fois avait-il risqué sa vie pour lui venir en aide, que ce soit face à un troll, une colonie d'acromantulas ou même un Basilic ? Combien de fois s'était-il assis à ses côtés, simplement pour l'écouter parler de ses soucis, de ses frustrations et de ses peurs ?

Il avait été avec Ron l'un de ses deux premiers amis et, plus que le jeune Weasley, le meilleur ami qu'elle ait jamais eu. Et pourtant, elle l'avait cru capable de tuer une fille qu'il aimait de sang froid et de torturer des garçons innocents… pourquoi ?

Parce que Dumbledore lui avait dit que c'était la conclusion la plus logique, qui concordait avec les preuves trouvées sur place mais aussi avec les très nombreux témoignages rassemblés par les Aurors.

La jeune Granger n'avait pas été tout à fait convaincue au début mais Ron avait confirmé les doutes qui la tiraillaient, citant les nombreuses occasions où Harry s'était montré agressif, distant, ou tout simplement bizarre. Il avait fait taire ses doutes quant à la culpabilité du Survivant et affermi l'opinion du Directeur comme la seule vérité possible.

Et elle les avait cru… non, elle avait eu besoin de les croire. Il fallait qu'Harry soit coupable de ses craintes, afin qu'elle-même ne se sente pas coupable… oui, pour qu'elle soit certaine d'avoir fait ce qui était juste.

Mais cela ne l'avait pas empêchée d'avoir eu tort, complètement tort. Bien sûr, elle n'avait pas confié ses remords à Ron. Pour une raison qui lui échappait, le rouquin avait catégoriquement refusé l'innocence de son ex-meilleur ami. C'était comme s'il lui était tout simplement impossible d'accepter l'idée qu'il se soit trompé…

Il avait fallu plusieurs discussions avec ses parents, et avec le Directeur lui-même, pour que le benjamin des fils Weasley accepte finalement la vérité. Pourtant, Ron n'avait pas eu l'air d'éprouver l'ombre d'un remord. Selon lui, Harry comprendrait que compte-tenu des circonstances, ils n'avaient eu d'autre choix que de le croire coupable et qu'il leur pardonnerait, juste comme ça.

Parfois, Hermione se demandait si la stupidité de son petit-ami cesserait jamais de la surprendre…

C'est à cet instant précis que la porte de la chambre s'ouvrit, laissant entrer une Ginny ayant l'air passablement ennuyée. Celle-ci se laissa tomber sur son lit, avant de laisser échapper un soupir d'exaspération, qui attira l'attention de la jeune Granger.

- Qu'est-ce qui se passe, Ginny ? L'interrogea-t-elle, curieuse.

- Ce qui se passe, c'est que l'Ordre tient une « réunion de la plus haute importance » dans le salon. Répondit l'adolescente d'un air agacé en imitant la voix de sa mère.

- Depuis quand l'Ordre organise-t-il ses réunions au Terrier ? Demanda Hermione, confuse.

- Comment voudrais-tu que je le sache ? Nous étions censés passer quelques jours à Square Grimmauld au début des vacances, pour faire du shopping dans la partie moldue de Londres mais maman a annulé au dernier moment ! S'énerva l'attrapeuse, avant d'envoyer voltiger un coussin contre le mur.

Voilà qui était de plus en plus étrange. Ils auraient dû effectivement se rendre à l'ancienne maison de Sirius début juillet mais bizarrement, Mme Weasley avait changé d'avis. Et voilà que les réunions de l'Ordre ne se tenaient plus là-bas mais au Terrier…

… et c'est ainsi qu'elle eut le déclic.

- Ils ne peuvent plus aller à Square Grimmauld. Déclara-t-elle de ce ton à la fois assuré et neutre auquel elle recourrait lorsqu'elle faisait une déduction.

- Quoi ? Mais qu'est-ce que tu veux dire ? L'interrogea la rouquine, qui ne comprenait pas le raisonnement de son amie.

- C'est pourtant simple. Ta mère n'a pas changé nos plans par choix mais par obligation, de même que les réunions de l'Ordre se font ici pour la même raison. Depuis la fin de l'année scolaire, voire peut-être avant, il leur est dangereux, voire peut-être impossible de se rendre là-bas.

