Auteur : Michmak
Traduction : Andeor
Disclaimer : J.K. Rowling pour les personnages et l'univers, Michmak pour l'histoire.
NdT : Le 4ème chapitre est disponible en V.O. sous le nom de Michmak sur ce site.
Chapitre 4 : Rogue.
De toutes les journées que Severus avait passées sur cette terre, celle-ci avait été la pire, et c'était beaucoup dire. Après tout, il avait été Mangemort et espion. Il avait vu et fait des choses que les gens normaux préfèreraient taire.
Toutefois, avec la mort de Voldemort, sa vie avait pu retrouver un semblant de normalité et de stabilité. Après avoir été libéré des soins étouffants de Poppy Pomfresh à la suite d'une bataille finale homérique, il avait repris sa vie en main, et celle-ci avait repris son cours. Il enseignait toujours les potions à Poudlard, ce qui l'obligeait à s'occuper de classes dont les stupides élèves, incapables de préparer ne serait-ce qu'une bonne tasse de thé, se retrouvaient à mélanger des ingrédients parfois mortels pendant leurs cours afin de renflouer le stock de potions médicinales de Poppy ; mais l'obligeait aussi à participer aux réunions et discussions habituelles du corps enseignant. Et, en même temps, il travaillait dur pour trouver une solution afin de soigner Hermione.
C'était on ne peut plus simple, mais c'était sa vie, et il en était venu à apprécier la relative tranquillité qui en découlait. La Marque des Ténèbres avait disparu depuis longtemps, se désintégrant en même temps que sa vieille enveloppe au moment de la mort de Voldemort. S'il faisait encore des rêves pénibles, ce n'était que parce qu'il l'avait mérité. Si certaines personnes dans le monde sorcier murmuraient encore à propos de sa « loyauté douteuse envers la cause », en dépit de tout ce qu'il avait fait pour leur prouver le contraire, il n'y avait hélas plus rien à y faire. On lui avait donné une chance de se racheter, et même s'il s'était dit qu'il ne la méritait pas, il pouvait tout de même vivre sans trop d'amertume.
Ou, du moins, il l'avait pu.
Il aurait dû savoir qu'il n'était pas destiné à couler des jours heureux, ou même quoi que ce soit qui y ressemble. Des hommes tels que lui ne le méritent pas.
A la minute même où Poppy s'était assise à côté de lui à la table des professeurs pour le petit-déjeuner, il avait su que la journée serait mauvaise. Elle le regardait l'air de rien, dardant sur lui des yeux inquisiteurs qu'elle s'imaginait passer inaperçus. Las ! Ce n'était pas pour rien qu'il avait passé vingt ans de sa vie en tant qu'espion… Dans son irritation, il sentit ses cheveux se dresser sur sa nuque tandis que, mine de rien, elle déversait dix fois trop de sucre dans son thé tout en continuant son jeu de regards.
Il n'était pas en état de supporter une médicomage avide de ragots, ni ce matin, ni jamais. Il avait veillé toute la nuit, occupé à lire un livre qu'il venait enfin de recevoir et qui traitait des sortilèges anciens et de leurs antidotes, dans l'espoir de trouver un indice qui soit de près ou de loin en rapport avec le sort qui avait frappé Hermione. Evidemment, il n'avait rien trouvé, et sa frustration grandissante comme sa stagnation dans ses recherches, couplées avec une nuit de deux heures, l'avait rendu encore plus stressé et nerveux que d'habitude.
Dix-huit mois s'étaient écoulés depuis la chute de Voldemort. Depuis sa chute à elle. Et il se retrouvait au même point qu'au début. Animulae somnus, le sommeil de l'âme : cela paraissait simple sur le papier, mais il n'existait aucune documentation sur ce type de sort. Il n'y avait même pas de références sur ses symptômes ou sa durée, alors un contresort… Il ne pouvait se fier qu'aux rapports médicaux et à ses propres observations. Son corps était en vie, même si c'était difficile à voir, mais selon tous ceux qui s'étaient penchés sur la question, c'était comme si son âme en avait été retirée. Aspirée dans le néant, détruite, ou emprisonnée, il n'en savait rien. En être encore au point de départ un an et demi après les faits mettait ses nerfs à rude épreuve.
