Chapitre 2 : Pleine Lune
Le mois de Septembre passa très vite pour les quatre amis, entre les cours, l'exploration du château et les blagues de James et Sirius. Et malgré les avertissements de Remus, tous deux avaient déjà récolté deux mercredis après-midi de retenues.
En parallèle, plus le temps passait, plus le petit loup-garou était pâle et fatigué, les yeux cernés, ce qui avait pour effet d'inquiéter Sirius. Ce dernier veillait sur lui quand il n'était pas avec Apollon Picott et l'aidait parfois à faire ses devoirs, lorsqu'il n'avait pas la connaissance nécessaire.
Néanmoins, il tentait souvent de le décrocher de ses livres car il était selon lui trop studieux, ce à quoi le garçon châtain lui répondait que les études et bons résultats étaient sa manière de remercier Dumbledore.
Il passait donc le plus clair de son temps plongé dans ses livres, quand il n'était pas interrompu par James ou Sirius qui avaient besoin de son avis sur tel ou tel plan et cette fois-ci ne faisait pas exception.
Remus se trouvait dans la Salle Commune, assis à la table qu'ils s'étaient appropriée, face à la cheminée et à l'un des canapés, et était en train de griffonner des notes sur son devoir de métamorphose au moment où Sirius entra avec fracas dans la pièce. Le garçon releva la tête vers le brun et soupira quand il le vit venir vers lui.
Sirius s'assit avec grâce sur le canapé et passa un bras autour de ses épaules.
« Salut Rem ! Tu travailles encore ? »
« Mmmh. » marmonna le petit loup en se remettant à travailler sans plus se préoccuper de son ami qui sortit une tablette de chocolat de son sac. En effet, il avait eu l'occasion de se rendre compte de l'amour inconsidéré de Remus envers ce met et il était fréquent qu'il lui en donne, le plus souvent pour le détourner de ses devoirs.
Remus capta l'odeur du chocolat et releva brusquement la tête vers Sirius.
« T'as du chocolat ? »
« Oui, t'en veux ? » sourit l'aîné des Black en lui en tendant une moitié de la tablette. Remus plissa les yeux et le fixa d'un air soupçonneux.
« Sirius Black, tu n'essayerais pas de m'acheter par hasard ? »
« Non, pourquoi ? » lui répondit son ami avec un air innocent qui ne le trompa pas.
« Qu'est-ce que tu as encore fait ? »
L'autre lui sourit et croqua un morceau sans pour autant répondre, ce qui rajouta à l'impression de culpabilité qu'avait Remus. Ce dernier soupira puis attrapa le chocolat et l'attaqua à petits coups de dents, profitant du goût.
« Bon » fit-il en reposant sa plume. « Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Pourquoi tu me demandes ça… ? »
« Parce que tu fais à un air calculateur, comme quand tu prépares une farce, et tu me donnes du chocolat alors que tu ne partages pas souvent. Alors qu'est-ce qu'il y a ? »
Sirius éclata de rire et lui frotta les cheveux en souriant.
« Tu es bien trop intelligent pour ton bien. Mais t'as raison, j'ai besoin de ton aide pour une potion destinée à ma très chère cousine. »
« Laquelle ? » s'enquit Remus avec un air las. Il avait l'impression que quoi qu'il dise, Sirius ne prendrait pas garde et s'attirerait des ennuis. Il allait devoir faire son maximum pour lui éviter de se retrouver en retenue. Il soupira légèrement. Veiller sur Sirius allait le fatiguer plus que nécessaire et il n'était pas sûr d'arriver à maintenir le loup en lui. Mais il hocha quand même la tête lorsque Sirius lui expliqua son plan de transformer les cheveux de sa cousine Bellatrix en serpents.
« Il nous faudra… Attends, je dois l'avoir dans mon livre… »
Il l'attrapa mais ses mains se mirent à trembler quand il s'aperçut qu'il serait bientôt l'heure pour lui de se rendre à l'infirmerie. Il raffermit sa prise sur l'objet, priant pour que son ami n'ait rien remarqué. Cependant, Merlin ne semblait pas avec lui car Sirius fronça les sourcils et lui prit le livre.
« Ça va pas Rem' ? T'es tout pâle… »
« J-je dois j-juste… Aller à l'infirmerie. »
Il détestait son bégaiement, car il signifiait que le loup, la partie qu'il détestait le plus de lui, était tout proche de la surface mais il sourit faiblement à Sirius et commença à ranger ses affaires avant de se lever. Il lui fallait garder son secret enfoui et agir « normalement » était la meilleure solution.
« Je ne serai pas de retour avant au moins demain, voire après-demain. Je rattraperai les cours quand je reviendrai, pas la peine de me les prendre » ajouta-t-il quand il vit le brun ouvrir la bouche pour parler.
« Mais… »
« Sirius, on en a déjà parlé, je ne veux pas que tu le fasses, je recopierai sur Lily Evans, elle est d'accord. Et de toute manière, tu n'écoutes pas en cours, ça ne servirait à rien… »
Le garçon brun baissa les yeux et hocha la tête, un air dépité au visage. Remus se sentit mal de lui avoir dit cela comme ça et posa sa main sur son bras.
« Désolé… M-mais c'est mieux comme ça… E-et puis ça te ferait d-deux fois plus de travail… »
Il sentit le loup s'agiter au fond de lui et inspira pour le calmer. « Je dois y aller. » Il se leva et sortit en direction de l'infirmerie sous le regard impuissant de son ami.