- Mais pourquoi si soudainement ? Je veux dire, c'est Dumbledore lui-même qui est le Gardien du Secret, non ? Et puis, ce n'est pas comme si Sirius avait fait don de la maison aux Malefoy ou à cette folle de Lestrange…

Hermione dut admettre qu'il était difficile d'envisager une faille dans le Sortilège de Fidelitas, surtout si c'était le Directeur lui-même qui en était l'auteur. De la même manière, il paraissait complètement absurde que Narcissa Malefoy ou Bellatrix Lestrange se soient vues léguées quoi que ce soit par Sirius, hormis son mépris. Après tout, il avait dû tout léguer à son filleul…

Harry était son filleul.

- C'est sûrement en rapport avec Harry. Lâcha-t-elle, écartant une mèche brune de son front.

- Comment ça, en rapport avec Harry ? Il a disparu le jour même de sa libération, après son passage à Gringotts.

- Justement ! Il a dû profiter de sa visite là-bas pour prendre connaissance du testament de Sirius, un testament dans lequel Harry a dû hériter de la maison. Cela explique que l'Ordre n'y ait plus eu accès…

- Mais Harry connaît l'importance de l'Ordre ! Tu crois qu'il leur en aurait interdit l'accès juste pour se venger ? S'interrogea Ginny, les yeux écarquillés sous le coup de la surprise.

- Ginny, il vient de passer une année à Azkaban… par la faute de Pettigrow, certes mais aussi par la nôtre. Dumbledore n'a pas levé le petit doigt pour lui venir en aide et nous, nous l'avons… nous l'avons décrit comme quelqu'un d'instable, de déséquilibré… Articula-t-elle non sans difficulté, les larmes brouillant son regard.

La rouquine pâlit rien qu'en se souvenant de la parodie de procès qui avait eu lieu un peu plus d'un an auparavant. A sa connaissance, le jeune Potter n'avait pas eu le moindre allié dans la salle d'audience, aussi bien auprès du Magenmagot, que des témoins ou des spectateurs. Même sa mère, qui avait paru si attachée à lui auparavant s'étaient montrée d'une virulence incroyable à son égard pendant le procès.

- Je sais, Hermione, et il ne se passe pas un jour sans que j'ai l'impression d'être la pire des idiotes mais… Harry vaut mieux que ça. Rappelle-toi en deuxième année, ou même en quatrième, quand tout le monde lui tournait le dos…

- Un an, Ginny. Un an passé à la merci des Détraqueurs sans pouvoir ne serait-ce que se défendre. Est-ce que tu te rappelles ce qu'ils ont provoqué chez lui lors des courts instants où il a été en leur présence ?

La rouquine se tut immédiatement avant de baisser la tête. Elle n'avait certainement pas oublié la chute spectaculaire que le Survivant avait faite en troisième année lorsqu'un groupe de détraqueurs l'avait pris pour cible. Il y avait même perdu son ancien balai, un Nimbus 2000 offert pendant sa première année par McGonagall, que le Saule Cogneur avait réduit en morceaux.

Prenant une profonde inspiration, Hermione décida de changer de sujet, rien de bon ne pouvant sortir d'une discussion impliquant leurs erreurs passées vis-à-vis du jeune Potter.

- Est-ce que ton père a eu des nouvelles de Bill ?

L'adolescente se contenta de secouer la tête en signe de réponse négative, avant de prendre la parole d'une voix triste.

- Il est toujours enfermé dans une cellule à Gringotts. Apparemment, les gobelins poursuivent leur enquête pour déterminer s'il a fourni d'autres renseignements à l'Ordre concernant des clients de la banque ou des gobelins. Son procès devrait avoir lieu vers la mi-août.

- Mais le mariage aurait dû avoir lieu le 1er août ! Et puis comment se fait-il qu'un procès soit fait pour une simple fuite d'information ? S'étonna Hermione, surprise par la réaction des gobelins.

Ginny haussa les épaules tout en se redressant sur son lit, de sorte à être en position assise. Ses yeux s'attardèrent un moment sur son poster de Gwenog Jones, la capitaine des Harpies de Holyhead, avant de se tourner vers Hermione.

- Les gobelins ont des lois très différentes des nôtres. Pour eux, le secret professionnel est très important et je crois bien qu'une clause à ce sujet figure dans tous leurs contrats impliquant du personnel non gobelin.