Alors quand Poppy l'avait regardé par-dessus sa tasse en lui demandant comme si de rien n'était des nouvelles de Miss Granger, le rictus de colère sur son visage était déjà en place depuis un bout de temps.
« Madame ? » répliqua-t-il d'un ton glacial.
La stupide bonne femme avait continué, imperturbable : « Comment va Miss Granger ? Je me suis laissée dire que vous alliez lui rendre visite tous les jours… » Les paroles de Poppy firent frémir la table des professeurs sur toute sa longueur, stoppant net toutes les conversations. Tous les regards convergèrent vers lui, à part celui d'Albus, alors occupé à étaler des œufs brouillés sur un toast. Le directeur était évidemment déjà au courant de tous ses efforts pour trouver un antidote, et peut-être même de ses visites quotidiennes à Sainte-Mangouste. Cet homme savait toujours tout.
« Hé bien, Severus, j'ignorais que vous alliez rendre visite à Hermione ! » s'exclama Minerva, la tête penchée sur le côté, comme soufflée par une nouvelle aussi abrupte.
Bibine, assise un peu plus loin, le regarda d'un air suspicieux. « Et pourquoi donc lui rendez-vous visite ? On ne peut pas dire qu'elle ait été un de vos chouchous pendant sa scolarité ici ; vous pouviez à peine vous supporter, si je me souviens bien. »
Plusieurs autres professeurs acquiescèrent à ces mots.
« J'imagine qu'il s'en veut, pas vrai Severus ? Après tout c'est à cause de lui qu'elle se retrouve à Sainte-Mangouste. » Severus se dégagea prestement du bras de Poppy, posé sur le sien en un geste qui se voulait compatissant. En dépit de son ton doucereux, chacun de ses mots lui faisait l'effet d'un soufflet.
« Je me demande pourquoi vous avez besoin de lui rendre visite tous les jours » poursuivit-elle gaiement avant de glousser de manière fort ridicule pour une femme de son âge. « D'ailleurs, qu'est-ce que vous pouvez bien faire avec elle tous les soirs dans sa chambre ? »
Parfaitement scandalisé, Rogue la regarda un moment, rendu muet par tant de bêtise, avant d'aboyer en retour : « Vous savez parfaitement que j'étudie son cas afin de trouver un remède.
- Vous n'avez pas eu beaucoup de chance dans vos recherches pour l'instant, n'est-ce pas ? » soupira Minerva en connaissance de cause. « Après tout ce temps, la pauvre Hermione est toujours prisonnière de cet asile. »
Flitwick couina quelque chose du genre « Pauvre petite ! », avant de rediriger son attention sur une pile de gaufres.
« Je pensais que vous aviez enfin compris qu'il n'existe aucun remède, » ajouta gentiment Poppy, « j'ai essayé toutes les solutions possibles du monde sorcier, et rien n'y a fait. Ca n'est pas votre genre, perdre ainsi du temps en occupations totalement futiles… »
Alors que Poppy se penchait vers lui, Rogue se jeta en arrière. « Dites-moi, Severus. N'y a-t-il pas une autre raison à vos visites ? Je ne pense pas que vous y alliez pour soulager votre culpabilité, les faits remontent à trop longtemps. A moins, j'imagine, que vous n'en soyez venu à éprouver une certaine… tendresse envers cette jeune fille ? »
Le sang de Rogue ne fit qu'un tour. « Vous êtes folle ? » siffla-t-il avant de repousser violemment sa chaise, et de se lever en dardant son regard mauvais sur ses collègues muets de frayeur. « Contrairement à vous tous, je ne pense pas que nous ayons définitivement perdu Hermione, et je trouverai une solution. Si j'ai besoin de la voir tous les jours pour déterminer son état de santé, c'est moi seul que cela regarde, et en aucun cas vous n'avez à vous en mêler ! »
Le visage fermé, il quitta la grande salle par la porte des professeurs, sa robe volant derrière lui, accompagné par les jacasseries de Bibine.