La petite silhouette se dirigea rapidement vers l'antre de Mrs Pomfresh, trébuchant parfois sur ses pieds, trop malade pour marcher correctement. Par chance, les couloirs étaient vides et il arriva rapidement face à la jeune infirmière qui l'accompagna jusqu'au Saule Cogneur. Elle attrapa un bâton et immobilisa l'arbre puis se glissa dans le tunnel avec lui et le conduit jusqu'à la Cabane Hurlante.
L'enfant tremblait de plus en plus, de peur et de fièvre. Il leva les yeux sur son accompagnatrice, qui lui sourit d'un air rassurant, lui rappelant sa mère.
« Le professeur Dumbledore a pris des disposition pour que personne ne te voie et les habitants de Pré-Au-Lard pensent que la cabane est hantée alors… »
« Personne ne m'entendra, c'est ça ? » demanda-t-il d'une voix calme et posée. Pomfresh hocha la tête et le guida en haut, dans ce qui fut certainement la chambre. La pièce était assez grande, meublée d'un lit, d'un vieux piano poussiéreux et d'un bureau et sa chaise. Tout semblait vieux, et était couvert de poussière et toiles d'araignées.
L'infirmière le regarda s'assoir sur le lit et Remus lui fit un timide sourire.
« J-je pense q-que vous d-devriez partir… La l-lune ne va p-pas t-tarder… »
« Oh euh oui, oui… Je viendrais te chercher demain matin. »
Elle lui fit un dernier sourire rassurant et sortit de la pièce tandis que l'enfant se débarrassait de ses vêtements et les glissait sous le lit pour les mettre en sureté puis il se roula en boule en attendant que la lune se lève et que la transformation commence.
Puis l'astre apparut dans le ciel et il commença à se tordre de douleur alors qu'il devenait peu à peu le loup.
Chaque fois, il avait l'impression qu'on lui arrachait la peau, que ses muscles fondaient. Tous ses os se brisaient pour se ressouder d'une autre manière, sa mâchoire craquait et se déformait et il poussait des hurlements de souffrance terribles, qui en auraient effrayé plus d'un, jusqu'à ce que la transformation soit complète.
Sa conscience glissait alors au plus profond de son esprit et il laissait la place à une part de lui torturée, qui passait alors la nuit à se mutiler.
Lorsqu'il rouvrit les yeux le lendemain matin, Remus avait froid et mal de partout. Il tenta de se redresser mais ses muscles protestèrent violemment et il fut traversé par une vague de douleur. Il se laissa retomber au sol en gémissant faiblement et se traîna jusqu'au lit.
Il leva difficilement le bras et attrapa le pardessus qui protégeait les draps de la poussière avant de se blottir dedans.
Le tissu s'imprégna peu à peu du sang qui s'échappait de ses nombreuses plaies et l'étendue des dégâts de la nuit le firent trembler plus fortement encore.
La pièce était sens-dessus-dessous : le piano était à moitié détruit, la chaise et le bureau n'étaient plus qu'un amas de bouts de bois. Seul le lit semblait avoir été épargné par la fureur du loup mais les murs étaient couverts de sang et d'urine.
Remus poussa un faible gémissement de détresse. Il n'était pas capable de réparer tous les dégâts et se sentait coupable d'avoir mis la pièce que Dumbledore lui prêtait dans un tel état.
Des bruits de pas retentirent et il sentit l'odeur de Mrs Pomfresh qui montait les escaliers.
L'infirmière entra doucement dans la pièce et laissa son regard se promener sur les débris, le choc s'inscrivant de plus en plus sur ses traits, jusqu'au moment où elle posa les yeux sur la petite silhouette tremblante et sanglotante de Remus. Elle laissa échapper un « Doux Merlin ! » étouffé et se précipita vers lui, sortant sa baguette pour le soigner.
L'enfant releva la tête vers elle puis baissa à nouveau les yeux et sanglota plus fort, balbutiant de faibles excuses. La jeune femme s'appliqua à refermer les plaies avec de doux gestes et lui sourit doucement.
« Tout va bien, inutile de t'excuser Remus. Cette Cabane est pour toi, le professeur Dumbledore savait ce qu'il allait se passer, ne t'inquiète pas… »
« V-vraiment ? V-vous… V-vous ne m-m'en v-voulez p-pas ? » s'enquit Remus d'une petite voix, les yeux embués de larmes de honte.
« Oh Remus… Non, bien sûr que non... ». Elle lui sourit et lui fit signe de se lever. Le petit loup-garou lui obéit mais garda la couverture enroulée autour de lui. Puis il baissa les yeux et murmura :
« M-mes vêtements s-sont s-sous le l-lit… ».
Mrs Pomfresh hocha la tête puis, après les avoir récupérés, l'aida à marcher pour rentrer au château. Elle le fit entrer dans l'infirmerie par une porte cachée de l'extérieur et entra dans une petite pièce claire, avec pour seuls meubles un petit lit d'hôpital qui semblait accueillant et d'une table de chevet sur laquelle il y avait déjà des flacons de potion.
La jeune infirmière lui demanda de s'allonger puis, une fois qu'il eut obéi, lui fit boire un liquide ambré au goût de caramel. L'enfant ferma les yeux tandis que la femme commençait à le soigner et glissa dans un profond sommeil réparateur