- Je veux bien qu'ils considèrent que ce soit grave mais ils pourraient se contenter de le renvoyer. Pourquoi éprouvent-ils le besoin de lui faire un procès ?

Les yeux de la rouquine parurent se voiler et elle répondit d'une voix à peine audible.

- J'ai entendu Kingsley en parler avec papa. Apparemment, la situation est grave parce que le Directeur de la banque déteste cordialement Dumbledore et… parce que Bill a parlé de la présence d'Harry à Gringotts.

- Et en quoi cela est-il important ?

- Hermione, les Potter sont l'une des plus vieilles et des plus riches familles de sorciers de toute la Grande-Bretagne ! Sans parler de la renommée qu'a ajouté le statut de Survivant d'Harry à sa famille… A mon avis, les gobelins font un exemple pour prouver à Harry qu'ils sont de son côté.

- Mais c'est parfaitement injuste ! S'exclama l'adolescente aux longs cheveux bruns, ses yeux noisette brillant de colère.

- Il va falloir t'y habituer… Pour en revenir au mariage, il a été reporté jusqu'à la libération de Bill. Fleur a été mise en congé forcé pour le moment, dû à sa relation avec mon frère et à son étroite implication avec l'Ordre…et depuis, elle passe son temps à pleurer et à pester contre les gobelins avec ma mère. A croire que toute cette histoire les a rapprochées… Remarqua la jeune Weasley avec philosophie.

- Et sa famille ? Ne devait-elle pas venir d'ici quelques jours ?

- Le 30 juillet, oui. Ils ont également reporté leur venue en Grande-Bretagne, prétextant une réception à laquelle ils allaient devoir assister ou quelque chose comme ça…

Le silence ne tarda pas à s'installer dans la pièce, les deux jeunes femmes ayant quelque peu épuisé tous les sujets de discussion du moment. Pourtant leurs pensées convergèrent rapidement vers la même interrogation.

Où pouvait donc bien se trouver Harry Potter ?


Lord Voldemort était assis sur un trône, probablement taillé dans du quartz, et constellé de diamants, d'émeraudes et d'opales noires sur presque toute sa surface. A cette heure de la journée, peu de ses fidèles s'étaient rassemblés dans son repaire mais aucun n'aurait osé déranger le Maître sans une bonne raison.

Cela expliquait que le Seigneur des Ténèbres se trouvât seul dans l'immense pièce, avec pour seule compagnie le serpent géant qui ne le quittait presque jamais : Nagini. Les pensées du mage noir étaient tournées vers les étranges événements des dernières semaines, voire même de l'année passée.

Lorsqu'il avait utilisé Queudver pour piéger Harry Potter, son plan s'était déroulé à la perfection. Les preuves s'étaient avérées suffisamment accablantes pour que Dumbledore n'aille pas chercher plus loin, et surtout pour qu'il laisse Fudge limoger publiquement le garçon sans opposer la moindre résistance.

Une fois le procès passé, il lui avait suffi d'exploiter le lien qui unissait leurs esprits pour lui envoyer toutes sortes d'images, réelles la plupart du temps, concernant les actes les plus violents et les plus sanglants perpétrés par les mangemorts. Le jeune Potter était réputé pour sa « compassion », ce qui signifiait que chacune des visions qu'il lui avait envoyé ne représentait qu'une séance de torture de plus.

Pendant ce temps là, il avait continué à placer ses agents au sein du Ministère, tout en laissant à Fudge l'illusion qu'il « contrôlait la situation ». Après tout, il serait toujours temps de le mettre sous sa coupe, voire de le tuer en temps voulu.

Néanmoins, le mage noir avait aussi tenu à s'assurer que la culpabilité d'Harry n'était remise en question par personne et c'est d'ailleurs pourquoi il avait retardé ses plans d'assassinat sur Dumbledore, sachant parfaitement que le vieillard n'était plus à la hauteur pour le vaincre depuis déjà bien longtemps. Leur brève confrontation au Ministère le lui avait confirmé.

Toutefois, pour une raison qui lui échappait, le lien mental qui le rattachait à Potter s'était brusquement fermé. Ou plutôt, à chaque fois qu'il avait essayé de l'exploiter, il s'était heurté à une barrière infranchissable… cela ressemblait à de l'occlumencie mais étant un maître en légilimencie, Voldemort aurait dû être capable d'en venir à bout facilement. Le problème, c'était qu'il n'avait pas réussi, malgré de nombreuses tentatives.