« Il l'appelle Hermione, maintenant ? Depuis quand ? On aura tout vu ! »
Il était furieux. Grâce à Poppy, tous les professeurs avaient à présent de quoi remplir leurs conversations pour le restant du trimestre. Il poursuivit sa route jusqu'à ses cachots, grondant au passage quelques malheureux élèves, tout en essayant d'oublier les regards curieux de ses collègues et le dernier commentaire de Bibine à propos d'Hermione.
Quand il arriva dans ses appartements, il attrapa le premier livre qui lui tomba sous la main, un livre moldu qu'il avait réussi tant bien que mal à se procurer et qui traitait des comas et des gens qui en souffraient, avec force détails. A l'époque, il s'imaginait qu'apprendre certaines choses à propos du coma lui permettrait de mieux envisager pour quoi Hermione y était toujours plongée. Mais en définitive, le livre lui avait apporté davantage de nouvelles questions que de réponses. Il n'avait pas envisagé la possibilité que son coma ait été provoqué par un simple traumatisme crânien, comme c'est si souvent le cas dans le monde moldu, et que le sort ait interagi de manière étrange avec ce choc. Après tout, peut-être n'était-ce pas uniquement l'effet d'un sort, mais peut-être d'une lésion au cerveau, de dommages irréversibles. Finalement, le livre avait été plus déprimant que rassurant.
Se remémorant ses dernières sombres pensées à propos du livre, il le jeta sur la table et entrepris de préparer ce dont il aurait besoin pour ses cours du lendemain. Cependant, même ce travail sans intérêt consistant à classer des feuilles de papier et à disposer du matériel ne suffisait pas à calmer ses nerfs et à apaiser la colère suscitée par les propos échangés lors du petit-déjeuner. De quel droit ces vieilles rombières se permettaient-elles de l'interroger ainsi ? Au cours de ces dix-huit mois, elles n'avaient même pas levé le petit doigt pour venir en aide à la plus brillante élève que Poudlard ait connue depuis ces dix dernières années, et tout à coup, on le prenait pour un pédophile juste parce qu'il lui rendait visite ?
Il était pratiquement sûr qu'aucune d'entre elles, sauf peut-être Minerva, n'avait été la voir depuis son séjour à l'infirmerie de Poudlard. Même s'il refusait de l'admettre, cela le peinait de constater que même après avoir prouvé son honnêteté maintes et maintes fois, elles se permettaient encore de le questionner à propos de ses moindres faits et gestes. Elles ne lui faisaient toujours pas confiance. Et après, elles se demandaient pourquoi il les méprisait.
Jamais, au cours de toutes ses années d'enseignement, il ne s'était abaissé à considérer les enfants dont il avait la charge autrement que comme ce qu'ils étaient, des enfants. Sous-entendre que lui, Rogue, rendait peut-être visite à Hermione avec des motifs moins purs que ce qu'il prétendait semblait inimaginable. S'il voulait sauver la jeune fille, c'était parce que perdre son intelligence serait dévastateur pour leur petit monde. Uniquement pour cela.
Peut-être s'était-il fait la réflexion, au début de la septième année, qu'elle avait beaucoup grandi pendant l'été, mais cela ne voulait rien dire. Après tout, il était homme : il était parfaitement capable d'apprécier la beauté, sous toutes ses formes. Cela n'en faisait pas un pervers pour autant.
Ses pensées vagabondaient dans cette triste et obscure direction tandis qu'il préparait les ingrédients nécessaires à la potion à l'étude ce matin. Alors qu'il s'emparait d'un flacon contenant des ailes dentelées réduites en poudre, il fut surpris de constater que l'écriture couvrant l'étiquette n'était pas la sienne. Il lui revint alors en mémoire que c'était Hermione qui avait préparé la mixture, au cours de sa dernière retenue avec lui. Il reconnaissait son écriture précise, la même qui avait recouvert les pages des contrôles et devoirs qu'elle lui avait rendus, et il se demanda l'espace d'un instant s'il n'allait pas changer la potion au programme des troisièmes années afin de préserver quelques unes de ces ailes. Reprenant ses esprits, il se morigéna pour avoir eu cette pensée et la bannit bien vite de son esprit, fronçant les sourcils. Hors de question de faire du sentiment pour des ailes d'insectes. Hors de question de faire du sentiment pour quoi que ce soit.
Au bout de cinq minutes avec ses premiers élèves, il en avait déjà fait pleurer trois, à sa grande satisfaction. Mais quand Bertie Bones, un Poufsouffle incompétent à côté de qui Neville Longdubat passait pour un génie en potions, avait cassé le flacon contenant les ailes dentelées préparées par Hermione, il avait explosé.
Il passa les vingt minutes qui suivirent à invectiver le pauvre garçon, lui demandant quel désastreux hasard génétique avait pu infliger au monde sorcier une dégénérescence telle que lui.
Quand le deuxième cours de la journée prit fin, il fut plus heureux que jamais de voir le dos de ses élèves. Dans la poche de sa cape, le délicat flacon brisé par Bones, les éclats de verre et les déchirures d'étiquette remis en état par un rapide et sec « Reparo ». Il caressa des doigts le papier et le verre, retardant le moment où il devrait reposer le flacon sur ses étagères, tentant sans trop y croire de se convaincre que le verre délicatement fumé était trop précieux pour contenir des ailes dentelées.
Il prit ensuite son temps pour nettoyer le désordre laissé par les élèves, sans s'inquiéter du moins du monde de l'heure du déjeuner qui arrivait, trop occupé pour s'y rendre. La matinée avait déjà été suffisamment horrible. En outre, connaissant ses collègues comme il les connaissait, il se doutait que sa présence ne ferait que susciter davantage de questions à propos d'Hermione et de ses visites.
Pis encore. Bibine avait raison. Depuis quand l'appelait-il Hermione et plus Miss Granger ? Il avait pris l'habitude de l'appeler par son prénom des mois auparavant, au cours de leurs conversations à sens unique. Il ne l'avait pas fait exprès. C'avait eu lieu, c'est tout. Elle n'était plus son élève, il avait donc tout à fait le droit de l'appeler par son nom de baptême, s'il en avait envie. En plus, il préférait Hermione à Miss Granger. Miss Granger, c'était la Miss-Je-Sais-Tout qu'il détestait. Hermione, c'était la jeune fille qui lui avait sauvé la vie. Il ne comprenait pas pourquoi Bibine en avait été marquée au point de le relever ainsi. Un nom ne signifiait pas grand-chose, cela ne signifiait même rien. Si les autres en avaient fait tout un plat, cela n'avait fait que prouver leur idiotie. Des commères, des pies jacasses, toutes ces femmes !
Il remâchait tout cela en avalant son sandwich au mouton sans goût, et, à la dernière bouchée, avait décidé qu'il avait beaucoup de choses à faire dans ses cachots et qu'hélas il ne pourrait sans doute pas se rendre dans la grande salle avant la fin de la semaine.
Cet après-midi, les élèves de sixième année étaient plutôt bien lancés dans la préparation d'une version améliorée de la potion de Réchauffement Pimentée, même si aucun d'entre eux n'avait pu répondre aux questions les plus simples, ni même en citer trois ingrédients. Aucun de ces petits crétins n'avait assez de cran pour lever la main et répondre aux questions, sans parler de ceux qui bégayaient ou fondaient en larmes quand on leur adressait la parole. Ces amères pensées furent relayées par le souvenir d'Hermione, le jour de la rentrée, qui levait imperturbablement la main tandis qu'il cuisinait le morveux Potter.