Et puis, Pettigrow avait été arrêté par les Aurors. Là encore, le mage noir ne comprenait pas comment une telle chose avait pu se réaliser. Il avait ordonné à trois de ses plus anciens mangemorts, qui étaient aussi d'anciens camarades d'école et sensiblement trop vieux pour se livrer aux carnages quotidiens, de garder en permanence un œil sur le rat.

Et voilà que le lendemain de l'arrestation de l'animagus, ses serviteurs découvraient les cadavres d'Avery, Mulciber et Rosier, tous trois couverts de marques de lacération. Les vieillards, malgré leur âge, étaient toujours assez bons en duel, et il lui paraissait inconcevable que Queudver ait pu les vaincre, surtout à trois contre un.

Dans les jours qui avaient suivi la libération de Potter, le Seigneur des Ténèbres avait envoyé ses mangemorts aux quatre coins du pays pour lui ramener le garçon mais… sans succès. Personne ne savait où celui-ci se cachait, pas même l'Ordre du Phénix s'il devait en croire les déclarations de Rogue.

Quelque chose était en train de se passer et Lord Voldemort ignorait de quoi il s'agissait. Or, s'il y avait bien une chose que le mage noir le plus craint de sa génération détestait, c'était de ne pas savoir ce qui se tramait dans le monde sorcier. Tout était tellement plus simple lorsqu'il n'y avait que lui, Dumbledore et le reste de la population sorcière pour leur servir de pions…

Mais Harry Potter était en train de progressivement sortir de l'échiquier et ce n'était certainement pas pour lui plaire.

Cela expliquait en partie pourquoi il fit venir Bellatrix à lui quelques instants plus tard.

La mangemort avait participé à la première guerre et elle lui était toujours restée fidèle, même après son regrettable… accident à Godric's Hollow. C'était d'ailleurs la raison pour laquelle il lui avait confié un objet d'une valeur inestimable, autant au sens financier que « sentimental » du terme. A défaut de faire confiance à qui que ce soit, le mage noir savait que Lestrange ne le trahirait pas, dusse-t-elle lui sacrifier sa fortune, son honneur voire même sa vie, pour lui plaire.

- Que puis-je faire pour vous, maître ? L'interrogea-t-elle en mettant un genou à terre.

- Convoque les autres. Je veux que l'équipe chargée de l'expédition à Azkaban passe à l'action plus tôt que prévu.

Là où cet incorrigible prétentieux et arrogant de Malefoy aurait sûrement posé des questions telles que « pourquoi » ou « à quelle fin », Bellatrix se contenta d'acquiescer de la tête avant de prendre la parole à son tour.

- A quelle date doivent-ils être prêts à attaquer, maître ?

Voilà pourquoi l'épouse de Rodolphus serait toujours plus efficace que Malefoy ou ses sbires à ses yeux. Elle posait toujours les bonnes questions et ne questionnait jamais ni ses ordres, ni ses motivations.

- L'attaque aura lieu le 1er août.

La mangemort se contenta de s'incliner respectueusement une dernière fois, avant de quitter la pièce, laissant derrière elle un mage noir perdu dans ses pensées… des pensées qui tournaient autour d'un garçon aux cheveux noirs qu'il regrettait de ne pas avoir éliminé plus tôt.


- A-t-on des nouvelles de Gringotts, Lucian ?

Celui qui venait de poser cette question était un adolescent aux cheveux d'un noir d'encre et aux yeux d'un vert émeraude. Vêtu d'un pantalon bleu marine et d'une chemise d'une blancheur immaculée, il cheminait tranquillement sur la plage, observant l'étendue azurée qui s'offrait à lui.

- Oui, monsieur. Les protections installées par les gobelins autour de Square Grimmauld devraient largement suffire à empêcher l'Ordre d'y remettre les pieds. J'ai d'ailleurs pris la liberté de leur demander d'installer ces mêmes barrières magiques sur toutes vos autres propriétés de Grande-Bretagne.

- Bonne initiative. Et concernant Bill Weasley ?

Bien que le jeune Potter ne se soit pas retourné en direction de son serviteur, il pouvait facilement deviner le sourire malicieux qui venait de fleurir sur ses lèvres.