A l'époque, il avait hésité entre rire au nez de la fillette ou l'envoyer balader. Et même s'il avait fini par lui aboyer au visage, il n'avait jamais vu cette main hésiter à s'élever dans les airs au cours des sept années qui avaient suivi. Il ne s'était pas rendu compte à quel point cela lui manquait avant ce jour. Il était très frustrant de passer toutes ses journées avec des élèves qui avaient à peine la moitié de son cerveau. Elle avait placé la barre si haut que les bienheureux petits ignares à qui il avait à présent l'obligation d'enseigner n'avaient même pas à se baisser pour passer en dessous.
Et pourtant, en dépit de cette vivacité et de cet esprit lumineux, elle était alitée à Sainte-Mangouste, survivant sans vivre. Ce à quoi elle ressemblait lors de sa première visite lui revint en mémoire : sa frêle silhouette si immobile, ses courts cheveux hérissés sur sa tête avant qu'il ne les fasse magiquement repousser, si différente de l'élève qu'il avait connue… Il sentit son cœur se serrer.
Se pouvait-il que Poppy eût raison, qu'il lui rendît visite pour autre chose que ses recherches ? Ils n'avaient jamais été amis, ni même proches collègues, avant tout cela. Même s'il réussissait à la sauver, deviendraient-ils amis pour autant ? A son avis non. Pour elle, si elle se réveillait un jour, tout ce temps n'aurait duré qu'un instant, le temps d'un long rêve. Prendrait-elle seulement la peine de savoir le rôle qu'il avait joué dans son réveil ? Pourquoi aurait-elle besoin d'un ami tel que lui ? Cette pensée le décourageait, et, curieusement, le rendait triste.
C'est alors qu'il contemplait Hermione et renonçait à une éventuelle relation avec elle que cela arriva : un chaudron explosa dans la salle avec une telle violence et une telle soudaineté qu'il fut totalement pris au dépourvu. Les élèves hurlèrent, tandis que lui-même essayait de garder un visage impassible en reconnaissant les effluves du sang de dragon mélangé à de la rosée lunaire et de l'urine de troll. Un abruti avait par inadvertance créé un nuage de gaz toxique, susceptible de réduire en cendres les poumons de qui l'inhalerait pendant plus de quelques secondes.
« DEHORS !! » rugit-il, se couvrant le nez et la bouche du tissu de sa robe tandis que l'odeur nauséabonde se faisait plus forte. « Ne respirez pas la fumée ! »
Il consacra plusieurs précieuses secondes à lancer trois Evanesco, pour tenter de dissiper la fumée toxique, pouvant à peine respirer. Tous les élèves s'étaient rués dehors sur son ordre, plus par peur de leur professeur que de la potion, tous sauf un. Dennis Creevey gisait sur le sol sous le chaudron détruit, dans un état bien pire que le sien. Quand Rogue le prit dans ses bras pour le conduire à l'infirmerie, ses lèvres avaient déjà viré au bleu.
A peine passé le seuil de l'infirmerie, Creevey dans ses bras, Rogue s'effondra aux pieds de Poppy après avoir hoqueté Liquefactio Pulmonum.
Quand il s'éveilla quelques heures plus tard, Poppy était penchée au-dessus de sa tête. Il grogna.
« Dennis ? » réussit-il à croasser.
« Il survivra. Il s'en est fallu de peu. Si vous aviez lancé votre evanesco une seconde plus tard… » dit-elle à Rogue. « Vous m'avez tous les deux donné du fil à retordre. A vous deux, vous avez perdu trois poumons. Qu'est-ce qui s'est passé ? »
Rogue soupira, ce qui ne fit que doubler sa douleur tandis qu'il entendit ses poumons siffler en guise de protestation. « Un idiot a réussi à se procurer de l'urine de troll et à l'ajouter à la potion du jour. Si je retrouve l'imbécile qui…
- Il est à l'autre bout de l'infirmerie, dans un état pire que vous, si je puis me permettre. » Albus se glissa entre les tentures du lit de Rogue, un sourire aux lèvres. « Le jeune Creevey semble être le coupable. Il a acheté l'urine de troll à un vendeur à la sauvette lors de sa dernière visite au Chemin de Traverse. Apparemment, on lui a dit qu'il suffisait d'en verser deux gouttes pour réussir une potion.
- Réussir un poison, oui ! » siffla Rogue. « Encore heureux qu'il ne nous ait pas tous tué !
- Encore heureux que vous ayez été là pour le sauver, vous voulez dire, » répondit Albus, les yeux pétillants. « Vraiment, Severus, il semble que sauver la vie de vos élèves soit devenu votre passe-temps favori ! »
Rogue se renfrogna et pressa sa main contre sa poitrine douloureuse. « Je ne sais même pas pourquoi je fais ça. Ces ignobles gamins ingrats… Je ferais peut-être mieux de les laisser se tuer, ça abrégerait leurs souffrances. »
Poppy le regarda affectueusement avant de s'approcher de lui et de lui tapoter la main. « Si vous faites ça, le monde sorcier sera perdu. Imaginez ce qui se serait passé si vous n'aviez pas aidé Harry. Voldemort…
- Ca suffit, Poppy », répondit Rogue d'un ton glacial. « Ne mentionnez jamais ce nom en ma présence. Par les couilles de Merlin, j'ai la poitrine en feu…
- Ca va vous faire mal pendant encore quelques jours », l'assura Poppy avec gaieté. « Vous êtes en train de vous reconstruire des poumons, vous savez. Il ne nous reste plus qu'à trouver un moyen de vous fournir un nouveau cœur, comme ça, avec votre nouvelle peau et vos nouveaux poumons, vous serez un nouvel homme ! »
Albus rit et se pencha pour tapoter Severus sur l'épaule. « Ma foi, Poppy, » déclara-t-il, « j'aime assez Severus comme il est. Bon, je dois y aller. J'ai pris la liberté d'annuler vos cours de potions pour le restant de la semaine.
- Bon sang, Albus, je vais parfaitement bien ! Je reprendrai les cours dès demain.
- Certainement pas, » s'interposa Poppy d'un ton ferme. « Estimez-vous heureux si je vous laisse seulement quitter l'infirmerie demain. Vous avez besoin d'une semaine de convalescence, au bas mot ! Si vous coopérez, vous pourrez regagner vos appartements demain soir. » Elle lui tendit une tasse de liquide fumant. « Buvez ça. Ca apaisera la douleur et vous aidera à dormir. C'est de ça que vous avez besoin, à présent : de beaucoup de sommeil. »
Rogue prit la potion d'un geste brusque, la renifla d'un air suspicieux et fit la grimace tandis que le liquide amer se fraya un chemin à travers sa gorge endolorie. « C'est la potion la plus ignoble que j'aie jamais bue, femme ! » grogna-t-il tout en sentant le tiède engourdissement du sommeil envahir son corps.
Poppy haussa les épaules. « Si vous ne trouvez pas ça bon, vous n'avez qu'à ajouter de la menthe la prochaine fois que vous m'en préparerez un lot ! »
Il était en train de réfléchir à une réponse sarcastique quand il glissa dans les bras de Morphée.
Toute la nuit, il revécut l'explosion dans la salle de classe. Sauf que ce n'était pas Dennis Creevey qu'il avait sauvé du gaz et emmené dans ses bras à l'infirmerie. C'était Hermione. Et il ne pouvait pas la sauver. A chaque fois, à la fin du rêve, ses yeux noisette étincelaient avant de devenir ternes et vides, et son dernier soupir franchissait ses lèvres en murmurant son nom.
C'était la première fois en dix-huit mois qu'il ne lui avait pas rendu visite.
A suivre…
NdT : Merci à toutes celles qui ont envoyé des reviews. Surtout ne vous privez pas d'en envoyer de nouvelles, cela fait toujours plaisir ! Je réponds à toutes celles qui sont signées. Quant aux anonymes… Je les remercie ici ! A bientôt avec le prochain chapitre.