- Les gobelins continuent de l'interroger… ils pensent qu'une ou deux années dans leur prison située en Sibérie Orientale pourrait lui faire le plus grand bien mais ils craignent également les retombées qu'un tel geste entraînerait sur le plan politique. Son procès n'aura en tout cas pas lieu avant trois semaines environ.

- Je vois. Ont-ils dit quelque chose concernant l'enquête sur ceux qui m'ont volé ?

- Ils ont confirmé l'implication d'Albus Dumbledore, qui est probablement le coupable principal. Sur les 147 568 gallions, 13 mornilles et 7 noises qui vous ont été dérobés, près de 70 000 gallions ont déjà pu être retrouvés dans un coffre appartenant à Dumbledore, et servant apparemment de fond commun aux membres de l'Ordre du Phénix.

Voilà qui ne surprenait pas vraiment Harry. Après tout, si Dumbledore n'avait vu aucun inconvénient à lui cacher le testament de ses parents, à le laisser à la garde des Dursley et à le faire affronter Voldemort à plusieurs reprises, il n'était certainement pas au dessus d'un vol, qu'il aurait probablement justifié par « le plus grand bien ».

- Combien de temps avant que l'enquête ne s'achève ?

- Le Président Ragnok estime que trois semaines au minimum lui permettraient de nous donner un bilan global de la fraude mais qu'un mois, voire peut-être deux, seraient nécessaires afin de rassembler toutes les preuves et de les présenter au Magenmagot.

- Cela me convient. Avait-il autre chose à me dire ?

- A vrai dire, oui. Il a déjà commencé à récolter en votre nom les actions qui vous intéressaient, et m'a d'ailleurs chargé de vous transmettre cette liste.

Harry prit la liste que lui tendait la main gantée du majordome et la parcourut du regard d'un air distrait. Comme il s'y attendait, l'acquisition de ces titres s'avérait incroyablement facile, ce qui démontrait bien que la plupart des sorciers britanniques n'avaient pas du tout le sens des affaires.

Rendant le parchemin à Lucian, le jeune Potter s'avança vers la mer et savoura quelques instants la caresse de l'eau tiède sur ses pieds nus. Face à la brise marine qui ébouriffait davantage ses cheveux qu'à l'ordinaire, il avait l'impression de goûter pleinement à cette liberté qui lui avait été arrachée… bien avant son incarcération.

Depuis la mort de ses parents, il avait vécu en prison. Que ce soit chez les Dursley, à Poudlard ou même en compagnie des Weasley… Dumbledore avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour contrôler le moindre de ses déplacements et influencer la moindre de ses actions.

- Vous paraissez vous sentir mieux, jeune maître.

Le majordome se trouvait à sa droite, à seulement quelques pas derrière lui. Il était devenu comme son ombre, le suivant toujours de près mais tout en restant suffisamment en retrait pour ne pas l'oppresser. Il savait également se fondre dans la masse et « disparaître » mais Harry savait qu'il n'était jamais loin, et qu'au moindre ordre que lui donnerait le Survivant, il viendrait immédiatement s'exécuter.

- Oui, ces potions nutritionnelles que tu m'as fait parvenir sont très efficaces, de même que les cours que tu m'as donnés m'ont remis en forme physiquement. Néanmoins, je doute que cela suffise à tenir Dumbledore et ses sous-fifres à distance.

- Vous n'avez pas à vous inquiéter de cela, monsieur. Protéger le maître de ses ennemis est la moindre des choses pour le majordome de la maison Potter.

Lorsque le jeune Potter se retourna, il s'aperçut que Lucian avait posé un genou à terre et baissé la tête en signe d'allégeance. Le coucher de soleil donnait l'impression que la lumière était devenue pourpre, illuminant le décor alentour d'une couleur aussi rouge que le sang.

- N'oublie pas notre pacte, Lucian. Jusqu'à ce que ma vengeance soit accomplie et que tes desseins soient devenus réalité, toi et moi sommes liés par un lien plus fort que l'amitié, plus fort que la foi, plus fort que le sang.

Le majordome se contenta de relever légèrement la tête, ses yeux paraissant briller d'un éclat écarlate tandis qu'il prononçait avec un mélange de respect et d'amusement.

- Yes, my Lord.